Politique

Référendum constitutionnel : paisible mais entaché d’irrégularités

18/05/2018 Christian Bigirimana Commentaires fermés sur Référendum constitutionnel : paisible mais entaché d’irrégularités
Référendum constitutionnel : paisible mais entaché d’irrégularités

Ce matin du 17 mai 2018, le pays s’est réveillé au rythme du vote pour ou contre le projet de la nouvelle Constitution. 5.008.742 électeurs étaient attendus pour ce référendum constitutionnel. La population avait répondu massivement. Le scrutin s’est bien déroulé dans l’ensemble, hormis des irrégularités relevées dans plusieurs provinces.

Les rues grouillaient de monde très tôt le matin dans la zone urbaine de Kamenge (nord de la capitale Bujumbura). A 5h 45, la circulation ressemblait à celle observée à l’heure de pointe à Bujumbura. Malgré la fraîcheur matinale, les électeurs formaient déjà de longues files.

Longues files d’attente à l’Ecole fondamentale de Kamenge où le
vote se déroule dans une ambiance bonne enfant.

A l’Ecole fondamentale (Ecofo) Kamenge, le vote a commencé à 6h du matin. Sur place, l’on compte 3 centres de vote : Teza, Twinyoni et Songa. Le centre de vote Teza compte 7 bureaux de vote où sont attendus 3250 électeurs. Celui de Twinyoni compte 6 bureaux de vote où sont attendus 3500 votants et Songa 9 bureaux de vote pour 4700 électeurs. Devant chaque bureau de vote, de longues files d’attente s’observent.

Une sécurité plus qu’assurée

Côté sécurité, plusieurs policiers sont visibles à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Ecofo. Ils se tiennent à l’écart des votants mais surveillent de près le déroulement du vote. Sur la route principale, l’ambiance est bonne enfant. Les gens forment de petits groupes, l’on entend des éclats de rire ici et là, preuve que le scrutin se déroule dans la tranquillité.

Seul bémol, comme l’indique Augustin Hakizimana, un des présidents du bureau de vote au centre de vote Teza, certains électeurs veulent voter sur place alors qu’ils se sont faits inscrire à l’intérieur du pays : « Nous leur avons demandé d’attendre la consigne de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante. »


Zone Gihosha : une grande affluence dans les bureaux de vote

Au centre de vote de l’Ecofo Gasenyi II, quartier Taba, zone Gihosha, en commune urbaine de Ntahangwa, les électeurs se sont présentés bien avant 6 heures du matin. Ledit centre compte 8 bureaux de vote. Tout le matériel de vote était en place.

De longues files d’attente des électeurs devant les bureaux de vote à l’Ecofo Gasenyi II.

Les opérations de vote ont commencé à 6 heures 20 minutes avec une grande affluence. De longues files d’attente sont observées. Sur les visages, on pouvait lire la soif de voter de la population. Vers 8 heures, 1016 électeurs avaient déjà voté sur 40033 attendus.

Signalons que seuls le parti Cndd-Fdd et la coalition Amizero y’Abarundi ont dépêché des mandataires politiques. Le parti au pouvoir en avait au moins deux dans chaque bureau de vote, tandis la coalition, elle, en comptait au moins un dans chaque bureau de vote. Quant aux observateurs, il y avait ceux du Codip et de l’Eglise Libre Méthodiste.

Au Lycée Municipal Gasenyi, le décor semble le même. Le même engouement des électeurs s’observe. Le vote se déroule dans le calme. Vers 9 heures, sur 4059 électeurs attendus, 1167 votants s’étaient déjà acquittés de leur devoir civique.

A l’Ecofo Gasenyi I, les opérations de vote ont commencé à 6 heures. Des files d’attente s’y observent également. La population a été matinale. Certains votants interrogés indiquent qu’ils ont voté trop tôt pour vaquer à leurs activités. Selon les mandataires et les observateurs, aucun incident n’a été signalé. A 9 heures 49 minutes, 704 personnes avaient déjà voté sur un total de 2002 électeurs.

Quant au centre de vote de l’Ecofo Gihosha, 3570 personnes avaient déjà voté sur 5235 électeurs attendus. C’était vers 12 heures.

Cas d’arrestation suivi d’emprisonnement

La nommée Emelyne Ndayishimiye, 15 ans, élève à l’Ecofo Gasenyi I, a été arrêtée et conduite par les agents de l’ordre à la zone Gihosha. C’était aux environs de 9 heures. Selon des témoins, la fillette serait accusée d’avoir prononcé les mots « voter Non » lorsqu’elle se promenait à quelques 300 mètres du lieu du vote. Selon les mêmes sources, un jeune Imbonerakure qui l’a entendue a vite alerté la police. Celle-ci l’a vite embarquée.

Après interrogatoire, l’Officier de police judiciaire (OPJ) qui s’est saisi du dossier l’a mise au cachot. Information confirmée par sa mère et le chef de quartier Taba, Masud Ndizeye.

Sa mère, Micheline Ndayishimiye ne cache pas sa douleur. En sanglots, elle raconte. « A la sortie de la messe matinale à la paroisse Saint Jean Baptiste de Gihosha, j’apprends que ma fille vient d’être arrêtée. C’est en badinant qu’elle a prononcé ces mots. Ma fille est une enfant de cœur à la paroisse. Elle est victime d’une incompréhension». Mme Ndayishimiye demande la libération de sa fille.

Signalons que la fillette arrêtée habite dans le quartier Taba, à quelques 300 mètres du centre de vote de l’Ecofo Gasenyi II.


Ngozi : Un vote très matinal

Depuis très tôt le matin, des files d’électeurs s’étaient formées aux différents bureaux de vote. Agathon Rwasa est allé voter sur sa colline natale. Un vote entaché d’irrégularités, selon ce président de la Coalition Amizero y’Abarundi.

Agathon Rwasa en train de voter

Nous sommes à l’Ecole fondamentale Ngozi I. Des dizaines d’électeurs sont devant les bureaux de vote à 5h 40 min. Un conducteur de taxi-moto m’appelle : « Monsieur le journaliste, ils sont plus nombreux à l’Ecofo Ngozi II.» Je m’y rends. A 5h50, plus de 400 personnes à majorité des femmes apparemment rurales forment des files devant les bureaux de vote.

