Lundi 15 juillet 2024

Politique

Quatrième anniversaire de la Présidence de Ndayishimiye, un bilan très mitigé

Quatrième anniversaire de la Présidence de Ndayishimiye, un bilan très mitigé
Le président Evariste Ndayishimiye lors de son investiture le 18 juin 2020.

Le quatrième anniversaire de la présidence d’Évariste Ndayishimiye n’a pas été épargné par les critiques acerbes de divers acteurs politiques et de la société civile. Le jugement sur sa gouvernance après quatre ans est particulièrement sévère.

Par Devis Gateretse et Jules Bercy Igiraneza

Plusieurs acteurs politiques burundais et de la société civile dénoncent les pénuries répétitives de produits essentiels tels que les produits pétroliers, les boissons Brarudi, les produits pharmaceutiques, le sucre, les fertilisants, les matières premières importées, ainsi que l’eau et l’électricité. Cette situation est principalement attribuée à un manque de devises étrangères.

Gabriel Rufyiri, président de l’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (OLUCOME), a tenu une conférence de presse, très attendue, ce 18 juin pour présenter le bilan socioéconomique des quatre années de présidence d’Évariste Ndayishimiye. Anticipant les révélations de Rufyiri, connu pour son franc-parler, le Service national de renseignement (SNR) a tenté de le contacter avant l’événement. « Il est essentiel de permettre aux citoyens de se réunir, de s’exprimer et de manifester. Le SNR m’a contacté, le ministère de l’Intérieur est présent et la présidence de la République est représentée », a-t-il déclaré. « Vous souhaitez que tout le monde se taise », a-t-il regretté. À part le SNR, la présidence de la République et le Ministère de l’Intérieur étaient également représentés lors de la conférence.

Des chiffres alarmants

Gabriel Rufyiri attribue une note de 50 % au Président Ndayishimiye pour ses quatre années au pouvoir.

Rufyiri a attribué une note de 50 % au président Ndayishimiye, soulignant une forte dévaluation du franc burundais. « À titre d’exemple, un dollar américain en 2020 se convertissait pour à peu près 2800 Fbu. Aujourd’hui, 1 dollar américain se convertit à plus de 6000 Fbu sur le marché parallèle, soit une dévaluation de 114,29 % », a-t-il illustré. Le taux d’inflation est passé de 5,6 % en 2020 à 27,1 % en 2023, avec une inflation des produits alimentaires atteignant 34,9 % en janvier 2024.

Rufyiri a également relevé de nombreux défis : pénuries de produits essentiels, corruption généralisée et la mauvaise gestion des ressources publiques .Les infrastructures, y compris les routes, les hôpitaux et les écoles, sont en mauvais état. En décembre 2022, le président Ndayishimiye avait lui-même dénoncé « les contrats biaisés, les ventes de richesses minières, les ventes frauduleuses de la production agricole à l’étranger, l’incompétence des cadres et les détournements de devises ».

Le chômage reste élevé, surtout parmi les jeunes, alimentant désespoir et frustration. Selon Rufyiri, le taux de pauvreté est de 65 %, avec 60 % des jeunes encore scolarisés. « Les violations des droits de l’homme sont également préoccupantes, avec des répressions fréquentes contre les opposants politiques et des restrictions sévères sur la liberté des journalistes et des défenseurs des droits civiques », a-t-il ajouté.

Des éléments porteurs d’espoir

Rufyiri a toutefois reconnu certains éléments porteurs d’espoir, tels que la vision 2040-2060, le Plan national de développement révisé, la politique de budget programme et la digitalisation des services publics. Les promesses en appuis projets ont augmenté substantiellement, passant de 300 milliards en 2020 à 900 milliards en 2024. Rufyiri a insisté sur la nécessité de mettre en place une stratégie nationale de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption, de démilitariser et de dépolitiser les services publics, et de séparer les postes politiques des postes techniques.


Réactions

Kefa Nibizi, les promesses non tenues

Kefa Nibizi, président du Conseil pour la démocratie et le développement durable au Burundi (CODEBU), a attribué une note de 51 % au président Ndayishimiye, déplorant les promesses non tenues. « Dès le début de son mandat, Évariste Ndayishimiye avait promis de garantir que chaque Burundais ait de quoi manger. Cependant, cette promesse n’a pas été réalisée », a regretté Nibizi, signalant que l’insécurité alimentaire persiste en raison de l’augmentation des taxes sur les produits essentiels.

