Économie

Uprona : des biens spoliés ?

05/06/2017 Agnès Ndirubusa 11

Des voix s’élèvent au sein de ce parti pour protester contre la vente des biens du parti de Rwagasore. Son président parle plutôt de rentabilisation de ce parti.

Toujours en constructions, la salle de cérémonies et les deux terrains sportifs à Kumugumya.
Toujours en constructions, la salle de cérémonies et les deux terrains sportifs à Kumugumya.

Le torchon brule au sein de l’Uprona. Des protestations fusent de partout. Que ce soit du côté de l’Uprona institutionnel comme celui de l’opposition. Tous convergent vers une cause à défendre, les propriétés foncières. En jeu, une parcelle de Kamenge de 1ha, 2ares, 83ca vendue à l’entreprise Kamenge Business Center à 700 millions de nos francs selon le contrat de vente dont l’on a pu se procurer une copie. Il s’agit également d’une maison se trouvant au boulevard de l’Uprona qui abritait jadis l’imprimerie du parti, en passe d’être vendue. Les sources concordantes attestent qu’un nommé Rurimirije voudrait se porter acquéreur de la maison. Les tractations seraient en cours.

Du côté de l’Uprona institutionnel, une source haut placée qui a requis l’anonymat pointe du doigt le président du parti, Abel Gashatsi ainsi que le vice-président de la République, Gaston Sindimwo comme étant à l’origine de ce qu’il appelle les dilapidations des biens du parti. « Nous avons appris que la vente de la parcelle de Kamenge a coûté plus d’1 milliard. La question est de savoir où sont allés les 300 millions ? »

Une autre source, toujours du clan de Gashatsi et Sindimwo, émet également des doutes quant à la bonne gestion de l’argent issu de cette vente. « Nous réclamons un audit externe pour savoir comment cet argent a été utilisé. »
Il fait savoir que Gaston Sindimwo et Abel Gashatsi ont convoqué le Bureau exécutif la semaine dernière pour les inciter à vendre la fameuse maison du Boulevard de l’Imprimerie. Sauf que celui-ci a dit niet : pas question d’engager une autre vente. « Nous mettons en garde tout acquéreur qui voudrait acheter un bien du parti Uprona sans recueillir toutes les signatures requises. » Selon notre source, une consigne a été donnée aux Badasigana : « Ne les laissez plus vendre vos terres. »

Les protestations, on les retrouve également au sein de l’Uprona de l’opposition. Tatien Sibomana, un des leaders de l’Uprona de l’aile non institutionnelle, se dit consterné par la volonté délibérée des organes qu’il qualifie d’illégaux et illégitimes qui se disent à la tête du parti aujourd’hui. « Une volonté sans cesse croissante de spolier les propriétés du parti Uprona. »

Evariste Ngayimpenda, président ai de l’Uprona de l’opposition a de son côté adressé une correspondance au Directeur des titres fonciers, avec copies à tous les notaires, au bâtonnier de l’ordre des avocats ainsi qu’à toutes les banques. Cela au nom Comité central du parti Uprona élu en 2009. L’objectif étant qu’en définitive, l’opération de vente illicite qui doit être clôturée par cession de propriété n’aboutisse pas. « Nous avons avisé la direction des titres fonciers à temps pour que cette opération ne soit pas avalisée par la direction censée être garante de la légalité du transfert de propriété dans ce pays. »


Abel Gashatsi balaie ces accusations d’un revers de main

 

Abel Gashatsi, sa direction accusée de dilapider les biens de l’Uprona
Abel Gashatsi, sa direction accusée de dilapider les biens de l’Uprona

Le président du parti Uprona reconnu par les institutions conteste et parle de mauvaises langues jalouses de son bilan, à moins d’une année passée à la tête du parti. Il indique que l’actuelle direction a hérité d’un parti en difficultés liées à l’organisation et aux finances. En clair, les caisses étaient vides. Il évoque un crédit à la Bbci contracté par ses ainés en 2005 d’une valeur de 50 millions. Suite aux irrégularités et au retard lié au non-paiement, cette dette a atteint les 147 millions. La banque menaçait de confisquer le terrain de Cefa situé en zone Jabe, de la ville de Bujumbura. Ainsi que celui se trouvant au chef-lieu de la province Bururi abritant la permanence du parti. Terrains donnés en guise d’hypothèques. Abel Gashatsi parle également d’un terrain de Cibitoke en mairie de Bujumbura qui a été vendu à l’archidiocèse de Bujumbura entre 2006 et 2007.

