Mercredi 30 novembre 2022

Politique

Neva, désormais seul maître à bord ?

Neva, désormais seul maître à bord ?
Le président Evariste Ndayishimiye (à gauche) vient de remplacer son Premier ministre Alain-Guillaume Bunyoni (à droite).

Tout s’est passé très vite. On dirait que l’appareil était bien huilé. Ce mercredi 7 septembre, l’Assemblée nationale a procédé à l’approbation du nouveau Premier ministre en la personne de Gervais Ndirakobuca, jusqu’alors ministre en charge de l’Intérieur. Il a remplacé Alain-Guillaume Bunyoni. Cette désignation arrive après plusieurs discours du chef de l’Etat sur ‘’les saboteurs’’ qui bloquent l’action gouvernementale. Jusqu’à tenter, d’après lui, un coup d’Etat.

Par Fabrice Manirakiza, Alphonse Yikeze et Keyna Iteriteka

Jeudi 8 septembre. Remise et reprise entre le nouveau Premier ministre Gervais Ndirakobuca et le sortant Alain-Guillaume Bunyoni au Palais Ntare Rushatsi. Parmi les dossiers forts que ce dernier a dit avoir laissés à son successeur, il a cité la politique de digitalisation et d’informatisation des services de l’Etat. « Cela permettra d’assurer la traçabilité des politiques menées de la base jusqu’au sommet et booster l’économie ». Il a aussi cité le regroupement et le redécoupage des entités administratives (Provinces, communes, zones, collines, quartiers). « Cela facilitera la planification d’un développement économique durable et inclusif ».

Le Premier ministre nouvellement nommé a promis, face caméra, d’être à la tête d’un gouvernement « au service de tous. »

Mercredi 7 septembre. Il est 9 heures, nous sommes en route pour Kigobe. Les médias ont été appelés « pour une activité urgente » à l’Assemblée nationale. Des rumeurs sur la destitution du Premier ministre réputé ‘’intouchable’’ ont couru depuis la veille au soir. Mais nous avons du mal à y croire. Nous pensons que les médias ont été appelés pour une autre activité.

A notre arrivée, c’est la stupeur. Dans une ambiance calme, le président de l’Assemblée nationale est en train de lire le Curriculum Vitae du candidat au poste de Premier ministre : Gervais Ndirakobuca !

Après la lecture du parcours de celui qui est encore ministre en charge de l’Intérieur, le député Simon Bizimungu du Cnl va poser la question de savoir si le Premier ministre a démissionné avec son Gouvernement pour procéder à une activité pareille. Le président de l’Assemblée nationale lui répond par une analogie qui surprend plus d’un. Il va comparer le cabinet présidentiel au foyer familial. « Dans un foyer familial, il y a le chef de ménage. C’est lui qui fixe les règles. Quand un enfant se conduit mal, il le sanctionne sans demander l’avis de personne. Donc, ne demandez pas pourquoi le chef de l’Etat a agi ainsi. C’est à sa discrétion ». En une phrase, le président de l’Assemblée nationale vient de révéler que le Premier ministre Bunyoni est tombé en disgrâce. Pourquoi ? Nous ne le saurons pas.
Puis, c’est le vote. 119 voix pour le nouveau Premier ministre. Il est approuvé à l’unanimité et va prêter serment dans l’après-midi en présence du chef de l’Etat, des deux chambres réunies et des membres du corps consulaire et diplomatique présents à Bujumbura.

Une véritable saga politique

Tout commence le 25 août dernier. Ce jour-là, le président célèbre à la Permanence nationale du parti avec les Bagumyabanga les 17 années de la prise de pouvoir du parti de l’aigle. Comme c’est devenu son habitude, il prend la parole pour fustiger ‘’les saboteurs’’ de son action gouvernementale. Cette fois-ci, le ton est très menaçant.
Il révèle un complot ourdi contre lui par les mêmes saboteurs. « Il y a parmi ces derniers ceux qui avaient dissimulé du carburant, mais nous avons découvert cela. Ils avaient envisagé d’organiser une manifestation, un samedi, avec le plan de cacher tout le carburant pour créer une pénurie artificielle et provoquer des manifestations à l’instar de ce qui s’est passé en 2015 ».