Gaspard Kobako, les conseils non écoutés

Gaspard Kobako, président du parti Alliance nationale pour la démocratie (AND), a évalué le président Ndayishimiye à 53 %. « Je lui avais attribué 60 % lorsqu’il était mon stagiaire au lycée Rohero, mais aujourd’hui, je ne peux pas lui donner plus, car il ne semble pas écouter les conseils », a-t-il affirmé. Kobako a reconnu des avancées en matière de droit d’expression, mais dénonce l’instabilité dans la gouvernance et les nombreuses promesses non tenues. « Les promesses non tenues et les interférences de nombreux proches du Président compliquent sérieusement la situation. Ces mauvais éléments sont plus nombreux que ceux qui lui sont réellement bénéfiques. » Il a averti que si Ndayishimiye ne parvient pas à se débarrasser de ces influences négatives, il risque de compromettre ses chances de succès à l’avenir.

Autres évaluations politiques

D’autres personnalités politiques ont également donné leur avis. Patrick Nkurunziza, président du Frodebu (Front pour la démocratie du Burundi), a attribué une note de 30 % au président Ndayishimiye. Anicet Niyonkuru, président du CDP (Conseil des Patriotes), lui a donné une note de 50 %. Hamza Venant Burikukiye, représentant légal du CAPES+ (Collectif des associations des personnes infectées et affectées par le VIH/SIDA), a évalué la présidence à 58 %, tandis que Faustin Ndikumana, président de PARCEM (Parole et action pour le réveil des consciences et l’évolution des mentalités), a également attribué une note de 50 %.

Globalement,  le Président Évariste Ndayishimiye fait face à un bilan très mitigé, les défis restent nombreux et pressants.

 

 

 

Forum des lecteurs d'Iwacu

4 réactions
  1. VOLTAIRE KAZIRI

    Des promesses comme:  » Chaque bouche ait à manger, chaque poche ait de l’argent » ne sont que des hyperboles.
    Au pire, rien que la démagogie.
    1) Il faut d’abord quantifier cette assertion lapidaire
    2) Il faut détailler un plan mesurable pour y arriver.

    Que je sache, plus de 75% de la population vit en dessous du seuil de la pauvreté.
    Il y a Rufyikiri qui justifie sa note de 51% par la vision 40/60.
    Croyez vous vraiement à ce slogan?
    Quels sont les indicateurs à mesurer chaque année

  2. Kaneza

    Je me suis toujours demandé pourquoi on engloutit des sommes faramineuses dans les Bikorane!!!@
    Est ce qu’il y a un objectif quantifiable?
    Est ce qu’on vérifie à posteriori les objectifs versus le coût?

    Quant aux réalisations des 4 ans de
    notre président.
    Un seul critère à regarder: La chute vertigineuse du Fbu.
    Qu’en est il de la corruption. Les plus gentils diront qu’elle est restée abom7nablement élevée comme aubtemps du Guide suprême du patriotisme

    • Kimeneke

      Si Ndayishimiye prend la référence au Guide Suprême du patriotisme 😇🤑🤑🤑
      O my God.
      Le pays n’atteindra jamais le fonds du gouffre

  3. Stan Siyomana

    1. Vous ecrivez:« les pénuries répétitives de produits essentiels tels que les produits pétroliers, les boissons Brarudi, les produits pharmaceutiques, le sucre, les fertilisants, les matières premières importées, ainsi que l’eau et l’électricité. Cette situation est principalement attribuée à un manque de devises étrangères…. »
    2. Mon commentaire
    En 2022, la presidente de la Tanzanie, Mama Samia Suluhu Hassan a supprime les celebrations d’independence et a prefere utiliser les fonds pour la construction des dortoirs dans les ecoles.
    « Tanzania’s president, Samia Suluhu Hassan, has canceled Independence Day celebrations scheduled for Friday and directed that the budget instead be used to build dormitories for children with special needs.
    The 61st Independence Day event was to cost $445,000, money that will be used to build eight dormitories in primary schools around the country… »
    https://apnews.com/article/africa-kenya-east-tanzania-86b2712377fd8ccb9abbdbbf876bd0f6

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