Opinions

Carte blanche – UE-UA : A la recherche de nouvelles relations

12/12/2017 La Rédaction 9

Par ambassadeur Cyprien Mbonimpa

La semaine du 27 novembre au 3 décembre 2017 a été marquée par deux grands événements qui témoignent de l’intérêt que l’Europe semble porter au continent africain.

1. Le premier événement qui a retenu mon attention est la visite en Afrique du président Macron et son discours devant huit cents étudiants à Ouagadougou au Burkina Faso.

Pourquoi la visite du président Macron en Afrique est-elle un grand événement ?
Cela tient d’abord au personnage de Macron. Il ne se revendique ni de la gauche ni de la droite française. Il a réussi un exploit politique inédit en France, celui de rassembler en un seul mouvement des personnalités de gauche, de droite et de la société civile et de gagner les élections présidentielles et législatives.

C’est aussi un grand événement parce qu’il y a une très forte attente des Africains envers ce jeune président français. A travers les jeunes du Burkina Faso, le président français s’est adressé à l’Afrique au moment où l’administration américaine adopte une politique isolationniste. L’annonce du retrait des Etats-Unis de l’Unesco, de l’Accord de Paris sur le climat, la dénonciation du pacte mondial sur l’accueil des réfugiés et la doctrine américaine « America first » de l’administration Trump sont des signes annonciateurs d’un recul du multilatéralisme auquel les pays en développement tiennent beaucoup.

L’environnement international est aussi marqué par la volonté du Royaume-Uni de se replier sur lui-même en se retirant de l’Union Européenne. Avec ces nouvelles positions américaine et britannique, la France se rend compte qu’il y a un vide qu’il convient de combler en affirmant son option pour le multilatéralisme. C’est un discours que les pays en développement en général et les Africains en particulier aiment entendre. Il faut en effet se souvenir que les plus grandes victoires des pays en développement ont été acquises dans les instances internationales à commencer par la fin de la colonisation et l’avènement de nouveaux Etats indépendants.

Le président français, qui est un homme intelligent, jeune, et qui pourra diriger la France jusqu’en 2027, s’est adressé aux dirigeants africains dans un style décomplexé puisqu’il n’a connu ni la colonisation ni les méfaits de la France-Afrique. Il se présente comme un homme nouveau avec de nouvelles idées. Il a choisi le Burkina Faso, pays où un mouvement citoyen baptisé « Balai Citoyen » a été à la base d’une insurrection qui a chassé un président devenu impopulaire. Faut-il y voir un message d’encouragement à la jeunesse africaine, qui est appelée à prendre ses responsabilités et à ne plus accepter l’inacceptable ? Macron reprend ainsi l’esprit du discours du président Mitterrand à La Baule en 1990 mais dans un style différent et moins menaçant. Cette volonté du président français de prendre enfin les Africains pour des gens adultes avec lesquels il convient d’établir des relations sur des bases gagnant- gagnant est à saluer. La France-Afrique va-t-elle enfin finir ? Rien n’est moins sûr.

Il existe en effet de profondes relations que les dirigeants français et africains francophones ont tissé pendant des années, qui se perpétuent de père en fils et qui font que la France se retrouve volontairement ou involontairement impliquée dans les affaires intérieures des pays africains. Le président Macron peut-il ou veut-il réellement casser ce réseau que tous les pays du monde lui envient car il permet aux hommes d’affaires français d’être chez eux en Afrique et d’avoir toutes les informations qu’ils veulent ?

2. Le second événement est le sommet UE-UA qui vient de se tenir en Côte d’Ivoire.
Il se tient après le sommet du G7 qui s’est tenu en Allemagne et où la Chancelière Merkel a eu des positions en faveur du développement de l’Afrique. C’est également le premier sommet UE-UA auquel participe le nouveau président français. Les Etats africains s’attendaient à ce que l’Europe vienne avec de nouvelles idées en faveur du continent africain. Ce sommet se tient à un moment très difficile pour l’Europe avec le terrorisme et la crise migratoire. Un continent dont la richesse est chaque jour exaltée par les médias et qui attire les pauvres et les chômeurs du monde à la recherche de l’emploi et de la sécurité sociale. Comment le Vieux continent compte-t-il se protéger contre cette « invasion » de migrants qui sont pour la plupart porteurs de valeurs différentes de celles de l’Occident ? Comment le berceau de l’humanité peut-il venir au secours de l’Europe moyennant quelques aides ? Face à la montée d’autres puissances économiques qui sont attirées par les richesses de l’Afrique, quel genre de relations privilégiées l’Europe peut-elle établir avec l’Afrique ?

