Entre des robinets désespérément secs, des factures qui explosent chez les revendeurs informels et une course effrénée aux forages privés, la population affirme que la capitale politique du Burundi joue avec le feu. La ville de Gitega préparerait une catastrophe écologique sans précédent.
Dans les quartiers comme Shatanya, Magarama, Yoba, Nyabugogo, Nyabisindu ou Bwoga, l’eau ne coule plus dans les robinets. Ce qui était autrefois un service public de base est devenu un business juteux pour les vendeurs improvisés. Le prix d’un bidon de 20 l change chaque jour. Si aujourd’hui il est à 1 500 FBu, demain il peut coûter facilement 2 000. « On ne discute plus. C’est prendre ou à laisser », indique un habitant de Nyabisindu.
Pour beaucoup de familles, on dépense plus en eau qu’en nourriture. « Si on a des enfants mineurs qui rentrent de l’école sales, la tache devient beaucoup plus difficile », déplore la prénommée Caritas de Yoba. Elle fait observer que même les domestiques en souffrent beaucoup. D’après cette mère de famille, le salaire d’une femme de ménage dépend de la disponibilité de l’eau dans le quartier.
Quand on demande aux habitants des nouveaux quartiers combien de fois l’eau de la Regideso coule dans leurs robinets, la réponse est toujours la même : au lieu d’acheter le compteur d’eau et la tuyauterie, vaut mieux acheter beaucoup de bidons pour aller puiser là où l’eau est disponible. Cette pénurie force les ménages les plus précaires à utiliser l’eau sale.
Multiplication des forages individuels
Estimant que la Regideso ne viendra pas à leur secours, ceux qui en ont les moyens se débrouillent autrement. Les forages individuels se multiplient à une grande allure. « Pourquoi attendre ce qui n’arrivera jamais. Je l’ai fait parce que j’ai constaté que je perds beaucoup d’argent en payant tous les jours les vendeurs d’eau et que les clients fuyaient mon établissement », souligne un propriétaire d’un hôtel à Gitega.
Au regard de certains, cette alternative des gens aisés risque de rendre la situation plus difficile qu’avant. Selon eux, on pourrait y voir une forme de résilience alors qu’il s’agit d’une illusion. La nappe phréatique de Gitega baisse chaque jour. En creusant partout de manière anarchique et sans étude d’impact, ils trouvent que ces forages improvisés assécheront davantage la ville. « C’est l’anarchie totale. Les gens pensent se sauver, mais ils accélèrent l’assèchement des sources naturelles. On ajoute le drame au drame », confie un technicien local sous couvert d’anonymat.
Ça doit cesser
La population de Gitega ne comprend pas pourquoi les particuliers parviennent à creuser dans la roche et avoir de l’eau au moment où l’entreprise publique comme la Regideso compte toujours sur ses veilles équipements. « Au lieu de laisser à toute personne qui le veut de se servir sur la nappe phréatique, il faut que la Regideso s’en charge elle-même dans tous les quartiers », propose le prénommé Ignace.
Dans les bureaux de l’administrateur de la commune Gitega, le discours se veut catégorique. Le forage d’eau dans les quartiers doit cesser car, l’eau est une ressource rare. On ne peut donc pas permettre qu’elle soit privatisée. « Il y’a des règles strictes à suivre. Si on laisse les gens le faire n’importe comment, nous risquons de créer des catastrophes. La nappe s’épuise et elle ne revient pas. En plus, ça peut causer des maladies si cette eau est proche des latrines. »







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