Mercredi 12 mai 2021

Politique

Nominations gouvernementales : les femmes reléguées au second plan

20/04/2021 1
Nominations gouvernementales : les femmes reléguées au second plan
Depuis l’accession au pouvoir d’Evariste Ndayishimiye, les différents décrets de nomination offrent une place assez réduite aux femmes, déplorent des militants d’associations féminines.

Depuis juin 2020, les nombreuses nominations effectuées par décret reflètent une assez faible présence de femmes. La faute à une image très traditionnaliste de la femme qui imprègne encore fortement la société burundaise, jugent des militantes de la cause féminine.

Pour les membres qui forment le gouvernement, il y a cinq femmes sur dix hommes. Il s’agit de la ministre de la Justice, celle en charge de la fonction publique, celle du Commerce, du Transport, de l’Industrie et du Tourisme, la ministre en charge du genre et celle en charge des médias. Là-dessus, comme le soulignent des militantes de la cause féminine contactées, c’est le strict respect du quota des 30% fixé par la constitution.

Parmi les plus proches collaborateurs d’un ministre, deux secrétaires permanentes sur un total de quinze ministères. De même, il n’y a que deux assistantes de ministres sur treize assistants de ministres.

Au niveau des gouverneurs, sur dix-huit provinces (La mairie de Bujumbura incluse), trois femmes nommées gouverneures. Il s’agit de la gouverneure de Karusi, la gouverneure de Makamba et la gouverneure de Ruyigi, soit 1/6 des gouverneurs nommés.

Autre disparité observée dans les vagues récentes de nominations, les postes d’ambassadeurs. Sur cinq ambassadeurs récemment nommés et un consul, seulement une femme.

Pour la cour constitutionnelle, sur les sept membres qui la constituent (dont le président et son vice), seulement un membre du beau sexe. Il s’agit de Jeanne Habonimana, nommée membre permanente de cette cour pour cinq ans.

La porte-parole du président de la République, Evelyne Butoyi, a été contactée à plusieurs reprises, sans succès.

A la police, les portes ouvertes aux femmes mais……

Un bon nombre de burundais gardent en mémoire les tubes de chansons réalisés par l’actuel porte-parole du ministre en charge de la Sécurité publique, Pierre Nkurikiye.

Dans l’un de ceux-ci intitulés ‘’Cinjire’’ sorti en 2013, il est question d’inciter les jeunes femmes et hommes à intégrer la police. Dans l’autre, qui s’intitule ‘’les portes sont ouvertes’’, sorti à quelques années d’intervalle du premier, le message est le même.

Or, dans la réalité, si les femmes intègrent assez facilement les corps de police, pour les postes à responsabilité, les portes se referment devant elles.

Sur huit commissaires de police provinciale récemment nommés, aucun nom de femme n’apparaît. De même, les commissaires généraux des migrations, les chefs de bureau Etudes et Planification et son adjoint, les chefs de Bureau des Relations publiques, des Affaires sociales et du Bien-être, des postes comme ceux de directeur adjoint des centres d’Instruction, commissaire régional Sud, commissaire principal, l’aumônier principal, … tous des membres de la gent masculine.

Nous avons essayé de joindre M. Pierre Nkurikiye à cet effet, en vain.


>>Réactions

Diane Ndonse : « Il y a une volonté de maintien d’un système patriarcal »

Pour la présidente de l’AFJO, la situation est alarmante au regard des chiffres. « Ce n’est pas normal que sur 15 ministères, il n’y ait que deux femmes nommées comme secrétaires permanentes et deux autres comme assistantes de ministres ! », s’indigne la journaliste.
Pour Mme Ndonse, le quota des 30% n’était qu’une base de départ. « Les 30% dédiés aux femmes devraient évoluer. Pourquoi pas atteindre 40 ou même 50% ? »

Diane Ndonse adresse aussi un clin d’œil au ministère en charge du Genre : « Au regard des disparités hommes-femmes qu’il y a dans les nominations, il y a lieu de penser que la dimension genre n’est pas tellement prise en compte dans ce ministère.»

