Samedi 25 mai 2024

Politique

Rumonge : la taule pour des tôles

Rumonge : la taule pour des tôles
De gauche à droite : Jérémie Bizimana, Gratien Nduwayo, Charles Karorero

Au moins quatre administrateurs sont emprisonnés, depuis la semaine dernière, à la prison de Rumonge. Ils sont accusés d’avoir détourné du matériel destiné à réhabiliter les écoles dans cette province. Il s’agit de trois administrateurs et du conseiller du gouverneur. La population apprécie ces mesures. « Insuffisant », critiquent les politiques et la société civile qui demandent d’oser appréhender les grands voleurs de la République.

Mercredi 7 décembre 2022, le procureur près la cour d’appel de Bururi a arrêté, Gratien Nduwayo, administrateur communal de Buyengero. Il a été directement conduit à la prison de Rumonge.

Samedi 10 décembre, c’est le tour de Charles Karorero et Jérémie Bizimana respectivement administrateurs des communes Bugarama et Rumonge de prendre le même chemin.

Ce matériel (les tôles et le ciment) a été offert par le bureau de la présidence du Burundi.

Deux autres administratifs de la même province ont été interrogés, samedi, par le procureur près la cour d’appel de Bururi. Il s’agit de Mme Domitille Ntunzwenimana et Mme Fabiola Ndayizeye respectivement administrateurs de Muhuta et Burambi. Et elles sont libres.

Assa Gituwitaye, le conseiller du gouverneur de la province Rumonge chargé des finances et administration, est lui aussi détenu à la prison de Rumonge pour « complicité de détournement de ce matériel ».

Pascal Ntukamazina, beau-père de l’administrateur communal de Buyengero a été arrêté pour complicité dans ce détournement. « Les tôles détournées en commune de Buyengero ont été saisies chez lui », confie une source de Buyengero.

Des informations en provenance de Rumonge disent que l’ex-gouverneur de Rumonge, Consolateur Nitunga, récemment nommé conseiller d’ambassade à Kinshasa, aurait subi un interrogatoire au service national des renseignements sur le même dossier.

Un ouf de soulagement pour la population

« Si ça s’avère vrai qu’ils sont volés ce matériel, c’est vraiment une très bonne chose. Car, ces tôles, ces sacs de ciment n’étaient pas destinés à eux mais aux écoles où étudient nos enfants », apprécie A.L., un habitant de Rumonge, joint par téléphone. Il demande que des enquêtes soient bien menées pour établir les responsabilités : « Je ne doute pas que même l’ancien gouverneur soit impliqué. Comment des administrateurs peuvent s’approprier des tôles, des sacs de ciment sans aval de leur supérieur ? »

Simon, un autre habitant de Rumonge abonde dans le même sens : « Il ne faut pas seulement se limiter aux tôles et aux sacs de ciment. Ici, à Rumonge, certaines autorités détournent du carburant, du sucre, vendent en RDC des produits Brarudi qui étaient destinés à la population au vu et au su de tout le monde. »

Cet homme indique que même lors de la dernière campagne de distribution des moustiquaires, il y aurait eu des détournements. Avec ces arrestations, il espère que certaines personnes qui faisaient la pluie et le beau temps vont se ressaisir.

Selon lui, ces vols justifient en partie pourquoi la province Rumonge reste classée dernière dans les tests nationaux. « Voilà. Comment voulez-vous que l’éducation se développe ? Ces administratifs étaient censés protéger les biens publics, le matériel scolaire, etc. Et voilà qu’ils s’en approprient. Quel exemple sont-ils en train de donner à la jeunesse ? »

Mêmes réactions à Buyengero. « C’est déplorable d’entendre que les tôles, le ciment qui devraient être utilisés pour réhabiliter les écoles étaient stockés chez le beau-père de l’administrateur. C’est une honte », commente Joseph B., un habitant de Buyengero.

Joint par téléphone, il signale d’ailleurs qu’il y a des écoles qui ont besoin d’être réhabilitées. Néanmoins, il demande que ces arrestations concernent aussi les gros poissons. « Nous entendons souvent à la radio le président de la République citer des gens qui ont volé l’argent qui était destiné à la construction des barrages, qui ont fait tomber en faillite les entreprises publiques comme ONATEL mais, ils ne sont pas emprisonnés. Pourquoi sont-ils épargnés alors qu’ils ont volé le pays ? », s’interroge cet enseignant de Buyengero.

