Lundi 04 mars 2024

Société

La réconciliation exige une gestion responsable des mémoires

05/03/2018 1

L’organisation Initiatives et changement Burundi Tugenderubuntu en collaboration avec la CVR a organisé mercredi 22 et jeudi 23 février un atelier sur la gestion des mémoires. Pour les participants, il faut la création d’un espace d’expression sécurisé pour la réconciliation.

1. Frère Emmanuel Ntakarutimana : «Nous devrions apprendre à gérer ensemble ces moments de souvenirs pénibles comme fils et filles d’un même peuple».

«Nous voulons que nos enfants vivent dans la paix dans une patrie commune. Mais cela a un prix. Nous avons le devoir de faire en sorte que ce qui s’est passé ne se reproduise plus. En cherchant la vérité, le désir doit être celui de guérir le pays», a insisté Frère Emmanuel Ntakarutimana, expert en matière des Droits de l’Homme, dans son exposé. C’était mercredi 22 février lors du lancement de l’atelier.
Selon lui, il faut encourager des échanges sur ce sujet. «Si le Burundi veut casser avec la spirale des violences induites par les mémoires blessées, la thématique de la gestion des mémoires est d’une importance cruciale et incontournable».

Il faut que les langues se délient, que des témoignages soient donnés sur l’Histoire pénible du Burundi. Cependant, souligne-t-il, les initiatives de quête de la vérité doivent se faire suivant une éthique de responsabilité.

«Les moments des commémorations sont des moments de réouverture des blessures historiques. Nous devrions néanmoins apprendre à gérer ensemble ces moments de souvenirs pénibles comme fils et filles d’un même peuple».

Frère Ntakarutimana indique que cet atelier sur la gestion des mémoires est organisé à point nommé. Il rappelle que le mois d’avril est chargé des commémorations.
Il parle des commémorations sur les massacres de 1972 : «Celles-ci sont différemment présentées et interprétées dans les milieux tutsi et hutu». Un bon nombre de Burundais sont toujours marqués par cette crise.

Il évoque le massacre des jeunes séminaristes de Buta, dans le diocèse de Bururi, survenu le 30 avril 1997. Avant d’ajouter les commémorations des évènements encore frais. «L’année passée, nous avons assisté à la commémoration des manifestations commencées le 26 avril 2015».
Pour rappel, l’interprétation des manifestations de 2015 est différente selon qu’elle est faite par les partisans du pouvoir ou les parties qui menaient le mouvement.

La CVR satisfaite de l’état des dépositions

Vue d’ensemble des participants

Le religieux tient à souligner que les victimes se retrouvent aussi bien chez les manifestants que chez les membres du parti au pouvoir et dans les Forces de l’ordre.

Ce consultant regrette que ces commémorations réveillent les mémoires des victimes des autres crises. «Notamment ceux de 1965, ceux de la crise survenue avec l’assassinat du président Melchior Ndadaye comme ceux d’autres crises antérieures».

Et aussitôt d’interroger : «Comment gérer les mémoires et les commémorations d’une façon stratégique pour qu’elles n’entraînent pas des rancunes et des confrontations mais plutôt pour qu’elles mènent vers une dynamique de réconciliation?»

Frère Emmanuel Ntakarutimana appelle au concours d’autres mécanismes nationaux dont les missions sont proches de celles de la CVR. Il cite nommément le Conseil national pour l’unité et la réconciliation et l’Observatoire national pour la prévention et l’éradication du génocide, des crimes de guerre et des crimes contre l’Humanité.

Et d’insister également sur la participation de l’Institution de l’Ombudsman et de la Commission nationale indépendante des droits de l’Homme (CNIDH) : «Que toutes ces institutions développent une véritable synergie au sujet de la gestion des mémoires en vue de la renaissance», a-t-il lancé devant un parterre qui l’écoutait religieusement.

Mgr Jean Louis Nahimana, président de la CVR, se dit confiant. Les Burundais au niveau de la base sont coopératifs : «Contrairement aux appréhensions, je trouve que les gens sont ouverts. Ils témoignent et parlent».

A 50% du travail, confie-t-il, sa commission avait déjà collecté 26.000 dépositions. Un chiffre supérieur à celui des témoignages recueillis en Afrique du sud au terme du travail : «Ils n’ont eu que 25.000 témoignages».

Ce prélat tient à rappeler qu’ils travaillent sur un dossier délicat. Sur ce, il souligne qu’ils ne peuvent tolérer aucune pression. Et de confier aussitôt : «Il n’y a aucune pression de la part du gouvernement. Nous sommes tellement indépendants que nous essayons de mener notre travail dans les limites de nos compétences».

Mgr Nahimana fait savoir qu’ils utilisent la méthode inductive dans leur travail. «Compte tenu des mémoires séparées, nous avons opté de partir des vérités factuelles».
Avant de mettre l’accent sur les communautés. «Les crimes qui ont frappé le Burundi ont blessé non seulement les individus et les familles mais aussi des communautés». Pour en venir à bout des mémoires séparées, elles doivent être impliquées.

«Il faut la détermination de l’autorité politique»

Un ancien dignitaire appelle à la coopération des autorités. Il faut la volonté politique sinon la CVR seule n’y peut rien : «Ce n’est pas chose facile».

Il indique que le travail des commissions vérité et réconciliation n’aboutissent à rien lorsqu’elles ne bénéficient pas du soutien des autorités. A titre d’illustration, il parle du Zimbabwe et de l’Ouganda.
Un ancien ambassadeur, estime que la CVR n’est pas à même de mettre fin aux mémoires parallèles. Il soutient que cette commission n’a pas l’autorité politique et morale. Il reconnaît tout de même la nécessité de rompre avec le parallélisme des mémoires.

Un président de parti politique estime que chaque commémoration lance un message à un groupe de personnes donné auquel ce dernier répond souvent. Il tient à la réparation matérielle. «En l’absence des réparations sociales, on hypothèque l’avenir».

Les participants se sont accordés sur la nécessité de la réécriture de l’Histoire. Cela pour que les Burundais dans leur ensemble se reconnaissent dans le passé de leur pays.

Forum des lecteurs d'Iwacu

1 réaction
  1. Nkundabashaka Augustin

    La réconciliation au Burundi est le passage obligé pour tourner la page du passé douloureux, marqué de blessures profondes. Il faut avoir le courage d’assumer nos erreurs, voire nos crimes d’hier pour une vraie guérison des mémoires et un nouveau départ sur des bases saines et solides, nécessaires pour construire un avenir meilleur. Et c’est possible et c’est aujourd’hui.

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