Opinions

Hommage au professeur Jean Salathiel Muntunutwiwe

04/01/2018 Egide Nikiza 4

Par Egide Nikiza, journaliste

Cher prof, c’est ton ancien étudiant. Je te tutoie, non par manque de respect, mais par affection. Je sais que tu ne m’en voudras pas.

Exécrable et honnie soit cette mort qui a osé t’emporter aussi jeune. Tu étais dans la fraîcheur de ta carrière. Professeur associé à 50 ans, tu étais une étoile montante des sciences sociales et politiques au Burundi. Excellent, tu étais réputé pour ton assiduité au travail.

Cher Salathiel, j’attachais beaucoup d’importance à tes rencontres. Echanger avec toi n’avait rien d’égal pour moi. Avec le temps, tu avais fini par le comprendre.

Je toquais souvent pendant la pause de midi sur la porte de ton bureau pour un éclairage sur un fait compliqué pour un jeune passionné par la politique que j’étais. Chercheur infatigable, tu ne rentrais pas à midi. Tu restais plongé dans des livres.

Je faisais toujours de mon mieux pour avoir ton avis sur mes différentes initiatives à l’université. Je parle du Salon philosophique de Rumuri dont j’ai été l’initiateur avec Déo Ndayizeye, que tu avais aussi enseigné au grand séminaire.

Je citerais également le club de sociologie que j’ai créé fin 2013. Celui-ci fonctionne toujours et sa contribution à la valorisation de la recherche universitaire, surtout au sein des étudiants, est indéniable.

Cher Prof, je recueillais toujours ton avis par rapport à mes décisions. Au début de l’année qui vient de se terminer, j’exerçais au journal Iwacu, où je travaille toujours.

J’étais alors stagiaire sans contrat de travail. J’avais postulé, avant que je ne décroche le stage, pour un travail dans une ONG locale. Et j’avais été présélectionné pour le test.

Cher prof, je t’ai approché comme je le faisais souvent. Je m’en souviens comme si c’était hier, je t’ai croisé sur le sentier qui mène au café des professeurs de la Faculté des sciences. Tu m’as écouté scrupuleusement. Ta réponse a été laconique : «Va apprendre la rédaction. Tu es encore jeune. Tu en auras besoin dans l’avenir».

Cher Salathiel, Jimmy Elvis Vyizigiro, mon aîné au département d’Histoire que tu connaissais bien m’avait donné le même conseil quelques jours plus tôt. Je ne t’en avais pas parlé.

Vos conseils, mais beaucoup plus les vôtres, ont été déterminants quant à la suite. Depuis, j’ai consacré amplement mon temps au stage pour satisfaire le directeur qui avait placé sa confiance en moi et les collègues. Je ne me suis pas présenté le jour du test de cette ONG. Mon mentor avait éclairé ma lanterne. Et je ne regrette pas aujourd’hui mon choix.

Cher prof, je t’en avais déjà parlé de ton vivant. L’ordinateur avec lequel je gagne ma vie aujourd’hui, c’est le résultat du travail dont tu as été la source fondamentale et le lecteur. Je parle du concours organisé début 2016 par le Centre d’Alerte et de prévention des conflits (Cenap).

J’avais proposé le texte à ton collègue Jean-Marie Nduwayo, chef de département. Mais comme le concours portait sur un sujet et l’aire géographique (la région des Grands lacs) que tu maîtrisais bien, de par ton attachement à la compréhension de la violence, j’ai insisté pour que tu me lises.

Eh bien ! J’ai été en 2016 lauréat du concours des jeunes engagés pour la paix dans la région des Grands lacs.

Cher Salathiel, je suis sans mots pour exprimer l’admiration que j’avais vis-à-vis de toi. Intelligent, tu l’étais. Humble, tu l’étais. Bosseur infatigable, tu l’étais, etc.

Certes, nous qui t’aimons sommes encore sous le choc. Mais, quand je pense à cette citation d’Abraham Lincoln : «Ce qui compte, ce ne sont pas les années qu’il y a eu dans la vie. C’est la vie qu’il y a eu dans les années».

Je reste convaincu que tu restes toujours parmi nous. Tes œuvres te rendent immortel. Nous te lirons et te consulterons toujours. Tu seras la source à laquelle nous ferons recours ad vitam aeternam.

Cher prof, je termine cet hommage par celui de Christian Thibon, ton collègue français : «L’université et pas uniquement celle du Burundi, celle qui est universelle, perd un de ses esprits brillants, son œuvre attachée à la compréhension de la violence, dont on attendait tous et toutes la publication, reste inachevée mais elle nous passe le témoin.»

Shalom cher Salathiel…

Forum des lecteurs d'Iwacu

4 réactions
  1. Régine Cirondeye

    Bel hommage à mon petit frère Professeur Salathiel Muntunutwiwe. RIP Muntu, mwana w’iwacu, une perte en famille et une perte de la Province de Bubanza. Waranzwe n’ubuto n’ubutoto, n’ubwenge n’ubwitonzi. Imana nayo ikunda vyiza. RIP et condoléances aux tiens.
    Régine Cirondeye

  2. Bakame

    RIP Jean Salathiel Muntunutwiwe

  3. Prophète

    Trop de fautes et de contradictions mr gustavu.utilise le français

  4. GUSTAV.U

    Sorry för the lost. I met him in the 90s as teacher at secondary school. He was young, very humble and very intelligent, if my memory is correct he was still student at University and Burundi was still in ongoing conflict but his analyse about conflict in Burundi was very advanced in the way that we didnt understand at that time. I never met him again but eventhogh we met short time his impact on me has been great. May his soul rest in peace. One of his student. GUSTAVE.

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