Mercredi 30 novembre 2022

Politique

‘’Sabotage économique’’ : Le président Neva crie « STOP ! »

‘’Sabotage économique’’ : Le président Neva crie « STOP ! »
Le président Evariste Ndayishimiye : « Certains disent qu’ils ne vont pas m’aider si une fois 2015 revenait. Je leur réponds d’essayer s’ils en sont capables. »

Lors de la prière interconfessionnelle organisée par le « Parti de l’Aigle », le 25 août 2022 à la permanence nationale du Cndd-Fdd, le président de la République n’y est pas allé par le dos de la cuillère. Sur un ton menaçant, il a mis en garde certains dignitaires véreux. Discours de plus selon certains politiques. Ils lui conseillent d’utiliser les pouvoirs que lui confère la Constitution.

Par Fabrice Manirakiza, Alphonse Yikeze et Abbas Mbazumutima

« Aujourd’hui, c’est la finale. Les démons qui freinent le développement du Burundi vont être châtiés. De même que ceux qui amènent la jalousie et la cupidité. Les démons qui aveuglent les intellectuels vont être enterrés. C’est la finale. » C’est par ces mots que le chef de l’Etat, Evariste Ndayishimiye, a commencé son discours.

« Aujourd’hui, nous entrons dans une ère d’un pays de lait et de miel. Je vais vous le dire, celui qui se dressera devant le développement du Burundi subira les foudres du Seigneur. Tous ceux qui dilapident les biens de l’Etat, qu’ils sachent que Dieu est aux commandes. Dieu ne peut pas accepter que le Burundi soit pauvre. »

Le président Evariste Ndayishimiye a fustigé les commerçants qui cachent l’engrais chimique pour saboter sa politique : « Que chaque bouche ait à manger et chaque poche de l’argent. » Et de souligner qu’il y a aussi des administratifs qui trempent dans ces magouilles. « Comme triste constat, seuls 40% des agriculteurs reçoivent des engrais alors qu’une grande quantité est cachée. ». Et de mettre en garde tous ceux qui ont cette intention de saboter sa politique.

Le ministère de l’Elevage a également subi la colère du numéro Un burundais. « Vous vous imaginez un ministre qui reste les bras croisés, comme pour attendre que les bovins et autres petits ruminants meurent (suite à la fièvre de la vallée du Rift) et qui dort à poings fermés alors que le bétail est en train de périr ? Il a fallu attendre un ’’Moïse’’ pour montrer ce qu’il fallait faire ».

Ici il faut rappeler en deux lignes l’action du ministre de l’Intérieur. Tout le monde n’est pas au courant.

« Une conspiration déjouée »

Pire encore, le chef de l’Etat a révélé une conspiration ourdie par ceux qui avaient reçu des devises pour importer du carburant : « Il y a parmi ces derniers ceux qui avaient dissimulé du carburant, mais nous avons découvert cela. Ils avaient envisagé d’organiser une manifestation, un samedi, avec le plan de cacher tout le carburant pour créer une pénurie artificielle et provoquer des manifestations à l’instar de ce qui s’est passé en 2015 ».

D’après le président burundais, il y a eu intervention providentielle : « Grâce à Dieu, j’ai su qu’il y a des gens malveillants qui avaient préparé ce complot, j’ai même su le lieu de leur réunion et je me suis dépêché d’aller voir ces gens. Et nous avons pu et ordonné que tout le carburant caché soit distribué. Et ce jour, il y a eu du carburant ». Il a indiqué que Dieu lui a déjà montré tous les saboteurs. « Nous avons donné des devises à des importateurs au mois de juillet et ils n’ont pas encore amené le carburant. Mais nous, cela ne nous a pas même pris 5 jours. Le carburant était ici. »

« Je voulais vous dire STOP »

Le président Evariste Ndayishimiye a fustigé des dignitaires qui escroquent les investisseurs. « Un démon burundais qui demande des pots-de-vin aux investisseurs pour leur décroche un rendez-vous chez un ministre. Tous ceux qui ont ce comportement, Dieu les punira. » D’après lui, cette attitude fait fuir les investisseurs.

