La construction des logements sociaux avait suscité beaucoup d’émotions chez les Burundais qui peinent à avoir ne fût-ce qu’une parcelle. Annoncé en grande pompe par l’ancien ministre ayant les logements sociaux dans ses attributions, le projet ne verra jamais le jour. L’espace érigé pour abriter ces logements n’est qu’une ruine pour ne pas dire une jungle.
En descendant la 15ème avenue de Mirango dans la zone Kamenge, une longue clôture de tôles entourant une parcelle de la taille d’un quartier tout entier ne passe pas inaperçue Les tôles, rouillées, laissent apercevoir des touffes d’herbes. A travers un trou, l’œil ne peut voir qu’une forêt épaisse.
Du haut d’un bar qui se trouve en face de la clôture, l’intérieur offre un spectacle désolant. Une forêt bien ceinturée au beau milieu d’une ville. Au milieu de la forêt, des femmes qui travaillent la terre deviennent visibles. Les chèvres qui broutent aussi.
Dans un petit coin de la parcelle, un chantier semble avoir été commencé mais laissé à ses débuts.
Un gamin sort en passant à travers les tôles. « Je garde des chèvres qui broutent à l’intérieur », dit-il. Il fait aussi savoir qu’il ne sait pas si c’est interdit d’entrer ou pas. Il n’y a pas de consigne à ce qu’il sache.
L’entrée ne pose pas de problème, mais c’est l’intérieur qui inquiète. C’est la forêt. Le serpent est le premier animal à craindre. Mais d’emblée, rien n’est visible sauf des chèvres qui broutent avec entrain. En suivant un petit sentier, on débouche sur des femmes qui labourent. « Nous ne sommes pas seules et nous ne nous inquiétons pas parce qu’il y a des policiers aussi, dans cette cabane là-bas », s’exclame l’une d’elles.
Les habitants qui vivent tout autour de la parcelle disent ne pas comprendre si cet espace a été conçu pour abriter une forêt. L’un d’eux demande qu’il soit défriché et donné à ceux qui ont des moyens pour construire. Il dit ne pas comprendre comment un projet aussi prometteur puisse tomber à l’eau comme ça sans aucune explication pendant bientôt trois ans. « C’est très rare de voir des projets aussi innovants que celui-ci aboutir ici au Burundi. C’est comme ça à chaque fois. »
C’est quoi le projet de logements sociaux ?
Le 30 janvier 2023, lors d’une conférence de presse, Dieudonné Dukundane, alors ministre des Infrastructures, de l’Équipement et des Logements sociaux à l’époque, déplorait des constructions anarchiques et la naissance des quartiers d’habitat spontané dans les centres urbains. La construction des logements sociaux faisait partie des solutions proposées par le ministère pour mieux organiser les villes burundaises.
« A travers tout le pays, on observe des constructions anarchiques. Nous avons entrepris l’élaboration des schémas directeurs des centres urbains pour que nos villes, qui grandissent du jour au lendemain, puissent être bien organisées », martelait-il.
Pour lui, l’approche préliminaire était la délimitation du périmètre des centres urbains pour qu’à l’intérieur toute construction soit organisée en attendant que ces schémas directeurs détaillés soient produits.
Il a fustigé l’administration qui laissait la naissance des quartiers d’habitat spontané et des constructions anarchiques, surtout en mairie de Bujumbura. « On a entendu qu’il y a des administratifs qui demandent des pots-de-vin aux gens pour leur permettre de construire. Seuls les services habilités du ministère des Infrastructures peuvent donner la permission de construire. »
Selon lui, il fallait prendre des mesures adéquates pour éradiquer toutes ces tricheries. « Nous ne pouvons pas continuer avec cette tendance des quartiers densément peuplés où la population n’a pas accès à l’eau potable, à l’électricité et aux routes ».
La ruée vers un mirage
Le 1ᵉʳ février 2023 commence l’enrôlement des demandeurs de logements au bureau de liaison de l’Office burundais de l’Habitat à Bujumbura. A 10 h, une dizaine de personnes attendaient leur tour devant les cinq ingénieurs nommés par le ministre en charge des logements sociaux.
L’enregistrement n’était pas automatique. Trois documents étaient exigés. Il s’agissait d’une photocopie de la carte nationale d’identité, une l’attestation de composition familiale et d’une attestation de résidence.
« C’est cette phase qui déterminera le nombre de demandeurs de logements sociaux. En parallèle, une autre équipe est en train de finaliser la conception du plan de ces appartements », avait souligné Egide Nijimbere, secrétaire permanent du ministère de tutelle.
Le quartier dit Socarti de la zone Kamenge, commune Ntahangwa, habité par des déplacés de la crise de 1993, fait partie des sites concernés par le programme de construction des logements sociaux.
Toutes ces démarches seront vaines parce que rien ne sera fait jusqu’à aujourd’hui. Les questions ne cessent de traverser les esprits des Burundais désireux d’avoir un toit.
Des déplacés sans destination
Au mois d’avril de la même année, les déplacés du quartier Socarti ont commencé à vider les lieux sans aucune destination connue. « Personne ne s’oppose à ce projet du gouvernement. Mais, il faut qu’on soit consulté pour que nous donnions nos points de vue. Car, nous venons de passer plusieurs années ici et nous n’avons pas où aller », confiait B.K., un sexagénaire de ce quartier.
La majorité des habitants étaient des déplacés ou leurs descendants et ils demandaient, en suppliant, au gouvernement de leur venir en aide.
« Le projet est parti avec le ministre. »

Après le lancement en grande pompe, un silence s’est formé autour du projet. Avec le départ du ministre initiateur, plus rien ne sort de la bouche des autorités quant à la poursuite du projet. Les demandeurs qui s’étaient fait inscrire n’ont aucune information officielle.
Faustin Ndikumana, directeur national de Parole et action pour le réveil des consciences et l’évolution des mentalités, Parcem, fait savoir que le projet est parti avec le ministre. « S’il avait été là, j’allais dire quelque chose. Mais, maintenant je n’ai rien à dire. »
Contacté à ce sujet, Léonidas Nibigira, directeur général de l’Office burundais de l’habitat urbain, Obuha, joint par téléphone, dira qu’il est « dans des travaux » mais ne répondra jamais aux questions lui envoyées.







Charte des utilisateurs des forums d'Iwacu
Merci de prendre connaissances de nos règles d'usage avant de publier un commentaire.
Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes, antisémites, diffamatoires ou injurieux, appelant à des divisions ethniques ou régionalistes, divulguant des informations relatives à la vie privée d’une personne, utilisant des œuvres protégées par les droits d’auteur (textes, photos, vidéos…) sans mentionner la source.
Iwacu se réserve le droit de supprimer tout commentaire susceptible de contrevenir à la présente charte, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois, promotionnel ou grossier. Par ailleurs, tout commentaire écrit en lettres capitales sera supprimé d’office.