Tout le monde est calme mais impatient de voter. « Igikorwa ni ica kare/Un travail doit finir tôt », indique une dame en souriant. Le président du centre de vote avait déjà prêté serment. Les membres des bureaux de vote étaient en train de vérifier tout le matériel.

A 6 h2 minutes, le premier bureau de vote ouvre. Le responsable du bureau montre aux électeurs que l’urne est vide, avant de la sceller. Ce que feront les autres bureaux quelques minutes plus tard. Et le vote commence. Je prends la route vers Kiremba, plus précisément à Ciri, colline natale d’Agathon Rwasa. Pas de files remarquables avant 8heures.

« Ce centre de vote n’enregistre pas beaucoup de personnes. C’est pourquoi il n’y a pas beaucoup de monde. Le gros des électeurs ont déjà voté », explique un membre des trois bureaux de vote. Une masse de femmes sont assises dans la cours alors qu’elles ont voté. Des jeunes hommes et des enfants sillonnent ici et là. « Mutama araje » (« Rwasa vient »), chuchotent les électeurs chaque fois qu’ils entendent le bruit d’un véhicule.

Agathon Rwasa parle d’irrégularités

A 10h6minutes, Agathon Rwasa arrive. Tous ceux qui étaient éparpillés se rassemblent. La joie se lit sur leurs visages. Le premier vice-président de l’Assemblée nationale est avec son épouse. Elle se dirige vers un autre bureau. M. Rwasa lève la main en signe de salutation. La foule acclame. Après le vote, il vérifie s’il y a ses mandataires dans le bureau. La réponse est affirmative. Il fait savoir qu’il vient voter pour montrer à « ses détracteurs qu’il participe aux élections ». Avant il parle des manquements entachant l’événement. « Je déplore beaucoup d’irrégularités. Des intimidations de toutes sortes, des gens qui forcent les gens à voter contre leur gré. »

Quant à savoir s’il va accepter les résultats si le « Oui » l’emporte, Agathon Rwasa se veut prudent : «  Attendons peut-être les résultats. Sinon ce serait de la spéculation ».

Après l’interview aux journalistes, il se rend dans un autre bureau de vote et demande au responsable s’il met le cachet sur récépissé et celui-ci répond non. M. Rwasa trouve cela obscur car, selon lui, il est difficile de savoir si tel ou tel autre a voté.

Alors qu’il se dirigeait vers son véhicule, certaines personnes finissent par lui donner des poignées de mains malgré le refus de son chargé de protocole. Parmi la foule, une vieille dame bien habillée. « C’est sa mère. Cède-lui le passage », lance une dame. Ce qui est vite fait. Elle embarque dans l’un des véhicules du convoi. La foule suit le cortège du natif de Ciri et la cour du centre de vote se vide petit à petit.


«  Un grand jour pour la majorité des Burundais »

Le président de la République et son épouse se sont présentés très tôt le matin au bureau de vote de l’Ecole fondamentale de Buye, dans la commune de Mwumba, province Ngozi. Pour le chef de l’Etat, c’est un grand jour attendu par la majorité des Burundais.

Très tôt le matin, le président de la République avait terminé de
voter.

A 6h 30, le couple présidentiel était déjà à l’école fondamentale de Buye pour le référendum constitutionnel, au village natal du président Pierre Nkurunziza, en commune de Mwumba dans la province de Ngozi. « C’est un grand jour attendu par la majorité des Burundais. C’est aussi  un geste patriotique qui prouve à suffisance que tout le peuple burundais doit contribuer à l’édification de son pays », a déclaré le numéro Un burundais juste après avoir voté.

Sur cette école, il y avait 4 files d’électeurs. La tendance était la même jusqu’ à 9 heures. Les militaires, les policiers et les journalistes étaient prioritaires et leurs centres d’inscription n’étaient pas considérés. C’était autorisé par la Commission Electorale Nationale Indépendante (Ceni).

Jusqu’ à 9h 15, 173 sur 473 électeurs avaient déjà votés sur le premier bureau. Le second avait accueilli  199 dans 462 électeurs. Le troisième bureau de vote avait 194 sur 468 électeurs attendus. Et le dernier,   225 avaient déjà voté sur 445 électeurs.

Certains électeurs se disaient satisfaits du fait que le scrutin se déroulait en toute sécurité. « Nous espérons que nous avons fait le bon choix pour changer les choses au pays », a indiqué un électeur de Buye.


Rumonge : Amizero y’Abarundi dénonce la fraude électorale

Des fils d’attente d’électeurs sur la colline Gashasha, zone
Kigwena, commune Rumonge.

La coalition Amizero Y’Abarundi a dénoncé les fraudes et les irrégularités observées au cours du vote référendaire surtout en commune de Rumonge dans les zones de Kizuka et Minago. Leurs mandataires ont été empêchés d’observer le déroulement du scrutin.

Un député élu dans la circonscription de la province pour cette coalition dénonce l’influence de certains présidents des bureaux de vote et l’arrestation arbitraire de leurs militants en commune de Muhuta du nom de Pascal Ndikumazambo.

Il a dénoncé la présence des jeunes Imbonerakure près des lieux du vote pour intimider ceux qui venaient voter.

Contacté, Jean Buregeya, vice-président de la CEPI Rumonge, a indiqué que des instructions claires ont été données aux présidents des bureaux de vote de laisser tous les mandataires des partis politiques et coalitions ayant des lettres d’accréditations d’observer le vote.

Signalons que le taux de participation a dépassé 95%.


Gitega : Priorité au référendum

Sur tous les bureaux de vote visités, que ce soit dans la commune Giheta ou Gitega, la moitié des inscrits avaient déjà voté à midi. Les longues files d’attente observées au début des élections avaient disparu.

Sur le bureau de vote à l’Ecole Fondamentale de Gataba en commune Giheta, à midi de ce jeudi.

Depuis le matin, toute la vie à Gitega semblait arrêtée. Le marché fermé, les bureaux administratifs jusque dans le transport, tout le monde n’avait qu’une seule préoccupation : les élections. Les électeurs se sont levés tôt, ce qui a occasionné de longues files d’attente le matin.

Dans les bureaux de vote, aucun incident remarqué. Que ce soit du côté matériel ou humain, tout était prêt dès six heures du matin. Les mandataires politiques ou ceux envoyés par les associations étaient visibles sur la plupart des bureaux de vote. Mais le parti Cndd-Fdd était majoritaire dans tous les bureaux de vote.