Contacté Alexis Nibitanga, directeur communal de l’enseignement (DCE) à Buyengero indique qu’ils sont besoin d’au moins 150 tôles pour réhabiliter l’Ecole Fondamentale de Cehe et celle de Ngoma : « Leurs toitures ont été abîmées lors des pluies torrentielles d’octobre dernier. »

Cette autorité affirme que le vol du matériel destiné à la réhabilitation des écoles a un impact négatif sur le système éducatif. Interrogé sur le nombre des tôles et sacs de ciment qui étaient octroyés à la commune Buyengero, il dit qu’il n’en est pas encore au courant.


Les pleurs de Jérémie Bizimana

Jérémie Bizimana

Vendredi 9 décembre 2022, un enregistrement audio fait le tour des groupes WhatsApp. Il s’agit d’un sonore de l’administrateur de Rumonge, Jérémie Bizimana, suppliant le procureur de Rumonge de lui venir en aide pour éviter la prison.« Tu sais que tu m’as régulièrement assisté, moi, j’ai beaucoup de problèmes en rapport avec le dossier des tôles que Consolateur a donné », plaide-t-il via cette audio.

Selon lui, des enquêteurs se sont rendus sur son huilerie pour vérifier s’il n’y a pas de tôles détournées.

Là, ils y ont trouvé quatre tôles sur une maisonnette, reconnaît-il. Mais, il confie qu’il s’agit des tôles qu’il a interchangées avec des directeurs. Il leur a donné celles de moindre qualité pour avoir ces quatre tôles de bonne qualité.

Via cette audio, M.Bizimana dit que ces tôles sont en train de lui causer des soucis : « Alors, vraiment, il faut voir comment m’aider. Vraiment si je dois être limogé, mais que je ne sois pas emprisonné. Je vous supplie de me rassurer, aidez-moi. Monsieur le procureur, vous êtes en contact avec le procureur général de Bururi, les dossiers sont arrangés par des individus. Si on lui donne le dossier et qu’on m’interroge, vraiment, qu’on me destitue seulement mais vraiment je te supplie comme un natif de l’autre rive de Murembwe, que je ne sois pas emprisonné. Ça sera un grand service. Je te supplie, aidez-moi, si possible. Si c’est impossible, rien à faire. (…). J’ai trop peur. Merci. Vous me direz si vous allez m’aider. »

D’une voix tremblante, M.Bizimana poursuit son aveu: « Ecoutez monsieur le procureur, vous savez qu’on ne se cache rien, que nous sommes des frères. Quand on a amené ces tôles, j’avais des tôles (…). Et nous avons interchangé. Les directeurs m’ont donné Dumuzas et moi, je leur ai donné une autre qualité. C’était 35 tôles. Ils m’ont donné 35 contre 35 de simple qualité. »

A ce niveau, M.Bizimana demande au procureur de Rumonge comme juriste de lui fournir des arguments, lors de l’interrogatoire : «Vous entendez bien qu’affirmer que j’ai volé des tôles alors que j’avais refusé, c’est impossible. Et vous comprenez que je ne les ai pas volés, on a juste interchangé. »
D’une voix tremblante, Jérémie Bizimana crie au secours : « Monsieur le procureur, vraiment, je te supplie, fais tout ce qui est possible pour me sauver, me sauver. »

Et tout en pleurant, il se remet entre les mains du procureur de Rumonge : « Monsieur le procureur, je t’en supplie. Procureur, tu as été à mes côtés depuis que je suis administrateur, procureur je t’en supplie, aide-moi, je t’en supplie. Tout peut m’arriver mais qu’on ne m’emprisonne pas. Je t’en supplie, tu sais que nous sommes originaires d’une même colline. Et je m’occupe beaucoup de ta maman, je l’assiste souvent. Procureur, s’il te plaît, aide-moi. Aide-moi qu’on ne m’emprisonne pas. Merci.»


Bonne gouvernance à Rumonge : constat amer des plus hautes autorités

Le président de la République et son Premier ministre ont dénoncé, ces derniers mois, des cas de mauvaise gouvernance, de fraude… dans cette province du sud du pays. Des dossiers qui impliquent certains responsables administratifs.

