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Controverse autour d’un charnier

Trois corps ont été découverts dans une fosse commune, ce 29 février, à Mutakura. Le maire de la ville de Bujumbura accuse les insurgés armés d’y avoir enseveli trente personnes notamment des Imbonerakure. L’opposition dément.

Les restes d’un corps emballés dans une moustiquaire retrouvés dans la fosse commune à la 9ème avenue n°31 à Mutakura

Les restes d’un corps emballés dans une moustiquaire retrouvés dans la fosse commune à la 9ème avenue n°31 à Mutakura

Zone Cibitoke, quartier Mutakura à la 9ème avenue n°31.Une odeur fétide infeste l’atmosphère dans les alentours d’une maison abandonnée et envahie par une broussaille. Il s’agit d’un puits de plus ou moins 7m servant de latrine où des squelettes de 3 personnes sont emballés dans des sacs en sisal et dans une moustiquaire.

A tour de rôle, des jeunes hommes dépêchés par la police creusent. Deux sacs remplis d’ossements humains sont déjà exhumés.
« Creusez jusqu’à ce que vous trouviez un corps enveloppé dans une moustiquaire », ordonne un agent de la police aux jeunes. Après une trentaine de minutes, des restes humains roulés dans une moustiquaire sont découverts dans ce même trou.

Deux jeunes gens, visages ensanglantés, avec des traces de corde sur leurs biceps et leurs chevilles, sont montrés aux journalistes. Ils sont accusés d’avoir commis cet acte. L’un des deux avoue avoir couvert de terre cette fosse, mais ignorait qu’il y avait des cadavres. Selon lui, il y a presque cinq mois, il a rendu un service à un ami qui lui avait promis 1000 Fr bu.

Epitace Ningabire, qui dit s’être rendu aux autorités, révèle avoir dénoncé les auteurs : « Ce dont je me souviens, c’est la mauvaise odeur qui me mettait mal à l’aise. J’ai alors demandé à ces gars de couvrir cette fosse. »Après, affirme-t-il, il a eu la chance de croiser un de ceux qui les ont inhumés : « Je l’ai amené par force devant les autorités. Il a fini par avouer. »

« Les insurgés armés ont jeté les corps de trente personnes »

Freddy Mbonimpa : « Il s’agit d’une fosse commune où les insurgés armés ont jeté les corps de trente personnes qui n’adhéraient pas à leur idéologie. »

Freddy Mbonimpa : « Il s’agit d’une fosse commune où les insurgés armés ont jeté les corps de trente personnes qui n’adhéraient pas à leur idéologie. »

« Trente personnes sont amassées dans cette fosse », affirmera plus tard Freddy Mbonimpa, le maire de la ville de Bujumbura, lors d’une interview accordée aux journalistes sur place. Et d’ajouter: «Il s’agit d’une fosse commune où les insurgés armés ont jeté les corps de trente personnes qui n’adhéraient pas à leur idéologie. C’étaient notamment des Imbonerakure».

Le maire a profité de cette occasion pour railler les organisations de défense des droits de l’Homme, telle Amnesty international, qui parlent de fosses communes, mais dont les satellites n’ont pas pu détecter celle du quartier Mutakura. «
Sûrement que d’autres fosses seront découvertes », a-t-il conclu.

Même son de cloche du côté de Pierre Nkurikiye, porte-parole de la police qui s’est également étonné que la « fosse commune » découverte à Mutakura ne figure pas parmi les fosses communes « brandies » par Amnesty International. « Il n’est pas normal qu’une fosse commune qui contient ce grand nombre de personnes ne puisse pas être vue par leurs satellites. S’ils voient réellement des fosses communes!»

Des zones d’ombre

Alors que Freddy Mbonimpa accuse les insurgés armés d’y avoir jeté les corps de trente personnes qui n’adhéraient pas à leur idéologie, notamment des Imbonerakure, plusieurs zones d’ombre entourent ces propos. Comment a-t-il déterminé le chiffre de 30 alors que les journalistes n’ont vu que trois corps. Où sont les autres ? Ensuite comment a-t-il pu déterminer l’identité des victimes sans aucune expertise des médecins légistes au préalable ? Bien plus, comment ces insurgés ont-ils pu exécuter trente personnes et les enterrer sur place sans éveiller de soupçon alors qu’une position militaire est située à quelques mètres des lieux ? Iwacu aurait aimé demander pourquoi ces jeunes qui ont reconnu « leurs crimes » et témoigné devant les journalistes présentaient des traces de coups. Nous n’aurons pas une réponse.Contacté, le maire de la ville s’est refusé à tout commentaire.


