Politique

Une fête communale contestataire

18/08/2016 Hervé Mugisha 10

Les communes du Burundi ont célébré la journée de la commune samedi 6 août sur presque toute l’étendue du territoire. Une occasion de plus de rejeter la France et la résolution 2303.

Cette fête a été décidée par le gouvernement depuis 2012, et est célébrée le premier samedi du mois d’août. « La fête communale permet aux natifs dans leurs diversités de discuter sur les projets de développement de la commune dans tous ses aspects pour une véritable indépendance du pays et de primer les meilleurs contributeurs au développement de leur entité », a indiqué vendredi, dans un discours à la nation, le président Pierre Nkurunziza. Cette année, il été décidé qu’une marche manifestation précédera les festivités, pour protester contre la France et la résolution 2303 du Conseil de sécurité des Nations Unies, autorisant un déploiement de 228 policiers onusiens au Burundi.


Bujumbura Mairie : une timide célébration

Alors qu’on s’attendait à de grandes manifestations dans les trois communes de la mairie de Bujumbura, la mobilisation n’a pas eu l’effet escompté.

Une manifestation a été organisée par le pouvoir, le lendemain de l’adoption de cette résolution.
Une manifestation a été organisée par le pouvoir, le lendemain de l’adoption de cette résolution.

Le maire de la ville avait annoncé que les cérémonies devraient être une tribune pour la population de la ville de Bujumbura de crier leur ras-le bol face à la décision des Nations Unies. Les festivités ont effectivement commencé par une marche manifestation mais la ferveur populaire prédite par Freddy Mbonimpa n’était pas au rendez-vous.

À part une vingtaine de personnes dans la commune Ntahangwa, pratiquement rien n’était à signaler du côté des deux autres communes, à savoir Mukaza au centre, et Muha au sud de la ville. Seuls quelques taxis vélos et les tricycles tuk-tuk avaient rejoint les rues. Et surtout la foule attendue à la Place de l’Indépendance n’a même pas dépassé le boulevard de l’Uprona.

Autre constat, c’était le peu de temps que cette marche manifestation a duré. Jusqu’à 11h, ce petit nombre de gens avait regagné les chefs-lieux de leurs communes respectives où les administrateurs ont prononcé le discours du président de la République adressé à la nation en guise de commémoration de cette fête.


Mwaro : Nyabihanga s’oppose à l’envoi des troupes au Burundi

‘’Abarundi turi ingabo’’ (Les Burundais sont des vaillants) ; ‘’Ingabo mvamakungu ntazodukeneye’’ (Nous ne voulons pas des troupes étrangères).

Ce sont quelques-uns des slogans scandés lors d’une marche-manifestation faite à Nyabihanga, province Mwaro, samedi 6 août. Quelques centaines de gens y ont pris part sur une distance d’environs 1km. Pas d’écrits hostiles à cette résolution. Des chansons glorifiant le président Nkurunziza et les forces de l’ordre et de sécurité burundaises ont rythmé cette marche. A la tête de ce cortège, l’administrateur de la commune Nyabihanga, ses conseillers, le président du Conseil communal, les représentants des partis politiques agréés, des natifs venus de Bujumbura, etc. Quelques policiers étaient là pour la sécurité.

Avant le début de la fête, au chef-lieu de la zone Munago, l’administrateur de la commune a lu la déclaration du ministère de l’Intérieur et de la formation patriotique. Elle date du 30 juillet et avait été prononcée devant l’ambassade de France à Bujumbura.

Elle s’oppose farouchement à la résolution 2303 du CSNU, dénonce une provocation de la France, l’accuse de vouloir commettre un génocide au Burundi comme ce fut le cas au Rwanda en 1994. Bujumbura fait savoir que c’est la France qui a plus besoin des troupes étrangères et que des policiers burundais sont prêts à y aller, que la paix au Burundi est une réalité, etc. Une occasion également de contester contre le Rwanda et son président Paul Kagame qui, selon Bujumbura, héberge des putschistes et forme militairement des réfugiés burundais pour venir attaquer le Burundi.


Cibitoke : la fête communale change de couleurs à Rugombo

Elle est devenue une manifestation contre les forces étrangères et le président Kagame. L’opposition et les défenseurs des droits de l’Homme se disent choqués.

