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Osez Entreprendre

Osez Entreprendre/ Arsène Sindayikengera : la sculpture, une passion et un métier

Artiste plasticien, Arsène Sindayikengera a su faire un métier de sa passion pour la sculpture. Depuis Août 2015,il est à la tête de Stylish Art Design, un atelier de sculpture sis à Gitega.

Arsène SindyikengeraComment êtes-vous devenu sculpteur ?

L’art me passionne depuis que je suis tout petit. A l’école primaire, j’aimais le dessin, la musique… Contre la volonté de mes parents, j’ai suivi une formation à l’art plastique à l’Ecole Technique Secondaire des Arts (ETSA), mais comme j’étais toujours le 1er de classe, ils ont lâché prise. Faute de trouver un débouché dans le domaine artistique, je me suis inscrit en Génie Civil à l’université Ntare Rugamba. Mais ce n’était pas ma voie, et au bout d’un an j’ai abandonné pour suivre ma passion.

Est-ce ainsi que vous avez créé votre atelier ?

Oui, à l’université pendant que je faisais cette première année en Génie Civil, j’étudiais le programmele soir et je profitais de la journée pour faire de la sculpture. Je décrochais de temps à autres de petites commandes. Avec ces quelques économies, j’ai pu récemment ouvrir Stylish Art Design.

Et maintenant, c’est une affaire qui marche ?

Oui, ma première réussite est Stylish Art Design. J’ai dû batailler plusieurs années pour y parvenir, et j’en suis fier.

Avez-vous rencontré des difficultés pour démarrer ?

Tenir tête à mes parents n’a pas été chose facile. Ils ne voulaient pas que je m’implique dans la sculpture, et ce depuis le secondaire. Ils me voyaient dans d’autres facultés. Et lorsque j’ai délaissé le Génie Civil, ils ne m’ont pas compris. Mais l’art est ma façon à moi de m’exprimer, j’ai foncé. Et aujourd’hui, je vole de mes propres ailes (rires)

A combien vendez-vous vos sculptures ?

La valeur dépend de l’œuvre. Les prix varient de 20.000 à 300.000Fbu. Ils sont négociables, mais je ne baisse pas trop les tarifs car je veux avant tout valoriser ce travail.

Un message particulier dans vos œuvres ?

Je représente souvent des scènes de la vie burundaise, des femmes portant des houes sur la tête, ou allaitant leurs bébés. Ceci dans le but de me faire comprendre et de permettre à plusieurs personnes de se reconnaitre dans mes œuvres d’art. Je fais aussi d’autres modèles que je qualifierais de modernes, ou encore sur demande des clients.

Combien de personnes employez-vous ?

Trois personnes travaillent à temps plein chez Stylish Art Design. Il y’a également d’autres sculpteurs qui profitent de l’emplacement pour vendre leur œuvres.

Vous ne visez pas l’exportation de vos œuvres à l’étranger?

En 2014, j’ai exposé au bar Vuvuzela (Bujumbura). J’ai aussi participé à une exposition artistique au Palais des Arts et de la Culture à Bujumbura. Avant la crise, je recevais parfois des commandes de l’étranger.

L’œuvre dont vous êtes le plus fier ?

Le monument en l’honneur des victimes de la guerre civile, à Gitega. C’est une juxtaposition des armes utilisées pendant la crise.

Quels sont vos défis aujourd’hui ?

La première difficulté est liée aux matériels. Aucun magasin à Gitega ne vend des ciseaux pour sculpture ou de la bonne peinture. Pour avoir un matériel de qualité, je dois m’approvisionner en Ouganda. Je n’ai pas non plus de fours pour faire de la céramique, et je dois emprunter ceux de l’ETSA. La seconde difficulté est liée à la crise actuelle. Il est risqué de descendre dans la capitale pour exposer mes œuvres. Comme la plupart de petites entreprises, je souffre donc de cette crise.
Les touristes qui aimaient repartir avec des souvenirs du pays se font rares.

Vos projets d’avenir ?

Le plus urgent est d’équiper mon atelier en matériels.Dans les jours à venir j’aimerais aussi faire de Stylish Art Design une plate forme réunissant des artistes œuvrant dans différents domaines.

Que diriez-vous à un jeune qui veut se lancer dans l’artisanat?

Au Burundi l’art est une activité dévalorisée et ceux qui s’y lancent sont souvent découragés. A un jeune qui veut faire de sa passion une réalité, je dirais de s’accrocher à ses rêves et de persévérer dans le travail.