« Ce n’est pas comme les élections précédentes, il n’y pas a eu de bousculade sur les files d’attente », a souligné Gaspard rencontré sur le bureau de vote de l’école fondamentale de la Paix à Magarama. Même les membres de la CECI n’avaient pas eu des tâches lourdes.

‘’Ils viennent avec des documents en ordre. Seulement, certains se trompent des bureaux parce qu’ils n’avaient pas lu sur la carte d’électeur dans quel bureaux ils vont voter ‘’, a fait savoir la présidente du bureau de vote a Yoba.

« Nous n’avons pas constaté des irrégularités jusqu’à présent », a déclaré un mandataire de la coalition Amizero y ‘Abarundi du bureau de vote de Gataba à Giheta.

Les autres activités au ralenti

Les magasins, les cabarets étaient fermés. Les commerçants qui s’étaient précipités dans les bureaux de vote en vue de continuer leurs activités habituelles après ont été déçus.

‘’Le marché est fermé, les gardiens du marché m’ont signifié qu’ils avaient reçu l’ordre de ne laisser personne y entrer », a déploré un vendeur de souliers au marché central de Gitega.

Cette interdiction de faire d’autres activités n’était pas seulement dans la ville de Gitega. Même dans la commune de Giheta, le mot d’ordre semblait le même. Malheurs aux voyageurs qui avaient l’habitude de descendre à Bujumbura avec un régime de bananes ou du charbon de bois achetés sur l’itinéraire Bujumbura-Gitega. La place était déserte.

‘’Ils sont allés voter, peut-être qu’ils reviendront dans l’après-midi’’, a indiqué une femme à un chauffeur d’une camionnette qui voulait prendre un sac de charbon de bois à Giheta.

Tout le long de cette journée, tout était calme à Gitega, la population surtout citadine forme ici et là de petits groupes en attendant la proclamation.


Les habitants du sud de la capitale ont répondu massivement

De la zone Kanyosha à celle de Kinindo en passant par Musaga, contrairement à l’échéance électorale de 2015, toute la commune Muha s’est mobilisée pour le rendez-vous.

7h30, sur la colline Ruyaga, dans la zone Kanyosha, au centre de vote sis à l’église St Emmanuel, le vote bat son plein.

Les électeurs à l’Ecofo Nyamutenderi

Sur 590 électeurs attendus dans les 2 bureaux de vote prévus ,273 ont déjà voté. Même cas de figure qu’a l’Ecofo Nyamutenderi où des observateurs de la Cacedebu et ADC se remarquent. Sur les 1859 électeurs inscrits, 530 se sont acquittés de leur devoir civique. Un écho largement entendu par les habitants du quartier Kamesa I et les ménages environnants. Au centre Wallis, tout près de la gare des bus empruntant la RN1, de longues files d’attente s’observent même à l’entrée. Rien que dans le bureau de vote n°1, sur 550 inscrits, la moitié a déjà voté. La particularité : sur ce centre, s’observent presque tous les observateurs de la société civile, du moins ceux engagés dans ce référendum, tels que la fontaine Isoko, la Codip, le ministère de l’intérieur, etc. Mais aussi et surtout les mandataires politiques de tous les partis politiques.

Une première à Kinanira

D’habitude réticents à voter, les gens de la zone Musaga ont répondu présent pour ce referendum. Vers 11h, l’Ecofo Kinanira est bondée. Parmi l’électorat, des jeunes de 18 ans. « Contrairement aux élections de 2010 et 2015, c’est une preuve que la population attendait avec engouement ce rendez-vous », affirme Charles Bitoke, membre du Cndd-Fdd.

Pour lui, peu importe l’issue du vote. L’essentiel est que les citoyens auront accompli dans le calme leur devoir civique. Toutefois, parmi les électeurs, il y a ceux qui ne vont voter que par peur. « Je vais voter juste pour que lors d’une perquisition, je ne sois pas fichée comme une récalcitrante», dit une femme affichant la quarantaine. L’on remarque aussi la présence de tous les partis politiques.

Une situation aux antipodes de l’Ecofo Kinindo. Les seuls mandataires présents sont ceux du parti au pouvoir. Mais le calme et la sérénité y règnent en maître. Aux environs de 12h, sur 4136 votants inscrits dans les 8 bureaux de vote, 2152 électeurs ont déjà voté. Autre chose à signaler, c’est la méconnaissance des gens à propos de la procédure de vote. Un désagrément qui a fait que certains bulletins de vote soient nuls. Signalons qu’au regard de l’affluence des électeurs, tous les présidents des bureaux de vote du sud de la capitale s’accordent à dire que si rien ne change d’ici 15h, les électeurs devraient avoir terminé de voter.


Commune Ntahangwa

Ngagara quartier 7. L’opération de vote commence à 6h30 dans les enceintes du Lycée central Saint Gabriel. Ce centre est constitué de 6 bureaux de vote. 3.361 électeurs sont attendus. Les militaires et les policiers votent en premier lieu. Ceux-ci sont nombreux et possèdent des armes lourdes. Certains élèves de moins de 18 ans se sont présentés avec leurs récépissés. Cependant, ils ne vont pas voter. Ils ont les récépissés dans la perspective des élections de 2020. Ce sont ces derniers qui leur permettront d’avoir droit aux cartes d’électeurs. Des électeurs font la queue devant les bureaux de vote. Ils sont nombreux. Pas d’incidents à signaler.

Des électeurs font la queue devant les bureaux de vote au centre de l’église Kibanguiste.
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A l’Ecole fondamentale du quartier 4. C’est dans la même zone de Ngagara, le vote a commencé à 6h45. Ce centre est constitué de 5 bureaux de vote. 2536 électeurs y sont attendus. A 10h45, 1273 ont déjà voté. Les électeurs ne sont pas aussi nombreux qu’au quartier 7.

A Ngagara quartier 5, le vote débute 6h40. Les électeurs viennent au compte-goutte. Le centre de vote comprend 5 bureaux de vote. Le nombre d’électeurs attendus est de 2640. Jusqu’à 11 heures, 1270 ont glissé leurs bulletins dans l’urne. Les électeurs sont sereins. Deux électeurs enregistrés à Ngozi se voient refuser de voter. Ils se sont fait inscrire dans cette province pendant qu’ils y effectuaient leur stage. Ils ne se sont pas déplacés pour retirer leurs cartes. Ils n’ont pas de pièces justificatives de leur stage à Ngozi, ils ne sont pas autorisés de voter.