Depuis les années d’indépendance, l’Union Européenne et chacun de ses états membres ont adopté des politiques de coopération au développement. Ces politiques, même si elles restent utiles dans beaucoup de cas, ont montré leurs limites. Elles ne pourront jamais développer le continent africain. « On ne peut pas continuer à faire des politiques pour nous, dans nos pays, dans nos régions, sur notre continent sur la base du soutien que le monde occidental, la France ou l’UE voudrait bien nous donner. Ça ne va pas marcher, ça n’a pas marché hier et ça ne marchera pas demain ! », dixit le président ghanéen, Nana Akufo Addo, dans un discours aux relents « sankaristes », recevant le locataire de l’Elysée à Accra.

Comme toujours, ce sommet UE-UA a donné lieu à de très beaux discours, à de belles déclarations. Il a surtout été question de la jeunesse africaine qui souffre du chômage et qui est entraînée par ce phénomène migratoire. Cette question de la jeunesse figure en bonne place dans l’Agenda 2063 de l’Union Africaine car une jeunesse formée qui n’a rien à faire constitue une véritable bombe pour l’Afrique. Tout ce que l’Europe ferait en faveur de la jeunesse africaine serait bénéfique à la fois pour l’Europe et pour l’Afrique. L’Europe ne manque pas de moyens, c’est une question de volonté politique et de vision à long terme.

Bien évidemment, l’Europe est fragilisée par la question du retrait du Royaume-Uni qui mobilise beaucoup d’énergies afin d’aboutir à un divorce le moins douloureux possible. Il y a aussi la chancelière allemande qui est sortie fragilisée par les récentes élections législatives et qui peine à former un gouvernement. Cette situation ne favorise pas les grandes initiatives européennes car les avancées européennes en matière politique ont été rendues possibles grâce à la solidité du couple franco-allemand.

Après la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis d’Amérique ont mis en place le plan Marshall qui a permis la reconstruction de l’Europe. L’Afrique a besoin d’un engagement politique similaire. L’Europe est-elle prête à s’y engager ? Ce serait le signe d’un partenariat gagnant-gagnant. Le président Macron devrait pousser le couple franco-allemand et l’ensemble des vingt sept membres de l’Union Européenne vers cet objectif seul capable d’appuyer le développement de l’Afrique et d’assurer la sécurité de l’Europe.

Forum des lecteurs d'Iwacu

9 réactions
  1. Banza

    @Karabona
    USA, UE, Brics, Tiers-Monde; le principe est le même: chacun pour soi et Dieu pour tout le monde; jusqu’à la preuve du contraire. Car l’homme naît égoïste et le reste, il devient altruiste par ultime chance!

  2. Karabona

    Je vais “rebondir” sur vos propos: pensez-vous que la Chine laissera l’Afrique se développer et la laisser ainsi devenir une concurrente ou bien est-elle en train de monter un système impérialiste qui est en train de vider l’Afrique de toute sa substance, après avoir laissé faire l’Europe, nous reproduisons exactement la même erreur… au motif que la Chine nous construit de temps en temps un hopital ou… un palais présidentiel… cela me fait penser à ces vieux westerns où l’on pouvait voir quelques cow boys acheter leurs terres aux Indiens d’Amérique avec quelques mirroirs, bouteilles de whisky, deux ou trois fusils et autres verroteries – la recette fonctionne toujours!

  3. Mugisha

    James,
    Je me suis fait censurer plus d’une fois sur ce site,.je croyais être le seul à vivre ce genre de mésaventure.

  4. Kabizi

    Bien dit Banza et Source du Nil. Trump dit USA first d’ une facon non diplomatique alors que les autres le disent diplomatiquement. Ces blancs qui sillonnent l’ Afrique, y compris Macron ne cherchent que leur propre interets. Leurs politique exterieure reste inchangee: exploiter, imposer et dominer.

  5. James

    Iwacu,
    Je respecte vos éditions mais je crois que rejeter systématiquement certains commentaires contribue à obstruer certaines réalités.

  6. Congo

    Des dicours il yen a eu , de De Gaulle à Macron tout le monde a dit finie la France Afrique ! Mr le diplomate, et les faits ? Rien n a bougé. Macron, renverse t il la table? Hélas non. A mon sens il nous aurait donné le calendrier de la sortie de l armée française d Afrique. On ne peut pas se contenter de discours. Umugoroba mwiza.

  7. Banza

    @Kajekurya Jeconias
    Il semble qu’il y a un dirigeant européen (et pas des moindres) qui aurait dit que l’Europe ne ferait pas la même erreur avec l’Afrique que celle qu’elle a faite avec la Chine; en l’occurrence la laisser se développer pour devenir un concurrent.
    Je vous garantis que ce n’est pas durant un cauchemar que je l’ai appris…

  8. Source du Nil

    L’ambassadeur Cyprien Mbonimpa est un diplomate de la decenie Mitterrand,et continue à penser à la générosité de la France envers l’Afrique.Non,non,et non!La France n’a que ses interêts à defendre face à la menace Chinoise dans le pre-carré français.

  9. Kajekurya Jeconias

    Ce sont les vieilles marmites qui font de la bonne sauce.
    Voilà une analyse de la géopolitique qui en vaut la peine de lire.
    Merci beaucoup vieux Papa.

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