Dimanche 26 juin 2022

Politique

Intolérance politique/Ngozi : Colline Ruyumpu, les militants du CNL dans la tourmente 

Intolérance politique/Ngozi : Colline Ruyumpu, les militants du CNL dans la tourmente 
Sept des 16 membres du CNL condamnés à 15 ans de servitude pénale dont l’épouse du chef de colline Ruyumpu et son bébé de moins d’une année

Arrestations, emprisonnements, traque, … les militants du Congrès national pour la liberté (CNL) de la colline Ruyumpu, commune Kiremba de la province Ngozi vivent dans la peur Certains ont déjà pris le chemin de l’exil. Ils dénoncent des montages à leur encontre et accusent certains jeunes Imbonerakure et l’administration d’être derrière cet acharnement. L’administration communale réfute les accusations.

Par Rénovat Ndabashinze et Fabrice Manirakiza

Mardi 10 mai dernier, le Tribunal de Grande Instance de Ngozi a condamné les 16 membres du CNL de la colline de Ruyumpu, commune de Kiremba, province de Ngozi à 15 ans de servitude pénale et une amende de 100.000 BIF chacun. Absents lors de cette séance, ces militants du parti CNL sont accusés de tentative d’assassinat des jeunes militants du Cndd-Fdd, Imbonerakure. Les condamnés doivent payer un dédommagement collégial de 16 millions BIF. Pour celui qui ne paiera pas, il y aura une contrainte de corps de 5 ans.

Parmi les 16 condamnés, sept avaient été arrêtés le 25 avril dernier. Il s’agit de Pierre Mpawenimana, chef de colline Ruyumpu, son épouse Daphrose Nahimana, Pierre Girukwishaka, Pascal Nyabenda, Joël Habarugira, André Ndagijimana et Nsabimana. Les huit hommes autres sont en cavale.

Depuis la fuite de leurs maris, leurs épouses qui sont restées à Ruyumpu en ont vu de toutes les couleurs. Dans la nuit du 8 au 9 mai dernier, les domiciles des militants du CNL en fuite ont été attaqués par des Imbonerakure, selon les habitants de la colline Ruyumpu. « Des Imbonerakure conduits par Balthazar Manizanivyago alias Minoko, Alexandre, alias Didi ainsi que le chef de la sous-colline Nyakibari du nom de Dengadenga ont défoncé les portes chez les épouses des CNL qui ont pris la fuite », raconte S.H, un habitant de la colline Ruyumpu. « Ils ont défoncé la porte de chez Séraphine Sibomana. Ils ont blessé à la machette un porc et une chèvre. Ils ont aussi cassé les ustensiles de cuisine. Chez Denise, ils ont arraché les installations de la plaque solaire et ils l’ont même battue », renchérissent les voisins des victimes. « A Ruyumpu, le sens de l’humanité est retombé à zéro. Comment faire des choses pareilles à tes voisins ? A cause de la politique ? Ruyumpu est devenu un enfer », déplore un septuagénaire de cette localité.

L’emprisonnement des victimes

Le matin du 9 mai, les victimes accompagnées de leurs voisins sont allées se plaindre à l’administrateur communal, Pascal Sebigo. « L’administrateur communal est venu à Ruyumpu. Il a constaté lui-même les dégâts. Devant les gens, il a déclaré que les victimes ont menti. Selon lui, ce sont ces femmes qui ont détruit leurs biens. On n’en croyait pas nos oreilles. On était abasourdi. Au lieu d’arrêter les vrais coupables, il a embarqué les 4 femmes », confie P.B, un habitant de Ruyumpu. Il s’agit de Séraphine Sibomana, Denise Girukwishaka, Vénantie Minani et Marie Niyonsaba.

