Vendredi 07 octobre 2022

Société

Préavis de grève suspendu : Le président Ndayishimiye vilipende le corps enseignant

Préavis de grève suspendu : Le président Ndayishimiye vilipende le corps enseignant
Le président Evariste Ndayishimiye a récemment apostrophé les syndicats enseignants pour avoir lancé un préavis de grève en date du 14 janvier.

Ce 27 et 29 janvier, critiquant fortement le préavis de grève récemment annoncé par des syndicats enseignants mais finalement gelé, le chef de l’Etat a accusé les enseignants de vouloir mettre le pays à feu et à sang. De leur côté, les concernés récusent ces accusations. Ils défendent un droit de grève garanti par la Constitution.

Par Alphonse Yikeze, Keyna Iteriteka, Fabrice Manirakiza et Hervé Mugisha

Ce sont des propos qui font grand bruit. La première séquence a eu lieu ce jeudi 27 janvier. Ce jour-là, les Bagumyabanga sont réunis dans le cadre d’une prière interconfessionnelle. Quand, tout à coup, lors de sa prise de parole, le chef de l’Etat évoque le préavis de grève récemment annoncé par des syndicats enseignants (auquel ces derniers ont mis un terme à la suite de pourparlers guidés par le Comité national de Dialogue social). « Eh bien, enseigner n’est pas une obligation. Tu peux abandonner même aujourd’hui si tu veux. Qui t’a demandé d’enseigner par la force ? Si tu veux abandonner, personne ne te poursuivra. Va élever des porcs, des poulets. Ainsi, quiconque veut arrêter, eh bien, qu’il le fasse ».

Des propos qui ont surpris le corps enseignant, dont il faut rappeler que la suspension du test d’évaluation par le ministère chargé de l’Education avait mené à la fin du préavis de grève annoncé par les syndicats enseignants.

Très vite, avec un ton menaçant, le président Ndayishimiye adresse une mise en garde explicite aux enseignants. « Être en grève contre son employeur ? L’Etat est formé par 12 millions de Burundais et toi tu es à leur service. Les citoyens sont tes patrons. Et oseras-tu te pavaner dans les bars en ayant refusé d’enseigner à leurs enfants alors qu’ils te paient pour ça ? Je te jure, ils vont te gifler ».

Le numéro un burundais va plus loin. Il défie les enseignants de créer une rébellion. « Si tu t’absentes et que je te remplace, va prendre les armes comme ça nous allons nous battre. Nous allons voir si tu vas vaincre tous les citoyens burundais. Penses-tu vaincre 12 millions de citoyens, à qui tu refuses d’enseigner à leurs enfants ? »

Le Président affiche ensuite sa conception de la formation des enseignants. « Personne ne peut se former au métier d’enseignant plus de trois mois. Si nous disons, toi tu vas enseigner en deuxième année, nous allons te former pour enseigner uniquement les matières de la 2e année. Nous allons voir si dans trois mois tu ne seras pas bien rôdé pour enseigner aux enfants ».

Et de s’indigner de ce que des gens refusent d’être formés. Ici les enseignants contactés se disent ébahis. « Nous n’avons jamais refusé des séances de formation. Ce dont nous n’avons jamais voulu, c’est des tests d’évaluation. Ce n’est pas du tout la même chose ! »

« Ils n’ont qu’à rejoindre l’ADF »

Samedi 29 janvier au Centre Jeunes Kamenge. A l’occasion d’une rencontre avec des jeunes, le chef de l’Etat somme les leaders syndicaux de montrer l’usage fait aux fonds des syndicats provenant des cotisations des enseignants. « Cet argent-là les pousse à l’arrogance et ils veulent amener les enseignants à se révolter alors qu’ils leur prennent leur argent »

Et de s’interroger : « D’où provient l’argent des syndicats ? Ne sont-ce pas les cotisations des enseignants ? Combien y a-t-il d’enseignants au Burundi ? N’y a-t-il pas au moins 500.000.000 BIF dans les caisses des syndicats ?» Le président Ndayishimiye défie également les leaders syndicaux de justifier les fonds collectés depuis au moins dix ans. « Ils ont dépouillé les enseignants et maintenant ils veulent mettre le pays à feu et à sang », crie le président de la République.

