Mardi 13 avril 2021

Économie

Les services financiers numériques, facteur d’inclusion financière

10/03/2021 3
Les services financiers numériques, facteur d’inclusion financière

Les compagnies de télécommunications profitent de la téléphonie mobile, de plus en plus répandue au Burundi, pour offrir des services financiers numériques à leurs clients qui étaient jusque-là pratiquement exclus des services classiques. Ces nouveaux services numériques gagnent beaucoup de terrain, surtout en milieu rural.

Qui aurait imaginé que son téléphone puisse devenir un jour son portefeuille ? Les technologies numériques ont tout changé : aujourd’hui on peut déposer, retirer, transférer de l’argent, faire des achats avec son téléphone mobile. Ceci offre la possibilité de faire des transactions bancaires à des personnes qui n’ont généralement pas accès aux services financiers.

Actuellement, au Burundi, le marché des services financiers numériques est disponible sur trois plateformes, à savoir : Ecocash d’Econet Wirless depuis le 17 mai 2010, Smart Pesa de Lacell depuis le 1er septembre 2016 et Lumicash de Viettel Burundi depuis le 20 septembre 2016.

Richard Nduwimana, boutiquier dans la zone Ngagara de la commune Ntahangwa, salue la venue des services financiers numériques : « Avant, j’étais obligé d’aller au parking pour envoyer de l’argent par les bus ou attendre quelqu’un de mes proches qui se déplace vers ma province natale. Cela me coutait cher, je perdais du temps et parfois il y avait des cas de vol ».

Et Salvator Mugisha, conducteur de vélo en mairie de Bujumbura, de préciser : « Avec ces services, je parviens à épargner mon revenu vu que les dépôts sont gratuits. Lorsque j’envoie de l’argent à ma femme pour la ration ou le minerval de mes enfants, elle retire l’argent en moins de 5 minutes. »

Les services financiers numériques en pleine expansion

Ces services ne cessent de croître, que ce soient les dépôts, les retraits ou encore les transferts. Du 1er trimestre 2020 au 2e trimestre 2020, la moyenne mensuelle de la valeur des dépôts effectués est passée de 70 596 354 571 Fbu à 88 751 056 005 Fbu, soit une augmentation de 26 %.

Les retraits par des clients enregistrés sont passés de 63 119 818 397 Fbu à 77 464 046 949 Fbu, soit une augmentation de 23 % et les transferts effectués de personne à personne sont passés de 59 808 944 304 Fbu à 77 433 804 116 Fbu, soit une augmentation de 29 %, selon le rapport du 2e trimestre de l’Autorité de Régulation et de contrôle des télécommunications (ARCT).

Avec une très grande accessibilité et facilité d’utilisation, les nouvelles plateformes de services financiers proposent au public un large choix de produits, notamment le dépôt, le retrait et transfert d’espèces , l’achat d’unités, le crédit lorsque l’on est à court d’argent et bien d’autres. Ce qui a poussé la population burundaise à recourir massivement à ces services

Plusieurs raisons expliquent cette augmentation de toutes les transactions (dépôts, transferts et retraits) : l’accès rapide à leur argent, à toute heure, sans devoir sortir de chez eux ni faire la queue. Par ailleurs, comme le nombre des abonnés à la téléphonie mobile a augmenté, les usagers de ces services devraient aussi augmenter, ainsi que l’ensemble des transactions.

Pour Sother Manirakiza, mécanicien de motos dans la zone Cibitoke, la banque était un luxe réservé aux personnes à revenu élevé, mais avec ces services « on parvient maintenant à épargner son revenu à partir de n’importe quelle somme, dès 500 Fbu par exemple. » Auparavant, les gens ne se déplaçaient pas vers une agence pour juste un dépôt de 500 Fbu sur leur compte et la plupart étaient dans une situation d’exclusion financière. Mais il reste une inquiétude : « On ne garde pas longtemps notre argent sur ces comptes, et on n’y met qu’une petite somme de dépannage en cas de besoin de peur de se retrouver un jour avec ces comptes fermés », ajoute-t-il.