Ils n’ont présenté que des récépissés. Ils sont frustrés. Contrairement au quartier 7, il n’y a pas une présence policière impressionnante.

Dans le quartier Mutakura. Une bonne partie d’électeurs vote à l’église Kibanguiste. Le centre de vote est constitué de 10 bureaux de vote. 5408 électeurs y sont attendus. A 10h40, plus de 2000 ont déjà voté. Les militaires et policiers y sont nombreux. 14 mandataires du parti au pouvoir, 5 de l’Uprona et un de la Coalition Amizero y’Abarundi sont présents. 4 observateurs de l’Association Fontaine-Isoko sont aussi sur place. Le vote se déroule dans le calme.

A la 14ème avenue du quartier et zone Cibitoke. C’est au nord de la capitale. Les électeurs dirigent leurs pas au lycée Don de Dieu. Sept bureaux de vote y ont été prévus. Ces derniers ont ouvert les portes depuis 6h30. Le nombre d’électeurs attendus est de 3363.

A 10h50, 2249 avaient déjà voté. Beaucoup de militaires et policiers assurent la sécurité. 14 mandataires du parti au Cndd-Fdd, 2 de la Coalition Amizero y’Abarundi et 5 du parti Uprona sont là. Il n’y a pas de files d’attente.

Chaque bureau de vote a une marge d’ajouter 50 électeurs supplémentaires au nombre prévu des inscrits. Ceux-ci constituent une liste additionnelle. Ce sont notamment des militaires, des policiers, des superviseurs et journalistes. En plus, ils peuvent autoriser le vote par procuration à 20 personnes.


Commune Mukaza

Dans les centres de vote de la zone Bwiza, Nyakabiga et Buyenzi, les bureaux sont ouverts dès 6h du matin. Les électeurs font la queue. Les analphabètes ont du mal à trouver les bureaux de voter où ils doivent exercer leur droit civique. Ils vont s’en sortir après avoir fait recours aux autres électeurs.

A 10h, les agents de la Ceni montent des isoloirs au centre de vote
de la 3ème avenue de la zone Bwiza.

Un bon nombre de mandataires sont du parti Cndd-Fdd. A titre d’exemple, à l’école fondamentale de Buyenzi, constituée par 9 bureaux de vote, sur 24 mandataires, 14 sont du parti au pouvoir, 6 de la coalition Amizero y’Abarundi et 2 sont du parti Sahwanya Frodebu Nyakuri. Deux ne veulent pas révéler les formations politiques qu’ils représentent. Le même cas se présente au centre de vote situé au lycée communal de Buyenzi comptant 8 bureaux de vote. Sur 25 mandataires présents, 17 sont du parti au pouvoir, 4 sont de la coalition Amizero y’Abarundi, 3 du Sahwanya Frodebu Nyakuri et un de l’Uprona.

Certains présidents de bureau de vote ne donnent pas des informations aux journalistes présents. Notamment sur le nombre d’électeurs inscrits et ceux qui ont déjà voté. La Commission électorale communale indépendante (Ceci) leur a interdit de livrer de telles informations aux journalistes.

Au centre de vote de la 9ème avenue de la zone Bwiza, les isoloirs ne sont pas suffisants. Ce centre compte 5 bureaux de vote. Chaque bureau de vote possède un seul isoloir. Normalement, chaque bureau doit avoir deux isoloirs. En conséquence, les électeurs passent beaucoup de temps en attente sur les files. Certains se plaignent. D’autres rentrent. Ils vont retourner dans l’après-midi. Vers 10h, les bureaux de vote sont désengorgés. Les agents de la Ceni amènent d’autres isoloirs.

A l’Université du Burundi campus Mutanga en commune Mukaza, quatre bureaux de vote ont été ouverts à 6h. Un certain nombre d’étudiants n’ont pas été autorisés à voter, leurs noms n’ayant pas été retrouvés sur les listes. Les agents du bureau de vote leur ont demandé d’aller vérifier sur les autres bureaux de vote.

Au Tribunal de résidence Bwiza, le vote a débuté à 6h. Il y a 6 bureaux de vote. A 10h45, 1544 électeurs avaient déjà voté sur 2966 attendus. Des mandataires du Cndd-fdd et ceux de la coalition Amizero y’Abarundi étaient sur les lieux.

Toujours à Bwiza, juste à quelques mètres de là, à l’Université paix et réconciliation, l’opération de vote a débuté à 6h. Vers 11h, les gens viennent au compte-goutte. Il y a 4 bureaux de vote. Dans certains bureaux, des agents attendent les électeurs. A cette heure-là, 834 électeurs ont déjà voté sur 1389 attendus. Les mandataires de la coalition Amizero y’Abarundi, Cndd-fdd et Uprona supervisent le déroulement du scrutin.


Muramvya : Des arrestations

Dans cette province du centre du pays, les élections se sont bien déroulées, mais des irrégularités n’ont pas manqué.

Les électeurs font la queue au centre de vote de Muramvya II.

Il est 6h moins 5 minutes, le soleil pointe à l’horizon. Devant l’Ecole fondamentale de Muramvya (Ecofo) II, à quelques mètres de la route goudronnée Muramvya-Gitega, de longues files d’attentes s’observent. Les gens ont répondu massivement au rendez-vous. Des agents de la Ceni s’activent. Ils vident les urnes pour montrer qu’elles sont vides. Ils installent les isoloirs, …. Toutefois, ils n’ont pas encore reçu le formulaire pour prêter serment de fidélité. A 6h 5 minutes, la présidente du centre de vote donne la consigne. Ils doivent commencer sans prêter serment. «Tout est question de consentement. Ils savent la tâche qui leur est confiée », indique-t-elle.

Au centre de vote de Muramvya III, la même situation s’observe. Eux ont opté pour la récitation d’un texte composé par eux-mêmes. Au même centre, deux personnes ont déchiré leurs bulletins de vote. L’un d’eux, un jeune homme, a été arrêté par la police. « L’autre est une vieille femme. Elle l’a peut-être fait par ignorance », signale la présidente du centre.

Au centre de vote Muramvya I et au Lycée Muramvya, les activités ont commencé à 7 h. Ce retard est dû au manque de certains matériels comme le cachet et le tampon.