Pour le président Evariste Ndayishimiye, l’argent collecté pour le compte des syndicats serviraient à commettre des actes de violence. « Alors qu’ils amènent cet argent pour qu’il serve à reconstruire le pays. D’ailleurs, j’exige la mise en place d’une Commission pour mener le contrôle de l’argent cotisé par les enseignants aux syndicats. Parce que c’est ce genre d’argent non soumis à aucun contrôle qui sera employé pour des actes de terrorisme et autres crimes »

D’après le président de la République, d’autres mauvaises surprises attendent les enseignants qui décideraient de s’engager dans une grève. « Les enseignants qui vont entrer en grève n’auront pas accès au salaire. Et pour ce qui est de leur cotation, leur note sera médiocre».

Le président de la République, visiblement très remonté ce jour-là, invite le corps enseignant à s’engager dans la lutte armée s’il s’estime mécontent. « Ils n’ont qu’à rejoindre la rébellion de l’ADF. De toute façon, moi la lutte armée, ça me connaît. Je vais aligner 12 millions de Burundais derrière moi et on verra si, de leur côté, ils atteindront même 100 mille personnes ». Un langage qu’a décrypté pour Iwacu Libérat Ntibashirakandi, expert en éducation et Professeur d’université établi en Belgique. « Le président Ndayishimiye a beau avoir revêtu le costume de chef de l’Etat, mais là, il s’exprime carrément comme le maquisard qu’il a été dans le passé ».

La Cosesona attachée au dialogue

Sylvestre Ntibantunganya, président du Comité national de Dialogue social.

Face à ce flot de critiques virulentes et de menaces adressées aux enseignants, nous avons voulu connaître ce qu’en pense le Comité national de Dialogue social mis en place par le Gouvernement. Ce comité, dirigé par l’ancien président Sylvestre Ntibantunganya, avait marqué des points auprès du corps enseignant en ayant, par son arbitrage, réussi à obtenir du ministère chargé de l’Education, la suspension du test d’évaluation réclamée à cor et à cri par les syndicats enseignants.

Joint au téléphone, le président du CNDS nous répond d’un ton très posé que le processus de dialogue étant toujours en cours, le comité qu’il dirige n’est pas tenu de s’exprimer sur les propos du numéro un burundais.

Interrogée à son tour sur ces récents reproches présidentiels l’ayant visée frontalement, la Cosesona (Coalition des Syndicats des Enseignants pour la Solidarité Nationale et la Défense des Droits Socio-professionnels), dit ne pas vouloir faire de commentaires. « Nous gardons confiance en la médiation et espérons une sortie de crise imminente, avec cette conviction que toutes nos préoccupations auront une réponse afférente ».

Pour rappel, les points qui font l’objet de négociation entre la Cosesona et le Gouvernement sont entre autres : la cherté de la vie et la politique salariale ; le test de niveau des enseignants pour accéder au recyclage et les examens en réseau scolaire.

De son côté, à l’occasion du Conseil des ministres tenu ce jeudi 3 février, le porte-parole du Gouvernement, Prosper Ntahorwamiye, fait savoir que le test d’évaluation n’avait pas pour but de « renvoyer les faibles ou pour dévaloriser qui que ce soit ». A cet effet, le Gouvernement, par son secrétaire et porte-parole, se veut rassurant vis-à-vis des enseignants : « Les points obtenus ne seront pas rendus publics et ne seront pas portés à la connaissance de l’enseignant.»

Par la voie de son porte-parole, le Gouvernement présidé par Alain-Guillaume Bunyoni déplore que les enseignants aient refusé ce test d’évaluation et ont, d’après toujours le Gouvernement, soulevé « d’autres questions qui n’ont rien à voir avec ce test comme l’organisation des examens en réseau et la politique salariale, allant jusqu’à menacer de déclencher un mouvement de grève ».

Enfin, le Conseil des ministres se dit surpris par ce refus de recyclage de la part des enseignants et estime que c’est la seule façon d’accroître les compétences des enseignants. Cependant, le Gouvernement n’en démord pas et déclare vouloir organiser ce recyclage et faire signer aux enseignants un contrat de performance qui servira de base pour leur cotation annuelle.


