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Environnement

La Rusizi déborde de son lit, Mushasha I et II pataugent

27-05-2016

Depuis deux semaines, les eaux de la Rusizi se sont invitées dans une centaine d’habitations de la zone Gatumba. Pour le Géographe Bernard Sindayihebura, le Lac Tanganyika est dans son cycle de crue.

Plus d’une dizaine de maisons envahies par les eaux dans le Quartier Mushasha I.

Plus d’une dizaine de maisons envahies par les eaux dans le Quartier Mushasha I.

Assise dans l’embrasure de la petite chambrette qu’elle loue à 10.000Fbu, pieds nus, dans des vêtements déchirés, Yvonne n’arrive pas à détourner du regard son ancienne maison. Une «petite piscine » s’est formée entre la maisonnette de deux pièces en briques adobe qu’elle louait à 6.000Fbu et son nouvel abri. C’est dans le quartier Mushasha II de la zone Gatumba.

Mardi de la semaine dernière, elle, ses deux enfants et ses deux neveux se réveillent piétinant dans l’eau. La Rusizi vient d’envahir une centaine d’habitations de la zone Gatumba, dans le quartier Mushasha I et II.

«La Rusizi nous a envahis progressivement», affirme Yvonne, perdue. Depuis quelques jours déjà, elle et ses voisins ont assisté, impuissants, à la montée des eaux. «J’ai constaté que l’eau dépassait démesurément le caniveau acheminant l’eau du parc Rusizi». N’ayant pas vraiment de choix, elle a attendu le pire se produire, tout comme ses voisins.

Plus d’une centaine de maisons ont été inondées, d’autres, la plus part en briques adobe, comme par miracle, tiennent encore. Non loin, des enfants badinent dans cette eau de couleur verdâtre. «Des latrines ont été aussi détruites».

Un chantier sans fenêtres ni portes comme abri

«Nos habits, nos pièces d’identité, les cahiers de mes enfants, tout a été emporté», se lamente Beatrice Nimpaye. Elle regrette les conditions déplorables dans lesquelles elle et sa famille vivent. Mère de cinq enfants, elle a trouvé refuge chez ses voisins. «Je croise les doigts, en espérant que ma maison sera toujours habitable après cette calamité».

Ceux qui n’ont pas pu trouver refuge chez des voisins, squattent un chantier. Situé dans Mushasha I. Ils sont plus d’une centaine à s’y entasser. Hommes, femmes et enfants dorment presque à la belle étoile, dans un hangar, sans portes ni fenêtre. Seuls des moustiquaires montées tel des tentes servent d’intimité pour chaque famille.

«Cette situation est invivable, nous n’avons même pas de latrines», se lamente Goreth, mère de cinq enfants. Et sa voisine de renchérir : «Nous sommes aussi désœuvrés, nos champs ont été emportés». Toujours sans assistance, certains écoliers ont temporairement arrêté les cours, leurs matériels scolaires ont été emportés.

Des abris d’urgence pour les sinistrés

«Les partenaires humanitaires sont à l’œuvre pour assister les sinistrés», rassure Salvator Ntakiyiruta.

«Les partenaires humanitaires sont à l’œuvre pour assister les sinistrés», rassure Salvator Ntakiyiruta.

«750 ménages ont été affectés par ces inondations», affirme Salvator Ntakiyiruta, directeur du département de l’action humanitaire. Délégué du ministère au sein de la plateforme nationale de gestion des catastrophes. Il affirme que cette dernière compte évaluer sous peu les besoins de ces sinistrés.

«Nous avons effectué une descente sur terrain ; la situation est critique», reconnaît-il. Et d’ajouter : «L’installation des abris d’urgence est en cours depuis ce mercredi sur la colline Warubondo».

Compte tenu du degré de vulnérabilité, M. Ntakiyiruta assure que certaines familles seront prioritaires dans ce site. «Les femmes chefs de famille, les enfants, les personnes âgées et les personnes handicapées seront privilégiés».

Au sein de cette plateforme nationale, affirme toujours M. Ntakiyiruta, les partenaires humanitaires tels l’Unicef, la Croix Rouge, le PAM, l’OMS interviennent chacun dans son secteur respectif.

Toutefois, le directeur du département de l’action humanitaire regrette l’obstination des personnes qui continuent à construire dans des zones inondables. «Les riverains de lac savent que certaines zones sont à risque mais continuent d’y ériger des maisons».