Arrivé aux manettes en août 2016, le patron de l’Uprona a indiqué avoir promis aux badasigana de revaloriser et de rentabiliser le patrimoine du parti. C’est ainsi qu’il a mandé le président du Conseil supérieur d’orientation du parti Uprona de faire savoir au Conseil des difficultés que connait le parti. Une réunion du Bureau exécutif a également été convoquée. Au final, une décision a été prise. La vente d’un terrain se trouvant à Kamenge, « qu’occupait la population, qui ne rapportait pratiquement rien au parti ». Une affaire à hauteur de 700 millions. Et ce sont 650 millions qui ont atterri dans les caisses de Kumugumia, après le paiement des commissions. Le rapport de gestion de cette somme a été donné au Bureau exécutif du parti, ce vendredi le 28 mai. « Et tous les membres de ce bureau ont apprécié le travail que l’actuelle direction. »

Après avoir mis de côté une somme qui pourrait aider notamment aux prochaines élections, l’argent a servi à liquider le crédit contracté à la Bbci. Et récupérer les terrains de Bururi et Cefa. Elle a aussi facilité à ramener la parcelle de Cibitoke, vendue à 60 millions à l’archidiocèse de Bujumbura. Construire une salle de cérémonie ainsi que les terrains de volleyball et de basketball à Kumugumia.

Fièrement, le patron de l’Uprona a montré ces preuves. De l’attestation de non-redevabilité délivrée par la Bbci d’un crédit de 147 millions qui a été négocié et payé à 97 millions, un acte de renonciation au mandat d’hypothèque des deux terrains. En passant par une convention d’arrangement à l’amiable avec l’archidiocèse de Bujumbura sanctionnée après avoir remboursé les 60 millions en date du 9 février 2017. Dans sa pile de preuves, il y a aussi l’accusé de réception du titre de ce terrain. Ainsi que le papier attestant le placement de la somme à la banque. Des documents bien conservés dans un coffre-fort. Gashatsi parle aussi de rénovation du bureau du chef, faisant remarquer au passage un plafond flambant neuf, ainsi que le climatiseur qui défie la chaleur de Bujumbura. Et de déclarer : « La direction actuelle parvient de récupérer des terrains vendus et hypothéqués par nos ainés. Elle construit une salle de conférence et des terrains de sport. Cela en moins d’une année. Qui dit mieux ?». »


Quid les textes ?

 

Evariste Ngayimpenda contre une volonté de spolier les propriétés du parti Uprona
Evariste Ngayimpenda contre une volonté de spolier les propriétés du parti Uprona

Le vice-président et président ai de l’Uprona de l’opposition, Evariste Ngayimpenda parle de ventes frauduleuses. Il évoque les arrêts Rap 34 35 et 36 rendus par la Chambre Administrative de la Cour suprême en date du 11 septembre 2012. Selon cette cour, seul le Comité Central élu en 2009 demeure l’organe légal de décision du parti. Evariste Ngayimpenda affirme également qu’en vertu de l’alinéa 2 de l’article 49 des statuts de cette formation politique, seul le comité central est compétent pour décider de la disposition des biens immeubles du parti. En conséquence, selon lui, toute convention de vente ou de cession sous quelque forme que ce soit demeure illégale pour autant qu’elle ne soit pas l’émanation d’une décision de cet organe délibérant selon les règles qui régissent et qui sont consignés dans son règlement d’ordre intérieur, spécialement en son article 33al 2.