Il a aussi mis en garde des dignitaires véreux, paresseux, qui se mettent à saboter la plupart des initiatives destinées à la population. « Certains disent qu’ils ne vont pas m’aider si une fois 2015 revenait. Je leur réponds d’essayer s’ils en sont capables. »

Le chef de l’Etat a demandé à « tous les fainéants » de se réveiller. « Nous devons avoir un pays prospère, un pays de travailleurs assidus, dévoués. Que tous les bras cassés ne se réclament plus être des Bagumyabanga, des membres du parti Cndd-Fdd. Certains d’entre eux se pavanent et se disent inamovibles, affirmant qu’il est impossible de se passer de leurs voix. Nous sommes prêts à abandonner ces voix de fainéants. » Et leur révéler que chaque dirigeant aura un réserviste comme au football. « Je voulais vous dire STOP ! »


Réactions

Agathon Rwasa : « Les saboteurs ne sont pas en dehors du Cndd-Fdd. »

« Lorsque le président de la République parle de sabotage économique, c’est une triste réalité. Ce qui est un peu dérangeant c’est que ce sabotage est opéré par ceux qui disent qu’ils sont en train d’appliquer la loi », réagit Agathon Rwasa, président du Congrès National pour la Liberté (CNL). D’après lui, créer des situations de monopole pour des produits comme le sucre, le carburant, le ciment ou autres et en donnant un avantage à une poignée d’individus, c’est favoriser un comportement antiéconomique. Il indique que certaines personnes commencent à spéculer et à provoquer la rareté de ces produits pour augmenter les prix. « Cela ne peut pas manquer d’avoir un impact négatif sur l’économie parce que vous jouez avec le pouvoir d’achat des citoyens, mais aussi vous jouez avec la satisfaction des besoins de ces citoyens. » Pour lui, si vous créez la rareté et que tous ceux qui devraient jouir de la consommation de ces produits ne peuvent pas accéder à ces biens, il y a un sabotage.

Et de s’interroger : comment est-ce qu’on ne peut pas parler de sabotage lorsqu’on voit ce qui se passe dans le secteur minier ? Lorsqu’on ne voit pas les retombées de ces minerais dans l’économie burundaise, on peut penser que ceux qui exploitent ces minerais ne déclarent qu’une petite quantité. « Lorsqu’on entend le ministère des mines dire qu’il a pu collecter 4 milliards de BIF pendant plus de 7 ans, c’est révoltant. On ne voit pas la part de l’exploitation minière dans le trésor public. Ce sont des signes qui ne trompent pas qu’il y a un sabotage économique. »

Pour Agathon Rwasa, se lamenter est étonnant. « Tous les rouages de l’administration sont aux mains du Cndd-Fdd. Il a une mainmise sur les institutions sécuritaires, je ne vois pas pourquoi on n’arrive pas à sévir contre ceux qui portent préjudice à l’économie burundaise. » Si on remarque que tout est accaparé par le Cndd-Fdd alors tous les torts, il faut les chercher du côté du Cndd-Fdd. « Hélas ! Il faut purifier et il doit commencer dans son camp. Les saboteurs ne sont pas en dehors du Cndd-Fdd. »

Pour M. Rwasa, le président de la République et son parti doivent comprendre une certaine dynamique. « Ce Burundi est pour tous les Burundais. Il n’est pas pour le Cndd-Fdd ou pour quelques généraux qui font aujourd’hui la pluie et le beau temps. Ce Burundi a toujours souffert d’une mauvaise gouvernance. Chaque fois il y a une tendance d’accaparer le pouvoir et les biens du pays par une poignée d’individus. »

Le président du CNL estime qu’il faut d’abord mettre fin à cette discrimination que le Cndd-Fdd opère vis à vis-à-vis des Burundais. Pour lui, les gestionnaires de ce pays ne peuvent pas ressortir d’un seul camp. « Il y a des techniciens, des intellectuels qui sont capables de rendre de bons services à ce pays. Mais le fait qu’ils ne sont pas du Cndd-Fdd fait qu’ils ne soient pas éligibles à des fonctions étatiques. Il faut changer de stratégie et comprendre que ce Burundi a besoin de tous ses fils et filles capables de contribuer à son développement. »

Agathon Rwasa regrette que le chef de l’Etat a toujours tendance à proférer des menaces verbales : « Il a suffisamment d’autorité que lui confère la Constitution. Il faut qu’il l’exerce. Il a le droit de nommer et de destituer pourvu qu’il ne soit pas injuste.»

