Lancé en 2019, le programme de financement des coopératives Sangwe devait constituer un levier majeur de développement local. Mais, sur le terrain, le remboursement des fonds accordés peine à suivre. La mauvaise préparation des projets, les aléas climatiques et les difficultés de gestion sont indexées parmi les principales causes, plongeant la majorité des coopératives dans une situation financière critique.
L’ordonnance ministérielle conjointe des ministères de l’Intérieur et du ministère des Finances du 28 septembre 2019, portant sur les modalités pratiques de répartition, de transfert, d’utilisation et de remboursement des fonds alloués aux projets de développement des collines stipule que les prêts accordés aux coopératives sont sans intérêt et remboursables dans un délai de deux ans, une exigence qui est loin d’être respectée par les coopératives Sangwe.
Dans plusieurs communes, certains bénéficiaires justifient les retards de remboursement par l’insuffisance des fonds alloués. C’est le cas de la coopérative Sangwe de Sororezo, dans la commune Mukaza.
Sylvérien Ciza, responsable de cette coopérative, affirme que les 10 millions de FBu reçus en 2019 n’ont servi qu’à la planification des projets.
Il explique que sa coopérative avait présenté trois projets dans des domaines différents, à savoir le commerce, la pisciculture et l’agriculture. « Cela fait huit ans que nous sommes actifs. Mais, avec ces trois projets et les fonds reçus, nous sommes incapables de rembourser », déplore-t-il.
Dans la zone Buyenzi, le manque de compétences adéquates dans l’élaboration des projets est pointé comme principale cause de l’échec. « La précipitation a entraîné de mauvais résultats », affirme Éric Niyongabo, secrétaire de la coopérative Sangwe.
Selon lui, certains projets ont échoué tandis que d’autres peinent à produire des résultats satisfaisants. « Pour le moment, nous avons réussi à rembourser 510 000 FBu sur un total de 20 millions empruntés ».
Le représentant de cette coopérative évoque également la complexité des procédures de remboursement comme facteur aggravant.
Des débuts fragilisés par des failles de préparation
Plus au nord du pays, dans la commune Kayanza, en province de Butanyerera, le même constat d’échec s’observe. Parmi les 13 coopératives Sangwe ayant bénéficié de ces prêts, seules 20 % ont entamé le processus de remboursement. Parmi les raisons avancées, on cite notamment l’absence de dividendes causée par les aléas climatiques.
C’est le cas de la coopérative Tubiri qui avait investi dans l’agriculture et l’élevage de porcs. Selon sa présidente, Estelle Ngabire, tout le bétail a été décimé par une épidémie. Ce qui a entraîné des pertes considérables. « La première phase a été un échec total. Pour compenser ces pertes, nous nous sommes tournés vers l’élevage des chèvres réputées plus résistantes et prolifiques ».
Mme Ngabire souligne que le remboursement reste difficile dans un contexte marqué par des facteurs essentiellement exogènes. Selon elle, le gouvernement ne devrait pas imposer un remboursement de manière rigide. « Il faut procéder progressivement pour éviter d’aggraver la situation. Certaines coopératives risquent de disparaître à la longue ».
Des obstacles multiples sur le terrain
Outre les aléas climatiques, pour les coopératives Sangwe de la province de Gitega qui avaient investi dans l’agriculture, les difficultés de remboursement s’expliquent en grande partie, selon leurs responsables, par la pénurie d’engrais, notamment ceux de Fomi ainsi que par les contraintes liées au nouveau découpage administratif. « Nous parcourons plus de trente kilomètres pour atteindre le chef-lieu de la commune Gitega. Cela entraîne des coûts supplémentaires, notamment pour le transport et la restauration ».
Ils précisent que ces déplacements restent indispensables pour la transmission régulière des rapports.
Malgré les difficultés de remboursement, les responsables des coopératives Sangwe demandent au gouvernement de leur accorder des fonds supplémentaires pour achever leurs projets. « Nous travaillons depuis 2018 sans réelle récompense. Nous exhortons le gouvernement et le Fonic à nous accorder davantage de moyens », ont-ils souligné, tout en indiquant qu’à défaut, l’avenir de leurs coopératives s’annonce incertain.
Toutefois, certaines coopératives font exception. Dans la zone Kigwena de la commune Rumonge, les résultats sont par exemple très encourageants. Marie-Thérèse Gacumi, responsable de la coopérative Sangwe de Gashasha, indique que les 15 millions de FBu investis dans l’élevage ont été fructueux. « Nous avons accordé de petits crédits aux membres, remboursables avec un intérêt de 5 %. Ce qui a permis de faire croître notre capital ».
Ainsi, la coopérative dispose, d’après cette responsable, de 30 millions de FBu en circulation et ne rencontre aucune difficulté de remboursement.
« Des ajustements pourraient être envisagés »
A l’origine, le programme à l’appui des coopératives visait à accroître la production agricole, à lutter contre le chômage notamment chez les jeunes et à réduire la pauvreté au sein des ménages. Au cours de l’année budgétaire 2019-2020, plus de 29 milliards de FBu ont été alloués à plus de 2 900 coopératives Sangwe. Chacune a reçu 10 millions de FBu sans intérêt comme capital de départ.
Ainsi, depuis l’exercice budgétaire 2020-2021 jusqu’en 2025, cette enveloppe a continué d’augmenter pour atteindre 87 milliards de FBu.
Un rapport provisoire du ministère des Finances, du Budget et de l’Economie numérique du 31 décembre 2024, révèle que plus de 5 milliards de FBu accordés aux coopératives Sangwe dans les communes de Kirundo et Ruyigi restent impayés.
Pour Ernest Mitsinda, chargé de la promotion des coopératives à l’Agence nationale de la promotion et la régulation des sociétés coopératives (Anacoop), le constat est préoccupant.
D’après cette autorité, près de 38 % des coopératives n’ont pas utilisé correctement les fonds, à la suite notamment de la faible rentabilité des projets, du manque de leadership ainsi que des conflits internes entre membres.
Le directeur national de l’Anacoop, Evrard Ndayikeje, souligne pour sa part que certaines coopératives ont déjà entamé le remboursement et que des mécanismes d’encadrement et de suivi sont en cours afin d’améliorer la situation.
Il précise également que le dispositif de remboursement repose sur les comptes des communes avant le transfert vers la Banque centrale du Burundi (BRB). Il fait savoir que des ajustements pourraient être envisagés en fonction des réalités constatées sur le terrain.
Par ailleurs, M. Ndayikeje met en garde contre toute généralisation des cas de défaillance. « On ne peut pas tolérer que certaines coopératives aient échoué sans vérification. Une enquête sera menée pour déterminer si elles ont réellement cessé leurs activités ou si elles sont en situation de faillite ».
Réaction
Gabriel Rufyiri : « Le programme a souffert d’un manque d’encadrement et de suivi »
Le président de l’Olucome estime que la mise en œuvre des coopératives Sangwe a été dès le départ entachée de perceptions politiques. Selon lui, une partie de l’opinion considère cette initiative comme un « cadeau » destiné aux membres du parti au pouvoir. Ce qui a influencé le faible taux de remboursement.
En plus des accusations de clientélisme, il considère que le programme a souffert d’un manque d’encadrement et de suivi. Pour lui, la réussite de cette politique passe par la mise en place d’un comité de suivi garantissant la transparence, l’inclusivité et une meilleure sensibilisation des bénéficiaires.
M. Rufyiri plaide pour des coopératives réellement inclusives, un encadrement rigoureux ainsi qu’un mécanisme efficace de recouvrement afin d’assurer la viabilité du programme.








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