Réactions

Gélase Ndabirabe, porte-parole du Cndd-Fdd : « Ces personnes ont été tuées par les manifestants »

GélaseUn communiqué sorti ce mercredi 2 mars et lu par Gélase Ndabirabe, le porte-parole, du parti présidentiel souligne que selon les propos d’un des « criminels » arrêtés, il y a eu un carnage dans les quartiers contestataires. Il affirme aussi l’existence de plusieurs fosses communes en mairie de Bujumbura. Selon lui, depuis 26 avril 2015, beaucoup d’informations de diabolisation contre ce parti et son gouvernement ont fait état de tueries de la population par son propre gouvernement.

Objectif : détruire le Cndd-Fdd et son gouvernement par tous les moyens. Le Cndd-Fdd ne doute pas que ces personnes ont été tuées par les manifestants. Des massacres faits selon ce parti sous les caméras des journalistes étrangers. Ainsi, il demande aux trois experts des Nations Unies en droits de l’homme au Burundi d’identifier tous les journalistes internationaux ayant été dans les quartiers contestataires et les interroger. Ils doivent aussi être entendus par la justice burundaise, martèle le même communiqué.

Léonce Ngendakumana, président du parti Sahwanya Frodebu : « Une façon de désorienter l’opinion »

Léonce ngendakumana« Ils connaissent bel et bien les auteurs de ces massacres. Au contraire, ils auraient déjà accepté la venue d’une commission indépendante d’enquête internationale sur les fosses communes », réagit Léonce Ngendakumana, président du parti Sahwanya-Frodebu. Pour lui, il s’agit d’une façon de désorienter l’opinion. Il ne comprend pas pourquoi le pouvoir refuse tout dialogue inclusif pour évoquer tous ces cas de violations des droits de l’Homme et établir les responsabilités. Selon lui, ce dernier a peur d’être démasqué et de répondre de ses actes criminels. Et d’avertir : « Quoi qu’on fasse, les enquêtes finiront par être menées ».

Charles Nditije, président de l’Uprona non reconnu par le ministère de l’Intérieur : « C’est une façon de se dédouaner. »

Charles nditijeL’opposant Charles Nditije trouve qu’il s’agit d’une autre façon du pouvoir de se dédouaner. « Ayant constaté que leurs mensonges ne tiennent plus, ils disent que les personnes découvertes dans cette fosse commune sont des Imbonerakure ». Que ce soit des Imbonerakure ou des opposants, précise-t-il, tous sont des Burundais. Par ailleurs, rappelle-t-il, Bujumbura avait toujours nié l’existence des fosses communes sauf celles liées aux crises de 1972, 1988 et 1993 et avait décidé que la Commission Vérité Réconciliation (CVR) et la Commission nationale de dialogue inter burundais (CNDI) ont seules le droit d’enquêter sur les fosses communes. Or, constate-t-il, la CVR enquêtera sur les crimes commis de 1962 à 2008 et la CNDI roule pour le pouvoir. Et de demander la mise en place d’une commission d’enquête indépendante internationale.


Analyse

« Stratégie de l’accusation en miroir »

Selon un politologue, spécialiste en violence politique, la découverte de la fosse commune de trois corps, ce lundi 29 février à Mutakura, est la conséquence d’une forte pression sur le régime de Bujumbura. Ces fosses communes, qui sont en train d’être identifiées, signifie que le pouvoir de Bujumbura est acculé et doit se dédouaner en accusant les autres de ses propres crimes. « Il s’agit d’une stratégie de l’accusation en miroir, imputer à l’ennemi ce que l’on a fait parce que l’on sait qu’il en est également capable. » Pour ce spécialiste, déterrer ces corps, qui plus est dans un quartier contestataire, vise à montrer que ce sont plutôt les insurgés qui tuent et enterrent ceux qui soutiennent le régime dans les fosses communes, surtout que trois experts indépendants mandatés par le Haut Commissariat aux droits de l’Homme des Nations unies sont au Burundi pour faire l’état des lieux sur les violations des droits de l’Homme, depuis le début de la crise. « Cela ne peut pas être une simple coïncidence. »



Fosse commune : éclairage

Selon Merius Rusumo, expert en justice transitionnelle, dès qu’il s’agit de plus d’une personne enterrée dans une même fosse, on parle d’une fosse commune car ces personnes n’ont pas été inhumées dans la dignité. Normalement, précise-t-il, chaque personne doit avoir sa propre tombe.