La fête communale a été célébrée très activement à Rugombo, dans la province Cibitoke.

Les natifs de cette commune se sont rassemblés au chef-lieu de Rugombo. Les cérémonies ont été ouvertes par une marche manifestation contre Paul Kagame, le président du Rwanda, la Belgique, la France et l’Union Européenne «  qui soutiennent l’envoi des forces internationales sur le sol burundais. »

La majorité de ces manifestants était des militants du parti au pouvoir. Ils ont qualifié Paul Kagame de criminel qui héberge les putschistes burundais.

Ils lui ont en outre reproché de former des milices pour déstabiliser le pays et les institutions élues.

Les natifs de la commune Rugombo et autres membres de l’opposition, qui croyaient venir célébrer la fête de leur commune ont fustigé pareil comportement : « Nous sommes très déçus de cette situation. »

Constat fait par les militants des partis politiques de l’opposition ainsi que les observateurs des droits de la personne humaine, natifs de la commune de Rugombo. Ils déplorent le fait que cette manifestation n’a rien de commun avec la fête de la commune. Par contre, poursuivent-ils, l’on devrait se mettre ensemble et étudier tous les défis qui freinent le développement de Rugombo afin d’en dégager les solutions.


Gitega : la fête communale contre la résolution 2303

Célébrée sur le terrain de football de Masenga, elle a été une occasion pour une partie de la population de manifester contre l’envoi des policiers onusiens au Burundi.

« Non à la France, non à Paul Kagame, non à l’envoi des policiers de l’ONU au Burundi, notre pays est indépendant.» La population invitée à la fête communale reprenait ce refrain en boucle en passant devant les tribunes sur le terrain de football de Masenga, à quelques kilomètres de la ville de Gitega.

La foule lançait aussi «  Pierre Nkurunziza turinyuma yawe ! » (Nous sommes derrière toi), tout en brandissant des pancartes sur lesquels sont écrits des slogans hostiles à l’envoi des policiers onusiens, tandis qu’une musique à l’honneur des communes sortait des hauts parleurs.

S’exprimant devant la population, l’administrateur communal, Valentin Nahimana, a lu les messages du président de la République et celui du ministre de l’Intérieur et de la formation patriotique. Il est revenu sur la tentative du coup d’état du 13 mai 2015 et la résolution 2303 concernant le déploiement des policiers onusiens.

Non loin de Masenga dans la ville de Gitega, la population a continué de vaquer à ses activités comme si rien n’était. Interrogés, certains ont affirmé que la fête ne les concerne pas.

« Ce qui nous préoccupe le plus, c’est la pauvreté et non les slogans politiques », a indiqué un commerçant devant son stand. Même constat chez Jacques, un chauffeur de taxi : « C’est de la poudre aux yeux.

Pourquoi fêter alors que la plupart d’entre nous ne peuvent pas joindre les deux bouts du mois. Nous pensons que le moment est mal choisi.»

Forum des lecteurs d'Iwacu

10 réactions
  1. Stan Siyomana

    @Jereve
    Hima doit etre autre chose que le representant des 95% des Burundais puisqu’il se fait engeuller chaque fois qu’il essaie de faire un commentaire sur Iwacu-burundi.

  2. Maya

    @RUGAMBA RUTAGANZWA?
    On appelle ça lamentation! Tu dois être parmi ceux qui regrettent leurs 40ans au pouvoir!

  3. Jereve

    Si Hima représente 95% des burundais, alors il dit vrai.

  4. La Vie C'est Quoi

    En preparation d’election pour 2020? Ikigoyi kizoba caratwishe?? Ngo 95% ushaka kuvuga les hutu? En tant qu’une hutu, j’aimerai te dire ceci cher compatriote. Vous préférez laisser nos enfants, nos parents dans la misère ngo mushaka kwunva ko intwaro ari iyande harya ? Comment pouvez-vous vous rabaissez a un tel point que vous preferez etre des criminels, des bandits, des gens qui tuent jour et nuit franchement ! Je me demande si les morts sont ceux déjà tues ou vous-même qui tuent!! Toi qui parles, soit, tu ne connais rien de ta valeur ou tu es en ce moment sous menace d’être tue si tu proteste. Mais je t’avoue que même mon propre père ne me lancerait un chantage d’où je dois m’agenouiller et adherer a ses idées crueles par force. Kwubahuka gusegereza muririmba ngo ganza sabwa perezida hama mukiyita abagabo ? Vous fête pitié. L’ennemi du burundi c’est vous-même nos pères, frères dites imbonerakure. Continue à prier votre petit Dieu et un jour je vous jure par force ou libre volonté vous comprendrai votre grave erreur!

