Société

Joséphine, cette mère privée ‘’officiellement’’ de ses enfants

09/12/2019 Rénovat Ndabashinze Commentaires fermés sur Joséphine, cette mère privée ‘’officiellement’’ de ses enfants
Joséphine, cette mère privée ‘’officiellement’’ de ses enfants
Mme Kabirori avec un extrait de naissance de sa fille Bella Nkurunziza portant le nom de Madeleine Kamagajo, décédée.

Du 25 novembre au 10 décembre, seize jours d’activisme contre les violences faites aux femmes. Injures dégradantes, intimidations, coups et blessures, harcèlements et viols … Des atrocités qu’endurent certaines Burundaises. Le cas de Joséphine Kabirori, est révélateur. Récit.

Kamenge, quartier Mirango I, une zone urbaine au nord de Bujumbura. Populaires et très animées, à Mirango I les rues grouillent d’enfants, de femmes faisant du petit commerce, etc.

C’est là qu’habite Joséphine Kabirori, 32 ans. A première vue, c’est une  femme comme les autres. Aucun signe  extérieur d’une vie brisée. Aux visiteurs, elle s’efforce de dissimiler son calvaire, ses blessures internes.

Native de Kiremba, province Ngozi, c’est exactement, à la 8e avenue qu’elle a loué une maisonnette d’une chambre, et un petit salon. Quatre chaises usées, une table servent pour accueillir ses  visiteurs.

Sur les murs, des effigies de Jésus, de la Vierge Marie entourent la photo  de sa fille B. N. Après un regard effaré, elle se lâche : « Je suis ‘’mère’’ de quatre enfants, dont une fille. Mais aucun d’eux n’est enregistré à l’état civil sous mon nom. » Les yeux inondés de larmes, les joues entre ses deux mains, elle ajoute que sur tous les extraits d’acte de naissance, on y trouve le nom de sa grande sœur décédée, il y a des années.

C’est en 2002 que Pasteur Niyonkuru, un travailleur dans une boucherie au centre-ville de Bujumbura lui a proposé un mariage. Mme Kabirori était nounou chez un Sénégalais, à Rohero, commune Mukaza.

 

Orpheline de père, elle s’est rappelée le conseil de sa mère: « De grâce, ne soyez pas imprudentes, dupes. Il ne faut jamais accepter un mariage illégal. »

Le couple se fait alors enregistrer à l’état civil à Mutimbuzi. Ils louent alors une maison de 60 mille BIF par mois. Malheureusement, raconte-t-elle, presque une année après, Niyonkuru se retrouve chômeur. Pour s’adapter à la nouvelle situation financière, elle lui propose  de déménager pour une maison moins chère.

En 2003, le couple a un petit garçon. Le second va naître en 2005. Son époux se convertit en peintre et s’en va à l’intérieur du pays. « Il m’a laissé 60 mille BIF pour le loyer». Sans aucune autre  ressource, après avoir informé son époux, elle déménage vers  Gatunguru.  Là, le loyer est à 15mille BIF par mois et le reste devient un capital pour le commerce du charbon.

                      Revirement

« A son retour, il avait totalement changé : il a commencé à se saouler, à fréquenter d’autres femmes, à me dire que je ne mérite pas d’être son épouse, etc », raconte-t-elle. Des bastonnades se multiplient. « Un jour, il m’a battu. J’ai  failli avorter. Pris de panique, il m’a amené à l’hôpital».

Pour se couvrir, Pasteur Niyonkuru supplie sa femme de ne pas le dénoncer. Sans un autre sec

Brigitte Nshimirimana : « Il faut mettre en place un fonds d’aides pour ces femmes.»

ours, Kabirori accepte. Une nouvelle carte nationale d’identité lui est donnée. Ne  sachant pas lire et écrire, Kabirori ne constate rien d’irrégulier. C’est par après que ses amies lui ont montré que ce document est falsifié. On y trouve sa photo, mais avec le nom de sa sœur décédée : Madeleine Kamagajo. Idem pour les extraits de naissance de ses enfants. « Avec ces tricheries, j’ai finalement compris que mon époux veut faire comprendre à ses concubines qu’il est veuf. J’ai alors commencé à me battre».  

Pasteur Niyonkuru va alors montrer sa vraie face. Des tentatives d’assassinat. « A quelque chose, malheur est bon », dixit la sagesse burundaise. En effet, n’eussent été les inondations de Gatunguru, en 2014, elle serait déjà morte. « Dans cette nuit, il était en train de m’étrangler. J’étais entre la vie et la mort. Miraculeusement, les courants d’eau ont défoncé un mur et l’ont emporté. » Il a été sauvé par un palmier.  « Il m’accusait de lui avoir volé de l’argent». Kabirori a porté plainte, son mari a été arrêté et emprisonné. Puis relâché.

Mme Kabirori a décidé de louer sa propre maison. Mais son mari ne va pas cesser de la menacer. « Il est venu ici souvent proposer de faire l’amour, mais j’ai refusé. En retirant mon nom  des documents administratifs, il a montré qu’il me préfère morte ». 

                     Difficile à supporter, traumatisant

« Imaginez-vous quand ton enfant te demande pourquoi tu ne figures pas sur son extrait d’acte de naissance ? », lance-t-elle, d’une voix douloureuse.  Selon ses  propos, son ex-époux fait même des visites clandestines au fils aîné pour lui dire qu’il ne faut jamais dire que Kabirori est sa mère. A un certain moment et pour terroriser son ex-épouse, M.Niyonkuru s’est installé à Mirango I avec une autre femme. « Il était avec une autre femme. Souvent, ils venaient me battre ici».  C’est grâce à l’implication de l’administration que les deux ont été contraints de déménager.

Actuellement, Mme Kabirori vit du petit commerce des amarantes, des avocats, etc. Elle remercie  l’association Réseau pour assistance des victimes de violences et d’injustice sociale (REAVI-Baho) pour lui avoir octroyé un capital de 100 mille BIF. « Le Centre garde et nourrit aussi nos enfants la journée pour nous permettre d’aller vaquer à nos activités». Grâce aux bienfaiteurs, ses trois enfants étudient. Cette mère plaide pour son rétablissement dans son droit de mère. « J’ai beaucoup souffert en mettant au monde mes enfants. Quatre opérations césariennes ».

                        Un cas unique et révoltant

Selon Brigitte Nshimirimana, de l’association REAVI-Baho, ce qui est arrivé à cette mère est une violation grave des droits des femmes. « C’est incompréhensible qu’on mette au monde des enfants et qu’ils soient enregistrés sur le nom d’une autre personne. Un tel cas est unique et révoltant». Elle ajoute que les cas des violences faites aux femmes sont nombreux : des coups et blessures, des violences économiques et psychologiques, etc. « Il faut aider cette mère pour qu’elle ait des extraits d’acte de naissance la reconnaissant comme mère », interpelle-t-elle. Mme Nshimirimana plaide aussi pour la mise en place d’un fonds d’aide pour ces femmes : « Cela les aiderait à ne pas tomber dans la mendicité et de faire vivre leurs enfants. »

Nous avons essayé de rencontrer Pasteur Niyonkuru, en vain.

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