Gervais Ndirakobuca : « Ce que je viens de constater à Rumonge est catastrophique. C’est honteux. Je suis stupéfait. »

24 juin 2022, le président Evariste Ndayishimiye a animé une séance de moralisation, au stade Vyizigiro de Rumonge. La population, les administratifs de la base au niveau provincial, les responsables des différents services… y étaient conviés.

Là, séance tenante, certains responsables dont l’ex-gouverneur Consolateur Nitunga et Jérémie Bizimana, administrateur de Rumonge sont interrogés sur les cas de vente frauduleuse du carburant et du sucre.

Voulant se tirer de l’affaire, les deux autorités se sont accusées publiquement. Le président Evariste Ndayishimiye a dénoncé beaucoup de cas de mauvaise gouvernance, de corruption, de détournements, d’injustices, etc. Et une commission a été mise en place pour enquêter sur ces cas et donner un rapport.

Le président Evariste Ndayishimiye a promis d’en découdre avec les auteurs de ces pratiques et une clique des gens qui se croient au-dessus de la loi.
Trois jours après, Gilbert Horugavye qui était conseiller économique du gouverneur Nitunga a été démis de ses fonctions.

Très récemment, Gervais Ndirakobuca, premier ministre y a, lui aussi, fait une descente. C’était le 15 novembre dernier.

Lors d’une réunion avec les chefs de différents services, la population, les forces de l’ordre et de sécurité, … presque les mêmes questions liées à la mauvaise gouvernance sont revenues. La population a dénoncé des cas d’injustices, des détournements, etc.

Dans ses réponses, Gervais Ndirakobuca, premier ministre n’a pas mâché ses mots : « Ce que je viens de constater à Rumonge est catastrophique. C’est honteux. Je suis stupéfait. Dans toutes les provinces visitées, là où je viens de voir des miracles c’est à Rumonge. »

Il soutient qu’à Rumonge, c’est la loi du plus fort qui règne : « La bonne gouvernance est un sérieux problème. Il y a des intouchables. Le respect des droits d’un citoyen est un problème. Ses droits sont bafoués. »

Il a déploré que le respect des droits de la population n’existe pas. Et de s’interroger : « Qui sont ces intouchables ? » Et là, il a donné un ordre clair : « Que je n’entende plus parler d’une personne qui se croit intouchable croyant que tout lui appartient. »

Réagissant sur une dénonciation de la population évoquant un cas des personnes qui se sont appropriées de cinq sites d’extraction du matériel de construction (sables, moellon, graviers), il est dépassé : « Est-ce que ce sont des propriétés parentales ou maternelles ? C’est de l’héritage ?»
Il a ainsi demandé au gouverneur de province Rumonge de réunir ses services pour mettre fin à ces pratiques.

D’après lui, tout cadre doit défendre les intérêts de la population. Le premier ministre Ndirakobuca a promis un soutien au gouverneur pour détruire ce club des intouchables. Il a ainsi décidé l’arrêt de toute collecte d’argent par des particuliers : « Toute taxe doit être faite par les services reconnus et mise dans la caisse de l’Etat.»

Cinq jours après, Ulimwengu Bigirimana, secrétaire de la Ligue Imbonerakure a été arrêté sur ‘’ordre du premier ministre Ndirakobuca’’. Selon les informations en province de Rumonge, celui-ci aurait refusé de respecter l’injonction donné par le premier ministre d’arrêter toute collecte d’argent par des particuliers. D’après ces mêmes sources, M.Bigirimana était parmi les intouchables de cette province.


Réactions

Agathon Rwasa : « Le président aurait l’intention de changer les choses mais…»

Pour Agathon Rwasa, président du parti CNL, tout ce qui est en train d’arriver à ces administrateurs est le résultat de leur comportement dans la gestion des biens publics. « Ils se croient intouchables et pensent que tous les biens publics se trouvant dans leurs circonscriptions respectives leur appartiennent. Et certains se croient au-dessus de la loi parce qu’ils sont parrainés par tel ou tel poids lourds du parti au pouvoir. »
Pour lui, ce qui s’est passé à Rumonge est un pas : « On constate que le président de la République aurait l’intention de changer les choses, de combattre la corruption. »

Mais, déplore-t-il, il y aurait des blocages dans son parti. « Tous les cadres de ce parti ne sont pas dans cette logique du président de la République. Certains soutiendraient qu’on continue avec ces pratiques de corruption, détournements, etc. »

D’après l’opposant Agathon Rwasa, il est difficile de changer un système qui vient de durer presque 20 ans. Ce n’est pas néanmoins impossible, selon lui. Car, explique-t-il, un mauvais système se détruit de lui-même.