Bio express

Arsène bioNé à Gitega le 8 juin 1986, Arsène Sindayikengera est le troisième d’une fratrie de six enfants. Après ses études primaires à l’Ecole primaire Rukundo, il continue ses études secondaires à l’Athénée de Gitega et à l’Ecole Technique Secondaire des Arts. Après une année de Génie Civil à l’université Ntare Rugamba, il décide de se consacrer à sa passion. Guitariste au sein de Rockers Band, un groupe d’artistes de Gitega, Arsène est aussi musicien compositeur


Témoignages

«Arsène était destiné à être un sculpteur »

Ami d’enfance d’Arsène Sindayikengera, Alain Robert Gikera est fier de voir son ami vivre ses rêves.

Alain-Robert Gikera«Arsène et moi sommes amis depuis l’enfance, on habitait le même quartier», raconte Alain Robert. De six ans son aîné, il se rappelle qu’Arsène était un petit enfant « bavard mais bon dessinateur ».

«A l’école primaire, il dessinait sur chaque banc pupitre sur lequel il s’asseyait». Et de renchérir : «Je pressentais déjà que c’était dans cette voie qu’il allait évoluer».

A l’adolescence se souvient Alain Robert, Arsène va se familiariser avec la musique tout en n’oubliant pas sa main de dessinateur «Il dessinait des affiches servant de publicités pour différents concerts musicaux ». Selon Alain Robert, son passage à l’école d’art de Gitega a juste affiné ses techniques. «Il avait déjà le dessin et le travail manuel dans le sang !»

Robert reconnaît cependant, qu’il a douté quand son ami a décidé d’arrêter sa formation académique. «J’avais une appréhension quant à son avenir». Mais, ajoute-t-il, Arsène est téméraire, quand il a une idée en tête, il la mène jusqu’ à bout. «Je n’ai eu d’autres choix que de l’encourager».

Alain Robert affirme être fier du parcours de son ami. «Il a bravé tout et tous, maintenant ses efforts paient»

«Travailler chez Stylish Art Design me permet de faire quelques économies»

Employé chez Stylish Art Design comme sculpteur miniaturiste, Jean Janon Ndagijimana doit à Arsène la maîtrise de cette technique.

Jean JanonIl y a maintenant deux ans que Jean Janon a appris le miniaturisme (la création de très petites sculptures de médaillons, boucle d’oreilles, bracelets, souvent faites en bois). «C’est Arsène qui m’a enseigné ce type d’art »souligne-t-il. « Maintenant je la pratique dans son atelier, chez Stylish Art».

Tout fier, il assure que ce métier lui permet d’avoir de l’argent de poche.«Je vends par exemple une miniature du continent africain à 5000Fbu». Janon ajoute que son apprentissage ne s’arrête pas là : «Arsène m’initie actuellement à la céramique, et je suis chanceux d’apprendre à ses côtés ».

Jean Janon a commencé sa formation artistique auprès d’un artiste peintre prénommé Thierry, travaillant à Bujumbura.
« Thierry m’a appris à faire de la peinture sur mur et par la suite des peintures sur tableaux». Cette première expérience, trouve donc maintenant un nouveau développement auprès d’Arsène.


Conseil d’un pro

«Arsène doit jouer sur la proximité avec ses clients potentiels pour vendre plus »

Pour Bélyse Mupfasoni, enseignante-chercheuse à l’université du Burundi et candidate en doctorat sur l’entrepreneuriat durable aux Pays Bas, Arsène Sindayikengera est un entrepreneur naissant qui a besoin d’accompagnement.

Bélyse Mupfasoni«M. Sindayikengera fait face à deux grandes difficultés, l’approvisionnement en matériels et la clientèle», constate Bélyse Mupfasoni. Elle conseille à ce jeune entrepreneur de contracter un petit crédit pour se doter d’un équipement de qualité.
«Toquer dans les maisons qui œuvrent dans la promotion de l’entrepreneuriat comme la BBIN ou le New generation peut aussi être bénéfique pour Arsène ».

Pour cette enseignante-chercheuse, Arsène doit cibler un pays ou il peut s’approvisionner à moindre coût pour ne pas travailler à perte.

Mme Mupfasoni recommande aussi à Arsène à faire une étude approfondie du marché pour connaître ses clients potentiels. «Produire en soi n’est pas suffisant, il faut aussi s’assurer d’avoir un marché d’écoulement et produire des œuvres correspondant au marché »

Elle souligne aussi l’importance de la proximité. Si Arsène estime que la grande partie de sa clientèle se trouve à Bujumbura, il doit commencer à délocaliser son activité «Il peut louer une petite place ou alors signer des partenariats avec des hôtels réputés pour vendre ses œuvres d’art, d’autres artistes le font.»

Mme Mupfasoni encourage ce jeune entrepreneur à continuer sur cette lancée: «Arsène a osé faire de sa passion de la sculpture un métier rentable et il est visiblement prêt à affronter les défis». Et de conclure que « c’est cela être un entrepreneur !».

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