Le déclic

 

Salvator Manariyo, président du Cndd-Fdd Ruyumpu blessé lors des affrontements du 24 avril

Qu’est-ce qui a déclenché l’arrestation et la condamnation des 16 militants du CNL ? Selon des témoignages recueillis à Kiremba, le 24 avril dernier vers 20h, trois militants du CNL étaient en train de partager un verre dans un bar de la sous-colline Mushora. Il s’agissait d’Evariste Habarugira, Gérard Ndayisaba et Eric Bizimana. Par après, racontent les témoins oculaires, des jeunes affiliés au parti au pouvoir sont arrivés : Zacharie Bizimana, alias Gasongo, Nkunzimana, Joseph Girukwishaka, alias Commissaire, Edouard Cimpaye, alias Gondora, André Nzeyimana, alias Musenyeri et Balthazar Manizanivyayo, alias Minoko. « Ils avaient des gourdins et des bâtons. Ils ont alors séquestré les trois militants du CNL à l’intérieur du cabaret. Le motif est qu’ils n’ont pas voulu adhérer au Cndd-Fdd », raconte E.K, un témoin. « Après des bastonnades, Evariste Habarugira est arrivé à s’enfuir. Eric Bizimana va aussi s’échapper grâce à l’aide d’un Imbonerakure. Ils sont restés avec Gérard Ndayisaba. Ils l’ont sévèrement battu avant de le ligoter », confie un autre témoin.
Entretemps, M.Habarugira est allé raconter ce qui se passait au chef de colline Ruyumpu, Pierre Mpawenimana. Ce dernier est arrivé avec quatre autres personnes pour s’enquérir de la situation.

D’après les témoins, les Imbonerakure ont commencé à l’insulter en disant qu’ils ne peuvent pas être dirigés par lui parce qu’il provient du CNL : « Ils disaient qu’ils préfèrent Edouard Cimpaye alias Gondora, membre du Cndd-Fdd et membre du comité collinaire. »
Toutefois, ils lui ont montré où est détenu Gérard Ndayisaba entouré des jeunes avec des gourdins. « Ils ont exigé 100.000 BIF pour qu’il soit relâché. Gérard a refusé. Le chef de colline a essayé de négocier sa libération en vain. Les Imbonerakure ont alors commencé à tabasser l’administratif. S’en est alors suivi des échauffourées », raconte J.H, un autre témoin.

François Nijimbere, un jeune imbonerakure blessé à Ruyumbu

Selon lui, les quatre personnes qui étaient venues avec le chef de colline se sont vite sauvées et les Imbonerakure sont restés avec Pierre Mpawenimana et Gérard Ndayisaba. « Par après, avec des renforts, les quatre hommes sont revenus. Ils ont pu libérer les deux prisonniers. Ils ont alors pris le chemin du domicile du chef de colline », indique J.H.

Ce n’était pas encore fini. « Alors que le chef de colline avec ses compagnons rentrait en pensant que c’est fini, les Imbonerakure étaient derrière eux. Ils avaient alerté, à leur tour, leurs camarades pour qu’ils les interceptent devant le domicile du chef de colline », confie un habitant de Ruyumpu.

Arrivé devant sa maison, Pierre Mpawenimana a trouvé d’autres Imbonerakure qui les attendaient. « C’est un nouveau combat généralisé », raconte un autre habitant, qui affirme qu’il y a eu des blessés de part et d’autre.
Les habitants de Ruyumpu font savoir que le lendemain très tôt le matin, les Imbonerakure et la police ont encerclé les domiciles des militants du CNL. « Ils ont arrêté sept membres du CNL dont le chef de colline Pierre Mpawenimana et son épouse Daphrose Nahimana. »

D’après les témoins, c’est le commissaire provincial de police qui est venu les prendre pour aller les incarcérer au chef-lieu de la province : « Ceux qui ont échappé à cette rafle se sont enfuis en Ouganda, en Tanzanie ou en RDC ».
Et seuls les blessés membres du parti au pouvoir ont été déplacés pour être soignés, dénonce Jonas Nahimana, responsable provincial du parti Cnl, à Ngozi. Pour lui, il s’agit de deux poids deux mesures : « La justice, la police et l’administration devraient être impartiales et ne pas trancher en faveur d’une seule partie. » Il donne l’exemple d’un certain Manariyo : « Sa jambe a été cassée, mais il n’a pas été évacué ».