>>Réactions

Des syndicalistes contrariés

Face aux critiques virulentes quant à la gestion des syndicats enseignants exprimée par le président Ndayishimiye, des leaders de grands syndicats enseignants et une ancienne syndicaliste défendent l’autonomie et l’indépendance des syndicats enseignants.

Gérard Niyongabo : « Que le président de la République se ressaisisse »

Le leader du SEPEDUC (Syndicat des Enseignants et professionnels de l’Education) estime que le président de la République devrait se ressaisir quant à la conception du droit de grève par les syndicats enseignants.

« Je pense que le président s’est trompé car on a le droit de recourir à la grève à chaque fois qu’on le juge nécessaire. Ce n’est pas au président de la République de nous donner le droit de faire la grève, mais c’est la constitution du Burundi qui nous l’octroie. »

Ce syndicaliste affirme que les enseignants n’ont jamais dit non à la formation, mais plutôt n’adhèrent pas à l’idée de passer un test de niveau.
« Avoir une formation est un droit pour tous les fonctionnaires, ils doivent tel que le stipule le statut des fonctionnaires bénéficier de formations pour s’adapter à l’évolution du monde. Quant au test d’évaluation, il humilie l’enseignant et amène les parents à penser que nous ne sommes pas à la hauteur de notre mission. »

Quant à la déclaration du président de la République par rapport à l’état financier des syndicats, le syndicaliste soutient que le gouvernement ne devrait pas s’ingérer dans la gestion de l’argent des syndicats sauf en cas de litiges.

« Les états financiers sont discutés entre syndicalistes lors des assemblées générales. Néanmoins, il y a certains syndicats qui ont malheureusement des litiges avec leurs membres, il y a ceux qui ont pris de l’argent des cotisations sans le consentement des membres, là le président devrait intervenir pour demander des comptes. »

Les citoyens sont-ils les patrons des enseignants comme l’a affirmé le chef de l’Etat ? A cette question, le leader syndicaliste est formel. « Nous sommes au service de la Nation, mais nous n’avons pas de comptes à rendre au citoyen lambda. Car des structures à qui nous rendons des comptes existent déjà : les inspections scolaires, les directions pédagogiques, les directeurs d’établissement … », rétorque M. Niyongabo.

Le président du Sepeduc insiste également sur l’indépendance des syndicats à l’endroit du pouvoir politique. « Ni l’Etat, ni l’employeur, personne n’a le droit de s’ingérer dans le fonctionnement des syndicats d’employés ! ».

Et d’ajouter que les propos du président constituent un appel à la violence envers les enseignants et du chantage en vue d’empêcher ces derniers de recourir à la grève.

Eulalie Nibizi : « Cesser l’infantilisation de l’enseignant »

L’ancienne syndicaliste pointe du doigt des déclarations présidentielles qui marquent, selon elle, une régression en termes d’idées politiques et en totale rupture avec les droits des travailleurs. « Que ce soient le statut général des fonctionnaires, le droit du travail et l’Organisation internationale du Travail (OIT) à travers sa convention 87, tous ces textes prévoient le droit pour les employés d’intégrer des syndicats pour militer en faveur de leurs droits ainsi que le droit de grève reconnu comme moyen non-violent de faire pression sur son employeur »

Réagissant aux propos du chef de l’Etat en rapport avec le contrôle du sommet de l’Etat des fonds des syndicats enseignants, Mme Nibizi affirme que les mêmes textes juridiques liés aux travailleurs empêchent aux pouvoirs de s’immiscer dans le fonctionnement des syndicats. « Les syndicats sont libres d’élire leurs représentants, de tenir des réunions et dans la gestion de leurs fonds financiers. Juridiquement, les syndicats sont inviolables et tout ce qui se rapporte à eux (locaux, matériel …) », précise celle qui fut longtemps présidente du Syndicat des Travailleurs de l’Enseignement du Burundi (STEB).