L’ARCT tranquillise les usagers de ces services

Dr Samuel Muhizi, directeur général de l’Autorité de régulation et de contrôle des télécommunications (ARCT)

Samuel Muhizi, directeur général de l’Autorité de régulation et de contrôle des télécommunications (ARCT) tient à rassurer la population à cet égard. Il précise qu’il y a un règlement au niveau de la Banque centrale régissant les services financiers numériques.

D’après lui, les compagnies de téléphonie mobile disposent de comptes bloqués dans les banques commerciales. Si une compagnie tombait en faillite, les clients qui détiennent des comptes chez ces opérateurs pourraient récupérer leur argent.
Mieux, « un numéro vert, le 151, est ouvert à l’ARCT durant les heures de service, pour des éclaircissements ou des doléances en cas de fraude pour les clients de ces opérateurs. »

Par ailleurs, ces compagnies de télécommunications offrant des services financiers numériques ne peuvent pas changer les frais de transferts ou de retraits sans consulter l’ARCT et la Banque de la République du Burundi.

Les services financiers numériques : un pilier de l’inclusion financière

Selon Dieudonné Gahungu, professeur à l’université du Burundi dans la faculté des sciences économiques et de gestion (FSEG), autour de 20 % des Burundais ont recours aux services financiers classiques et le taux d’inclusion financière reste donc faible au Burundi. Par contre, le taux de pénétration de la téléphonie mobile est nettement plus élevé, environ 50 % des Burundais disposent d’un téléphone mobile, comme en atteste le tableau suivant :

Dieudonné Gahungu : « Les paiements électroniques nécessitent parfois une connexion internet, et on en est encore à un niveau très bas, avec 10,3 % de la population burundaise qui a accès à l’internet »

Mais le professeur Gahungu précise : « Il faut bien noter que les paiements électroniques nécessitent une connexion internet, et on est en encore à un niveau très bas, avec 10,3 % de la population burundaise qui a accès à l’internet. », ajoute-t-il.

Il fait savoir également que les banques classiques ont aussi adopté cette nouvelle technologie et travaillent en collaboration avec ces sociétés de téléphonie mobile, ce qui fait que l’inclusion financière va sans doute croître rapidement, compte tenu notamment que beaucoup de gens des coins reculés faisaient de la thésaurisation (le fait de garder la monnaie dans les caisses à la maison) en raison du manque d’agences bancaires près de chez eux.

M.Gahungu suggère aux organes de régulation notamment l’ARCT, la Banque de la République du Burundi ainsi la section de cyber criminalité de la Police  Nationale de combattre la fraude dans l’utilisation de ces services pour ne pas décourager les usagers.

Le professeur rappelle que ces services contribuent à la création de l’emploi, la facilitation des échanges commerciaux, le paiement des taxes et impôts. Avec la téléphonie mobile, l’augmentation du produit intérieur brut (PIB), tourne autour de 5 %.


Retrouvez les jeux de données traités dans cet article sur notre portail open data

Forum des lecteurs d'Iwacu

3 réactions
  1. Aloys Gisho

    Est ce que les banques traditionnelles utilisent ces services?
    Bancobu, BCB, IBB, etc…?

    • Jean

      Ouiii

  2. Jereve

    Si on peut utiliser son téléphone portable pour déposer, retirer et transférer son argent, c’est un pas vraiment appréciable. Reste un autre obstacle à franchir : payer des marchandises et des services avec son téléphone portable (ou si possible une carte bancaire). Quand on se déplace loin des centres urbains, il faut se munir de grosses liasses de billets de banque dans la poche pour pouvoir se payer une boisson, un repas ou une réservation d’hôtel. Le danger est qu’on peut se les faire voler. De la même manière que je peux transférer des unités téléphoniques à quelqu’un, n’est-ce pas possible de payer un commerçant en lui transférant de l’argent que j’ai sur mon compte bancaire? Peut-être que ce système existe déjà, dans ce cas je m’excuse car je n’en suis pas au courant.

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