Pour M.Nahimana, il faut respecter la loi : « Nos militants sont condamnés injustement. » Il dit ne pas comprendre comment juger une seule partie en conflit sans aucune confrontation entre les deux parties. Il ne doute pas que l’administration communale soit impliquée dans ces montages. Il signale que parmi les personnes condamnées, il y en a même qui n’étaient pas à Ruyumpu lors de ces affrontements. Il donne l’exemple d’un enseignant nommé Gratien : « Il était dans un match qui opposait une équipe de Kiremba à celle de Marangara. Mais, jusqu’aujourd’hui, il est très recherché, accusé faussement d’avoir pris part dans ces échauffourées. C’est donc un dossier politique taillé de toutes pièces. »

De la vengeance

François Ndihokubwayo, membre du CNL blessé dans les échauffourées du 24 avril, à Ruyumpu

« Au lieu que les autorités analysent froidement les tenants et les aboutissants de l’affaire, ils s’empressent d’arrêter les CNL sans enquêtes. Les Imbonerakure de Kiremba sont très forts dans les montages », relève un militant du CNL de Ruyumpu.
D’après Jonas Nahimana, représentant provincial du parti CNL à Ngozi, les Imbonerakure avaient juré de se venger suite à un incident survenu le 5 mars 2022 : « Ce jour-là, les militants du Cndd-Fdd de Ruyumpu avaient une fête pour célébrer leur victoire aux élections de 2020. Ils ont alors construit une tente devant la permanence du CNL. Ils ont même effacé les logos du parti pour qu’ils ne soient pas visibles lors de la fête. »

Selon lui, les Inyankamugayo, (militants du CNL), ont vigoureusement protesté et ont exigé que les tentes soient déplacées et que leur permanence soit remise à l’état dans lequel elle était. « Les Bagumyabanga ont senti cela comme un affront. Ils se sont exécutés grâce à l’intervention du responsable communal du Cndd-Fdd, mais depuis ce jour ils ont juré de se venger. »

La première cible de la colère des Imbonerakure, selon les habitants de Ruyumpu, Pierre Girukwishaka, commerçant des produits Brarudi. Il est parmi les 16 condamnés : « On l’accusait de s’être acharné pour perturber leur fête. Ils ont commencé à lui mettre les bâtons dans les roues. On intimidait ceux qui travaillent pour lui dans la recherche des boissons. C’est le chef de zone Kiremba, Sylvestre Ahishakiye, qui était à la tête de ces intimidations », confie un habitant de Ruyumpu.

Pour les militants du parti d’Agathon Rwasa, ce qui est arrivé le 24 avril était un traquenard pour pouvoir se débarrasser du chef de colline, car ce n’est pas la première fois qu’il est arrêté dans les mêmes circonstances. « Le 2 juillet 2021, il est allé désamorcer une crise de ce genre sur la sous-colline Mushora, les Imbonerakure l’ont battu en disant qu’il ne peut pas les diriger. Le lendemain, c’est lui qui a été appréhendé et conduit dans les cachots à Ngozi. Il a été relâché quelques jours après », fait savoir M.H, un habitant de Ruyumpu.

Et de se poser une question : « Par exemple, qu’est-ce que son épouse a fait pour qu’elle soit arrêtée ? Rien. De plus, lors de l’arrestation de Pierre Girukwishaka, il était chez lui et il ne savait même pas ce qui s’était passé la veille. Ce qu’on reproche aux militants du CNL de cette colline, c’est le fait d’avoir refusé d’adhérer au Cndd-Fdd. Ce n’est pas par force qu’ils vont y arriver ».


 

L’administrateur charge, le gouverneur pacifie, le CNL se défend

Presque trois semaines après ces affrontements de Ruyumpu, une réunion de pacification a eu lieu, sur cette colline, vendredi, le 13 mai 2022. Etaient présents, le gouverneur sortant de la province Ngozi, le procureur près la Cour d’appel de Ngozi, deux députés élus à Ngozi dont Agathon Rwasa, le responsable provincial de la Cnidh, etc. Des représentants provinciaux des partis politiques sont aussi présents.