D’après le président, une intervention providentielle a empêché que cette conspiration aboutisse. « Grâce à Dieu, j’ai su qu’il y a des gens malveillants qui avaient préparé ce complot, j’ai même su le lieu de leur réunion et je me suis dépêché d’aller voir ces gens. Et nous avons ordonné que tout le carburant caché soit distribué. Et ce jour, il y a eu du carburant ». Et d’indiquer que Dieu lui a déjà montré tous les saboteurs. « Nous avons donné des devises à des importateurs au mois de juillet et ils n’ont pas encore amené le carburant. Mais nous, cela ne nous a pas même pris 5 jours. Le carburant était ici. »

Le chef de l’Etat ira plus loin pour mettre en garde des dignitaires véreux, paresseux, qui se mettent à saboter la plupart des initiatives destinées à la population. « Certains disent qu’ils ne vont pas m’aider si une fois 2015 revenait. Je leur dis d’essayer s’ils en sont capables. »

Celui qui est aussi le président du Conseil des Sages du parti au pouvoir a mis en garde les membres de son propre parti. « Que tous les bras cassés ne se réclament plus d’être des Bagumyabanga, des membres du parti Cndd-Fdd. Certains d’entre eux se pavanent et se disent inamovibles, affirmant qu’il est impossible de se passer de leurs voix. Nous sommes prêts à abandonner ces voix de fainéants. » Et d’avancer. Chaque dirigeant aura un remplaçant comme au football. « Je vous dis STOP, STOP, et STOP! ».

« Ceux qui se disent puissants, rabaissez-vous »

A l’ouverture de la rentrée judiciaire le vendredi 2 septembre, le chef de l’Etat passe à la vitesse supérieure. « Ces hommes puissants ont tiré leur puissance du pays. Le pays est en train de renaître et lui s’enrichit, mais au lieu de rester humble, il commence à se sentir invulnérable : je suis fort maintenant, personne ne peut oser dire quoi que ce soit, même pas la loi. C’est moi qui fais la loi ». Mais de qui parle-t-il ? Le discours burundais procédant souvent par allusion, la population s’interroge.

Et de poursuivre. « Les magistrats, aidez-moi. Il ne faut pas badiner avec le pays. Tu peux penser donner un petit coup de pied au pays, mais le pays va t’affliger un gros coup. Ceux qui se disent puissants, rabaissez-vous. Il n’y a plus de cachette, tout est connu ».

Son discours suscite encore plus l’étonnement quand il fait appel à une légende de l’histoire burundaise : Maconco. « Être dirigeant n’est pas facile. Ceux qui se battent pour devenir dirigeants me font rire. Souvenez-vous de l’histoire du roi Mwezi (Gisabo) et Maconco (beau-fils du roi). Maconco s’est rebellé contre le roi Mwezi. Il voulait devenir roi. Il a volé le chien du roi. Mwezi lui a dit : « Je t’ai donné une province à gouverner. Je t’ai donné tout, même ma fille. Veux-tu aussi le pays ? ».

Finalement, le roi a déployé l’armée pour combattre Maconco. Il est mort sans devenir roi. Comme gendre du roi, il pensait qu’il pouvait aussi être roi. Pourtant, le roi lui avait tout donné. Il lui avait aussi offert sa fille, mais il voulait toujours le trône du roi. Que les Maconco retournent l’épée dans son fourreau. Ils mourront sans y arriver. ».

Et de mettre au défi cet adversaire invisible aux yeux de l’opinion. « Qui peut menacer un Général de coup d’Etat ? Qui est-il ? Qu’il vienne m’affronter. Au nom de Dieu, je le vaincrai »


Qui est Gervais Ndirakobuca ?

Le nouveau Premier ministre, Gervais Ndirakobuca.

A la tête d’un ministère transversal, le Lieutenant général de police Gervais Ndirakobuca, était au four et au moulin dans tous les domaines, même ceux qui ne relèvent pas de sa compétence : Covid-19, épidémie de la fièvre de la vallée du rift, transport, etc. Nombre d’observateurs le surnommaient « super ministre ».