Il espère d’ailleurs qu’après ces administrateurs ‘’ les petits poissons’’, on pourra arriver à arrêter les gros poissons impliqués dans les actes de détournements, de corruption, etc.

M.Rwasa indique que le fait d’arrêter le chef des Imbonerakure à Rumonge est un signal : « C’est quand même une bonne chose. « C’est pour montrer que nul n’est au-dessus de la loi »

Faustin Ndikumana : « Si on veut combattre la corruption, il faut une cohérence.»

Pour sa part, Faustin Ndikumana, directeur exécutif de l’ONG PARCEM, c’est tout à fait normal qu’un administratif ou tout autre administratif auteur d’une infraction liée aux actes de corruption soit arrêté ou puni.

Néanmoins, il trouve lamentable le fait que ce sont surtout ces administrateurs qui sont visés par ces arrestations. « Beaucoup de cas de corruption ont été énoncés. Et on continue à entendre que beaucoup de cadres de l’Etat sont en train de rembourser des milliards BIF. Alors, pourquoi un administrateur coupable de détournement de sacs de ciment ou des tôles est immédiatement mis au cachot alors que celui qui a détourné des milliards et des milliards se la coulent douce ? Pourquoi cette politique de deux poids, deux mesures ? »

D’après lui, cet administratif devrait lui aussi rembourser ce qu’il a volé et continuer à exercer ses fonctions comme le font d’autres.
« Aujourd’hui, nous demandons au gouvernement de dévoiler ceux qui ont remboursé les cinq milliards BIF pour qu’ils soient emprisonnés comme les administrateurs. Si on veut réellement combattre la corruption, il faut une cohérence. Sinon, le résultat escompté ne sera pas atteint. »
Il regrette que la politique de lutte contre la corruption ne soit pas encore cohérente au Burundi. « Il faut que même les grands voleurs de la République, les gros poissons soient arrêtés et emprisonnés. »

Léonce Ngendakumana : « C’est déjà une étape mais… »

« C’est un sentiment de satisfaction. A écouter les déclarations du chef de l’Etat et de son premier ministre, et à écouter également les pleurs de la population sur les souffrances endurées à cause de ces responsables, cet acte combien louable avait pris beaucoup de temps. Aujourd’hui, je pense que la population de Rumonge est soulagée », réagit Léonce Ngendakumana, vice-président du parti Sahwanya-Frodebu. Il pense que c’est le début de joindre l’acte à la parole : « C’est déjà une étape sauf que cette décision frappe uniquement les responsables aux échelons inférieurs alors que le chef de l’Etat ne cesse de dénoncer des corrupteurs corrompus au sommet de l’Etat, dans les plus hautes sphères de l’Etat. »

Mais pour plus de crédibilité, il estime que les plus hautes autorités devraient étendre cette décision aux véritables corrupteurs corrompus.
M.Ngendakumana déplore d’ailleurs que beaucoup de responsables du parti au pouvoir, de la base au sommet considèrent à tort et à travers que le patrimoine de l’Etat leur appartient.

Pour lui, ce comportement doit être découragé rapidement pour l’intérêt supérieur de la nation et du peuple burundais. « D’autant plus que ces gangsters commencent déjà à intimider et à proférer des menaces au chef de l’Etat. Si de telles pratiques ne sont pas rapidement éradiquées, découragées, l’Etat burundais risque de disparaître. »

D’ailleurs, il recommande que ces arrestations ne devraient pas seulement se limiter à Rumonge : « Si on regarde le niveau de corruption, de détournement des deniers et des malversations économiques et financières dans notre pays, l’utilisation des fonds alloués aux communes, aux coopératives dites Sangwe, toutes les provinces et toutes les communes sont concernées par ces actes de corruption, de détournement des deniers publics. »

Kefa Nibizi : « Deux poids, deux mesures.»