Epipode Baranyikwa: « Nous devons cohabiter pacifiquement malgré nos différences. Disons’’ Plus jamais ça’’ à ce qui s’est passé. »

Dans son mot de bienvenue, l’administrateur communal de Kiremba, Pascal Sebigo, s’en prend sans mâcher les mots au parti CNL : « Tous les jours, quand le parti CNL organise une réunion autorisée, plusieurs fois des incidents se produisent. On ne sait pas si c’est un message de leurs dirigeants, mais cela se produit souvent après leur réunion. »
Lors des échauffourées du 24 avril, l’administrateur a reconnu qu’il n’était pas présent dans la localité. Mais, a-t-il affirmé, ceux qui ont été blessés sont du parti au pouvoir et que les auteurs sont du parti CNL.
Il a remercié la police et les administratifs qui sont vite intervenus. Il a déploré néanmoins que certains ‘’ agresseurs’’ aient pu se sauver.

Pascal Sebigo a indiqué, d’ailleurs, que ce n’est pas pour la première fois que cela arrive dans cette localité. Durant la période électorale, des échauffourées s’étaient également produites sur cette colline : « Des arrestations ont eu lieu. Mais par après, les auteurs, dont l’actuel chef de colline de Ruyumpu ont été relâchés. Et ils ont vu qu’ils ne sont plus poursuivis en justice. Et ils ont récidivé. »

Pascal Sebigo : « Tous les jours, quand le parti CNL organise une réunion autorisée, plusieurs fois des incidents se produisent. »

D’après lui, la plupart des auteurs de ces affrontements de Ruyumpu faisaient aussi partie de la liste des personnes arrêtées lors des élections de 2020. Et de lancer un avertissement à ceux qui sont en fuite : « Celui qui a fait une infraction, qu’il fuie ou pas, qu’il se terre n’importe où, c’est impossible. Nous devons les arrêter et les mettre devant la justice pour que même les autres sachent que quand tu commets une infraction, tu dois être puni. »

Malgré ces incidents, M.Sebigo rassure que la sécurité est bonne dans sa commune même à Ruyumpu. Aucun commentaire sur les attaques dirigées contre certains ménages des opposants en fuite.
Pour sa part, Epipode Baranyikwa, gouverneur de Ngozi a appelé à l’unité, à la cohabitation pacifique : « Qu’on se rappelle que nous tous, nous sommes des natifs de cette province, de cette commune. Personne n’a choisi de naître sur telle ou telle autre colline, personne n’a choisi son voisin. Nous devons cohabiter pacifiquement malgré nos différences. Disons’’ Plus jamais ça’’ à ce qui s’est passé. »
Il a invité les membres des différents partis politiques à ne pas se cacher derrière leurs partis pour maltraiter les autres. « Que des membres d’une famille ou d’un parti ne soient pas menacés ou indexés parce qu’un des leurs a commis une infraction. La faute est individuelle. Aucun parti n’a mandaté ses militants pour blesser les autres. La guerre est terminée. »
Pour éviter de tels débordements, M.Baranyikwa a demandé d’être informé avant que la situation ne dégénère : « Que les administratifs apprennent à donner des informations à temps. Demain ou après-demain, évitons qu’on soit informé après que le sang ait commencé à couler. Nous souhaitons qu’il n’y ait plus des affrontements. » Il a même donné publiquement son numéro de téléphone.

A cette occasion, il a libéré trois femmes à savoir Séraphine Sibomana, Denise Girukwishaka et Vénantie Minani, qui avaient été arrêtées et emprisonnées par l’administrateur de Kiremba. Marie Niyonsaba ayant été libérée deux jours avant la réunion. Toutes ces femmes étaient parties se plaindre à la commune après l’attaque de leurs ménages dans la nuit du 8 mai. Mais, elles se sont retrouvées en prison.

