Le site de Socarti, dans la zone de Kamenge, incarne à lui seul les ambitions et les contradictions d’une politique publique. Projet pilote emblématique de la politique nationale de logements sociaux, il cristallise une promesse forte faite à des milliers de Burundais qui rêvent d’un toit.
Face à une crise urbaine profonde — pression démographique galopante, spéculation foncière débridée, réduction alarmante des terres agricoles —, le gouvernement a défini un cap ambitieux : construire 33 000 logements par an pour atteindre 530 000 unités d’ici 2040, et porter le taux d’urbanisation de 14 % à 40 %. Un système de location-vente devait permettre aux ménages modestes d’accéder à la propriété, des immeubles à plusieurs niveaux optimisant l’espace. Les contrats ont été signés en bonne et due forme.
L’architecture institutionnelle déployée semblait à la hauteur des enjeux : le MIELS (ministère des Infrastructures, de l’équipement et des logements sociaux) au pilotage, l’OBUHA (l’Office burundais de l’urbanisme, de l’habitat et de la construction) comme maître d’ouvrage, la Banque de l’habitat du Burundi comme bras financier, la Banque centrale à la régulation des flux financiers, la Regideso à la viabilisation en eau et en électricité . Sur le papier, c’était sérieux.
La réponse des citoyens l’a confirmé : plus de 50 000 demandes enregistrées pour la seule mairie de Bujumbura. Trois ans plus tard, on attend toujours Godot.
Les obstacles sont connus : mobilisation insuffisante des capitaux, déplacements de populations mal anticipés, fragilités institutionnelles persistantes. Autant de freins qui transforment une vision en mirage.
Le Burundi n’en est pourtant pas à sa première tentative : de la gratuité pour les fonctionnaires avant 1979 aux systèmes d’aide à l’acquisition des années 1990 (SIP et ECOSAT). Les leçons du passé auraient dû éclairer la conception de l’actuelle politique. Les observateurs sont unanimes : renforcer les capacités de l’OBUHA par des moyens techniques et humains , instaurer un système d’attribution transparent et audité, négocier avec la Banque de l’habitat et les banques commerciales pour proposer des crédits immobiliers à des taux préférentiels, et adapter le modèle de location-vente aux réalités économiques du pays, notamment face à la dépréciation continue du franc burundais.
La volonté politique est réelle. Mais elle ne suffit pas. Améliorer la politique de logements sociaux va bien au-delà de la construction de murs et de toits. Elle exige une vision à long terme, une gouvernance rigoureuse et une coordination véritable entre tous les acteurs. Le succès se mesurera à une seule aune : la capacité de l’État à tenir ses promesses envers ceux qui, depuis trois ans, attendent encore.






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