Contacté, le chef de zone de Gatumba affirme que cette population n’avait jusqu’à mercredi reçu aucune aide. «Seule l’église anglicane de Gatumba a déjà donné des couvertures, des moustiquaires» fait savoir Julien Nimbona.


Le lac Tanganyika monte et il continue…

«Le lac Tanganyika se trouve dans sa période de crues», fait savoir Bernard Sindayigaya. Pour ce docteur en aménagement et environnement, les eaux du lac Tanganyika continuent à monter, et approchent voire dépassent de peu la cote d’alerte de 775m.

«Le 2 novembre 2005, le niveau d’eau atteignait 772,62 m. Le 12 mai 2016, le niveau est à 775,16m soit une montée de 2,54 m». Des hauteurs selon lui, inquiétantes. Ces mesures, explique-t-il, sont prises par rapport au géoïde (une surface de référence du champ de pesanteur terrestre)

Pour ce professeur d’Universités, le risque d’inondations de la frange côtière du lac Tanganyika n’est pas à négliger. Les fortes précipitations enregistrées au Burundi et dans les pays riverains du Lac Tanganyika cette année et fin 2015, expliquent, selon cet expert, les causes des inondations.

Or rappelle-t-il, par la Rusizi, le Kivu se jette dans le Tanganyika, augmentant la montée de ce lac. De plus, fait-il savoir, les eaux en provenance du bassin du Congo ainsi que celles de la partie ouest de la crête Congo Nil se déversent dans le Tanganyika.

Il souligne que le cycle de crue n’est pas nouveau. «Le 16 mai 1964, le niveau du lac avait atteint la cote de 777,08m, les habitants de Gihanga ont du fuir, cette partie était sous l’eau». Or, en mai 2016, le niveau du lac atteint 775,16m soit un écart d’à peine 1.92m.

Optimiste, il affirme qu’avec l’approche de la saison sèche, le niveau du lac peut baisser. «Si par contre, il y a encore de fortes précipitations, les riverains du Tanganyika risquent l’inondation». Comme solution M. Sindayihebura préconise la construction des digues de protection.

  2   Vos commentaires
  1. claude Nahayo

    Chers Amis, Freres et Soeurs,

    http://acpcongo.com/acp/la-rdc-et-la-tanzanie-decident-de-reguler-les-eaux-du-lac-tanganyika/

    Si je vous disais que ses populations de Gatumba sont victimes du 3eme Mandat (augmentation du niveau du Lac Tanganyika), vous me direz que je perds le Nord en liant les deux, mais …..la decision d’augmenter le niveau du Lac Tanganyika a ete prise par les Ministres de la Tanzanie et du Congo en date du 7 Mai 2015 (pendant les manifestations au Burundi). Bien entendu le Burundi n’etait pas en mesure de participer: ont-t-ils peut-etre decide de mettre le niveau a 880 metres ? Cela pourrait etre bon pour Kalemie et Kigoma, mais ce serait la catastrophe pour Bujumbura……Voici une depeche l’Agence Congo Presse (ACP) qui l’atteste… http://acpcongo.com/acp/la-rdc-et-la-tanzanie-decident-de-reguler-les-eaux-du-lac-tanganyika/
    Si vous vous souvenez de votre geographie de l’Ecole Seconde, la regulation du niveau du Lac Tanganyika se fait pas une DIGUE/BARRAGE construit sur le fleuve LUKUGA qui est le DEVERSOIR/SORTIE DU LAC TANGANYIKA QUI COULE ALORS VERS LE FLEUVE LUALABA PUIS LE FLEUVE CONGO……Il coule a 320 Metres Cubes par secondes…..Depuis les temps colonieux, pour guarantir le niveau des eaux des ports le long du Lac Tanganyika, la Digue du LUKUGA est ouverte ou fermee…..
    De toutes les facons, maintenant que le KATANGA/KALEMIE est en problemes (KATUMBI/KABILA), les problemes de l’instabilite electorale influencent la vie des citoyens riverains du Lac Tanganyika….SVP demandons aux autorites d’intervenir avant qu’il soit trop tard. Prions. God bless.

    • John

      Vous vous souviendrez qu’en 1964, tout le littoral du Lac Tanganyika etait inonde, l’avenue du large etait infrequentable, l’hotel du lac avait ete abandonne, la population de Gatumba avait fui et temporairement heberge au quartier 1 et 2(actuel Camp Ngagara). Si rien n’est fait pour proteger l’environnement et les zones autour des lacs Kivu et Tanganyika, il faudra pas nous etonner de l’ampleur des catastrophes a venir.

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