Samedi 10 décembre 2022

Société

Retraite des fonctionnaires : Le passage à 60 ans fait des remous

29/06/2022 8
Retraite des fonctionnaires : Le passage à 60 ans fait des remous
Des ministres, lors de la réunion préparatoire du Conseil des ministres du 15 Juin.

Le Conseil des ministres du mercredi 15 juin a recommandé de revoir le statut général des fonctionnaires en baissant l’âge de la retraite de 65 à 60 ans. Une proposition décriée par les fonctionnaires et les syndicats.

L’article 79 du statut général des fonctionnaires fixe l’âge de la retraite à 60 ans avec possibilité de prolongation jusqu’ à 65 ans non renouvelable. Des dispositions particulières s’appliquant aux secteurs de la santé, de l’éducation et de la magistrature qui constituent 90% des fonctionnaires, complètent le dit statut général des fonctionnaires.
Mercredi 15 juin, le Conseil des ministres s’est réuni avec plusieurs points à l’ordre du jour, dont le projet de loi portant révision de la loi du 23 août 2006 portant statut général des fonctionnaires, qui a été présenté par le ministre de la Fonction publique, du Travail et de l’Emploi.

Le communiqué relatif audit conseil, publié sur le site web du gouvernement du Burundi, énumère quelques lacunes observées dans l’actuel statut général des fonctionnaires.
Le statut général des fonctionnaires de 2006 ne tient pas compte de la nouvelle politique salariale. Il ne tient pas également compte des dispositions s’appliquant sur certains secteurs.

« Il ne tient pas compte des prescrits de la nouvelle politique salariale ; l’actuel statut dit « général » ne l’est pas en réalité en raison de l’existence des dispositions particulières applicables aux secteurs de l’enseignement et de la santé qui forment à eux seuls plus de 90% des fonctionnaires de l’Etat, et qui ont contribué à fragmenter la fonction publique en groupes concurrents pour l’obtention d’avantages particuliers. Il ne tient pas compte de la politique de gestion des performances dans le secteur public adoptée par le gouvernement en 2014 », lit-on dans ce communiqué.
Le Conseil des ministres qui a, d’ailleurs, reconnu l’urgence de la promulgation de ce projet de loi, l’a adopté et a fait des recommandations au ministre en charge de la Fonction publique parmi lesquelles il y a le placement de l’âge de la retraite de tous les fonctionnaires de l’Etat à 60 ans.

Une recommandation suscitant l’incompréhension chez les fonctionnaires

La baisse de l’âge de la retraite n’a pas tardé à soulever des interrogations dans les milieux des fonctionnaires qui voient cette mesure comme un fardeau. Certains avaient déjà contractés des crédits dans les banques tandis que d’autres n’entendent pas de cette oreille anticiper leur retraite.

M.A.N. est fonctionnaire du ministère de la Santé publique et de lutte contre le SIDA. Elle vient de contracter un crédit sur dix ans auprès de la Banque de l’habitat urbain pour s’offrir un logement décent. Si cette loi venait d’être promulguée, elle irait à la retraite dans 5 ans au lieu de 10. Elle ne voit pas comment elle va rembourser la totalité de ce crédit. « Nous demandons au gouvernement de revoir cette mesure, elle ne vient pas pour faciliter les fonctionnaires. Comment allons-nous payer les banques auprès desquelles nous avons contracté des crédits ? A défaut de la révision de ce projet de loi, que l’Etat intervienne pour nous auprès de la BRB pour que nos crédits soient dégressifs et non linéaires », plaide-t-elle.

J.M., fonctionnaire dans l’enseignement, quant à lui, n’ira pas tôt dans la retraite. Il ne comprend pas du tout les motivations de l’Etat dans cette décision : « Je ne me vois pas aller à la retraite aussi tôt, les conditions de vie de la retraite sont difficiles, nous percevons une somme minable. Je voudrais maximiser mes années de travail. Je ne comprends pas pourquoi le gouvernement veut nous envoyer à la retraite très tôt alors que dans certains coins du pays, les enseignants ne sont même pas suffisants. »

J.M. partage les mêmes inquiétudes que celle du ministère de la Santé en ce qui est de la problématique de rembourser les crédits contractés : « Il y en a parmi nous qui ont des crédits dans les banques et institutions de microfinances. Qui va payer ces institutions financières pour nous ? »

Il n’y a pas que l’âge de la retraite qui gêne, selon la Cosybu…

Au sein de la Confédération syndicale du Burundi (Cosybu), il n’y a pas que l’âge de la retraite qui gêne dans ce projet de loi portant statut général des fonctionnaires. Selon Mélance Hakizimana, vice-président de cette confédération, ce projet de loi a été étudié unilatéralement en passant outre les clauses issues des négociations qui avaient été faites entre le gouvernement et la partie syndicale.

« Normalement, ce projet de loi avait été débattu et étudié ensemble avec les partenaires, les syndicats et le gouvernement. Nous ne comprenons pas pourquoi ils ont ignoré ce qu’on s’était convenu durant les négociations. La réglementation du travail est consensuelle. S’il faut faire une nouvelle loi, les accords issus des négociations doivent être respectés. »

Mélance Hakizimana : « Certaines dispositions ont été changées alors qu’elles faisaient l’objet d’un consensus. »

Mélance Hakizimana confirme que ce projet de loi va porter préjudice aux fonctionnaires de l’Etat qui ont des engagements auprès des institutions financières : « Il y aura des problèmes, la majorité des fonctionnaires ont des crédits dans des institutions financières. J’ai des messages des fonctionnaires tout le temps qui se demandent comment ils vont pouvoir honorer leurs engagements. »

L’âge de la retraite n’est pas la seule faille observée par la Cosybu dans les propositions du conseil des ministres. La Confédération syndicale du Burundi déplore également que le Conseil des ministres ait décidé d’abroger les dispositions particulières qui concernent les secteurs de la santé et de l’éducation.