Au moment où certains militants du CNL se disent inquiets pour leur sécurité et ne dorment plus dans leurs maisons, le gouverneur Baranyikwa les a tranquillisés :« Que personne ne dorme plus à l’extérieur de sa maison.»
Pour le cas de ces femmes libérées, il a recommandé aux nyumbakumi (chef de dix ménages) de veiller sur leur sécurité. Une d’entre elles a eu l’occasion d’exposer ce qui leur est arrivé. Et le gouverneur sortant a promis que la justice sera rendue : « Les enquêtes vont se poursuivre pour avoir toute la lumière sur ce qui s’est passé dans ces ménages et arrêter les auteurs. »

A son tour, Agathon Rwasa, député et président du CNL a beaucoup apprécié le message apaisant du gouverneur de Ngozi. « Ce qui nous divise est très mineur par rapport à ce qui nous rassemble », a-t-il déclaré.
A l’administrateur de Kiremba, ce député natif de Kiremba lui a rappelé que ‘’la commune appartient à tous les natifs’’ : « S’il y a des problèmes, qu’on échange là-dessus et qu’on trouve une solution ensemble. »

D’après lui, le lendemain de ces échauffourées, des échanges de messages, certains même ironiques, ont eu lieu entre les membres du Conseil communal. « Si on arrive à une étape où des gens s’affrontent alors qu’il y a eu des échanges dans un groupe dont vous faites partie, et que vous gardez le silence, sincèrement, nous avons encore du pain sur la planche. »

Selon lui, il faut du respect mutuel. Avant de laisser un message à l’administration de Kiremba : « Soyez un bon parent, impartial ».
Sur la déclaration de l’administrateur affirmant que de tels incidents se produisent souvent après une réunion du CNL, M.Rwasa est clair : «  Les partis agréés ont droit de tenir des réunions. Je n’ai jamais appelé les gens à se rentrer dedans. Mon parti ne tient jamais une réunion pour préparer le mal. »

M.Rwasa est d’ailleurs très vexé de voir que l’administrateur de Kiremba est allé, un jour, jusqu’à lui raccrocher au nez.
A la justice, il a demandé d’avoir le courage de punir tout fautif sans considération de l’appartenance politique. Et aux élus collinaires, aux administratifs, son message est de dépasser leurs partis et gouverner pour tous.
Un message relayé aussi par Félix Mpozeriniga, député et membre du parti CNL. Cet ancien ministre de la Fonction publique a souligné que les comités mixtes de sécurité ne sont pas là pour intimider les gens, mais pour les rassurer. « Un pays ne peut pas se développer quand les prisons sont bourrées de prisonniers. »

L’administrateur réplique

Contacté ce mardi, Pascal Sebigo, administrateur de Kiremba indique qu’il n’a rien contre Rwasa ou ses militants : « Il mélange les choses. Moi, je ne lui ai pas raccroché au nez. Nous étions dans une réunion du président de l’Assemblée nationale à Ngozi. Et je ne pouvais pas continuer à sortir de la salle pour répondre à ses appels. »

Concernant l’accusation selon laquelle l’administrateur ne s’est pas rendu sur cette colline pour calmer la situation avant que cela dégénère, il affirme que le chef de colline l’avait rassuré. « Il m’avait dit qu’il maîtrise la situation. Or, il était finalement parmi ceux qui planifiaient ce coup. Et voilà ce qui lui est arrivé.» D’après M.Sebigo, ce n’est pas la première fois que cet administratif se trouve en prison.

Pour le cas de l’enseignant Gratien, là aussi, l’administrateur apporte une précision : « Il est impliqué dans ces échauffourées, et il était là. D’ailleurs, sa condamnation est déjà là. Il ne reste que son arrestation.»
Nous avons essayé de joindre d’autres jeunes du parti Cndd-Fdd cité dans ce dossier Ruyumpu, en vain.