« Amnesty avait accusé »

Pour rappel, Amnesty International avait, dès janvier 2016, montré dans un rapport des images satellite et des vidéos qui « étayent » les récits des témoins à propos de fosses communes. Selon Amnesty International, des images et des vidéos montrent cinq charniers présumés dans la région de Buringa, en périphérie de Bujumbura. Sur les images qui datent de fin décembre et début janvier, poursuit cette organisation, on peut voir des sites où la terre est retournée, ce qui coïncide avec les déclarations des témoins. Les témoins d’Amnesty International racontent que les fosses ont été creusées dans l’après-midi du 11 décembre. « Ces images pointent du doigt une tentative délibérée des autorités de dissimuler l’ampleur des homicides perpétrés par leurs forces de sécurité et d’empêcher la vérité d’éclater au grand jour », avait déclaré Muthoni Wanyeki, directrice régionale d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Est, la Corne de l’Afrique et les Grands lacs.

Outre le site de Buringa, Amnesty International fait état de fosses communes où auraient été enterrées les victimes du 11 décembre et qui se trouveraient en divers endroits, notamment dans les cimetières de Mpanda et de Kanyosha. Selon Amnesty International, 25 corps ont été enterrés dans cinq fosses sur le site de Mpanda, et 28 autres dans quatre fosses sur le site de Kanyosha.

  15   Vos commentaires
  1. Mahoro

    Indoto mfitiye Uburundi nuko atawuzigera atwenga en face yakabi kagiriwe kiremwa muntu wese akariko kose. Naho ejo intahe yoshika igafata abishe benewabo, twese tuze tubaririre ntihagire uwo bitera gutwenga kuko nabo twari tubakeneye ko baba mu mwidengevyo wugukorera igihugu kandi mwi buye tumenye ko bafungurirwa, bakambara ibivuye mwi kori rya Jewe na we. Ibiriko biraba nivyabaye kera tumenye ko bizodutera igikomere twese atawuvuyemwo. nukuvuga muri kazoza tuzobona ko twese duhomvye naho ubu hariho ababonna kobunguka.

  2. Kagabo

    Les barundi je vous aime bcp dans notre manipulation opinion publique. Mbe abo watubwira satellite zatoye ntiboba ari bo? none ga Mana izo satellite zibona imivyimba y’abamwe ntibone iyabandi? mbe abantu ntidusa?? mbe imivyimba y’abantu n’abantu dusigaye dufise ubudadasa?? umunsi tuzomenya ko twese tubabara kumwe , tukava amaraso kumwe, tukagira agahinda kumwe et toutes les émotions zimwe. Uburundi buzoba bwogoroye!! mugihe harabiyumvira ko bavuye mwijuru abandi bakava mukuzimu, canke ahandi hose bashaka, kandi ko twese abarundi tutavutse kumwe, ingorane ziracari zose , murakenyere zigume!!!! Kuko abazoramba tuzobona vyinshi??? Ibindi vyose muvuga muri ba Batururimi gusa!!!

  3. barumwete Alain Chris

    Dans le paragraphe des zones d’ombres, les 5 journalistes d’Iwacu se demandent comment le Maire de la Ville ait pu déterminer l’identité des victimes sans aucune expertise des médicins légistes au préalable. Là je me perd. je ne comprend pas ce que ces journalistes insunuent. Faut – il vraiment des médicins légistes pour comparer l’ADN des – dits victimes avec quelle ADN ? Celle du parti CNDD-FDD ou celle de la couleur de ce parti pour en déduire qu’il s’agissait des Imbonerakure? Je vous mets au défi de me trouver un seul médicin au monde qui pourra réussir cet exploit. Je pense seulement que le Maire de la Ville se base sur les avoeux de ces insurgés. En tant qu’autorité chargé de la gestion de la ville, il s’est peut-être exprimé sur base de rapports de ses services sécuritaires.
    Quant á nous dire que les insurgés ne peuvent pas enterrer des gens à quelques métres d’une position militaire sans attirer l’attention de celle-ci. Là aussi vous êtes flous parce que vous ne nous donnez pas la date exacte de l’installation de cette positsion, ni celle de l’assassinat de ces citoyens. C’est de là qu’on peut situer la résponsabilité par rapport à cette position militaire. Par ailleurs et si j’ai bonne mémoire, je crois avoir lu un jour un article dans le site Iwacu où vous nous présentiez ces insurgés entrain de faire patrouille dans ces quartiers. et ces insurgés disaient que c’étaient eux qui faisaient la loi dans certains quartiers contestaitaires. Quoi ‘étonnant donc que ces gens aient éxécutés des personnes qui ne partageaient pas leur lutte. Au demeurant je m’en voudrais si je ne condamnais pas ces assassinats ignobles de tous ces Burundais quelques soient nos différences idéologique, culturelle, sociale et ethnique . Nos devons apprendre à nous respecter mutuellement ; Nos différences devraient ëtre une source d’enrichissement plutôt que source de conflit.