Réagissant sur les 17 ans que le Cndd-Fdd vient de passer au pouvoir, la réponse du président du CNL est sans équivoque : « Le bilan est très largement négatif. Un pays où chaque jour, on entend des gens qui disparaissent, des cadavres qu’on trouve ici et là, des disparitions forcées, des gens qui sont injustement emprisonnés, des procès à la va-vite et parfois préfabriqués, cela ne peut pas contribuer à l’essor d’une Nation. » Pour le leader du CNL, 17 ans d’un pouvoir devraient être marqués par des indicateurs positifs. Du côté de l’économie, tout est chambardé et le Burundi vit dans un monopartisme de fait. « Le président de la République lui-même a exprimé son ras-le-bol par rapport aux prestations des uns et des autres.  Le Cndd-Fdd devrait se ressaisir et comprendre qu’il est temps de déposer le tablier et laisser les Burundais choisir leurs leaders en toute liberté et qu’on respecte le verdict des urnes. »

Abdul-Kassim : « Il est appréciable que le chef de l’Etat ait prévenu les Bagumyabanga que les temps ont changé.»

Le dirigeant du parti UPD-Zigamibanga dit avoir apprécié que le chef de l’Etat ait prévenu les Bagumyabanga que les temps ont changé. Un bémol toutefois de la part de ce président de parti. « Nous nous inquiétons toutefois que ces propos ne provoquent un chamboulement comme nous l’avons observé dans les années 2006-2007 à l’époque d’Hussein Radjabu. »

D’après le président de l’UPD-Zigamibanga, les propos du chef de l’Etat démontrent l’existence de nombreux responsables qui sabotent l’action du chef de l’Etat et c’est à ceux-là à qui ce dernier a lancé des avertissements.

Tatien Sibomana : « Il est grand temps que le président passe à l’action.»

Pour ce ténor de la politique burundaise, le discours du président a suscité un sentiment mitigé. « Cela a suscité chez moi un sentiment d’espoir et de satisfaction parce que je fais le constat que le président a la volonté et la bonne foi de sévir contre ceux qu’ils qualifient d’incompétents et de saboteurs parmi les dirigeants. »
Mais Tatien Sibomana a eu également un sentiment de peur et de regret. « Car si les auteurs d’actes répréhensibles figurent parmi les dignitaires, cela démontre que la crise est beaucoup plus grave et plus profonde qu’on ne pourrait le croire. » Pour l’ancien député d’Amizero y’Abarundi, cela signifie aussi que la solution est difficile à trouver face à un problème très complexe.

Enfin, pour Tatien Sibomana, il est grand temps que le président de la République passe à l’action. « Il en a toutes les prérogatives constitutionnelles et il a le soutien de la population et celui de tous les personnes éprises de cette République »

Jean de Dieu Mutabazi : « Le chef de l’Etat a lancé d’ultimes avertissements. »

Ultimes avertissements à l’endroit des grands corrompus et grands corrupteurs, des paresseux et des incompétents estime le Président du RADEBU « Ces mêmes avertissements avaient été donnés lors de la retraite de Gitega avec les leaders des partis politiques en vue d’améliorer la Gouvernance économique et résoudre rapidement la question de la carence des produits de première nécessité comme le sucre, le ciment, les engrais chimiques, le carburant, etc. ».

D’après Jean de Dieu Mutabazi, la Constitution du Burundi confère suffisamment de pouvoir au président de la République pour conduire les réformes nécessaires dans les secteurs.

Léonce Ngendakumana : « Le chef de l’Etat doit donner les noms de ceux qui sabotent l’action gouvernementale.»

Pour le vice-président du Frodebu, si le président de la République se rend compte que ces gens qu’il dénonce sont devenus plus puissants que lui, il faut qu’il porte leurs noms à la connaissance de l’opinion nationale et internationale. « Il faut que les gens sachent qui sont ces Hommes qui sabotent l’action gouvernementale et qui refusent que la dignité humaine soit respectée ». Et d’ajouter que personne n’en voudra au chef de l’Etat s’il fournit les noms de ces gens.
Toutefois, selon Léonce Ngendakumana, il est déplorable que depuis le 5 février 2021, le jour de la commémoration de la fête de l’Unité, le chef de l’Etat a commencé à se plaindre de la corruption et de gens qui dilapident les deniers publics, mais que ces mêmes personnes sont restées à leurs postes.