A cet effet, le comité central du parti Uprona élu en 2009 met en garde tout acheteur qui aura acquis les biens du parti par « les organes du pseudo-congrès de Gitega du 16 septembre 2012 , des fameux Etats Généraux du 22 juillet 2014 et surtout du dernier pseudo-congrès ayant engendré les organes actuels ou serait tenté de le faire » Il déconseille l’acheteur et l’invite plutôt à le restituer sans délai car selon Ngayimpenda, qui a parlé pour le Comité central de 2009 , « l’acheteur sera considéré comme un acquéreur de mauvaise foi avec les conséquences juridiques que cela comporte. » En effet selon Evariste Ngayimpenda, « tous ces pseudo-organes qui se sont succédé jusqu’ici sont illégaux au vu des statuts du parti Uprona et des arrêts précités de la chambre administrative de la cour suprême et n’ont donc aucune qualité de disposer des biens du parti. »

Un comité central qui n’en est pas un, rétorque Abel Gashatsi qui fait valoir le statut d’Uprona reconnu par les institutions, le seul permis de travailler légalement au Burundi. Avec, selon lui, un Comité central et le Bureau du comité exécutif qui sont toujours consultés quand il s’agit d’une décision à prendre.

Par ailleurs, le patron de l’Uprona indique que les contestations internes au sein de l’Uprona institutionnelle ne sont pas liées à la mauvaise gestion de la direction. Selon Abel Gashatsi, le poste jusqu’ici vacant de député du Parlement Est africain, a été convoité par des personnes qui ont mené des tractations et des pressions ici et là, en vain. Il revenait à la direction de l’Uprona de désigner la personne qui pour elle semblait plus à même de représenter le parti. C’est ainsi qu’a été désignée Marie Claire Burikukiye. « Ce sont ces contestataires qui maintenant colportent des accusations sans fondement. »

Forum des lecteurs d'Iwacu

11 réactions
  1. Jean Bigirimana.

    Mwagomba baveho ataco basamuye?

  2. juju

    Les biens de ces partis uniques devraient etre nationaliser et non voler par des particuliers. Uraba wumva dd nawe ruriye abandi rutakwibagiye.

  3. mayugi

    Ntigacika Michel (président ), Jean Berchmans (Vice-président), Cyrille (Correspondant ABP Ngozi), Jacqueline (secrétaire du bureau du parti Ngozi) et un autre Cyprien qui travaille à l’inspection de l’enseignement Ngozi. Je n’ai pas d’autres précisions. Affaire à suivre!

  4. Karundi

    Egooo, OBR nije kuri iyo dossier, objectifs zibe atteints, hama Rufyiri na Faustin babe baravuza iminwa ngo nta mahera yinjira mu kigega. Allez l’OBR!!!

  5. jean

    Kumugumia…!!!

  6. cleg

    il faut verifier si l’UPRONA a payé les impôts sur ces ventes. il y a lieu que l’OBR puisse recouvrer quelques millions pour le trésor public

  7. RUGAMBA RUTAGANZWA

    Les êtres humains ont une croyance infinie à tout prendre pout acquis. Or la chance ne donne pas. Elle prête. Je plains tous ceux qui sont entrain d’acheter les biens mal acquis appartenant au parti de RWAGASORE. Ils seront vus quand la justice sera libérée, rétablie pour frapper de façon juste sans être sous ordre commandé.

  8. KABADUGARITSE

    Abo bo ni bande ko mutatubarira abaribo, amabanga yabo n’amazina y’umuryango. Tout le monde c’est “Marie” …

  9. KABADUGARITSE

    Serugo agurishije itongo aba ashaka kwangaza umuryango.-

  10. Rurihose

    La gestion du parti UPRONA est à l’age du pays: Catastrophique

  11. mayugi

    Le même cas de la dilapidation des biens de l’UPRONA s’observe à l’intérieur du pays surtout à Ngozi ( la fameuse salle de gymnastique et l’espace de car wach tout près de l’hotel de plateaux). Michel, Jean Berchmans, Cyrille et Jacqueline seraient les principaux acteurs dans ce mafia. Affaire à suivre!

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