Président de ce comité national de riposte à la fièvre de la vallée du Rift, l’ex-ministre de l’Intérieur, du Développent communautaire et de la Sécurité publique, Gervais Ndirakobuca, a pris les choses en main alors que le ministère de l’Elevage tergiversait.
La fièvre de la vallée du Rift faisait rage depuis plus de trois mois. Gervais Ndirakobuca a décidé de s’impliquer dans la gestion de la crise. Le 19 juillet, le ministère de l’Elevage a convoqué une réunion d’information et de sensibilisation sur le contrôle de l’épizootie de la vallée du Rift. Le nouveau Premier ministre n’a pas mâché ses mots après l’exposé des experts : « J’aimerais remercier les experts sur les exposés qu’ils viennent de faire. Je les remercie beaucoup parce que j’ai vu qu’ils maîtrisent ce qu’ils ont appris à l’école. La science. Mais, c’est vrai, la science est la base de tout, mais moi, je suis militaire, un policier, aujourd’hui, nous avons besoin de réponses. Nous n’avons pas besoin de ces sciences, nous avons besoin des réponses. » et d’ajouter : « Vous êtes en train de demander qu’on vous accorde tout un mois pour faire des descentes sur terrain, soi-disant, pour faire la cartographie. Et malheureusement, moi, j’ai un franc-parler, parce que je suis de l’Imbo, vous-mêmes, vous vous contredisez dans ce que vous avez dit ici : un propose la vaccination et l’autre dit niet. Chers experts, est-ce que vous avez compris ce que c’est le gouvernement responsable ? »

Et d’interpeller les responsables du ministère de l’Elevage : « Vous allez dire que le ministre de l’Intérieur est autoritaire. Oui, je le suis. Parce que je suis le porte-parole du peuple. (…) Nous sortons d’ici après avoir trouvé la solution. Ces histoires des sciences, mettons de côté. » Deux jours plus tard, la vaccination des bovins commençait.

Au moment de la crise du Covid-19, le nouveau Premier ministre était le président du Comité national de riposte contre le Covid-19. Il était chargé de la gestion de la crise.

L’autre fait qui a marqué son passage au ministère de l’Intérieur est la suspension des cotisations dans les parkings de bus. « Au nom du gouvernement, je demande pardon à la population parce que nous n’avons pas exercé notre rôle de protéger la population contre un certain groupe de gens qui est venu collecter des cotisations dans les parkings. Toutes ces collectes sont contraires à la loi. Je demande pardon et vous aussi vous devez faire de même », a-t-il martelé en colère, le 19 mars à l’Hôtel de Ville, lors de la réunion avec les associations des transporteurs. « Vous avez volé la population. Où va cet argent que vous avez collecté ? (…) Vous conduisez des voitures, des vélos et motos, mais quand une route est abîmée, vous êtes les premiers à crier et à demander au gouvernement de les réhabiliter. Combien de routes avez-vous construites ? Combien de routes avez-vous réhabilitées avec les milliards que vous collectez depuis des années ? ».

L’Ex-ministre de l’Intérieur s’est illustré dans la prise des décisions souvent impopulaires, notamment la démolition des constructions anarchiques et la décision de délimiter le périmètre de circulation des motos, des vélos et tricycles.

Le nouveau Premier ministre avait beaucoup de pouvoir au sein du gouvernement. L’Article 5 du décret N ° 100 / 194 du 13 août 2021 portant règlement intérieur du gouvernement, stipule que : « En cas d’empêchement du Premier ministre, le ministre en charge de l’Intérieur anime et coordonne l’action du Gouvernement. Il dirige les réunions préparatoires du Conseil des ministres sur délégation expresse du Premier ministre. »

Une ascension depuis le maquis
Le Premier ministre Gervais Ndirakobuca est né en 1970 d’une famille simple sur la colline Kibaya en commune Bukinanyana de la province Cibitoke. Il était en 2ème candidature dans la Faculté des sciences, Département de Chimie à l’Université du Burundi quand il a rejoint le maquis.

Dans le maquis, il a gravi les échelons en devenant d’abord soldat, chef de peloton, commandant compagnie, commandant bataillon, commandant Brigade, membre de l’Etat-major des Forces de Défense de la Démocratie (FDD) et G2 Adjoint, Commandant Axe Sud Tanganyika des Forces de Défense de la démocratie (FDD), …

Avant la naissance de la Police nationale du Burundi (PNB) le 31 décembre 2004, Gervais Ndirakobuca était membre de l’Etat-major intégré de la PNB. Il a aussi gravi les échelons au sein de ce corps. Il est passé successivement de chef de Bureau adjoint chargé de renseignement, communication et archives à la direction générale de la PNB, membre de la commission nationale de désarmement de la population civile et de lutte contre la prolifération des armes légères et de petit calibre pendant 6 ans, Directeur général adjoint de la PNB pendant (de 2007 à 2012), puis Inspecteur général adjoint de la PNB en 2007, deux fois chef de cabinet au Service national des renseignements (SNR), chef du cabinet à la Présidence de la République chargé des questions de police pendant 5 ans et administrateur général du SNR jusqu’à sa nomination, le 28 juin 2020, comme ministre de l’Intérieur, du Développement communautaire et de la Sécurité publique.