« Si effectivement, ils auraient été coupables des actes de détournement des biens publics qui sont destinés aux travaux publics, c’est normal qu’ils soient interpellés. Il s’agit d’un acte normal parce que personne n’est au-dessus de la loi », analyse Kefa Nibizi, président du parti CODEBU.
Néanmoins, ce politicien n’est pas totalement convaincu que ce soit le début de joindre l’acte à la parole. « Parce que depuis très longtemps, on a toujours assisté à des emprisonnements sporadiques des personnalités coupables des actes de corruption ou de détournement public. »

Il rappelle d’ailleurs qu’il y a des administrateurs destitués mais qui n’ont pas été inquiétés alors que sur leur motif de destitution, on y trouve qu’ils sont coupables de détournements des biens publics, des prises illégales d’un terrain, de malversations économiques, etc. « Des infractions punies par le code pénal et la loi anti-corruption. Oui, ils ont été destitués et probablement aucun dossier pénal n’a été ouvert à leur égard. »
Pour lui, si on veut réellement lutter contre la corruption et joindre l’acte à la parole, il faut que tous les coupables soient traités de la même façon. « Pourquoi on emprisonne celui-ci et on laisse celui-là ? Il y a beaucoup d’interrogations. »

Ce politicien demande de mettre en place une stratégie nationale de lutte contre la corruption et les malversations économiques, de faire fonctionner la cour anticorruption et son parquet, la brigade anticorruption, l’inspection générale de l’Etat, etc.
Concernant les détournements des tôles et les sacs de ciment, M.Nibizi trouve qu’il devrait y avoir une enquête au niveau national pour vérifier si ce sont les trois seules communes de Rumonge où ce matériel a été détourné.

Gabriel Banzawitonde : « C’est la tâche de l’Etat.»

« Tout acte visant à décourager les corrompus, les malversations économiques nationales est salutaire », réagit Gabriel Banzawitonde, président du parti APDR.

Il rappelle d’ailleurs que c’est la tâche de l’Etat de combattre ces actes de corruptions, détournements des deniers publics, etc. Et cela sans distinction : « Il faut punir tous les auteurs de ces actes ignobles à commencer par le sommet jusqu’à la base. »

Pour lui, il faut que même les gros poissons soient interrogés et punis s’il s’avère vrai qu’ils ont détourné les fonds publics. Il demande à la population de ne plus ‘’privilégier’’ un seul parti lors des élections : « Car, si un seul parti dirige le pays à plus de 96%, on se retrouve avec des comportements monopartites. »

Gabriel Rufyiri : « C’est une goutte d’eau.»

Pour Gabriel Rufyiri, président de l’Olucome, l’arrestation et l’emprisonnement des trois administrateurs de Rumonge, un cadre provincial et le représentant des Imbonerakure n’est qu’une goutte d’eau. Pour lui, la lutte contre la corruption passe par des réformes profondes. « Il faut appliquer la loi, interdire tous les mandataires publics à exercer le commerce. Et tous les mandataires politiques devraient déclarer leurs patrimoines. »

M.Rufyiri indique que l’emprisonnement de ces administrateurs est un des cas isolés. Il trouve d’ailleurs que les plus hautes autorités du pays sont contradictoires dans leurs déclarations. « Il faut appliquer la loi sur tout le monde et sans distinction. Si les hautes autorités disent que les mandataires politiques remettent l’argent détourné sans qu’ils soient sanctionnés, et que certains administratifs sont sanctionnés et emprisonnés, ça déroute la population. On dirait que la loi au Burundi n’engage que les petits poissons »

D’après Gabriel Rufyiri, il est incompréhensible que celui qui a volé des milliards soit seulement appelé à rembourser cet argent et que c’est celui qui a volé quelques tôles qui se retrouve en prison.