De surcroît, souligne l’ancienne leader syndicale, le chef syndical accusé de malversations économiques n’est pas directement sanctionné par l’Exécutif. « S’il apparaît qu’un leader syndical se soit rendu coupable de détournements de fonds, les syndicats passent par diverses structures pour traiter une telle affaire, dont le ministère de la Fonction publique. Le chef de l’Etat n’intervient qu’en cas d’échec de la part de tous ces échelons ».
Eulalie Nibizi revient aussi sur le rôle joué par le Comité national du Dialogue social : « Tout s’est passé comme si le chef de l’Etat ignorait l’état d’avancement des négociations, car il n’était plus question pour les syndicats d’entrer en grève. Cela délégitime le travail du CNDS, mais l’existence d’un tel mécanisme nous donne l’espoir d’un respect des lois de la part des pouvoirs publics.»

Interrogée sur la formation de futurs enseignants préconisée par le chef de l’Etat endéans trois mois, la pionnière dans le syndicalisme au Burundi éclate de rire. « Je prends cela comme une blague, car cela serait grave s’il croyait vraiment à ce qu’il dit », nous dit-elle au téléphone. Pour elle, il est pratiquement impossible de « façonner » de bons enseignants dans une période aussi courte. « Enseigner est un art, une vocation. C’est un tout sacré ! Un enseignant qui enseigne par exemple en classe de 2e année primaire doit préalablement avoir emmagasiné des connaissances non seulement au niveau des matières, mais également en termes de pédagogie et de comportement humain », tranche l’ex-enseignante et préfète des études.

L’ancienne conseillère pédagogique démontre ensuite combien « le modelage » d’un enseignant n’est pas aisé : « Faire à ce que sa classe se comporte d’une certaine manière, faire de chaque enfant, unique en son genre, un être sociable capable d’agir en interaction avec les autres. Ce sont des choses qui ne s’apprennent pas en trois mois ! Et encore, faut-il l’évaluer à la fin pour juger de ses aptitudes à enseigner.»

Ce n’est pas tout. D’après celle qui fut détenue à plusieurs reprises par les pouvoirs publics entre 1997 et 2004 pour ses activités syndicales, le futur enseignant devra être encadré après le début de son emploi. « Si tout ce processus n’est pas respecté, cela sera noyer le système éducatif et le démystifier. Du coup, quelle substance instructive restera à l’enfant une fois sa scolarité terminée ? Une substance qui lui était procurée en principe par l’enseignant bien formé ».

La Pasionaria de la cause enseignante salue le travail effectué par le Comité national de Dialogue social et demande la mise en application des recommandations qui ressortiront du dialogue en cours entre le ministère en charge de l’Education nationale et les syndicats enseignants.

Celle qui, avec d’autres leaders syndicaux, fut aux commandes des grèves enseignantes des années 2002, 2004 et 2010, appelle à « sortir la politique de l’école » : « La politique doit uniquement faire appliquer les lois existantes en matière d’enseignement.» Et d’exhorter les pouvoirs publics à « cesser l’infantilisation » du corps enseignant : « Les plus hautes autorités méprisent beaucoup les enseignants. A chaque fois que l’enseignant revendique ses droits, la première réaction a été toujours de l’intimider et de le soumettre à des menaces. Pour cela, je souhaite le respect de la dignité des enseignants. ».

Antoine Manuma : « L’usage de la force n’a jamais été une solution »

Le leader du Syndicat Général du Personnel enseignant de l’Education du Burundi (Sygepebu) s’étonne de propos tenus par un président de la République « habituellement enclin au dialogue ». « L’usage de la force n’a jamais été une solution. De toute façon, nous n’avons même pas d’armes ». Et de rappeler que les enseignants poursuivent leur métier dans des conditions particulièrement difficiles.

Selon Antoine Manuma, la solution aux revendications exprimées par le corps enseignant réside uniquement dans le dialogue actuellement guidé par le Comité national de Dialogue social.


Les politiques appellent au dialogue

Les leaders politiques interrogés par Iwacu sont partagés entre l’éloge et la condamnation des deux discours présidentiels sur la question des enseignants. Le seul point commun est leur attachement au processus de dialogue en cours mené par le CNDS.

Kefa Nibizi : « La grève ne doit être utilisée qu’en ultime recours »

Le président du parti CODEBU, ne niant pas le droit à la grève garanti par la loi au Burundi, remet en doute les raisons derrière la volonté des enseignants à faire une grève.