Les mandataires de l’opposition en petit nombre

Seul le parti CNDD-FDD a réussi à envoyer des représentants dans tous les centres de vote. La coalition Amizero y’Abarundi n’en avait que dans certains centres. Tout comme l’Uprona. Sur 8 centres de vote visités, seuls deux avaient les observateurs de la société civile du Codip et Acopa.

Dans certains centres de vote de la commune Muramvya, il n’y avait pas de stylos dans les isoloirs. Les membres des bureaux nous ont dit qu’ils n’ont pas mis ces stylos suite au manque de corde pour les attacher.

Dans les centres de la commune Muramvya où on a passé vers midi, plus de 60 % des électeurs avaient déjà voté. Au centre de vote du Lycée communal Murambi, sur 829 votants attendus, 577 avaient déjà voté soit 69,6%. Au centre de vote de Muramvya II, sur 2116 personnes attendues, 1345 soit 63.5 %. Au centre de votre de l’Ecofo Murambi, sur les 777 personnes attendues, 473 avaient déjà voté soit 60.3 %.

Arrestation de quatre personnes

Quatre personnes ont été arrêtées. Elles ont été accusées de perturber le référendum. Patrick, la trentaine, a été arrêté le matin de ce jeudi au centre de vote du Lycée Muramvya. Après avoir voté, le jeune homme a déchiré le bulletin de vote en deux morceaux et avant de le déposer dans les urnes, les agents de vote ont appelé la police qui l’a immédiatement arrêté.

Une autre vieille femme a commis le même forfait mais n’a pas été arrêtée. « Peut-être qu’elle l’a fait par ignorance », a déclaré madame le président du centre de vote.

Une autre femme a été arrêtée au bureau du Lycée Muramvya, elle a également été accusée de déchirer son bulletin de vote.

Au centre de vote de Mwegera dans la commune de Mbuye, une autre personne a été arrêtée. Elle a été accusée de prêcher « Non » aux personnes alignées pour voter.

Une autre personne a été arrêtée tôt le matin (1h du matin) au centre de vote de Kiganda. Alors qu’il était engagé comme agent de vote sur ce centre (Kiganda), la police l’a intercepté vers 1h du matin à l’intérieur de la salle. Le président du centre de vote qui, jusque dans l’après-midi ignorait où il se trouvait, l’a remplacé par un autre agent le matin.
Des sources disent que tous ceux qui ont été arrêtés appartiennent à la coalition des indépendants Amizero y’Abarundi.

Le commissaire provincial, Isidore Ryakiye, confirme ces arrestations mais ne précise pas leurs appartenances politiques.


Bubanza : La population a répondu au rendez-vous à temps

A 6h du matin, de longues files d’électeurs s’observaient déjà devant les bureaux de vote dans différentes communes de la province Bubanza. Aux centres de vote situés dans les communes de Bubanza, Mpanda et Musigati, le vote a commencé à l’heure.

Des électeurs sur les files d’attente à Musigati.

Des irrégularités ont été constatées notamment dans la commune Musigati. Au centre de vote situé au Lycée Musigati, un électeur qui a présenté un récépissé n’a pas pu voter. Les agents de la CENI ont expliqué que le récépissé ne porte pas de numéro d’enregistrement. L’électeur a dû attendre l’autorisation venu de la CENI. Une autre irrégularité est que des stagiaires à l’Hôpital de Mpanda avaient été interdits de voter à Mpanda parce que ils ne se sont pas faits enregistrer à ce centre de vote. Après avoir exhibé des preuves qu’ils sont réellement venus à Mpanda pour des raisons de travail, ils ont été autorisés à voter.

A mi-journée, la moitié des électeurs attendus avait déjà voté

Alors qu’il s’observait de longues files sur différents centres de vote dans les heures de 6 heures et 7heures du matin, la situation a changé par après. A 8h passée, les gens arrivaient au compte-goutte. Aux centres de vote Bubanza II, au centre de vote situé au Lycée Gisovu et au centre de vote paroisse Musigati, il n’y avait plus de longues files. Plus de la moitié des électeurs attendus avait déjà voté selon les chiffres communiqués par les agents de la Ceni.

Signalons que sur la plupart des centres de vote, les mandataires politiques étaient majoritairement composés des membres du parti Cndd-Fdd et ceux de la Coalition Amizero y’Abarundi. On a également constaté des observateurs en provenance des organisations de la société civile comme Fontaine Isoko et Codip.


La province Cibitoke vote dans la sérénité

La province de Cibitoke compte 286.888 inscrits dont 148001 femmes. Les centres de vote sont au nombre de 200 comprenant 718 bureaux de vote. Le scrutin commence dans les délais presque dans tous les bureaux de vote. Exception faite dans le centre de vote de l’Ecofo Cibitoke en commune Rugombo. Quatre membres d’un bureau de vote de ce centre se sont absentés. Cependant, ils seront vite remplacés.

La commune Rugombo à elle-seule compte 6827 inscrits. Parmi eux, 5804 ont retiré leurs cartes de vote. Les mandataires politiques présents sont ceux du Cndd-Fdd, de la Coalition des indépendants Amizero y’Abarundi et de l’Uprona. Des représentants de deux organisations de la Société civile, Codip et Onelop, sont présents.

Le Deuxième vice-président de la République, Joseph Butore et son épouse, voteront dans la commune Bukinanyana au centre de vote de l’Ecole fondamentale de Masango.


Cndd-Fdd : Tout est bien qui finit bien

Au dernier jour de sa campagne référendaire, le lundi 14 mai, le parti au pouvoir était dans la ville de Bujumbura. Pour cette occasion, il s’est érigé en seul parti responsable de la mise en œuvre de l’Accord d’Arusha.

« Que personne ne vous dise que le Cndd-Fdd n’adhère pas à l’Accord d’Arusha »

Cercle hippique, le lieu choisi par les Bagumyabanga pour assister à l’épilogue de la campagne référendaire. Tout avait été mis en selle pour la réussite de la clôture de la dernière journée. Groupe de danse folklorique, tambourinaires et la chorale « Komeza Gusenga » étaient mobilisés pour la fin du marathon. La radiotélévision nationale n’était pas en reste. Elle avait déployé toute une armada d’équipement pour couvrir cet évènement en temps réel. Sous des airs musicaux aux allures prophétiques de la chorale Komeza Gusenga, les hauts cadres arrivaient un à un.  L’ambiance était bon enfant.