Il a repris ses études à l’Université Espoir d’Afrique où il a obtenu sa licence en Droit en 2013. Le Premier ministre Gervais Ndirakobuca est père de 7enfants (3 garçons et 4 filles).

 


Réactions

Nancy Ninette Mutoni : « Le Cndd-Fdd ne soutiendra jamais toute personne qui tenterait de bloquer les institutions élues. »

Nancy Ninette Mutoni : « Nous sommes pour la liberté mais pas pour le libertinage.»

La chargée de la communication au sein du parti Cndd-Fdd, Nancy Ninette Mutoni, indique que le parti au pouvoir félicite le nouveau Premier ministre et exprime son soutien indéfectible au président de la République, qui est en même temps président du Conseil des sages de ce parti. « Le parti appelle les dirigeants à être des serviteurs du peuple et ils doivent comprendre que leur devoir est de bien travailler pour le bien-être de tous. »

Agathon Rwasa : « J’espère que le nouveau gouvernement sera inclusif. »

Pour le président du Congrès national pour la liberté (CNL), lorsque quelqu’un est nommé, il peut être aussi destitué. « Le président a la prérogative de nommer le Premier ministre avec l’approbation des deux chambres du parlement selon l’article 130 de la Constitution. Et le président de la République peut aussi destituer le Premier ministre si ce dernier n’a pas été à la hauteur de ces prérogatives »

Agathon Rwasa espère que le nouveau gouvernement sera inclusif. Selon lui, il n’y a aucun article dans la Constitution qui ouvre la porte à la discrimination. « Nous pensons que le président de la République et son nouveau premier ministre pourront se concerter pour constituer un gouvernement capable de faire bouger l’économie et la gouvernance dans cette nation ».

Le président du CNL estime que la nouvelle équipe gouvernementale ne doit pas venir seulement du parti Cndd-Fdd. « Depuis deux ans déjà, ce gouvernement monolithique a démontré à suffisance qu’il était incapable de répondre aux aspirations et aux attentes du peuple burundais. Il faut exploiter les forces de tous les Burundais. Il faut le mérite et pas la partisanerie ».

Tatien Sibomana : « Le président a voulu montrer qu’il est le seul maître à bord »

Pour le président de l’aile radicale de l’Uprona, la désignation du nouveau Premier ministre n’est que la conséquence des propos récents martelés par le chef de l’Etat. « Le président de la République avait annoncé la couleur d’un changement imminent »
Tatien Sibomana indique qu’en présence d’un bicéphalisme d’Etat, les choses ne pouvaient que finir. «  Longtemps, l’ex-Premier ministre a voulu montrer que c’est lui l’homme fort du régime, le président a réagi pour montrer que c’est lui le seul maître à bord »
Quant à la personnalité du nouveau premier ministre, ce ténor de la politique burundaise est formel.
« Quand il était ministre de l’Intérieur, il a montré qu’il était un homme d’action. Et cela va dans le sens positif et négatif. »

Enfin, juge M. Sibomana, le président Ndayishimiye n’aura plus l’excuse de dire qu’il n’est pas soutenu. Aujourd’hui, il est censé avoir désigné un Premier ministre qui mettra en œuvre ses souhaits.

Kefa Nibizi : « Ce changement vient répondre au souci de blocage du chef de l’Etat.»

Le dirigeant du parti CODEBU estime que le Président de la République a la latitude de remanier le Gouvernement jusqu’au poste du Premier ministre. « Le Chef de l’Etat se plaignait souvent d’être bloqué dans son action par certains de ses proches collaborateurs et nous pensons que ce changement du Chef du Gouvernement vient répondre à ce souci »

Kefa Nibizi dit espérer que ce changement devrait apporter des solutions immédiates à la crise économique causée par la mauvaise gouvernance économique et une absence de planification stratégique et pour pouvoir effectuer une planification qui permettra d’atteindre un développement durable à long terme.

