Politique

CVR : La recherche de la ‘‘vérité’’ à tout prix divise

07/10/2019 Edouard Nkurunziza Commentaires fermés sur CVR : La recherche de la ‘‘vérité’’ à tout prix divise
CVR : La recherche de la ‘‘vérité’’ à tout prix divise
Pour Pierre Claver Ndayicariye, la CVR est préoccupé par l’enterrement en toute dignité des ossements humains se trouvant dans des fosses communes.

La CVR est en pleine campagne pour l’exhumation des restes humains des personnes massacrées lors des tragédies qu’a connues le Burundi. Des séances de concertation avec les populations se tiennent sans cesse. Pour certains politiques et des activistes, c’est un stratagème pour falsifier la vérité.

La dernière réunion remonte au 28 septembre dernier. La CVR s’est entretenue avec la population de la commune Ntahangwa. Elle devait s’enquérir sur les restes humains enterrés dans les fosses communes de l’ex-marché de Kamenge.

«La CVR s’apprête à l’exhumation des ossements de ces fosses communes en concertation avec l’administration et les services de sécurité», a indiqué Pierre Claver Ndayicariye, le président de cette commission. Leur enterrement devrait suivre dans les meilleurs délais après la collecte de ces restes humains.

Le président de la CVR parle d’un processus en cours dans différentes provinces. Notamment à Makamba, Mwaro, Bubanza et à Muramvya. Le déterrement précède, souligne-t-il, la recherche de la vérité sur ces ossements et l’enterrement en toute dignité. «L’objectif principal étant en effet de les remettre dans leur dignité».

Lors de cette rencontre, quelques préoccupations ont été soulevées. Entre autres la gestion des fosses communes sous des infrastructures publiques ou privées. Elle relève de la décision des pouvoirs publics, a avancé Pierre Claver Ndayicariye. «Nous récoltons l’information de manière statistique et nous en faisons une synthèse que nous communiquons aux autorités de l’Etat. La dernière décision est prise par les pouvoirs publics dans l’intérêt de l’Etat et de la cohésion sociale».

Un autre souci a été la gestion des mémoires blessées avant la phase d’exhumation. Le président de la CVR réplique que « la gestion du traumatisme a déjà commencé avec les membres de la CVR ». «Elle doit commencer avec nous parce que nous avons déjà vécu des scènes horribles». Un processus qui, dit-il, va ensuite s’étendre aux autres couches sociales.

Selon la loi régissant la CVR, cette dernière doit « identifier et cartographier des fosses communes et tout autre endroit d’enterrement non reconnu par la loi. Il doit prendre les mesures nécessaires à leur protection, et procéder à l’exhumation éventuelle des corps aux fins d’un enterrement digne ».

Depuis 2017, la CVR a déjà déterré des restes humains notamment dans les provinces Makamba et Mwaro ainsi qu’en mairie de Bujumbura.


Réactions

Léonce Ngendakumana : «De la manipulation politique»

Le vice-président du parti Sahwanya-Frodebu n’en revient pas. Léonce Ngendakumana déplore une ‘’manipulation politique’’. Le régime actuel voudrait faire croire qu’il est préoccupé par les douleurs de certains burundais. En l’occurrence les Hutu. «Allez-voir, ce processus va concerner principalement les fosses communes où sont ensevelis des Hutu, essentiellement victimes de la tragédie de 1972». «Ce processus va sûrement raviver les rancœurs ethniques et politiques».

Pour cet ancien président de la chambre basse du parlement, l’environnement actuel n’est pas propice à la recherche de la vérité. L’impunité est persistante. En outre, certains parmi les auteurs des crimes qui ont endeuillé le Burundi sont au pouvoir.

Ainsi, il n’est pas encore temps de passer à la phase d’exhumation des ossements humains. Car la vérité sur ces derniers n’est pas possible. Comment en effet, se demande-t-il, peut-on témoigner contre l’un des criminels actuellement au pouvoir ? L’inhumation en dignité suppose que la vérité sur cette mort soit connue.

Abdoul Kassim : Urgence de connaître la vérité

«Les Burundais ont, depuis longtemps, soif de la vérité», insiste Abdoul Kassim, président du parti UPD zigamibanga. «Il faut que les restes des victimes se trouvant dans des fosses communes soient enterrés dans la dignité. Et puis observer le deuil et la levée de deuil. Les auteurs des crimes doivent aussi être punis». Pour lui, c’est de cette manière que les Burundais pourront aboutir à la réconciliation.

Pour ce politicien, la CVR doit approfondir ses enquêtes. «Nous ne pensons pas que toutes les victimes, tous les auteurs et toutes les fosses communes ont été identifiées».

Abdoul Kassim n’écarte pas l’idée que la CVR pourrait être sous pression dans son travail actuel. D’un côté, des victimes qui auraient hâte de faire éclater la vérité. De l’autre côté, des auteurs des crimes qui voudraient bâcler les résultats de la commission. « L’Etat pourrait aussi avoir sa propre logique dans le fonctionnement de la CVR ».

Lambert Nigarura : «Il y a anguille sous roche»

«Il y a anguille sous roche dans cette course à la montre de la CVR». Telle est l’appréciation de Lambert Nigarura, président de la Coalition burundaise pour la Cour pénale internationale. Il explique que le contexte n’est pas favorable à la recherche de la vérité, l’établissement des responsabilités et la réconciliation.

Le pays traverse une période de crise politique, les violations des droits de l’homme se poursuivent. «L’on se demande si la CVR ne cherche pas à effacer les preuves des crimes en cours. Car cette commission n’a pas les moyens appropriés pour distinguer les fosses communes de l’époque et celles de la crise de 2015».

La population n’est pas non plus prête à témoigner. Et puis, il y a un ‘‘demi-million’’ de Burundais qui vit en exil. «A voir cette allure dans un tel contexte la CVR cherche probablement à falsifier la vérité en essayant de blanchir une partie et condamner une autre, selon la volonté du régime en place»

Gilbert-Bécaud Njangwa : « Ce travail s’inscrit dans ses attributions »

L’observatoire national des élections et des organisations pour le progrès apprécie le travail de la CVR. Celle-ci a un programme qu’elle doit exécuter suivant son calendrier. «Le travail qu’elle est en train de faire s’inscrit ainsi dans ses attributions», soutient Gilbert Bécaud Njangwa, représentant légal de cette organisation.

Pour lui, l’identification des fosses communes est une bonne chose. Mais déterrer les restes humains est une étape qui n’est pas facile. Notamment en ce qui est de l’identification des personnes enterrées. Néanmoins, dit-il, Onelop ose espérer que le gouvernement trouvera les moyens pour recruter des professionnels capable de cette identification.

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