Comme lors de l’ouverture à Bugendana, des représentants du corps diplomatique étaient présents. On pouvait voir les délégations de la Russie, Afrique du sud, Kenya, Gabon, Egypte, Mali et Cote d’Ivoire. Des militants venus de tous les coins du pays arboraient des fanions aux couleurs du parti au pouvoir. L’aigle avait remplacé le cheval sur la pelouse. Fidèle à l’un de ses slogans plaçant en avant le Tout-puissant, c’est par la prière que les cérémonies ont débuté. Les diverses confessions religieuses se sont succédées sur l’estrade implorant au tout puissant de bénir les festivités.

S’en est suivi la démonstration des groupes de danses des Bagumyabanga de différentes provinces. L’effervescence a atteint son paroxysme quand le tube « wakoroni »a été balancé. Tous les dignitaires se sont levés et ont commencé à esquisser des pas de danses. L’originalité de ce morceau en swahili réside dans les paroles. En effet, l’auteur de cette chanson pointe du doigt les colonisateurs comme étant les sources de tous les maux. « Wambie wa koloni saa imeeneya » (« Allez dire aux colonisateurs que leur temps est révolu ») dit l’un des passages de cette chanson. Elle est reprise en chœur par tous les Bagumyabanga. C’est sur la cadence de ce morceau que le secrétaire général du parti quitte la tribune d’honneur pour rejoindre le podium. Et là, Evariste Ndayishimiye délivre un discours énergique parfois agressif à l’encontre de ceux qu’il a appelés les « colonisateurs » et leurs acolytes du « PDC » assimilés aux militants du non. Pour rappel, le parti démocrate-chrétien était opposé à l’indépendance immédiate du Burundi. Ces personnes vont essuyer des salves de condamnation tout le long de son discours.

Le Cndd-Fdd sensible à l’accord d’Arusha

« Il est grand temps que les Burundais prennent leur destin en main et qu’ils jouissent de toute leur indépendance effective,» a proclamé M. Ndayishimiye. Et d’ajouter que le moment est plus que favorable pour passer à un nouveau cap. Soutenant que la période des régimes autoritaires est révolue et qu’il est temps d’embrasser des lendemains qui chantent. Evoquant les accords d’Arusha, le secrétaire général du Cndd-Fdd a adopté un ton élogieux envers son parti. Il a affirmé que son parti a été l’instigateur de la mise en application de l’Accord d’Arusha. « Les autres politiciens ne se souciaient que du partage des postes politiques, ce n’est qu’à notre arrivée en 2005 que les burundais ont pu bénéficier des dividendes de cet accord »a-t-il martelé. Pour étayer ses propos, il a cité la refonte des corps de défense nationale, la mise en place de la Commission des terres et autres biens ainsi que la Commission vérité et réconciliation. Selon lui, tout cela n’a pu être réalisé que grâce à la volonté inébranlable du Cndd-Fdd de bâtir une nation prospère. « Que personne ne vous dise alors que notre parti n’adhère pas à l’Accord d’Arusha, » a tonné le secrétaire général du parti au pouvoir.

Il n’a pas été du tout tendre envers les partisans du « Oya » au référendum. Il a estimé qu’ils sont à la solde du colonisateur, donc des traîtres. « Ceux qui envisagent le non au vote veulent nous attirer des malheurs » a-t-il averti. En outre, elle a expliqué que le « Oya » est synonyme de mépris.

Malgré son absence, le président de la République n’a pas été oublié. M. Ndayishimiye l’a encensé pour son leadership exemplaire.  Il a affirmé que« Partout au monde, c’est le gouvernement qui organise des campagnes référendaires, mais pour le cas de notre pays, notre président a permis aux partis politiques d’y prendre part ».

L’ancien ministre de l’Intérieur a terminé son plaidoyer en demandant aux Bagumyabanga d’implorer le Saint esprit pour qu’il investisse les âmes égarées. Et pour que le jour J, le oui l’emporte sur une écrasante victoire de 100%.


Clôture de la campagne du « Non » : Gitega a brillé de toutes ses couleurs

Commencé par un long défilé de plus de 5 km, des membres de la coalition Amizero y’Abarundi s’affichaient rassurants pour la victoire du « non ». Ils ont traversé les quartiers en chantant à la gloire de leur leader devant une population étonnée.

Ils étaient des milliers à Gitega ce lundi 14 mai. Venus de plusieurs coins, ils ont convergé vers le lieu du rendez-vous, non loin de la Cour d’Appel de Gitega. Hasard ou pas, ce lieu est connu par les Bagumyabanga, membres du parti au pouvoir, comme une place de souvenir où ils avaient dédié leur parti et le pays à Dieu. T-shirt blanc où est dessiné un spécimen du bulletin de vote pour le référendum du 17 mai, casquette vissée sur la tête, ils criaient à qui veut l’entendre que la victoire est proche et qu’elle sera décisive. Comme un seul homme, même les femmes, réputées faibles à parcourir de longs kilomètres, ont maintenu le rythme jusque sur la colline de Zege sur les hauteurs de la ville de Gitega. L’ambiance de chants et de danses s’est poursuivie jusqu’ à l’arrivée d’Agathon Rwasa, leur leader. C’était 14h30. Accompagné par Léonce Ngendakumana du Frodebu et Evariste Ngayimpenda de l’Uprona non reconnu par le gouvernement, Agathon Rwasa n’a pas ménagé le parti au pouvoir.

« Ils ont longtemps caché ce projet de révision de la Constitution jusqu’à même écarter les membres du gouvernement. Je l’ai aperçu pour la première fois à la fin du mois d’avril. Que veulent-ils en le gardant secret alors qu’ils déclarent partout que c’est le peuple burundais qu’il a demandé ? »

Les Burundais appelés à voter pour le « non »

Enumérant plusieurs raisons qui l’incitent à refuser la révision de la Constitution actuelle, Agathon Rwasa s’est illustré en défenseur de l’Accord d’Arusha qui, selon lui, a permis aux Burundais de retrouver la paix après plusieurs années de guerre civile.

