Introduite en 2006, la politique de gratuité scolaire au Burundi a d’abord concerné le cycle primaire avant d’être étendue jusqu’en 9e année en 2012. C’était dans le cadre d’une réforme du système éducatif. La mesure a été saluée par les parents et les syndicalistes mais elle présente plusieurs défis.
Selon les rapports du ministère en charge de l’Éducation, la politique de gratuité scolaire a fortement augmenté le nombre d’élèves, passant de 1 473 893 avant 2006 à près du triple en 2019-2020. Entre 2018 et 2023, plus de 354 000 élèves supplémentaires ont été enregistrés. Cette croissance s’est accompagnée d’une multiplication par quatre du nombre d’écoles en 20 ans. Par ailleurs, le recrutement des enseignants a été renforcé chaque année et le budget de l’Éducation représente désormais plus de 20 % du budget national. Il couvre les frais de fonctionnement et le matériel didactique.
Cette dynamique s’est également traduite sur le plan budgétaire. Le budget de l’État, exercice 2024-2025 dépassait en effet les 626 milliards de francs burundais, dont plus de 5 milliards pour la compensation des frais de scolarité et plus de 89 millions pour l’assurance scolaire. En 2023-2024, le ministère de l’Éducation disposait d’une enveloppe de plus de 460 milliards incluant notamment plus de 5 milliards pour les frais de scolarité, 130 millions pour le matériel pédagogique et 15 millions pour la campagne “Éducation pour tous”. Le budget de l’État exercice 2022-2023 ne s’affiche malheureusement pas sur le site Web du ministère des Finances.
Pour les parents de la province de Butanyerera, cette politique de gratuité a permis aux parents incapables de payer les frais de scolarité pour leurs enfants, de pouvoir les envoyer à l’école, et surtout la jeune fille qui était reléguée à l’arrière-plan au profit du garçon.
« Dans ma zone natale, les intellectuels se comptaient au bout des doigts avant cette mesure. Mais, grâce à cette dernière, le taux de scolarisation a augmenté, de même que les lauréats de diverses filières, des universitaires y compris. » témoigne Pierre-Claver Nzeyimana, un parent natif de la zone Mparamirundi de la commune Ngozi.
Des contributions persistent
Certains parents de la province de Gitega saluent la politique de gratuité scolaire. Toutefois, ils relèvent qu’ils doivent encore s’acquitter de diverses contributions, notamment pour la construction des salles de classe, la rémunération des veilleurs de nuit, l’organisation des examens communs.
« Premièrement, nous avons contribué à la fabrication des briques et, deuxièmement, nous avons versé de petites contributions de 4 000 FBu par élève. » témoigne un parent de la colline Mahonda en commune Gitega
Ils ajoutent qu’il y a encore des écoles fondamentales qui exigent des contributions de parents pour l’achat des compteurs d’eau et d’électricité ou pour payer l’eau et l’électricité de la Regideso consommées et des contributions pour l’achat d’un portail à installer à l’entrée de l’école.
Telle est aussi la situation dans la province de Butanyerera où des parents des communes Makamba et Nyanza dénoncent les contributions exigées dans certaines écoles fondamentales. Ils rapportent que des directeurs demandent entre 2 000 et 10 000 francs par élève pour la construction de salles de classe. Une charge difficile à supporter, selon eux, au vu de leurs moyens limités.
Les parents demandent que l’enseignement fondamental soit gratuit, comme prévu par la politique en place. Ils déplorent le fait que certains élèves soient renvoyés pour n’avoir pas payé certaines contributions. Ce qui nuit à leur motivation. Ils demandent également à l’État d’augmenter le budget de fonctionnement des écoles fondamentales afin de mettre fin à ces contributions.
Une gratuité à consolider
Jean Samandari, président de la coalition Bafashebige, souligne que malgré l’augmentation du nombre d’enfants scolarisés grâce à la gratuité scolaire, de nombreux défis persistent. L’insuffisance de bancs-pupitres et de matériel scolaire affecte par exemple la qualité de l’enseignement, en particulier dans les écoles rurales et celles à forte densité d’élèves.
« Dans certaines écoles, on trouve entre 3 et 5 élèves, ou 6, par banc, un banc qui est conçu pour 2 élèves. D’autres élèves écrivent à même le sol. On les a vus, même ici à Bujumbura, à l’intérieur du pays, surtout à la rentrée scolaire au niveau du premier cycle de l’école fondamentale. »
Selon lui, pour remédier à cela, la gratuité scolaire doit être accompagnée d’un investissement massif et planifié, notamment dans la construction et la réhabilitation des salles de classe et la distribution équitable du matériel pédagogique de base. Il appelle les autorités compétentes à agir rapidement pour améliorer ces conditions dans l’intérêt des enfants.
M. Samandari insiste également sur la nécessité d’un investissement durable dans les enseignants. Il appelle à un recrutement progressif pour réduire le nombre d’élèves par enseignant, à une formation continue obligatoire adaptée aux réalités du terrain ainsi qu’à l’amélioration des conditions de travail et à la motivation du personnel enseignant.

Herménégilde Burikukiye, secrétaire permanent et coordinateur des programmes d’enseignement fondamental et post-fondamental au sein du ministère de l’Education souligne les progrès réalisés grâce à la politique de gratuité, avec un taux brut d’admission passé de 82 % en 2005 à 135 % en 2025, notamment pour les filles.
Il note cependant que l’afflux important d’élèves engendre des défis tels que le manque de salles de classe, de bancs et de matériel pédagogique. Ce qui conduit certains élèves à abandonner l’école.
Selon lui, les parents doivent maintenant comprendre que l’éducation des enfants leur revient, qu’ils doivent toujours continuer à faciliter l’apprentissage.
M. Burikukiye fait savoir que les frais de scolarité ne sont certes plus payés par les parents, mais que ceux-ci continuent, néanmoins, à prendre en charge l’achat des fournitures scolaires. « La suppression du paiement du minerval par l’État ne signifie pas que tous les besoins des élèves sont automatiquement couverts par l’école. Les parents doivent toujours contribuer pour faciliter l’acquisition de certains matériels scolaires. »





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