  5. Tuziki Eline

    @Rugamba
    Uri infura! Nimwe muzotuma uburundi buva m’umarushwa. Imana ikuje imbere.

  6. Bakari

    @Rugamba
    Reka kumusuka sha!

  7. MIZA

    Les choses vont mal parce que nous voulons tous jouer à la politique. Cette dernière est devenue un jeu d’enfant alors qu’il faut être adulte pour gérer le bien public.

  8. Tu representes combien de Burundais? Plus de 95 pourcent de la population Burundaise sont derriere Nkurunziza. Vous allez continuer a mentir ceux qui veulent vous entendre. Nous sommes entres de preparer les elections de 2020.

  9. Excellent commentaire

  10. RUGAMBA RUTAGANZWA

    Ce sont des manifestations qui n’ont aucun sens. La crise du 3è mandat de Pierre NKURUNZIZA n’a pas été préparée à l’étranger, dans le cadre d’un « complot international contre le CNDD-FDD et son gouvernement ». Malgré les avertissements de presque l’ensemble des acteurs nationaux et internationaux avisés, NKURUNZIZA a quand même brigué un 3è mandat devenu sanglant. Maintenant que le vin est tiré, il faut qu’il le boive lui et ses acolytes. Il est en tout cas très difficile de comprendre pourquoi NKURUNZIZA et les siens ont tout fait pour saper eux-mêmes le fondement légal de leur légitimité (la Constitution et l’Accord d’Arusha) qui avait assuré leur survie au pouvoir malgré les nombreux crimes économiques et humains dont ils étaient déjà accusés? En tout cas, seuls ceux qui les soutiennent peuvent comprendre leur logique. Ils peuvent agiter le Burundi entier pour se maintenir coute que coute au pouvoir mais à mon avis, ils ont perdu pratiquement toutes les batailles diplomatiques, politiques ainsi que la communication. Le monde entier sait maintenant ce que c’est le Gouvernement de Pierre NKURUZIZA avec ses milices Imbonerakure, son sinistre service de renseignent avec son système de torture et exécutions extrajudiciaires érigé presque en mode de de fonctionnement légal. Tout criminel impénitent ne reconnaît la gravité de ses faits et gestes que lorsqu’il est capturé et mis face à une sentence dictée par ses crimes. J’ose espérer que les commanditaires des crimes contre l’humanité à l’égard des innocents burundais n’auront pas le dernier mot.

Charte des utilisateurs des forums d'Iwacu

Merci de prendre connaissances de nos règles d'usage avant de publier un commentaire.

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes, antisémites, diffamatoires ou injurieux, appelant à des divisions ethniques ou régionalistes, divulguant des informations relatives à la vie privée d’une personne, utilisant des œuvres protégées par les droits d’auteur (textes, photos, vidéos…) sans mentionner la source.

Iwacu se réserve le droit de supprimer tout commentaire susceptible de contrevenir à la présente charte, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois, promotionnel ou grossier. Par ailleurs, tout commentaire écrit en lettres capitales sera supprimé d’office.

Ajouter un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Editorial de la semaine

L’autre…

Léandre Sikuyavuga Commentaires fermés sur L’autre…

La loi de proximité.  » Un des principes sacro-saints du journalisme. Contre toute attente, Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe se retirent le 12 novembre de l’Accord de Genève  qu’ils avaient signé la veille pour désigner un candidat unique de l’opposition (…)

Notre Web Radio sur What'App

1 Ajoutez le numéro suivant à votre liste de contacts de votre GSM : + 257 76 002 004

2 Ouvrez l'application WhatsApp et envoyez un message à ce numéro avec votre nom + la mention "abonnement".

3 Il n'y a rien d'autre à faire : nous nous occupons de l'activation de votre compte. Vous commencerez à recevoir nos émissions quotidiennes en direct sur votre smartphone.

CBX Useronline

523 utilisateurs en ligne