« Le gouvernement peut commettre des injustices envers certains citoyens dont des fonctionnaires. Ceux-ci ont toujours le droit de mener des revendications par tous les moyens, y compris le recours à la grève. Mais ce droit ne devrait être exercé qu’en cas de violations flagrantes des droits des fonctionnaires. L’ultime recours en quelque sorte »

Selon Kefa Nibizi, le test qui devrait être fait pour évaluer le niveau des enseignants ne devrait pas être une raison de recourir à la grève.
« J’aurais pu comprendre qu’ils veuillent faire une grève si ce test allait être à la base d’une diminution de salaire, d’une mutation disciplinaire, d’un licenciement ou encore moins être à la base de l’avancement de leur carrière. »

M Nibizi affirme également que le Gouvernement devrait envisager des moyens de redresser le secteur de l’éducation. Le niveau de l’enseignement n’a pas pu être redressé à la suite des différentes crises qu’a connues le Burundi selon toujours Nibizi.

Ce politique propose un dialogue permanent entre les deux parties pour éviter « une escalade dans les violences verbales ».

Phénias Nigaba : « Privilégier le dialogue »

Le porte-parole du parti Sahwanya Frodebu, lui-même enseignant, prend la défense du droit de la grève. « Le droit de grève est reconnu par la Constitution, le Code du travail et les conventions internationales que le Burundi a ratifiées. Il faut que la loi soit respectée. Notre grève se conforme à la loi et l’employeur doit s’y conformer »

Le haut cadre du parti de Melchior Ndadaye appelle les pouvoirs publics à la non-ingérence dans le processus de dialogue en cours. « Il faut laisser les parties prenantes discuter sans influences. Seule la loi compte. Il faut essayer de trouver un terrain d’entente ».

Sur la gestion des syndicats, M. Nigaba se montre catégorique. « Être membre d’un syndicat est volontaire. On cotise volontairement. S’il n’y a pas de malaise entre les membres des syndicats, pourquoi le Gouvernement veut intervenir ? Les syndicats ont prévu des mécanismes de gestion de fonds. On espère un consensus », juge le porte-parole du Sahwanya Frodebu.

Et d’exhorter l’union de tous les acteurs de l’Education. « L’éducation n’est pas le travail des seuls enseignants. Il y a les élèves, parents et d’autres partenaires publics et privés. Il faut combiner ces efforts pour une meilleure formation ».

Gabriel Banzawitonde : « Privilégier l’intérêt supérieur de la nation »

Selon le président de l’APDR, le chef d’État a raison de vilipender les syndicats enseignants. « Les associations et syndicats détournent l’argent des contributeurs. Donc, nous soutenons la transparence exigée par le chef de l’Etat ». Toutefois, estime M. Banzawitonde, ce contrôle doit être mené par des organes habilités telles la Cour des Comptes, l’Inspection générale du Travail ou la Cour anti-Corruption.
« La grève est un droit, mais à l’heure que nous sommes, il faut privilégier l’intérêt supérieur de la nation en restant au travail », soutient ce leader politique.

Pour finir, Gabriel Banzawitonde demande à ce que soit mis en avant le dialogue : « Le CNDS doit mener à terme le processus de dialogue engagé.»


Eclairage/ Libérat Ntibashirakandi : « Les enseignants méritent le respect »

L’expert en éducation dénonce ‘’des sorties déplacées’’ de la part du chef de l’Etat et appelle les responsables politiques à plus de retenue durant le processus de dialogue en cours.

Pour le professeur à l’Université Libre de Bruxelles, le droit de grève est garanti dans « toute démocratie digne de ce nom ». « Si les syndicats s’estiment lésés par des décisions prises par le Gouvernement, ils ont entièrement le droit d’entrer en grève tout en respectant le règlement y relatif ».

Concernant les propos du chef de l’Etat portant sur l’Etat composé de 12 millions de Burundais qui sont, d’après le président Ndayishimiye, les patrons des enseignants, M. Ntibashirakandi apporte une mise au point : « Parmi les douze millions de Burundais, il y a les parents d’élèves qui sont particulièrement au courant des difficultés immenses auxquelles fait face le corps enseignant. Donc je ne crois pas trop que les 12 millions de Burundais épousent la ligne défendue par le président de la République.»