« Ces gens qui nous dirigent aujourd’hui n’auraient jamais quitté les camps de réfugiés s’il n’y avait eu cet accord qu’ils veulent à tout prix jeter dans les oubliettes de l’histoire. Nous refusons de cautionner ces magouilles d’un individu ou d’un petit groupe de gens qui veulent s’éterniser au pouvoir en discriminant d’autres Burundais. » Tout en continuant de disséquer le projet de la révision de la Constitution « voulue par quelques individus », il a demandé au peuple burundais épris de paix et de justice de s’exprimer par le vote du « non. »

« Allez dire à ces gens que le non les libérera de cette dictature imposée par un seul individu. Votez non pour montrer à ce groupe que nous voulons vivre en paix. En choisissant non, vous permettrez à ces gens d’être libres car l’histoire nous a déjà montré que les régimes totalitaires et dictatoriaux n’ont pas d’amis. »

A la fin de la soirée, la journée s’est terminée comme elle avait commencé, les danses et les chants ont clôturé les activités de cette campagne référendaire.


«Soyez vigilants, le jour du vote !»


A quelques jours de la clôture de la campagne référendaire, la coalition Amizero y’Abarundi a battu campagne, vendredi 11 mai, dans la commune Kabezi de la province Bujumbura et en mairie de Bujumbura. Agathon Rwasa a exhorté ses partisans à la vigilance afin que les élections ne soient pas truquées.

Agathon Rwasa : «Soyez vigilants le jour du vote !»

Sur la colline Kabezi, les militants d’Amizero y’Abarundi commencent à affluer timidement. Les préparatifs du meeting vont bon train. Des chansons à la gloire de la coalition, surtout d’Agathon Rwasa, résonnent à partir des haut-parleurs installés dans une camionnette. Jeunes, vieux et même des écoliers arrivent à compte-goutte. Certains s’approchent de l’estrade. D’autres restent à l’écart. « Nous jugeons d’abord la situation ». Les militants chargés de la sécurité commencent à se positionner de chaque côté.

10h45. Les partisans d’Amizero y’Abarundi commencent à se rassemblent. Un défilé est prévu. Il part des bâtiments du parquet de Kabezi, où se tient le meeting jusqu’à la route Bujumbura-Rumonge (RN3). La camionnette avec les haut-parleurs ouvre la voie. Les militants suivent. « Tora Oya, Tora Oya, Abarundi Tora! » (Votez non ! Tous les Burundais, votez non!), scandent-ils, aux pas de la course. Une vieille femme d’une soixantaine d’années court péniblement. Elle essaie de suivre le mouvement.  » Tora Oya turwanye agacinyizo », (« Votez non pour lutter contre l’oppression »), lance-t-elle aux badauds massés tout le long de la route. Ces derniers éclatent de rire. Sans se démonter, elle continue son chemin. Arrivés sur la route goudronnée, les voix redoublent d’intensité. Ils venaient de voir un groupe important de militants du parti au pouvoir qui se préparaient à partir dans un meeting prévu dans une autre localité.

11h30. Une longue file de voitures arrivent de Bujumbura. Des cris s’élèvent dans la foule. C’est Agathon Rwasa, président de la coalition Amizero y’Abarundi, qui arrive avec sa délégation. Les militants encerclent la voiture de leur leader. « Rwasa président! Rwasa président! » On se croirait dans une campagne présidentielle. Au rythme des chansons principalement à la gloire de Rwasa, ils refont le même trajet pour se rendre au lieu du meeting.

«Ce projet à une valeur nulle!» 

Les militants de la capitale se disent déterminés à voter non.

En prenant la parole, Agathon Rwasa pose une question aux militants : «On dit que ce projet de Constitution est votre émanation. Est-ce vrai ou ce sont des mensonges?» Et les militants de répondre que ce sont des mensonges. «Sur ce, il faut voter ‘’non’’ car ce projet de Constitution a une valeur nulle». Agathon est revenu sur la tentative de révision de la Constitution de 2014 : «L’objectif de cette tentative était la cherche d’un mandat de plus. C’est la même chose aujourd’hui.» Il a demandé à ses militants d’être vigilants car, d’après lui, les résultats risquent d’être truqués. «Il ne faut pas quitter les bureaux de voter avant la fin du décompte des voix.»

Le président de la Coalition Amizero y’Abarundi a énuméré plusieurs raisons qui poussent sa formation à battre campagne pour le « non ».

Entre autres, Agathon Rwasa a indiqué que le président de la République devait d’abord consulter le bureau de l’Assemblée nationale et du Sénat avant d’appeler les Burundais à s’exprimer sur ce projet de Constitution. Ce qui, à ses yeux, est une violation de la loi. «Je peux vous assurer que depuis que je suis dans ce bureau, nous ne nous sommes jamais assis avec le président de la République pour discuter des questions qui regardent les Burundais.» De plus, ajoute-il, certains articles de ce projet viennent diviser le Burundi comme au temps de l’Apartheid en Afrique du Sud. Après Agathon Rwasa, c’est l’ancien Premier vice-président de République, Yves Sahinguvu, qui a pris la parole. Il a démontré l’importance de l’Accord d’Arusha. Pour lui, ce qui est urgent à faire est de créer un climat propice pour que les Burundais en exil puissent rentrer.

Des militants inquiets pour leur sécurité

Les militants buvaient ces paroles religieusement, mais certains avaient peur de l’après meeting. «Venir ici à Kabezi était un parcours de combattant», confie un militant venu de la commune Mutambu. D’après plusieurs d’entre eux, des Imbonerakure les ont interceptés, depuis le matin. «Nous avons pris la décision de ne pas venir en masse afin de déjouer leurs plans.» Une femme d’une cinquantaine d’années, venue de la commune Nyabiraba, se demandait s’ils ne seront pas attaqués pendant la nuit. Les autres ont essayé de la rassurer. La plupart était plus que déterminé. «Personne ne peut nous arrêter. Nous avons Agathon Rwasa dans nos cœurs ».

A 13h, la délégation d’Amizero y’Abarundi  prend la route vers la mairie de Bujumbura au rythme des chansons d’Amizero y’Abarundi. Tout au long de la route, des badauds composés d’adultes et d’enfants criaient «Tora Oya!» (Votez non !). D’autres criaient «Tora Ego! »  (Votez oui!).