Le haut cadre du Frodebu dit espérer que les propos tenus par le chef de l’Etat ne resteront pas lettre morte. « La Constitution de juin 2018 donne les pleins pouvoirs au chef de l’Etat. Il peut limoger le Gouvernement et même destituer le Parlement. En plus, ces propos ont été tenus devant un parterre de hauts cadres de l’Etat et de son parti. Cela me fait espérer que le changement est imminent. »

Concernant le bilan des 17ans de règne du Cndd-Fdd, Léonce Ngendakumana est formel. « Les pratiques de corruption, de détournement des deniers publics, de malversations économiques et financières ont aggravé la pauvreté qui touche aujourd’hui 75% de la population », commente le vice-président du parti Sahwanya Frodebu.
Il déplore que le chômage chez les jeunes et femmes consolident la misère de la population. Ce qui est plus grave, observe-t-il, c’est que le chef de l’Etat dénonce également des hauts cadres de l’Etat, qui ne l’appuient pas dans la mise en application du discours-programme qu’il a prononcé lors de son investiture. « Si son programme n’est pas mis en application, tout tombe à l’eau », avertit l’ancien compagnon du héros de la démocratie.
Selon lui, les piliers de la démocratie que sont les partis politiques, la société civile, les médias, et les élections sont des acquis actuellement en danger. « C’est le grave constat qui s’impose »

Au niveau sécuritaire, Léonce Ngendakumana indique que des citoyens innocents continuent d’être massacrés. « L’usage de la violence et de l’intimidation a été consolidé »
Pour M. Ngendakumana, les corps de défenses et de sécurité : l’armée, la police et le service national des renseignements sont aujourd’hui considérés comme une « propriété privée » du parti CNDD-FDD. Ce membre fondateur du parti Sahwanya Frodebu affirme que les enlèvements de citoyens se poursuivent. « Le pire, c’est qu’il y a des éléments des forces de l’ordre qui sont impliqués ».

Sur le plan de l’unité nationale et de la réconciliation, Léonce Ngendakumana ne mâche pas ses mots. « Les activités de la CVR sont en train d’être bâclées. Au lieu de travailler sur la période fixée par le Gouvernement, on se focalise sur certaines dates »
Pour redresser cette situation, cet ancien président de l’Assemblée nationale du Burundi, appelle tous les Burundais, jeunes et vieux, les partis politiques, les organisations de la société civile, les médias, les confessions religieuses et même la communauté internationale à se lever pour appuyer les efforts, l’engagement, la détermination du chef de l’Etat à combattre les pratiques de détournement des deniers publiques, les malversations économiques et financières et ainsi lutter contre la pauvreté, la misère et le chômage. « Sinon nous risquons tous de périr. »

Olivier Nkurunziza : « Chose dite, chose faite.»

Le président de l’Uprona dit attendre de l’action de la part du chef de l’Etat. « Ce n’est pas la première fois que le président se plaint de dirigeants incompétents et véreux. Il l’avait notamment déjà fait lors de la rencontre tenue avec les responsables des partis politiques du 11 au 12 du mois d’août. Nous attendons qu’il passe à l’action. A l’Uprona, nous disons chose dite, chose faite »

Pour ce qui est des 17 ans de règne du parti Cndd-Fdd, le dirigeant du parti de Rwagasore note des résultats positifs et négatifs. Concernant les aspects positifs du bilan du parti de l’aigle, Olivier Nkurunziza mentionne la haine ethnique qui a disparu, la gratuité des soins de santé pour les enfants de moins de cinq ans et les mères enceintes, l’augmentation des salles de classes, …

Côté négatif, Olivier Nkurunziza indique qu’il n’y a pas d’évolution remarquable en termes de lutte contre la corruption, la qualité de la formation des élèves qui ne va pas de pair avec la construction des salles de classes, le chômage qui a explosé, le pouvoir d’achat qui s’est nettement détérioré, etc. « Un grand chantier attend le parti au pouvoir. »

Hamza Venant Burikukiye : « Le sabotage économiques sont une réalité. »

« En témoigne les pénuries de quelques produits comme le carburant, sucre et le ciment, la flambée des prix des denrées alimentaires, la fraude transfrontalière de café, les minerais, … », relève le représentant légal de l’Association Capes+. Il indique que malgré la quantité insuffisante de toutes ces denrées, même le peu qui est disponible est mal géré. « Les spéculations et fraudes sont faites soit par des commerçants soit par des autorités publiques. » M. Burikukiye donne l’exemple des marchandises frauduleuses saisies incessamment chez les autorités publiques ou administratives ou chez leurs complices. « C’est à la Une des media et des réseaux sociaux avec pour certains les dossiers qui restent pendants devant les juridictions compétentes. »