Olivier Nkurunziza : « Il était nécessaire qu’il y ait des changements. »

Le président du parti Uprona souligne qu’ils ont entendu à maintes reprises le président de la République se plaindre qu’il travaille seul. « Nous pensons qu’il était nécessaire qu’il y ait des changements. » D’après Olivier Nkurunziza, c’est dans les prérogatives du chef de l’Etat de destituer son Premier ministre quand il le trouve inefficace ou quand il est bloqué par celui-là. Le parti Uprona félicite le Premier ministre qui a eu la confiance du président de la République et lui souhaite plein de succès. « Même s’il est difficile de juger le choix du président, nous avons observé le ministre Ndirakobuca à la tête du ministère de l’Intérieur. Nous l’avons vu prendre des décisions nécessaires et même des fois intervenir dans d’autres ministères. Nous pensons qu’il sera efficace. Nous le jugerons à l’œuvre. »
Olivier Nkurunziza confie qu’au sein du parti UPRONA, ils veulent un gouvernement inclusif. « Un gouvernement dans lequel nous allons voir plusieurs partis politiques, toutes les ethnies et la majorité des provinces représentées. » Un gouvernement où l’aspect genre est pris en considération. « Il ne faudrait pas se limiter aux 30% prévus dans la Constitution, mais aller au-delà, si c’est possible. »

Phénias Nigaba : « Ça a pris beaucoup de temps. »

« Cela faisait plus de deux ans que le président se lamente que ses collaborateurs ne sont pas avec lui. Le Premier ministre aurait dû intervenir pour rectifier le tir, mais puisqu’il ne l’a pas fait, il revient maintenant au président de prendre des mesures. » Selon Phénias Nigaba, cela pris beaucoup de temps.

Le porte-parole du Sahwanya-Frodebu trouve que le président Evariste Ndayishimiye a fait son choix et que si c’est la personne qu’il lui faut, le parti de Melchior Ndadaye est d’accord avec lui. « Nous attendons des résultats. »

Concernant le prochain gouvernement, le parti Sahwanya-Frodebu souhaite que le président Ndayishimiye mette la personne qu’il faut à la place qu’il faut.

Gabriel Rufyiri : « Nous voulons voir un gouvernement qui redore l’image du Burundi. »

Pour l’Olucome, ce changement du Premier ministre est normal parce que la Constitution donne toutes les prérogatives au chef de l’Etat d’opérer des changements. « Olucome pense que c’est fini avec les messages du chef de l’Etat faisant état de personnes qui le bloquent. Je pense que nous allons entendre prochainement des messages des actions déjà réalisées. »

Gabriel Rufyiri demande à ce que le gouvernement qui va être nommé soit un gouvernement d’experts, car, d’après lui, le Burundi a besoin aujourd’hui d’un changement radical surtout en ce qui concerne la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption.

Gabriel Rufyiri souhaite des ministres non corrompus et qui ont des mains propres. « On veut voir dans les 15 jours, comme la Constitution le prévoit en son l’article 95 et l’article 29 de la loi portant répression et prévention de la corruption, le président de la République, le vice-président, le Premier ministre, les membres du gouvernement, le bureau de l’Assemblée nationale et le bureau du Sénat, aller déclarer leurs patrimoines. » Pour lui, ça sera le premier signe qui va montrer que réellement le nouveau gouvernement vient avec une nouvelle dynamique de redressement de la situation. Un autre souhait de l’Olucome est la mise en place de la loi régissant la Haute cour de justice qui va juger les plus hautes autorités de l’Etat dont le président de la République et son Premier ministre.

Hamza Venant Burikukiye : « Ce changement nourrit l’espoir.»

« Le changement à la Primature vient de marquer un pas de plus à l’engagement du président de la République d’assainir un bon climat de travail au sein de l’appareil gouvernemental afin de mieux servir le peuple et pour permettre sans distraction l’exécution du programme national dans tous ses aspects », relève le représentant de l’Association Capes+.