Les militants de la capitale déterminés à voter non

Le meeting était prévu au terrain «Tempête». Les gens arrivaient timidement. Certains se tenaient à l’écart. Ils ne voulaient s’approcher. «Nous allons nous approcher quand les gens seront plus nombreux», disaient-ils. Sont arrivés en premiers et en groupe, les étudiants de l’Université du Burundi. Avec de petits drapeaux où étaient écrit «Tora oya!», ils ont galvanisé la foule en faisant le tour du terrain aux rythme des chansons d’Amizero y’Abarundi. Les taxis-vélos et autres personnes qui étaient restés à l’écart se sont rapprochés de l’estrade.

Aux environs de 15h30, Agathon Rwasa est arrivé avec sa délégation au milieu des cris de ses partisans. Les autres hauts cadres de cette coalition, comme Evariste Ngayimpenda, Yves Sahinguvu et Tatien Sibomana, étaient aussi présents.

M. Rwasa a prononcé son discours, presque le même que celui de Kabezi, devant un public prêt à défendre ses droits, «malgré des menaces.» Ils se disent déterminés à voter « non ». «Aujourd’hui, toutes les libertés sont bafouées, nous allons voter ‘’non’’ pour changer tout cela», indique un des militants.  « En plus, on ne voit pas l’utilité de réviser la Constitution de 2005», renchérit un autre. Après le meeting, les militants d’Amizero y’Abarundi ont fait le tour de certaines avenues de la ville de Bujumbura en scandant «Tora Oya ! Abarundi Tora Oya !».


Bilan de fin de campagne référendaire : Avis partagés

Le référendum a lieu ce jeudi 17 mai dans un contexte d’absence de mission internationale d’observation et une campagne référendaire mouvementée.

Le parti Cndd-Fdd, le parti Uprona et d’autres partis pro-gouvernementaux se disent plutôt satisfaits du déroulement de la campagne électorale. Ils saluent la bonne coopération de l’administration et de la police.

La population vote massivement au référendum constitutionnel.

Un avis contraire de la coalition Amizero y’Abarundi qui tire la sonnette d’alarme. Dans un communiqué de presse, le groupe parlementaire de cette coalition dénombre une personne tuée dans la province Kirundo. 59 militants de la coalition arrêtés dans 10 provinces du pays durant la période de la campagne référendaire. Ce groupe parlementaire précise que 18 militants sont dans un état grave parmi les 70 passés à tabac ou victimes de jet de pierres. Il fait également état d’actes et de messages d’intimidation à l’endroit de ceux qui se sont présentés dans les meetings de la coalition Amizero y’Abarundi. Ce groupe parlementaire déplore aussi le fait qu’un certain Révérien Nimenya ait illégalement tenu une conférence de presse et des meetings au nom d’Amizero y’Abarundi, sans être reconnu au sein de cette coalition, pour appeler les Burundais à voter « oui » à la révision constitutionnelle.

Aucune mission internationale d’observation

La Ceni a indiqué qu’aucune mission étrangère d’observation n’a sollicité d’accréditation concernant le référendum en cours. Le chargé de la communication et affaires publiques au sein de la Communauté est-africaine a, quant à lui, indiqué qu’en raison de circonstances imprévues, l’EAC n’enverra pas de mission d’observation au Burundi.

Richard Owora a, néanmoins, tenu à indiquer que « l’EAC souhaite au gouvernement et au Burundi un référendum pacifique. »

Analyse : Une machine bien huilée pour quel résultat ?

Le référendum a lieu malgré les contestations de l'opposition. La plateforme de l'opposition en exil ainsi que la société civile ont, à plusieurs reprises, protesté contre l'inaction de la communauté internationale et demandé de sanctions fortes contre Bujumbura pour le contraindre à abandonner son projet de révision de la Constitution. Le pouvoir en place qui semble narguer tout le monde au nom de « la souveraineté » est resté droit dans ses bottes. Surtout qu'il n'y a pas eu vraiment de pression majeure de la part de la communauté internationale en générale, ni celle de la communauté Est africaine. A part quelques déclarations faisant état de la « préoccupation » des Occidentaux… Bref, rien qui aurait pu faire reculer Bujumbura. Dans la sous-région, la médiation/ facilitation dans le dialogue inter-burundais est aux abonnés absents. Au moment où nous mettons sous presse, la machine référendaire, bien huilée, tourne à fond. Les résultats du vote référendaire ne sont pas encore connus. Tout en évitant toute spéculation, ce que l'on sait déjà, c'est la participation massive des votants. L'appel au boycott de la classe politique et de la société civile en exil n'a pas été suivi. Reste donc à savoir le choix des Burundais. S'ils ont voté « ego » ou « oya ». Enfin, last not least, signalons l'absence des observateurs internationaux. On peut déjà imaginer que la communauté internationale va contester la crédibilité du scrutin. « Dans ce contexte, le référendum contesté risque d'être remise en cause, » indique un analyste sur place.

Suite à la décision du CNC, vous ne pouvez ni réagir ni commenter cet article.

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Réactions

La commission de l’Union africaine : « Le référendum va encore aggraver la crise» Moussa Faki, le président de cette commission a adressé une correspondance au président de l’EAC qui assure en même temps la médiation dans le dialogue burundais. La commission déplore que le dialogue ne progresse pas et indique que le référendum va encore aggraver la crise dans laquelle le Burundi est plongé et compromet véritablement la voie pacifique de résoudre la crise. Selon Moussa Faki, des conséquences négatives de la révision de la Constitution affecteront le Burundi ainsi que la sous-région. Moussa Faki a demandé au président ougandais, Yoweri Museveni d’agir, pour faire face à la situation en tant que garant de l’Accord d’Arusha.   Suisse  préoccupée Ce pays européen indique que le référendum constitutionnel a lieu dans un climat d'intimidation, de tension politique. Il reconnaît la souveraineté du Burundi et reste engagée aux côtés de la population burundaise. La fédération helvétique constate que la médiation menée par l’EAC est au point mort, Elle en appelle à la volonté de toutes les parties de reprendre le dialogue et à Bujumbura de respecter l’esprit et la lettre de l’Accord de paix d’Arusha. Ce pays déplore des signes d’un affaiblissement croissant des libertés fondamentales au Burundi. Il s’agit notamment de la récente suspension des radios VOA et BBC, du contrôle exercé sur les journalistes, des arrestations arbitraires ainsi que du durcissement en cours du Code de procédure pénale.

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Editorial de la semaine

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