  4. Kindros

    Ari imbonerakure zahambwe canke abishwe na DD bose ni aBarundi muri ibikoko mwese mwese nimwihanure ivyo vyo kumesana ntaho bizodushikana

  5. Ruzi rwa Mubarazi

    Le ridicule ne tue plus au pays de Mwezi Gisabo!
    Peu importe uwabishe ! Igihambaye nuko Uburundi n’abarundi babuze bari mu magogwa n’amaganya !
    C’est le prix du 3.mandat !

  6. Kado

    Ukuri kwamye gutsinda ikinyoma.
    Iyo bija hose abishe abo bantu bazoteba bamenyekane
    kandi bakubitwe intahe mu gahanga.
    Muri iyi isi vyose biri ni ntango kandi bikagira n-iherezo.
    Hari bariko baratwenga ejo bashobora kuzorira,
    hari n-abariko bararira ejo bashobora kuzotwenga.

  7. eric

    c’est impossible pour que les policiers et les soldas enterrent un telle nombre sans que les habitants ne le savent pas aussi tot?
    normalement a mutakura et cibitoke,il ya eu un moment ou ces quartiers etaient totalement controller par les opposant armes.

    • NDABIRABE

      J’avais jamais entendu ça, il était fort ces insurgés, plus que le CNDD FDD qui pendant presque 10 ans n’avait jamais réussi à prendre 1ha de terrain. Donc Mutakura et Cibitoke ont passé des jours sous le contrôle des rebelles insurgés.

  8. Karikera

    Pourquoi le maire ne précise pas la date de décès de ces personnes déterrées puisqu’il semble connaître les assassins et les victimes? J’aurais aimé aussi savoir l’identité de ces individus. Peut-être que l’on pourrait les ensevelir correctement.

  9. Nduwayo claude

    Etant burundais je ne peux qu’être déçu. Creusez jusqu’à ……….soit on a enterré ce corps puisqu’on sait dans quoi s’est enveloppé, soit on est très bien informé par l’enquête. Je ne comprend pas pourquoi aucun des autorités ne peut éclaircir ces zone d’ombres. On ne peut pas dire autant de choses sans avoir des preuves, et pour les avoir soit on enquête soit on est l’auteur.

    • HAHA

      ces qui les ont enterré l’ont reconnu, était-il difficile de dire aux policiers dans quoi on les a enterré

      • Nduwayo claude

        Non ce n’est pas difficile ce qui est difficile c’est dire la vérité , les policiers ou le maire ont des informations pour expliquer depuis quand il y a cette fosse,comment ils ont fait, combien des corps il y a,ou pourquoi ces gens ont été massacré,ensuite on compare avec les données des experts indépendants.Si on trouve que 3 corps alors que la maire parle de 30, il y a un souci, si on dit que ces gens on pris une balle dans la tête vous n’allez pas dire qu’ils ont été tué sur place puisque apparemment il y a une position militaire pas trop loin. Ce trou a été creusé après ou avant l’implantation de cette position militaire?

  10. MAYUGI

    Les propos de Gélase discréditent le CNDD-fdd. Les DDs croient que le peuple burundais est dupe!

  11. RUGAMBA RUTAGANZWA

    Le maire de Bujumbura est devenu subitement juge et a meme deja termine les enquetes en ce qui concerne le charnier de Mutakura..! Non seulement il ose avancer des mensonges mais ce qu’il ignore est que nous sommes au 21ème Siècle avec des technologies de l’information et de la communication tellement avancées qu’on saura bientôt qui a fait quoi avec les enquêtes internationales neutres et indépendantes. Si le pouvoir les accepte évidemment. En allant creuser des charniers a Kanyosha et Buringa et probablement ailleurs (l’avenir nous le dira), ces tueurs de masse ne se doutaient de rien, ils croyaient que personne ne les observait. Mais voilà qu’à partir de là-haut, on a tout vu, jusqu’à compter le nombre de corps enfuis dans certains charniers. Nu comme un ver, les auteurs non seulement mentent mais ils se contredisent régulièrement. Il suffit de passer en revue les différentes déclarations haineuses de Mr NDABIRABE pour s’en rendre compte. Le ridicule ne tue pas.

    • Bakari

      @RUGAMBA RUTAGANZWA
      « ….mais ce qu’il ignore est que nous sommes au 21ème Siècle avec des technologies de l’information et de la communication tellement avancées qu’on saura bientôt qui a fait quoi avec les enquêtes internationales neutres et indépendantes. »
      Malgré l’efficacité des technologies de communication et de l’information, il y en a qui se sont coupés en 4 pour retrouver la tombe de Ndizeye Charles en vain. Je pense que vous sur – estimez les ICT.

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