Libérat Ntibashirakandi revient aussi sur la proposition du premier d’entre les Burundais de former des enseignants endéans trois mois après le licenciement des enseignants engagés dans une grève. « Pouvoir enseigner les classes de la 1ère à la 6e année primaire demande des aptitudes spéciales parce qu’enseigner à un enfant n’est pas la même chose qu’enseigner à un adulte », estime l’expert en éducation.

Selon le docteur en Mathématiques, un autre critère entre en ligne de compte dans la formation des enseignants : le nombre des élèves dans une salle de classe. « Dans certaines classes, il peut y avoir 30 enfants et dans d’autres, une centaine. La pédagogie ne sera pas du tout la même en fonction du nombre. Pour l’enseignant confronté à une classe nombreuse, il doit être outillé pour appliquer la pédagogie des grands groupes. Or tout cela ne s’apprend pas en trois mois ! ».

Le porte-parole du Mouvement d’Actions Patriotiques (MAP) juge en outre que le président Evariste Ndayishimiye dit une chose et son contraire : « D’une part, il y a une reconnaissance de l’état lamentable de l’enseignement dû à des facteurs multifactoriels et de l’autre des propos virulents à l’endroit de la formation des enseignants alors que ceux-ci sont formés par l’Etat.» Et de dénoncer « des sorties déplacées », d’une rare violence et « manquant de retenue » et qui sont des symptômes, d’après cet intellectuel basé en Belgique, de la situation désastreuse de l’enseignement au Burundi.

Le professeur belgo-burundais déplore « un mépris du travail » des enseignants qui forment l’avenir du Burundi dans des conditions très difficiles et qui, juge l’enseignant universitaire, méritent plutôt du respect.

Interrogé sur les dires du numéro un burundais invitant les enseignants licenciés pour s’être engagés dans un mouvement de grève à « prendre les armes », Libérat Ntibashirakandi ne cache pas sa colère : « C’est scandaleux ! Si réellement les syndicalistes étaient de mèche avec les rebelles de l’ADF comme il le sous-entend, pourquoi avoir attendu maintenant pour le révéler quand on connaît surtout le traitement habituellement réservé aux personnes accusées d’un tel crime ?»

A cet effet, l’expert en éducation se dit inquiet de la sécurité physique des syndicalistes à la suite des sorties présidentielles à leur encontre. « Ces accusations sont graves et sont indignes d’un chef d’Etat », soutient le mathématicien.

Enfin, le professeur à l’Université Libre de Belgique demande aux responsables politiques « d’éviter les déclarations provocatrices et menaçantes » pour ne pas torpiller le processus de dialogue en cours guidé par le Comité national de Dialogue social. Evoquant les Etats Généraux de l’Education prévus du 15 au 17 mars, le médaillé de ‘’l’Ordre de chevalier de Léopold II’’ a appelé à l’inclusion et à la transparence de la part du comité d’organisation : « Ces Etats Généraux doivent être organisés dans la sérénité et associer les représentants de tous les acteurs y compris les compétences de la diaspora.»

Forum des lecteurs d'Iwacu

7 réactions
  1. Mategeko

    Ni dusome itegeko ngenderwako turabe ico ivuga kuvyerekeye gutegura no kugira yegereyegere. Twongere dusome kandi amategeko yerekana ingene ivyo vyose bishirwa mungiro.
    Umukuru wigihugu muvyo akora nivyo ahimiriza yigenga itegeko shingiro.
    Atategeko ryubahirijwe ntakigenda.

  2. Muyonga

    Au moment où ns n’avons plus (je crois q c’est vrai) d’enseignants Congolais ou Rwandais comme ce fut le cas dans le passé, je me demande qui blammer sur la soit disante faible rendement par les enseignats: tout ce monde a été formé par l’Etat; leurs diplômes approuvés et délivrés par lui. Pour qoyi alors douter de leur aptitude? Formation/recyclage c’est bon. Mais besoin du test de niveau, je ne suis pas convaincu.

  3. Gacece

    Les syndicats et tous ces analystes oublient que le Président, en tant que Magistrat Supprême, dispose d’un droit de veto qui supplante toutes les lois!… Et ils oublient aussi que la menace d’une grève est aussi du chantage!

