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Sécurité

Burambi-Mugamba/ Le spectre des règlements de compte

Le climat sécuritaire devient de plus en plus délétère dans les communes Burambi en province Rumonge et Mugamba en province Bururi. Assassinats ciblés, arrestations massives… La peur est dans tous les cœurs.

Chef-lieu de la province Rumonge où certains jeunes de Burambi arrêtés sont emprisonnés

Chef-lieu de la province Rumonge où certains jeunes de Burambi arrêtés sont emprisonnés

Accusé d’appartenir à une bande armée, un homme a été lynché par la population, ce mardi 17 mai, sur la colline Gahinda de la commune Burambi en province Rumonge. Dans la nuit de ce samedi 14 mai, un certain Philippe Gitwa, un jeune Imbonerakure, a été tué sur la colline Gishiha de la même commune. Selon des témoins, c’était aux environs de 21 heures alors que la victime sortait d’une fête. «Il a reçu un coup sur la tête avec un objet contondant.» D’après des sources à Burambi, le disparu collaborait avec le chef de la zone Maramvya, Prime Ndayisenga, pour maltraiter et dénoncer à la police les opposants au 3ème mandat de Nkurunziza.

Pour certains habitants de Burambi, cet assassinat sonne comme des représailles à la mort, dans la nuit du 9 au 10 mai 2016, de trois personnes sur cette même colline de Gishiha. Ce jour-là, deux militaires ex-FAB en retraite et un autre habitant ont été tués par des hommes armés. Les victimes de cette attaque sont Emmanuel Ndekatubane, Rémy Nsengiyumva et Domitien Manirakiza.

Des rafles tous azimuts à Burambi et Mugamba

D’après des sources sur place, ces deux militaires ex-FAB avaient été arrêtés et incarcérés le 6 mai 2016, accusés d’avoir participé dans l’attaque du 3 mai 2016 dernier. Par après, ils ont été relaxés. A Burambi, des habitants pointent du doigt le chef de la zone Maramvya dans ce triple assassinat.

Dans la foulée, cinq jeunes gens, Larson Nimbona (22 ans), Hypax Mugenzi (20 ans) Dieudonné Ndayikengurukiye (22 ans) et Désiré Nkurunziza (20 ans), tous originaires de la colline Gishiha et un certain Alphonse Bayemere, la vingtaine, originaire de la commune voisine de Buyengero, sont arrêtés. Ils sont accusés d’être derrière cette attaque. Ce que les familles des prévenus réfutent.

«La violence est presque quotidienne en commune de Burambi», indiquent les habitants. Selon les organisations des droits humains, 10 personnes ont été tuées en commune Burambi depuis le début du mois de mars jusqu’aujourd’hui. Nombre d’habitants craignent déjà des règlements de compte entre les partisans et les opposants du pouvoir en place notamment les groupes armés qui pullulent dans la région.

Interrogée, l’administrateur de la commune Burambi, Adelaïde Nduwimana, refuse de s’exprimer sur cette insécurité qui prévaut dans sa commune. «Allez demander au gouverneur de la province. Ce qu’il vous dira sera la vérité.» Ce dernier est catégorique : pas question de s’entretenir avec Iwacu. Le motif avancé est qu’Iwacu l’a mis en baisse lorsqu’il a sommé les non natifs de la commune Burambi sans documents de quitter la localité. «Après cela, nous ne pouvons plus collaborer.»

Le directeur pointé du doigt

En commune Mugamba de la province Bururi, la population craint des arrestations à tout moment. Ce mardi 17 mai, des échauffourées ont éclaté au Lycée communal de Mugamba. Le déclic est l’arrivée à cet établissement, après le salut du drapeau, d’un certain Ernest Nkunzimana.

Ce dernier est un ancien élève de cet établissement. «C’est lui qui dénonce les autres élèves à la police. Il circule dans une voiture de la police au vu de tous », raconte un élève de ce lycée. Les élèves commencent à lui lancer des pierres et Ernest se réfugie dans les locaux de la brigade Mugamba. Par après, une escouade de policiers arrive sur place. Ils finissent par partir après avoir essuyé des jets de pierre. «Nos représentants ont été convoqués à la brigade mais ils ont refusé d’y aller de peur d’être arrêtés», soulignent les élèves.

Les élèves indiquent qu’ils ont peur. «Il nous est difficile de suivre les cours car on craint des arrestations à tout moment. Même en rentrant, on ne sait pas si nous allons arriver à la maison sains et saufs.» Selon eux, quatre de leurs camarades sont portés disparus après leur arrestation. «Le directeur ne nous aide en rien. Il laisse les gens entrer et sortir comme ils veulent. On le soupçonne d’être complice.» Contacté par téléphone, le directeur de l’établissement, Venant Tangigomba, ne décroche pas son appareil. Des sources à Mugamba indiquent que le directeur aurait été interpellé ce mercredi matin puis relâché par après.

