Société

Spéciose, ou la tragédie d’une veuve

06/11/2019 Rénovat Ndabashinze Commentaires fermés sur Spéciose, ou la tragédie d’une veuve
Spéciose, ou la tragédie d’une veuve
« N’eût été l’aide des voisins, je serai déjà morte de faim. J’ai besoin d’être assistée.»

Ce n’est pas un cas isolé. Intimidation, mépris, abandon,… Voilà ce qu’endurent des personnes âgées dans certains coins du pays. Considérées comme encombrantes, « parasites », elles sont privées de tout, jusqu’à la propriété foncière, par leurs propres fils. Spéciose Ndinzemenshi en est l’illustration. Reportage.

Karusi, commune Gitaramuka. Le début de la saison pluvieuse avec des pluies quasi régulières rend l’air très frais. Une  verdure luxuriante reprend ses droits après un été sec.

Dans ses vallées, des champs de riz, de haricot mûr …des cultures très  verdoyantes. Sur les collines, des agriculteurs s’activent pour ne pas rater la première saison culturale. Le temps de semer le maïs, renouveler les bananeraies, planter des herbes fourragères, etc. La vie est très animée…

Tout autour de la route récemment réhabilitée à la colline Cirambo,  des bananeraies très touffues. Elles dominent des habitations.  Apparemment, la famine ne guette pas dans cette contrée.

Néanmoins, à Cirambo, Spéciose Ndinzemenshi,  mène une vie très misérable. Chassée de sa belle-famille par ses propres fils, cette octogénaire se terre quotidiennement dans une  pitoyable chaumière, érigée à la va-vite  à une centaine de mètres de la route. Elle vit  solitaire, abandonnée derrière d’autres habitations.

 

Vassale sur la terre parentale …

Lundi 21 octobre,  16h. Spéciose Ndinzemenshi est assise à même le sol, toute silencieuse, devant sa masure.  A notre arrivée, malgré sa précarité, elle tente de cacher son calvaire. Tout gentiment, elle fait sortir ‘’agatebe’’, une sorte de chaise qu’elle couvre soigneusement  de son pagne usé, plutôt propre. « Je suis devenue vassale sur la terre de mes parents », se plaint-elle, avec un petit sourire laissant transparaître des mâchoires édentées.  Pieds nus, la vieille maman porte  un chapelet. Juste des haillons pour se couvrir le corps. Dans sa cour, trois  tubercules de manioc  exposés au soleil, à même le sol.

D’environ 3m sur 2, sa hutte est sur le point de s’effondrer. Une seule petite porte en bois. Aucune fenêtre. Des murs en bois, sa toiture est faite de  paille. A une dizaine de mètres, une sorte d’abri pour créer un peu d’intimité tient lieu d’aisance.

Suite à la pluie, une partie de sa cahute a déjà cédé. C’est avec des feuilles de bananes (ibihunda) qu’elle a essayé de la réhabiliter.

L’intérieur fait pitié. Deux petites chambrettes. Spéciose n’a pas de lit, pas de couverture. Juste une petite natte faite d’écorces de bananiers lui sert de matelas. Pas d’ustensiles de cuisine sauf quelques petits pots autour de son ‘’iziko’’ (foyer)

La hutte dans laquelle Spéciose passe la nuit, solitaire.

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Sans terres cultivables, épuisée, Spéciose vit des âmes charitables. Et d’ailleurs, c’est grâce aux membres des mouvements d’action catholique de la localité qu’elle a pu avoir cet abri. Elle aussi, est une  fervente chrétienne.

Malheureusement, vétuste et faite de matériaux fragiles, cette hutte ne lui sert plus grand-chose. D’une voix douloureuse et tremblotante, elle raconte : « En cas de pluies, c’est le calvaire. Je dois me réveiller, rester debout pour ne pas être emportée par les courants d’eau ou sortir m’abriter en dessous des  bananiers. »  Elle tend la main aux bienfaiteurs : « N’eût été l’aide des voisins, je serai déjà morte de faim. J’ai besoin d’être assistée.»

Le veuvage, ‘’ l’enfer’’

Depuis  bientôt quatre ans elle  vit là. Elle était mariée à Muyinga, commune Gasorwe, colline Kagurwe.  « Après la mort de mon époux, mes fils sont devenus de vrais monstres. Ils ont tout fomenté pour me chasser». Quand elle a tenté de résister, ils l’ont accusée de sorcellerie. Un prétexte,  une accusation sans aucun fondement, commente-t-elle. « Ils voulaient tout simplement que je m’efface et leur laisse le champ libre pour vendre la propriété familiale».

Malgré son âge, Spéciose ne s’est pas laissé faire. Elle s’est battue pour ses droits, son honneur. Elle a cherché le soutien des administratifs à la base. « Ils ont tout fait pour me défendre. Mais mes fils n’ont pas écouté leurs conseils». Ils ont alors détruit sa maisonnette et Spéciose a repris le chemin de sa terre natale.

Ses  deux frères étant tous morts, elle sera accueillie par ses belles-sœurs, veuves aussi. « Nous avons été surprises de la voir revenir ici. Mais, comme c’est chez ses parents, c’est son seul refuge sûr », témoigne Pennine Niragiye, sa belle-sœur.

Néanmoins, la situation  n’est pas  facile à gérer. « Nous avions déjà des problèmes de terre. Nous n’avons que de petites portions de terres cultivables». Les deux familles ont cédé chacune une partie pour trouver où  caser Spéciose. Sa case est actuellement installée dans un périmètre de 10m2 au grand maximum.

Réagissant sur le comportement de ses fils, cette mère de cinq enfants, dont trois garçons, parle d’une malédiction : « Comment un enfant normal peut-il oser chasser sa mère ? Au vu de ce que nous endurons pour nos enfants, dès la conception à  la naissance…  On devrait nous remercier au lieu de nous pourchasser. » Malheureusement, elle regrette que  son cas ne soit pas isolé dans le nord du pays. Et c’est justement lié, conclut-elle, aux problèmes fonciers.

Déchéance des valeurs sociales

« Nous avons essayé de les convaincre à ne pas chasser leur mère, en vain », témoigne Patrice Nibizi, chef de colline Kagurwe, commune Gasorwe, province Muyinga.  Dépassé, il  affirme que cette mère n’est pas une sorcière : « C’était juste un prétexte.»

Il juge que ce phénomène est lié aux problèmes de terre : « Beaucoup de gens comptent sur la terre, pour leur survie. Et quand le chef de famille meurt, les garçons ont l’intention de s’accaparer de tout le domaine familial.»

Il déplore que de tels cas deviennent fréquents. Il évoque aussi les cas d’hommes chassés par leurs fils. « Ils les accusent d’avoir eu un enfant en dehors du toit conjugal».

Quant à Joseph Habiyakare, un des conseillers collinaires de Cirambo, commune Gitaramuka, province Karusi, il estime que c’est un sacrilège, une déchéance des valeurs sociales. « C’est honteux d’entendre  des fils répudier leur maman». Ainsi, il appelle à l’assistance de cette vieille femme.

De son côté, un juriste sous anonymat assure qu’il revient à l’administration de protéger ces personnes âgées. En cas de décès du chef de famille, la veuve reste gestionnaire de la propriété.  « C’est après sa mort que  ses fils peuvent  se la partager à part égale». 

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