Mercredi 29 mai 2024

Économie

Anagessa : Le souffle du changement ?

15/04/2024 et Commentaires fermés sur Anagessa : Le souffle du changement ?
Anagessa : Le souffle du changement ?
Le Premier ministre a tapé du poing sur la table qu’au plus tard, vendredi 12 avril, tous les arriérés doivent être payés

Dans une réunion avec tous les administrateurs provinciaux, communaux et les acteurs impliqués dans la campagne d’achat du maïs, le lundi 8 avril 2024, le Premier ministre, Gervais Ndirakobuca, a appelé, sous forme d’ultimatum, l’Agence nationale de gestion du stock de sécurité alimentaire, Anagessa à s’acquitter de sa dette envers la population qui lui a vendu du maïs. Une sortie qui mis du baume au cœur de la population et des activistes de la société civile. Ils espèrent que, désormais, l’Agence s’acquitte convenablement de sa mission

« Les agriculteurs doivent avoir leur argent d’ici trois, quatre jours, jusqu’à jeudi, sur leurs productions de maïs. Au plus tard jusqu’à vendredi, que je n’entende plus un cultivateur qui se lamente qu’il n’a pas encore eu son argent équivalent à la production vendue », a intimé Ndirakobuca à l’Anagessa.

Le Premier ministre burundais trouve que l’Anagessa doit s’exécuter avant de bénéficier d’un autre financement de la part du ministère des Finances. « Il faut éviter d’acheter à crédit »

Pour y arriver, M. Ndirakobuca appelle tous les acteurs à s’impliquer dans cette campagne pour veiller aux intérêts des agriculteurs locaux. « Qu’on s’approprie de cette campagne. Il faut d’abord prioriser ces petits agriculteurs qui ont 200, 300 jusqu’à 500 kg. Ceux qui ont beaucoup de tonnes doivent attendre pour que les grains de maïs soient bien secs ».

Par ailleurs, Gervais Ndirakobuca a demandé aux administratifs de sensibiliser les agriculteurs pour qu’ils ne vendent pas toute leur production. « Qu’ils ne soient pas dupes comme quoi ils seront prioritaires quand viendra le moment de revendre ce maïs. Impossible. Normalement, on vend le surplus ».

Aux commerçants qui font des magouilles, M. Ndirakobuca a été très clair : « Le gouvernement est en train d’acheter la production interne. Le prix de 1 700 BIF a été fixé en tenant compte du coût de production. Donc, cet argent est destiné aux agriculteurs et pas aux commerçants ».

Ici, il a précisé qu’il y a des commerçants qui sont en train d’importer du maïs pour le revendre chez Anagessa. « Que personne n’avance qu’elle a cultivé du maïs en Tanzanie pour le vendre au Burundi! Que celui qui a investi en Tanzanie, vende sa production là-bas! ».

Ainsi, il a demandé aux forces de l’ordre et de sécurité de veiller à ce qu’il n’y ait pas de maïs qui entre au pays pour le vendre à l’Anagessa.

Aux commerçants qui tenteraient de se déguiser en producteurs ou en agriculteurs, M. Ndirakobuca a appelé les administratifs provinciaux et communaux à vérifier que les vendeurs du maïs chez Anagessa sont bel et bien des agriculteurs connus.

Joseph Nduwimana, directeur général de l’Anagessa assure que tel que l’a ordonné le 1er ministre, jusqu’à ce vendredi, 11 avril, tous les cultivateurs devront avoir perçu leur argent. « Présentement, l’argent a été déjà acheminé sur les comptes bancaires des différentes localités servant des centres de collecte. Nous espérons que très tôt dans la matinée, chaque cultivateur percevra son argent », fait-il espérer.

Concernant les manquements et ingérences dont sont accusés certains administratifs, travaillant de connivence avec l’Anagessa, M. Nduwimana, très gêné, indique que « punir les malfrats ne relève pas de ses compétences »

Une kyrielle de problèmes

Alors que de nombreux agriculteurs déplorent le retard enregistré dans le paiement des quantités de maïs vendues, les administratifs préférant leur donner des jetons, plusieurs d’entre eux se frottent déjà les mains. Ils espèrent dur comme fer que ce « coup de gueule » du Premier ministre permettra de débloquer la situation. « Il est inconcevable que l’Etat achète sans argent. Sinon, il faut que le gouvernement sache que l’on ne peut pas brader notre production contre des jetons. Ce n’est pas cela que nos enfants vont manger », peste un cultivateur de Gitega.

Bien plus, beaucoup de cultivateurs se désolent du fait que certains administratifs truquent les balances. « A plus d’une fois, nous nous voyons contraints de vendre à perte parce que nos mais sont humides. Au lieu de rentrer bredouille, nous préférons vendre à perte avec des kilogrammes en moins », disent-ils.

La spéculation s’étant déjà érigée en règle, ces cultivateurs s’indignent des magouilles qui entourent la collecte des graines de maïs. « Dorénavant, il est difficile de distinguer les cultivateurs des commerçants. Il en est de même des cultivateurs et des administratifs. Tout le monde veut vendre »

Comme corollaire, un cultivateur indique que la plupart des fois, ce sont les administratifs qui les contraignent à casser les prix, histoire de ne pas rentrer les mains vides. Ainsi, ces administratifs revendant toute leur production à leur tour à l’Anagessa. Les cultivateurs demandent alors une certaine rigueur de la part de l’Anagessa, « A défaut, le gouvernement devra la dissoudre ».

Une création inopportune

Depuis sa création, Faustin Ndikumana, président de l’ONG Parcem (Parole et actions pour le Réveil des consciences et l’Evolution des mentalités) rappelle que des zones d’ombre persistent quant à ce qui est du fonctionnement de l’Anagessa et quant aux objectifs de sa mise en place. « L’Anagessa est une entreprise publique dotée de quel budget et de quel montant ? ».