Pour Hamza Venant Burikukiye, que les saboteurs soient du camp présidentiel ou pas importe peu. « Ce qui importe est que ces saboteurs soient tous identifiés, connus, traqués et arrêtés pour les traduire devant la justice. »
Concernant les inquiétudes de la population que rien ne sera fait malgré la mise en garde du chef de l’Etat, M. Burikukiye trouve que c’est un témoignage éloquent que la population a cette soif et cette hantise de vivre dans un Etat de droit où règne la bonne gouvernance, le renforcement du patriotisme et du développement durable et équitable.

Gabriel Rufyiri : « Il est important que le chef de l’Etat prenne le taureau par les cornes. »

Pour le président de l’Olucome, lorsque le président de la République parle du sabotage économique, il fait allusion à certains actes qui s’observent. « C’est anormal que le carburant devienne un produit rare dans les stations-service au moment où nous voyons des produits pétroliers sur le marché noir. Il est aussi impossible que les devises soient introuvables sur le marché officiel, mais disponibles au marché parallèle. Il pourrait y avoir un sabotage. » D’après Gabriel Rufyiri, le Chef de l’Etat a tous les outils à sa disposition pour juguler ce phénomène. « D’ailleurs, l’Olucome ne comprend pas comment il n’y a pas de bureaux de change. Ce n’est pas possible. » Les solutions qui sont prises sont artificielles, souligne-t-il, il faut des solutions durables et minutieusement étudiées pour juguler ces sabotages.

M. Rufyiri indique que lorsqu’on constate que tous les marchés juteux sont exécutés par les membres du Cndd-Fdd, les principaux saboteurs pourraient être ceux-là même. « Ce sont eux qui accèdent à tous les avantages. Ce sont eux qui sont souvent attrapés dans des magouilles. »

L’Olucome estime qu’il faut de la transparence au niveau des marchés publics. De plus, il faut que tous les mandataires publics, tous les hauts cadres de l’Etat n’exercent plus le commerce comme le stipule la loi.
« Il est important que le chef de l’Etat prenne le taureau par les cornes et non par les jambes. Quand on n’agit pas, le risque est de voir le pays développer des groupes mafieux à l’intérieur de l’appareil étatique. »

En analysant les 17 ans de gouvernance du Cndd-Fdd, le président de l’Olucome trouve que tous les indicateurs économiques et de gouvernance sont actuellement dans le rouge. « Avec l’avènement du Cndd-Fdd en 2005, le Burundi était privilégié car il a eu la chance d’être parmi les 10 pays qui ont bénéficié de l’allègement de la dette. Avant 2005, le Burundi était compté parmi les 3 pays les plus pauvres et très endettés. » Après cet allègement, poursuit-t-il, les conseils d’administration du Fonds mondial international (FMI) et de la Banque Mondiale ont décidé de financer le CSLP l et le CSLP II. « Ces derniers avaient comme objectif de mettre le Burundi sur les rails du développement avec un taux de croissance d’au moins 8%. Malheureusement, lors de l’évaluation du CSLP II en 2014, on a eu 4,7% de taux de croissance. Avec la crise de 2015, ce taux a chuté jusqu’à – de 0.7%. »

D’après Gabriel Rufyiri, malgré un financement de plus de 7000 milliards pour le développement économique, le Burundi est le pays le plus pauvre du monde. « Certes, la dette extérieure a diminué, mais la dette intérieure a augmenté à plus de 3000 milliards de BIF. En matière de développement, il y du pain dur planche. »

Concernant la bonne gouvernance, M. Rufyiri fait savoir que tous les indicateurs sont presque dans le rouge. Il donne l’exemple de l’indicateur de lutte contre la corruption : « En 2005, le Burundi était le 36e pays le plus corrompu au monde, aujourd’hui, il est parmi les 10 premiers pays. « Ça prouve qu’au lieu d’avancer, nous reculons. » Le taux de pauvreté, indique Gabriel Rufyiri, on est à plus 70 % de Burundais qui vivent en dessous du seuil de pauvreté. Un Burundais a moins d’un dollar par jour c’est-à-dire moins de 300 USD par an. Le taux de croissance est actuellement en dessous de 4% qu’on avait en 2015.

