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Crédits : l’OBR et le ministère de la Fonction publique à couteaux tirés

Les institutions des Micro Finances (IMF) et établissements financiers, sans guichets de paiement, viennent de passer trois mois sans accorder des crédits à leurs clients. Le ministère de la Fonction Publique les a recommandés de payer 50 Fbu par opération bancaire. Et l’OBR veut récupérer cet argent…

« J’avais déjà planifié un projet de culture du riz. Arrivé à la Banque Nationale de Développement (BNDE) en février 2012, j’ai appris qu’elle n’octroie plus de crédits », annonce un habitant de la commune de Gihanga, province Bubanza. Pour lui, il fallait au moins communiquer publiquement le motif de gel des crédits. Il s’étonne aussi de cette décision alors que ces institutions utilisent leur propre argent. Un enseignant qui a un compte dans une IMF ne se retient pas : « C’est la faute aux autorités du ministère de la Fonction Publique qui veulent gérer illégalement l’argent alors que seul le ministère des Finances peut désigner qui peut le faire ou non. » Pour lui, alors que les fonctionnaires qui touchent de maigres salaires parviennent très difficilement à joindre les deux bouts du mois, ce n’est pas le moment de bloquer l’octroi des crédits. N.B., une commerçante ne sait plus quoi faire. Elle cherchait chaque fois des crédits et découverts dans une des institutions de micro finance pour aller importer des habits au Kenya et en Ouganda. D’après elle, aujourd’hui, elle parvient difficilement à nourrir sa famille, car son activité commerciale est presque paralysée. « Vaut mieux que ces IMF ferment si elles ne parviennent pas à nous servir », lance-t-elle, furieuse. Au niveau des IMF et établissements financiers qui n’ont pas de guichets de paiement, lorsqu’un fonctionnaire a besoin d’un crédit, il s’adresse à la Fonction publique. Celle-ci fait des retenus sur son salaire et les verse sur leurs comptes. Pour cela, ce ministère a demandé à ces IMF et établissements financiers sans guichet de paiement, de payer 50 Fbu par opération par personne et par mois pour les deux opérations de crédit et d’épargne. Informé de l’existence de ces fonds, l’OBR a voulu les gérer, mais le ministère de la Fonction publique a refusé.

« Verser l’argent au compte du trésor public »

« Je vous serais gré d’instruire vos services compétents pour le versement de toutes les recettes perçues par la direction générale des traitements (DGT ) au trésor public conformément à la loi des finances. » Ceci est un extrait d’une lettre du commissaire général de l’Office Burundais des Recettes (OBR) à la ministre en charge de la Fonction Publique, Annonciata Sendazirasa. Cet argent constitue, selon le commissaire général de l’OBR, Kieran Holmes, une recette non fiscale au sens de la loi du 31 décembre 2011 portant budget général de l’Etat pour l’exercice 2012 : « Il doit absolument être versé sur le compte du trésor public n°1101/001.04 ouvert dans les livres de la Banque de la République du Burundi (BRB). » Le commissaire général de l’OBR a, par ailleurs, exigé à la ministre de réserver une copie de chaque facture à l’OBR « pour un meilleur suivi du recouvrement des montants dus et pour la comptabilité des recettes réalisées. »

Une fin de non recevoir

« Nous ne pouvons pas instruire nos services d’exécuter des activités qui ne rentrent pas dans les missions et attributions du ministère », répond la ministre en charge de la Fonction Publique. Annonciata Sendazirasa suggère au commissaire général de l’OBR de consulter le décret du 9 juin 2008 disposant le recouvrement de ces fonds par la DGT.  Et de lancer : « Nous comprenons très bien votre souci de faire des rentrées dans le trésor public, mais nous devons rester dans les limites des missions nous confiées par le gouvernement. » Après ces tracasseries, l’OBR aurait demandé aux institutions de micro finance et établissements financiers en question de ne plus donner cet argent à la Fonction publique, selon une source. Et, révèle-t-elle, le ministère de la Fonction publique aurait instruit aux employés de la direction générale des traitements de ne plus servir les IMF et les établissements financiers sans guichet de paie.

Des disputes et des victimes

L’OBR et la Fonction publique se disputent. Chacun a besoin de l’argent donné par une IMF ou un établissement financier. Mais sûrement qu’ils grignotent sur l’argent du client- première victime- pour payer. Et selon une source, au moment où l’OBR voulait saisir cet argent logé à la Poste, la Fonction publique l’aurait migré à la BBCI. L’OBR aurait saisi la Brigade Spéciale Anti-corruption pour détournement, continue la même source.

Que cache donc la gestion de cet argent ?

Cette mésentente entre l’OBR et la Fonction publique aura des conséquences fâcheuses. Les fonctionnaires n’auront plus facilement droit aux crédits. Par conséquent, ils ne pourront plus planifier et exécuter des projets de développement. En outre, dans les pays moins développés, surtout, la micro finance octroie des crédits communautaires aux populations qui ont peu de moyens pour éradiquer la pauvreté. Aussi, il sera très difficile aux IMF et établissements financiers de recouvrer les dettes dues par les contractants des crédits. Ce qui pourrait les ruiner. Donc, bonjour le chômage de leurs employés. Car certains seront obligés de fermer, d’autres de réduire le capital ou renvoyer une partie de leurs personnels.

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