Hamza Venant Burikukiye : « Encourageons le gouvernement ! »

Pour le représentant légal de l’Association Capes+, il faut encourager le gouvernement dans cette voie de redressement et rééducation civique. « Certes, le bien commun est sacré et doit être respecté. »

D’après Hamza Venant Burikukiye, le fait d’interpeller les personnes responsables de détournement des biens du pays est non seulement le signe parlant de lier les actes aux paroles mais aussi le renforcement de la bonne gouvernance et de l’Etat de droit au pays. « Bien sûr que quiconque serait coupable de malversations ou détournement des biens publics devrait être arrêté et répondre de ses actes devant la justice. »

Pour lui, ces mesures déjà prises pour punir tous ces cas de détournement devraient être « un découragement à de telles spéculations ou aventures malheureuses de manque de civisme et de fierté citoyenne. »

Purge au sein de l’administration

L’année 2022 a été une année noire pour certains administrateurs communaux. Au moins 10 d’entre eux ont été soit limogés, soit limogés et écroués. Nombre d’observateurs se demandent pourquoi tous les administrateurs communaux fautifs ne sont pas logés à la même enseigne.

17 octobre 2022 : Révocat Ruberandinzi, administrateur de la commune Butihinda en province Muyinga, a été suspendu de ses fonctions.
Motifs : – Détournements des fonds publics
– Faux et usage de faux
– Malversation économique
– Violation du Code de marchés publics
– Insubordination
30 septembre 2022 : Jean Claude Kinyoni, administrateur de la Bwambarangwe en province Kirundo, a été démis de ses fonctions.
Motifs : – Malversations économiques
– Favoritisme dans la passation des marchés publics• 9 août 2022 : Geneviève Ntahomvukiye, administrateur de la commune Kanyosha en province Bujumbura, a été suspendue.
Motifs : – Violation du Code des marchés publics par l’attribution irrégulière du marché des cahiers de ménage.
– Détournement des cotisations du personnel à l’INSS et à la Mutuelle de la Fonction publique.
– Violation du manuel des procédures administratives et financières en procédant aux dépenses communales en dehors du circuit normal
– Falsification des procès-verbaux du conseil communal.
28 juillet 2022 : Pascal Sebigo, administrateur de la commune Kiremba en province Ngozi, a été suspendu de ses fonctions.
Motif : – Insubordination
– Abus de pouvoir
– Manque d’éthique en matière de gestion du patrimoine communal
– Non-respect des règles de procédure en matière de passation des marchés publics
– Vente illégale et irrégulière des biens communaux
• 28 juillet 2022 : Jean Pierre Niyongabo, administrateur de la commune Mutambu en province Bujumbura, a été destitué de ses fonctions.
Motifs : – Mauvaise gestion du patrimoine communal notamment par le détournement des fonds destinés à l’appui des coopératives collinaires.
24 mars 2022 : Janvier Ndagijimana, administrateur de la commune Giteranyi en province Muyinga, a été suspendu de ses fonctions.
Motifs : – Insubordination
– Abus de pouvoir
– Manque d’éthique en matière de gestion du patrimoine communal
16 février 2022 : Gérard Hakizimana, administrateur de la commune Vugizo en province de Makamba, a été suspendu de ses fonctions.
Motifs : – Insubordination
– Abus des biens de la commune
11 février 2022 : Adrien Ntunzwenimana, administrateur de la commune Nyabihanga en province de Mwaro, a été suspendu de ses fonctions.
Motifs : – Il n’inspire pas confiance de la population suite à son comportement scandaleux et indigne d’un dirigeant.
– Poser un comportement et des actes qui compromettent l’économie et les finances de la commune.

8 septembre 2021 : Marin Hitimana, administrateur de la commune Ntega en province Kirundo, a été suspendu de ses fonctions.
Motifs : Il n’inspire plus confiance à la population suite à son comportement scandaleux indigne d’un dirigeant.

2 décembre 2022 : suspension de Salvator Hanyagamagara, administrateur de la commune Tangara en province Ngozi.
Motif : -Il s’est illustré par la mauvaise gestion et le détournement des stocks stratégiques des produits agricoles.
Signalons que les administrateurs des communes de Kayogoro et Makamba ont été également suspendus.

Forum des lecteurs d'Iwacu

3 réactions
  1. Navuga

    En fait le problème avec les journalistes est que vous semblez vouloir influencer le jugement qui en découlera.Normalement vous ne devriez pas écrire sur un procès en cours.Mwokwanditse le constat peut-être yabaye muba izo commentaire zabo banyepolitike zoza urubanza rumaze gucirwa.

    • Daniel Komera

      Mugenzi birakugoye kweri. Ntakindi mbona nokwishura.

  2. Celui de Musigati a fait semblant de demissionner.

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