    Bonne chance aux courreurs!

    • arsène

      « Selon vous, « [l]es syndicats et tous ces analystes oublient que le Président, en tant que Magistrat Supprême, dispose d’un droit de veto qui supplante toutes les lois!… » [sic]

      Pouvez-vous nous indiquer le texte qui accorde ce droit de veto au président?
      Le 10 novembre 2021, le ministre de l’intérieur (M. Ndirakobuca), parlant de démolition des « constructions anarchiques » disait que personne n’est au dessus des lois, ce que nous croyons. À ce titre, il disait ceci:

      « Même le président de la République, le Premier ministre, le vice-président et moi-même avons démoli les constructions érigées au bord des axes principaux sans les normes de l’urbanisme. »
      https://www.iwacu-burundi.org/demolition-des-constructions-anarchiques-qui-ne-veut-pas-demolir/#comments

      Le président ne peut pas être au dessus de toutes les lois et ne dispose pas non plus de ce type de veto dont vous parlez.

  4. Stan Siyomana

    « Nous sommes le 4 août 1981 aux États-Unis. Des millions d’Américains n’ont pas pu prendre leur avion suite à une grève massive des contrôleurs aériens. Considérant cette grève comme illégale, le président républicain, qui est à la Maison blanche depuis seulement six mois, surprend tout le monde en ressortant une loi oubliée de 1955 :

    « Permettez-moi de lire le serment solennel pris par chacun de ces employés quand ils ont accepté leur emploi : « Je ne participe pas à une grève contre le gouvernement des États-Unis ou tout organisme de celui-ci, et je n’y participerai pas tant que je suis employé du gouvernement des États-Unis ou d’une de ses agences. » C’est pour cette raison que je dois dire à ceux qui ne se sont pas présentés au travail ce matin qu’ils violent la loi et s’ils ne se présentent pas au travail dans les 48 heures, ils auront perdu leur emploi et leurs contrats seront résiliés. »(*)
    Comme l’explique France Info, le syndicat croit à un bluff du président, mais l’inimaginable se produit : 11.359 salariés sont licenciés avant d’être remplacés par des militaires. On forme cependant de nouveaux contrôleurs aériens, plus dociles sans doute.
    https://www.lalibre.be/belgique/2016/04/13/quand-reagan-mettait-fin-a-la-greve-en-licenciant-11000-controleurs-aeriens-FMIZZOIZXZANFALOKVGO23KIMY/

  5. Uwakera

    Ariko rero benshi mu bashikirije ivyiyumviro, vyari kuba vyiza baretse kwihoza imvo yatumye abigisha biyumvira gukora yegereyegere.

    Gukora ikibazo, kitagukura mu kazi, kitakugabanya umushahara, ata numwe anamenya amanota waronse kiretse uwagikoresheje,….murumva iyo ari imvo yo guhagarika akazi? Soyons sérieux quand meme! Hari ibindi vyinshi vyotuma akazi gahagarikwa.

    Ma proposition: Nta kazi na kamwe ubu nzi umuntu yinjiramwo adakoze ikibazo (kireste ubwa politique). Leta nize irakoresha ikibazo umuntu wese iha akazi imbere y’uko agatangura. Diplome yonyene ntikwiye kugira umuntu umuhe akazi. N’ahandi hose niko bigenda: Préselection de dossiers, administration d’un ou plusieurs examens écrits (par exemple si quelqu’un compte devenir enseignant de Francais, akoreshwe ikibazo c’umwotsi en Francais, et ainsi de suite…), interview, puis signature de contrat (naho nyene avec période de probation). Gutyo ntawuzoza « kugorana » ngo ibibazo ku muntu amaze mu kazi imyaka.

  6. Ndambi

    Mr le président demande une commission qui va analyser les comptes des syndicats.😡😭😭
    Ko ataduhaye rapport du Scandale Mpanda?🤔🤔😑 Les 15 jours ntizirahera?
    Vous envoyez la cour des comptes pour enquêter sur les syndicats des pauvres enseignants🤗!!!!.
    Mr le président, vous connaissez où se cachent les voleurs.
    De grâce ne ridiculisons pas notre mère patrie.

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