En date du 12 mai 2016, Prime Ndayishimiye, représentant du syndicat CONAPES et membre du MSD a été arrêté en pleine classe au même lycée. Il est poursuivi pour avoir participé aux manifestations contre 3ème mandat du président Nkurunziza. Des témoins rapportent que ce sont des agents du service national des renseignements (SNR) qui ont procédé à cette arrestation. Jusqu’à maintenant, les proches ne connaissent pas son lieu de détention. Ils dénoncent une arrestation arbitraire liée à ses convictions politiques.

Jeunes et ex-Fab dans le collimateur

Même si le gouverneur affirme que la sécurité est effective, les habitants de la commune ne sont pas de cet avis

Même si le gouverneur affirme que la sécurité est effective, les habitants de la commune ne sont pas de cet avis

Deux jours après, un encadreur du Lycée de Tora en commune Mugamba, Joseph Ndayisaba, est arrêté par le SNR. La Ligue ITEKA, dans son bulletin d’information hebdomadaire du 09 au 15 mai, rapporte qu’il a été relaxé par la suite après avoir payé une rançon dont le montant n’est pas encore connu. Des sources à Mugamba parlent de 600.000Fbu.

La peur d’être arrêté ne se manifeste pas seulement dans les écoles. C’est le même constat sur les collines. «Je ne sais pas un problème que la police a avec les jeunes », lance, dépité, un habitant de cette commune. «Lors des fouilles-perquisitions, ce sont surtout les jeunes et les Ex-FAB qui sont visés. Ces derniers sont accusés de former les jeunes pour les groupes armés.», confie un administratif qui a gardé l’anonymat.

Selon la Ligue ITEKA, la police burundaise a procédé à une rafle sur la colline Gakaranka, en commune de Mugamba ce vendredi le 13 mai 2016. «Plus de 150 personnes ont été arrêtées. Certains ont dû payer une rançon de 10000 Fbu pour être relaxés pendant que d’autres ont été conduits aux cachots du SNR à Bujumbura, selon des sources sur place.»

Les habitants de cette commune se disent victimes d’avoir manifestés en avril et mai 2015 contre le 3ème mandat du président burundais. «Lors des arrestations ou des fouilles-perquisitions, les policiers ne montrent aucun mandat.» Selon eux, ils sont pris entre deux feux.

« Ce n’est qu’une guerre médiatique »

«C’est une guerre qui se déroule sur whatsApp », rétorque Christian Nkurunziza, gouverneur de la province Bururi. Pour lui, la sécurité est effective dans sa province. «Il n’y a pas de bandes armées à Bururi.» Pour ceux qui disent qu’il s’opère des arrestations arbitraires des jeunes à Mugamba et le paiement de rançons, le gouverneur balaie du revers de la main ces allégations. «Ceux qui sont identifiés sont relâchés sur le champ et sans payer de rançons.» Toutefois, il reconnaît l’arrestation de l’enseignant Prime Ndayishimiye. M. Nkurunziza indique que ce dernier a été cité dans une affaire de possession d’armes et qu’il est en train d’être interrogé par les forces de sécurité. En ce qui concerne ce qui s’est passé au Lycée communal Mugamba, le gouverneur a une autre version. Il assure que les accusations contre l’élève sont fausses. « S’il dénonce des criminels, c’est une bonne chose, car nous encourageons la collaboration entre la population, l’administration et la police.», conclut-il.

  3   Vos commentaires
  1. Carthage

    Vivre ensemble ou mourir comme des cons. Voilà ce qui va se passer. Chasser les jeunes manifestants,tu seras pourchassé par l’opposition armée. Tue un jeune du parti au pouvoir, à ton tour tu tomberas dans les mains des services de sécurité. Et entre temps, les instigateurs te moralisent par quelques billets et de vaines promesses, mais ils sont ou. Bien sur, sur les hauteurs surplombant la ville de Buja ou quelque part sur la terrasse d’un café européen. Si les jeunes pouvaient lire l’histoire.

    • Orignal

      Igikoba cikwegera ikara. Mugamba co kimwe n’ayandi makomine ya bururi ako kaja k,ubwicanyi nagaheruka 72. Na 93 Matunu yaragerageje kwamama abantu bashaka kwicana barabihagarika. None raba ubu naho bariko bitwaza mandat ya 3 kugira bakore ibara. Ndi umunyamugamba , ariko sinoja aho ngo mbeshe , guhera ku ntwaro ya mbere gushika uno musi mugamba yamye ititambwaho kandi n’abatwara bamwebamwe ariyo bava. None rero nimureke ubwicanyi kuko ubukene twarabumenyereye ico twishakira ni amahoro.

      • Bakari

        @Orignal
        None aho uriko utwandikira uri mu Mugamba? Gerageza mwamame mugabo umenga akabi kahitiye muri 1972 kagira kagaruke!

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