Et de relater les avantages de la nomination de femmes dans certains secteurs : « Dans le domaine de l’éducation, par exemple, si une femme est nommée directrice provinciale de l’Education, elle sera plus sensible au problème posé par les grossesses en milieu scolaire et ne se rendra nullement complice de tels méfaits.» De même, ajoute-t-elle, une femme nommée pour être à la tête d’une direction provinciale en charge de l’Agriculture et de l’Elevage tiendra mieux en compte les besoins des agricultrices.

Pour la présidente de l’Association des Femmes journalistes, la culture burundaise joue un rôle dans la réticence à nommer des femmes à des postes de pouvoir. « Pendant longtemps, beaucoup de parents privilégiaient leurs fils dans l’accès aux études au détriment de leurs filles destinées uniquement au statut d’épouse et de mère au foyer». Pour elle, en dépit du fait qu’il existe des femmes ayant un bon niveau d’études dans tous les secteurs d’activités, ce passé rétrograde a laissé des séquelles. Selon la présidente de l’AFJO, il y a une volonté de maintien d’un système patriarcal. « Si les femmes ont évolué, ce système, en principe, le devrait aussi », clame-t-elle.

Aux décideurs politiques, Diane Ndonse demande à ce que les discours qui valorisent la gent féminine soient accompagnés d’actes. « Nous entendons souvent de la part des gouvernants que la femme est le pilier de la famille, sur laquelle repose le développement du pays. Alors pourquoi quand il s’agit de nommer des gens à des postes, les femmes sont mises de côté ? ».

A l’égard des associations féminines, cette professionnelle des médias recommande un renforcement du plaidoyer en faveur de l’intégration féminine dans les institutions « pour que les lois existantes en la matière aillent de pair avec une évolution des mentalités ».

Vis-à-vis des médias, la haute responsable de l’AFJO se félicite de l’adoption récente de la charte des médias sensible au genre et requiert de ces derniers un rôle de sensibilisation à l’endroit notamment des femmes habitant les régions reculées « pas assez au courant des droits qui leur sont dus », mais également auprès des politiques.

Quant à la mise en place de nouvelles lois pour forcer la nomination de femmes, Diane Ndonse pense que « cela favoriserait une forme de médiocrité ».

Annick Dusenge : « Il faut que les femmes aient confiance en leurs capacités »

Pour l’assistante médicale de la Solidarité des Femmes pour le Bien-être social et le Progrès (SFBSP), l’image de la femme véhiculée par la société porte un coup dur à sa confiance en soi. « Dans l’inconscient collectif, la femme est souvent associée aux travaux ménagers, pourtant, la réalité, elle, nous montre que les femmes sont capables d’occuper de hauts postes, aussi bien techniques que des postes de pouvoir ».

Mme Dusenge raconte qu’il existe des cas où un poste occupé par une femme offre un meilleur rendement que quand, antérieurement, il était occupé par un homme.

Pour elle, le changement des mentalités s’impose. Et de rappeler qu’à l’heure actuelle, il n’est plus concevable qu’à l’université, les filles soient absentes des filières scientifiques contrairement aux garçons. « Or, nous observons qu’il y a des femmes ingénieures qui atteignent des sommets dans leur domaine. Donc, faire à ce que les femmes soient présentes dans toutes les branches académiques, justifiera mieux leur prise en compte pour tous les postes assez techniques pour lesquels elles auront des qualifications requises ».

Celle qui fut chargée au sein de son association de mobiliser les femmes en vue d’élire et de se faire élire lors du scrutin de l’an passé considère que les femmes présentes dans les institutions ont un grand rôle à jouer dans la promotion de la femme en général et qu’elles doivent œuvrer pour la mise en avant des intérêts de la femme.

La militante pour les droits des femmes estime enfin que les femmes doivent avoir confiance en elles et en leurs capacités. « Si, de ma part, je me dis que rien ne m’empêche de réaliser mes rêves, cela fera que j’éduque mes enfants ainsi, en leur offrant bien sûr, à tous, les mêmes opportunités, filles et garçons ».

Forum des lecteurs d'Iwacu

1 réaction
  1. Kagabo

    Et voilà, Elles commencent à s’exprimer librement. E elles disent la vérité. Ejo abatabibona bazovuga ngo Tera izo sema!!!! Nimubahe nabo barashoboye. et surtout se sont des bonnes gérantes

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