Et de faire savoir qu’il y a des secteurs qui ont du travail spécifique et des exigences particulières : « Je donne l’exemple du secteur de la santé. Le statut ne prévoit pas le travail de nuit ou les heures supplémentaires. En cas d’intervention chirurgicale à faire, ce n’est pas parce qu’il est l’heure de rentrer qu’ils vont arrêter l’intervention.

Ils doivent aller jusqu’au bout. »

Selon Mélance Hakizimana, il aurait fallu s’entendre sur certaines dispositions particulières pour ces secteurs spécifiques car ce sont des dispositions qui avaient été négociées au départ.
La Confédération syndicale du Burundi demande au gouvernement d’accepter de renégocier avec les partenaires pour revoir le projet de loi qui vient d’être proposé par le Conseil des ministres.

Mélance Hakizimana explique que la Cosybu n’est pas contre ce projet de loi, mais plutôt elle s’insurge contre certaines dispositions qui ont été changées alors qu’elles faisaient l’objet d’un consensus.
« Nous demandons au gouvernement de revoir ce projet de loi avec les syndicats. Sinon, cela serait remettre en cause les accords qui ont été signés à l’issue des négociations dans lesquelles le gouvernement du Burundi était représenté », a-t-il conclu.

Forum des lecteurs d'Iwacu

8 réactions
  1. Kora

    Président de la République yavuze ngo les pansionnés bazoguma bahembwa salaires bariko bakiri en service ntakibazo !!!Pas donc à s’inquiéter outre mesure

  2. Kazirubusa

    A 50 ans le burundais ressemble déjà à un vieillard de 65 ans à cause du stress lié à la pauvreté ambiante.Si vous mettez l’âge de la retraite à 65 ans il n’y aura pas beaucoup qui pourront toucher leur retraite.Vous savez bien que l’espèrance de vie moyenne dans notre pays est 55 ans.Donc l’âge de la retraite à 60 ans c’est même trop.La retraite devrait être à 55 ans.Nous vieillissons de façon prématurée à cause de la pauvreté.Ceux qui consomment nos bière sont en mauvais état déjà à 50 ans.Soyons réalistes avec l’âge de la retraite.Il n’y a que les gens sur nos collines qui vivaient longtemps et même là vu le poids démographique ils n’ont plus cet avantage tellement nous mettons au monde des enfants en désordre et cela gâche la qualité de vie.Nous avons beaucoup de travail à faire pour rendre notre pays agrèable.

  3. Ndambi

    Des chiffons de papier, mon cher😡😏

  4. Marie Claire Karangwa

    Dans d’autres pays l’age de la retraite a été revue à la hausse passant de 65 ans à 67.
    A 60ans les gens sont vraiment productifs et le gouvernement Burundais les revoient à la retraite.
    Difficile de comprendre les motifs de cette decision unilaterale.

  5. tuyisabe

    Narigeze kwumva umukuru w igihugu avumera ko abakozi bakukurutse bozoguma bahembwa akavunamusase bahora bahembwa. Muri ico gihe ntawogira ubwoba bwo kuja muri retraite kuko yoguma afata yayandi, yoguma abayeho uko yarabayeho n amadeni yishura neza . Gusa iyi ngingo yo gukukuruka kuri 60 ans , yofasha ibishomeri navyo kuronka akazi kuko abashomereye ni benshi caaaane mu Burundi .

    • Yan

      Reka reka sha! Uramaze kwumva ahantu uwukora n’uwudakora bahembwa kumwe? Tube turareka igihugu kibuze n’ingene kironkera abana aho bigira. Hamwe n’ukuvura abanyagihugu?

    • arsène

      Il ne comprend pas du tout les motivations de l’État dans cette décision : « Je ne me vois pas aller à la retraite aussi tôt, les conditions de vie de la retraite sont difficiles, nous percevons une somme minable.»

      Tout à fait d’accord avec Tuyisabe.

      Si nos dirigeants ne sont pas des bonimenteurs, nous sommes en droit d’attendre d’eux qu’ils tiennent leurs promesses. Le président de la république a solennellement promis, le jour de son investiture, que les retraités allaient désormais toucher une rente équivalente à leur dernier salaire. Il leur a par ailleurs promis un accès gratuit aux soins de santé. Dans ces conditions, une retraite à 60 ans ruinera l’économie, déjà moribonde, mais les retraités devraient être en mesure de jouir de bien meilleures conditions que lorsqu’ils travaillaient – pour ceux qui le font réellement.
      Je précise ici que je n’y crois pas. Aucun gouvernement au monde n’y est parvenu. Ailleurs, il existe différents niveaux de cotisation. Celui qui veut toucher le même montant que son dernier salaire paie une assurance vieillesse plus élevée mais cette possibilité ne sera offerte qu’à ceux qui ont un salaire déjà relativement élevé.

  6. Mpingakayove

    « …Sinon, cela serait remettre en cause les accords qui ont été signés à l’issue des négociations dans lesquelles le gouvernement du Burundi était représenté » » !!! Vous avez dit accords !!! Cela me rappelle d’autres accords dits d’Arusha !!! Qu’est-ce que ces derniers sont devenus ?

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