Selon M.Ndikumana, il s’agit des interrogations qui méritent des éclaircissements d’autant que cette institution créée sous la houlette du gouvernement s’octroie le monopole d’acheter sur toute l’étendue du territoire national un produit vivrier comme le maïs. De surcroît, elle fixe le prix en dehors du marché régi par la confrontation de la loi de l’offre et de la demande. Et cela tout en faisant fi des prix sur le marché des pays voisins qui produisent aussi du maïs.

Raison de plus de se demander « si l’Anagessa enregistre un profit, paie-t-elle l’impôt? La production achetée par l’Anagessa est revendue à qui? Avec quelle marge de bénéfice ? » Et d’apporter des nuances. « Pour le café, c’est plus ou moins compréhensible lorsque les Sogestals et les autres entreprises l’achètent aux cultivateurs afin qu’ils soient exportés par l’Odeca. Qu’en est-il de la production achetée par l’Anagessa? Sera-t-elle revendue aux commerçants qui voudront à leur tour hausser le prix aux consommateurs, peut-être, au finish, à ce même paysan? »

Tout en pointant du doigt les capacités techniques de collecte, à l’instar des problèmes de hangars et du déficit de moyens financiers, cet économiste regrette que cette situation n’aura qu’une seule conséquence : limiter la vitesse de circulation de la monnaie.

Ce qui est un corollaire, selon lui, qui influe à son tour sur les transactions des biens et des services et qui réduit l’assiette fiscale. « Car, en limitant la circulation de la monnaie, cela affecte aussi la perception des taxes et impôts ».

Partant, il juge déplorable que le gouvernement alimente l’inflation sciemment, surtout qu’il sait pertinemment que le prix fixé est en dehors du marché de l’équilibre. « En principe, s’il y a une production suffisante de maïs, il devrait y avoir une baisse des prix à la consommation. C’est cela le bien-fondé d’une hausse de la production plutôt qu’entretenir la spéculation ici et là ».

Le rôle des acteurs est un autre hic, selon M. Ndikumana. « Pourquoi l’Etat déploie de l’énergie dans les missions qui ne sont pas les siennes, accentuant ainsi la corruption ». Il indique que dans plusieurs localités, ce sont les administratifs à la base qui se sont érigés en premiers acheteurs en attendant tranquillement de spéculer lorsque viendra le moment de vendre à l’Anagessa.

Au lieu de perdre du temps dans de vaines futilités, il estime par exemple que le gouvernement devrait déployer des efforts allant dans le sens d’asseoir la bonne gestion des terres arables ; s’assurer de la disponibilité des engrais ; développer la recherche et la mécanisation agricole : promouvoir une politique adéquate pour faire face aux changements climatiques ; développer les unités de transformation ; trouver des solutions concernant la disponibilité des devises pour s’approvisionner en matières premières. « C’est cela qui doit être sa priorité si réellement il veut cheminer vers cet objectif de faire du Burundi, pays émergent en 2040, pays développé en 2060. Le gouvernement doit avoir une définition du rôle des acteurs : le rôle de l’État qui doit être basé sur ses missions régaliennes ; le rôle des institutions sociales et du secteur privé, etc. »

A défaut, conclut-il, « il sera difficile de prétendre à plus d’efficacité, tout comme nous jugeons que cette création de l’Anagessa est inopportune ».

Avant tout, le respect des règles de procédures

Pour les activistes de la société civile, normalement s’il y a une production suffisante de maïs, les prix à la consommation doivent baisser

Gabriel Rufyiri, président de l’Olucome, s’interroge également. « Pourquoi l’Anagessa n’achète que le maïs et n’achète pas les autres produits vivriers comme les tomates et le haricot? Forcément parce qu’il y’a autrui qui veut cette production à un coût abordable ».

Autre chose, cet activiste s’indigne sur comment une institution du ressort de l’Etat peut œuvrer sans aucun respect des règles de procédures. Allusion faite aux nombreux témoignages de la population qui déplorent le fait que sur les tickets servant de pièces de vente aucun cachet (sceau) n’y est estampillé.

Ils parlent aussi des magouilles qui s’observent dans l’enregistrement des quantités de maïs vendues avant de s’interroger : « Pensez-vous que le gouvernement n’est pas au courant de toutes ces magouilles ? Au risque de froisser ou de peur de nuire aux intérêts d’un quelconque dignitaire, sans doute qu’il ferme les yeux sciemment. Autrement, le gouvernement devrait avoir déjà arrêté des mesures qui vont dans le sens du bon fonctionnement de l’Anagessa. »

Quid de sa plus-value ? M. Rufyiri ne cache pas qu’il s’agit d’un fiasco total. « Pourquoi ne collecte-t-elle pas le haricot alors qu’il est une denrée très prisée par les Burundais ? Qui achètent tous ces stocks collectés ? » Et de lâcher : « Avec les malversations dont sont accusées de nombreuses entreprises étatiques, je serai étonné qu’Anagessa fasse une exception. »

Pour rappel, depuis le 19 février 2024, l’Anagessa a débuté la collecte de la récolte de maïs dans les différentes provinces du pays L’annonce avait été faite par Marie- Chantal Nijimbere, ministre en charge du commerce le 14 février 2023 lors d’une conférence de presse.

Le ministre a précisé qu’un kg de grains de maïs s’achète 1 700 FBu. « Un prix fixé pour soutenir les efforts engagés par des agriculteurs dans l’achat des semences et des fertilisants », avait-elle souligné.

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