Toutefois, le président de l’Olucome garde espoir grâce au message du chef de l’Etat. « D’abord par rapport à la mise en œuvre du Plan national de développement (PND). La deuxième chose, c’est cette politique que le président de la République vient d’initier du budget-programme. » S’il est mis en œuvre, fait-il savoir, le Burundi pourrait décoller économiquement, mais il y a des préalables importants : assainir l’administration c’est-à-dire les gestionnaires au premier rang, engager des réformes profondes en matière économique, des marchés publics, chasser tous les corrompus se trouvant dans les services publics, initier une stratégie nationale de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption, une justice qui fonctionne normalement, bâtir le système national de l’intégrité, …

« Le président actuel a de bons discours, mais ces derniers doivent être accompagnés par des actes concrets. Ce n’est pas facile car la plupart des mandataires publics du parti Cndd-Fdd sont devenus des commerçants et gagnent des marchés d’une manière indue. Ils sont devenus plus riches que l’Etat. »

Gustave Niyonzima : « Tous les discours devraient être le tremplin réel de la prise des décisions. »

« Le président de la République en tant que Magistrat Suprême ne se lamente pas publiquement devant ses propres gouvernés », analyse Me Gustave Niyonzima, juriste et défenseur des droits humains. D’après lui, dans l’intérêt supérieur de la Nation, il agit par des actes concrets et salutaires via le pouvoir que lui confère la Constitution via les articles 93, 96, 108 214 al3 et 215.

Depuis son arrivée au pouvoir, indique M. Niyonzima, le chef de l’Etat, ne fait que se lamenter en insinuant des dignitaires qui officient dans la pure illégalité sans qu’il y ait ses sanctions postérieures à leur égard. « Il en est de même quant aux promesses qui ne sont pas du tout tenues. »

Me Gustave Niyonzima trouve qu’avec cette attitude, les gouvernés ne peuvent pas se laisser berner par des discours monotones, alléchants et qui ne sont pas accompagnés par des actes concrets. « Ils concluent in fine qu’il s’agit d’un modus operandi pour tromper la vigilance de la population quant à l’impunité et l’injustice qui gangrènent le pays. » Pour le juriste, tous les discours inhérents au changement du président de la République devraient être le tremplin réel de la prise des décisions conséquentes pour dépasser réellement le stade des lamentations en se focalisant beaucoup plus sur l’intérêt supérieur de la Nation. « C’est ce défi immense qui devrait être pris à bras le corps pour mettre fin à l’impunité et au dysfonctionnement étatique dont parle le président Evariste Ndayishimiye. »

Forum des lecteurs d'Iwacu

4 réactions
  1. ntare minott

    le president de l’Uprona a menti sur la fin de la haine ethnique. il sait bien que les tutsis sont discriminés presque partout au niveau de l’emploi public et autres marches publics. Pire encore, cette discrimination se manifeste dans les bourses d’etudes. La consequence est q’aujourd’hui la jeunesse tutsie est abonnée a l’exil, l’exode vers la Serbie en est la triste preuve.

  2. Samandari

    Ewe Ririkumutima. Tu nous fais effectivement marrer.
    Le Président a lui meme dit que les saboteurs sont des grands du régime, des très grands qui lorgnent meme le fauteuil du chef. Un pasteur qui communiquerait avec Dieu +donc ayant une ligne directe+ l’a dit dans un de ces fameux bikorane. Lui ne s’est pas embarrassé de circonlocutions. Il a seulement menacé que la colere divine allait tomber.
    Mais n a t elle pas deja tombé, cette colere divine? Tous les pays ne sont pas classés derniers au niveau de la corruption et de la pauvreté.
    Le parti de l aigle ne peut donc pas organiser une marche manifestation. Quels slogans lancera t on pour expliquer et viser l’ennemi à abattre? Le petit peuple, abanegihugu n’y comprendrait rien

  3. Ririkumutima

    Ni kubera ata « Mujeri », Rwanda et abakoloni barimwo.
    Le cerveau n’a pas encore préparé et vulgarisé les slogans.
    Ça se prépare les manifestations spontanées 🤩🙌😅

  4. Mafero

    Pourquoi est-ce que le Parti qui dirige le pays n’organise plus des rassemblements / manifestations immenses pour soutenir les discours du President actuel? Qu’est-ce qui se passe? Avant on nous disait meme que c’est spontane!

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