La population ‘’privée’’ de paroles

A Kiremba, les habitants apprécient le fait que le gouverneur s’est déplacé sur les lieux accompagnés des députés. « Oui, ils nous ont appelés à l’unité, à la cohabitation pacifique. Mais, nous n’avons pas eu le temps de nous exprimer pour donner la version réelle de ce qui s’est passé le 24 avril », déplore I.L, un habitant de Kiremba. Il trouve qu’il y a des éléments que la justice n’a pas pris en compte pour décider. « En fait, il n’y a pas eu d’enquête. » Ce qui montre, selon lui, que c’était un coup préparé pour arrêter les opposants.
Un autre habitant de la localité déplore que lors de cette réunion de pacification, la population devait avoir l’occasion de parler. « En tout cas, cela pourrait éclairer la justice sur ce qui s’est passé réellement dans la soirée du 24 avril. »

Affirmant être membre du parti au pouvoir, il estime que des enquêtes fouillées devraient être faites pour ne pas condamner les gens injustement : « En tout cas, dans les deux côtés, il y a des innocents et des fautifs. Personne ne peut démontrer comment l’épouse du chef de colline et son enfant de moins d’une année sont impliqués dans ces affrontements. »

K.B, un autre habitant de Ruyumbu confie qu’après cette réunion de pacification, la situation est calme : « Toutefois, la consigne est de rentrer avant 18heures. Les membres du comité mixte de sécurité dominé par un seul parti continuent de trimballer des bâtons et des gourdins malgré qu’ils aient reçu l’ordre de ne plus le faire. Si tu les rencontres, tu risques de passer un mauvais quart d’heure. »


M.Rwasa : « La justice est là pour aider les gens à cohabiter »

Au sein du parti CNL, la condamnation de 16 personnes est mal accueillie. Ils parlent de légitime défense. Rencontre avec Agathon Rwasa, président de ce parti.

Comment qualifiez-vous la condamnation de 16 personnes de Kiremba ?

Je vais me référer à ce qu’a dit le président de la République lorsqu’il a rencontré les magistrats à Rumonge, c’est dommage. C’est un déficit de la justice. Parce que ces administratifs à la base qui sont plutôt complaisants lorsque les gens de l’opposition sont malmenés, sont tabassés, devraient eux aussi répondre de leur comportement. Car, la non-assistance d’une personne en danger constitue tout autant un crime répréhensible par la loi.

Et je me dis que si on doit exercer la justice, il y a une certaine qualité que l’on doit quand même posséder.

Laquelle ?

Je comprends mal comment quelqu’un qui est plutôt cynique, sadique peut faire le métier d’avocat par exemple, ou exercer comme procureur, comme juge. Normalement, la justice est là pour aider les gens à cohabiter, à marcher ensemble. Maintenant, un procureur demande une condamnation lourde juste parce que les gens ont exercé leur droit d’autodéfense. Un procureur va jusqu’à demander que les biens de ces citoyens soient vendus ! Je trouve cela aberrant.

Vous semblez très choqué…

Oui. Lorsqu’il y a problème dans un village, comment est-ce qu’on condamne par exemple un enfant de 7 mois à aller vivre en prison ? Si le chef de colline a été attaqué et sa famille, comment est-ce que les victimes deviennent bourreaux et les bourreaux deviennent plutôt des innocents ?

Où mène-t-on ce pays avec des juges, avec des procureurs qui semblent avoir aucun sentiment humain dans leur esprit ? Si les dirigeants actuels disent avoir combattu les injustices, comment est-ce qu’ils qualifient ce qu’ils font actuellement ? Est-ce de la justice qu’ils rendent aux justiciables ?

Vous estimez que c’est une intolérance politique qui est en train de refaire surface ?