L’Association Capes+ souhaite bonne chance au nouveau Premier ministre et lui demande d’œuvrer pour l’intérêt suprême de la nation et de son peuple. D’après lui, ce changement nourrit l’espoir. « Surtout avec le nouveau Premier ministre qui est connu, ferme, engagé, responsable, travailleur et loyal. »

Me Janvier Bigirimana : « L’éviction du Premier ministre Bunyoni est une mesure de sauvetage du palais avant tout autre chose. »

Pour ce défenseur des droits de l’Homme, la destitution du Général de police Alain Guillaume Bunyoni est tombée sans surprise. « Le bicéphalisme de fait qui s’était installé au sommet de l’exécutif burundais était devenu encombrant et constituait une menace réelle sur le fonctionnement normal des institutions du pays et le peuple n’a cessé d’en souffrir. » D’après lui, les conséquences d’une telle situation ont été graves en ce sens que même le chef de l’exécutif burundais n’avait pas les mains libres face à un Premier ministre devenu richissime « et de manière arrogante avec une insensibilité ostentatoire aux misères qui frappent de plein fouet le quotidien des Burundais. » Et d’ajouter que les lamentations régulières du chef de l’Etat étaient devenues une sorte de logorrhée indigne pour un chef d’Etat.

Me Janvier Bigirimana estime que les raisons de renvoi de M. Bunyoni ne sont pas nécessairement liées à la sauvegarde/recherche des intérêts du peuple burundais, mais plutôt à des mesures de survie du régime qui ne cesse d’être déchiré par des luttes internes. « Dès que le président s’est senti menacé personnellement, il a agi. »

Selon lui, l’éviction du Général de police Bunyoni est davantage une mesure d’autoprotection du chef de l’Etat, « lui qui avait déclaré qu’il y avait des proches qui cherchaient à le destituer et le coup de balai qu’il vient de manœuvrer est une mesure appréciable, mais qui sauve le palais avant tout autre chose. » Ensuite, estime-t-il, la nomination d’un autre puissant général à la primature est une perpétuation de la militarisation de l’appareil exécutif de l’Etat avec tout un tas de conséquences que cela comporte sur la gouvernance du pays.

« Pour marquer l’histoire, le président Ndayishimiye ferait mieux de poser les bases d’un nouvel élan pour un Burundi pacifié, inclusif, démocratique, prospère et soucieux de la protection des droits et libertés des citoyens, tous les fils et filles du pays étant égaux devant la loi. »

Forum des lecteurs d'Iwacu

5 réactions
  1. Jereve

    J’éprouve un malaise à dire que le Président a bien fait de changer profondément l’équipe gouvernementale. Non pas parce que je n’apprécie pas la décision, mais parce que j’ai manqué le courage de dire ce qui ne pas avant que la décision ne tombe. Il en est de même pour de nombreuses personnes qui voyaient bien qu’on allait droit dans le mur si les choses ne changeaient pas. Mais certaines ont continué à applaudir l’action du gouvernement, allant même jusqu’à donner une excellente note de presque 90% aux réalisations des ministères. Mais tout cela était faux, et tout le monde le voyait, le disait même en cachette. C’est facile d’applaudir les changements, mais c’est beaucoup plus difficile d’avoir le courage de dénoncer publiquement ce qui ne va pas. Chapeau à ceux et celles qui ont eu le courage de parler.

  2. Gacece

    Quand Le Président parle, on écoute… avec attention!
    Quand Le Président donne des ordres, on les exécute sans chichis!
    Quand Le Président exprime un souhait, le souhait est un ordre!

    Imaginez une pyramide spongieuse : si Le Président verse de l’eau propre au sommet (juste la quantité qu’il faut), l’eau va s’infiltrer du sommet à la base, autant à l’extérieur qu’à l’intérieur… emportant toute souillure dans sa descente.

    Cela s’appelle « Laver l’éponge »!
    Lavez et ne salissez plus! S’il vous plaît… et s’il ne vous plaît pas!

    • Yan

      « Quand Le Président exprime un souhait, le souhait est un ordre! »

      Vous risquez de confondre une nation et une gigantesque caserne militaire

    • Gacece

      @Yan
      Peu importe le service pour lequel le souhait est fait. L’important est que le souhait soit fait dans le but d’améliorer une condition ou une situation existantes. Mais aussi, il ne faut pas que ceux qui exécutent ses ordres se mettent à violer des lois et prétendre que c’est le souhait du Président.

  3. Hamba igiturire

    Turakeje cane umushikiranganji wambere umushingantahe Ndirakobuca.Abarundi tumwizeyeko gukorera igihugu neza tukagira igihugu ciza kitarimwo kirimwo isuku kandi vyose bitonze ku murongo neza.Tumusavye cane cane gukuraho umuntu wese a pratiqua corruption kuva ku kibuga c’indege gushika mu gihugu hagati.La corruption installée depuis quelques années doit stopper immédiatement.

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