Société

Une meilleure réinsertion socio-économique des prisonniers, mission possible

06/09/2018 Clarisse Shaka Commentaires fermés sur Une meilleure réinsertion socio-économique des prisonniers, mission possible
Une meilleure réinsertion socio-économique des prisonniers, mission possible
Les détenus de la prison de Gitega fabriquant les chaussures en cuir.

Comment prévenir les récidives ? Des formations dans différents métiers viennent d’être initiées au profit de 260 détenus des prisons de Gitega, Ngozi et Rumonge. A la découverte de cette nouvelle vie dans les prisons.

Maroquinerie, couture, coiffure, savonnerie, sérigraphie, vannerie et corne. Des métiers enseignés à 260 détenus, au total, des prisons de Gitega, Ngozi et Rumonge, depuis le mois de juillet. Un projet qui vise la réinsertion socio-économique des détenus et la prévention des récidives, d’après Adalbert Hakizimana, Directeur Exécutif de la Chambre sectorielle d’art et artisanat (CHASAA) initiatrice de ces métiers.
Trois ans, maximum, de servitude pénale, le type de délits commis, etc. font partie des critères de sélection.

Prison de Gitega, 62 bénéficiaires dont 13 femmes. Derrière les barreaux, une autre vie. A l’entrée de la prison, l’on est accueilli par un bruit des tondeuses. Une sorte de salon de coiffure est en vue. C’est une dizaine de jeunes détenus qui apprennent la coiffure à l’aide d’un formateur expérimenté dans le métier.

A quelques mètres, à l’intérieur de la prison, quatre groupes, chacun composé d’une vingtaine de prisonniers, s’aperçoivent. Ils apprennent à fabriquer des chaussures et autres produits en cuir, des savons, des bijoux en corne, à dessiner et imprimer sur des tissus, des banderoles… C’est dans un climat enjoué que ces détenus travaillent, espérant une vie meilleure après la prison.
Poulia Ninziza, l’une des bénéficiaires dans la sérigraphie, est incarcérée depuis un an. Devant subir plus de 3 ans de servitude pénale, cette mère de quatre enfants affirme que le métier lui sera très utile après la prison. Simple cultivatrice auparavant, elle confie qu’elle ne savait aucun autre métier. « Désormais, je serais capable de nourrir ma famille grâce à une activité génératrice de revenus », indique Poulia, rayonnante.

Plus qu’une formation, une thérapie

Apprenti en maroquinerie à la prison de Gitega, un détenu confie qu’il n’aura plus le temps de penser à commettre des infractions. Pour lui, voler s’avérait le seul choix pour survivre. Mais grâce à ce métier, il est confiant qu’il pourra faire vivre sa famille. « Voler ? Je n’y penserai même plus », assure-t-il, laissant sous-entendre qu’il est derrière les barreaux pour avoir commis des vols qualifiés.

Les prisonniers de la prison de Rumonge apprennent la couture

A la prison de Rumonge, c’est le même climat. 69 détenus sont réunis autour de quatre métiers : la maroquinerie, la couture, savonnerie et corne.

A la prison de Ngozi, 59 hommes apprennent la maroquinerie, la couture et la savonnerie. Côté femmes, c’est la vannerie et la couture pour 40 détenues.

Pour certains condamnés, ces métiers s’avèrent être une thérapie contre la dépression, la paresse, etc. Les jours passent sans qu’ils s’en rendent compte. Nombreux sont ceux qui confient qu’ils pensaient à des actes ignobles faute d’occupation.

Les directeurs de ces prisons corroborent. Aline Bukuru, directrice de la prison de Gitega, est, on ne peut plus, satisfaite. Depuis l’instauration de ces métiers, témoigne-t-elle, la prison est tranquille.
L’introduction de la drogue et de l’alcool, tentatives de s’évader… des délits que commettaient les détenus avant la formation, d’après cette directrice. Mais plus maintenant. Mme Bukuru se veut très confiante quant à la diminution sensible de la récidive grâce à ces métiers.

Même son de cloche chez le directeur de la prison de Rumonge, OPP1 Patrice Nkurikiye. Il parle des détenus qui changent de comportement au fil du temps. Ils passaient tout leur temps sur les ligalas, développant ainsi de mauvaises mentalités. « Mais désormais, ils ne parlent que de ces métiers et planifient comment les réaliser après la prison. »

La chargée du social à la prison de Ngozi indique qu’elle recevait au moins deux cas de délits chaque jour. Mais depuis qu’ils sont occupés, toute une semaine passe sans qu’elle ne reçoive aucun cas.
Cependant, tous ces détenus ont une même inquiétude : les moyens pour réaliser ces métiers après la prison. Le Directeur Exécutif de la CHASAA se veut rassurant. Il indique qu’il y aura un suivi de ces prisonniers bénéficiaires après la peine.

Ces détenus ont déjà produit plusieurs articles qui sont stockés pour être sur le marché, bientôt.

Un ouf de soulagement pour la DGAP

La Direction Générale des Affaires Pénitentiaires (DGAP) se frotte les mains. Le Directeur Général, Gervais Hajayandi, loue un projet très bénéfique pour la prévention de la récidive.

Dans la prison de Ngozi, les femmes apprennent la vannerie.

Il affirme que les récidives sont très nombreuses. Il estime qu’elles sont dues à une quasi-absence de programmes de réinsertion des prisonniers. Pour lui, l’idéal est de préparer les détenus, tant qu’ils sont encore incarcérés, à leur vie post-carcérale.

Une autre cause probable de la récidive, selon lui : dans la prison, les détenus prennent l’habitude de manger sans rien faire. Sans fournir aucun effort. A leur sortie, la vie devient difficile pour eux. Ils doivent travailler pour survivre. Certains d’entre eux provoquent alors leur incarcération. Ils commettent les récidives. Mais avec ces métiers dans la prison, ils seront motivés de travailler après la peine. « Si les projets pouvaient être étendus dans toutes les prisons, il serait possible d’éradiquer complétement la récidive. »

Ce projet est mis en œuvre au moment où le Burundi est en pleine campagne « Mandela day » pour promouvoir le respect des droits des détenus. Une campagne lancée par le Comité Internationale de la Croix-Rouge(CICR) et la DGAP qui durera deux mois, depuis le 18 juillet.

Suite à la décision du CNC, vous ne pouvez ni réagir ni commenter cet article.

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