Je pense que l’’intolérance a été toujours de mise dans ce parti de l’Aigle. Et actuellement, je crois qu’on devrait faire attention aux discours qui vont jusqu’à affirmer que le Cndd-Fdd ce n’est pas un parti, c’est plutôt le pays. Vous comprendrez que dans ce cas-là, les dérapages ont leurs raisons d’être surtout qu’on n’a même pas entendu une autorité rappeler à l’ordre ceux qui tiennent un tel discours. Il n’y a pas un parti qui soit au-dessus des institutions de l’Etat. Ceci dit, l’intolérance qui s’amplifie davantage est tout autant justifiée par le fait même que ce parti-là s’assigne une mission de faire du Burundi un Etat monopartite.

Avez-vous des preuves de ce que vous avancez ?

J’en ai pour preuves les discours des dirigeants de ce parti qui disent qu’à l’horizon 2025, ils doivent avoir au moins 85% des Burundais qui adhèrent au Cndd-Fdd. Vous comprendrez alors que le forceps devient de plus en plus une manière de faire, de procéder au recrutement. C’est même la cause de tout le trouble qui est vécu par nos militants en commune Kiremba actuellement.

Quelle est votre analyse de ce qui s’est passé à Kiremba, dans la soirée du 24 avril ?

Contrairement à ce qu’on a monté devant les cours et tribunaux comme quoi les militants du Cnl ont agressé les gens du Cndd-Fdd, ce n’est pas du tout vrai. La réalité est que les Imbonerakure ont tenté de forcer quelqu’un à adhérer au Cndd-Fdd. Et lorsqu’il a refusé, on a essayé de lui extorquer 100 mille BIF. Ce qui n’est pas une somme facile à avoir là dans les milieux ruraux.

Quid de la gestion de cette crise ?

Le chef de colline qui est un élu du peuple, et membre du Cnl, ayant eu vent de cette situation, il est allé voir réellement ce qui se passait pour essayer de remettre les choses en ordre. Alors ces recruteurs se sont attaqués à lui et la bagarre a donc ainsi commencé.

Vous exonérez complètement vos militants ?

Les gens du CNL ont essayé de le défendre contre l’agression de ces Imbonerakure. Voilà d’où c’est parti ça part. Et le lendemain, on vient, on rafle les militants du CNL de la colline Ruyumpu, aucun membre du Cndd-Fdd n’est inquiété. Et ce qui est un peu navrant c’est que l’administration, au lieu de s’interposer pour faire respecter la loi, essaie plutôt de prendre parti. La commune Kiremba, elle est victime.

Pourquoi cela s’amplifie-t-il dans votre commune natale ?

Parce que même, dit-on, le secrétaire général du Cndd-Fdd y est allé par une occasion et a dit qu’il allait mettre son camp là-bas et tout faire pour que tous ces habitants de Kiremba adhèrent tous au Cndd-Fdd.
Si le Burundi peine à se relever, ce n’est pas à cause de l’opposition, mais c’est à cause de la mauvaise gouvernance de ces responsables du parti de l’Aigle.

Pour moi, je ne pense pas que faire adhérer tous les Burundais au Cndd-Fdd soit une solution à la problématique. Pour le moment, ce qui serait conseillé au pouvoir c’est plutôt d’accepter un dialogue avec tous les Burundais. Reconnaître ses faiblesses, ce n’est pas un tort et je pense que le Burundi est pour tous les Burundais. Il y a des Burundais qui sont prêts et capables de servir mieux que ceux qui sont aux affaires. Se cramponner aux affaires, juste pour conduire le pays à la dérive, ça n’arrange nullement la situation. Et cette violence, cette intolérance n’ont pas de sens si on se réfère à ce qui s’est passé dans l’histoire du Burundi. Si jamais on était conséquent, on devrait subblimer ces énergies négatives, essayer de se mettre ensemble et transformer la situation tant sociale qu’économique de ce pays.

Forum des lecteurs d'Iwacu

2 réactions
  1. Haguruka

    Inzira iracari ndende kweli.

  2. Kagabo

    Pour balancer l’information, vous devriez consulter tous les côtés(President du CNL et Secretaire du CNDDFDD). Pour maintenant nous n’avons que la realite d’une seule côté, le CNL via son President Rwasa

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