Mardi 18 juin 2024

Économie

Makamba : un recouvrement aux allures de forcing

Cotisation pour la construction du bureau provincial, contribution pour un stade, paiement pour ériger un bureau collinaire. Les habitants de la province Makamba se plaignent de ces contributions imposées par l’administration.

Chef-lieu de la province Makamba où le bureau provincial est en train d’être érigé.
Chef-lieu de la province Makamba où le bureau provincial est en train d’être érigé.

«Où est-ce qu’ils veulent que je trouve toutes ces contributions alors que je perçois un salaire de misère?», se lamente un enseignant du chef-lieu de la province Makamba. «Je ne vais rien payer car je n’ai pas d’argent», persiste et signe un autre fonctionnaire de cette même province.

A l’entrée de la province Makamba, une barrière est érigée à quelques mètres du pont. Tout passant qu’il soit à pied, sur moto ou en voiture est sommé de montrer un bordereau de paiement des frais de construction du bureau provincial. Ces barrières sont présentes dans toutes les communes et collines de la province Makamba. Elles sont surveillées par la jeunesse du parti au pouvoir.

La source de cette grogne, c’est la décision de l’administration provinciale d’imposer à tous les habitants de cette province une contribution pour la construction d’un bureau provincial de cinq niveaux.

A Makamba, cette décision divise. Ce sont la colère et la rancœur qui règnent parmi certains habitants de cette province du sud du pays. «Cette décision n’a pas fait l’objet d’un consensus. C’est une imposition.»

Cette contribution est payée par catégories et pendant trois mois : un ménage paie 1000Fbu, un enseignant contribue 5000Fbu, un infirmier lui 10.000Fbu, un directeur d’école 20.000Fbu. Les autres cadres des différents ministères cotisent une somme allant de 40.000 à 50.000Fbu.

Que fait le gouvernement ?

En commune Vugizo, c’est la même grogne. «C’est beaucoup d’argent. Je peux même passer une semaine sans toucher une somme de 1000Fbu», indique G.K, un habitant de la zone Gishiha, avant d’enchaîner : « Ils savent que nous vivons dans une pauvreté totale et ils continuent à nous demander des contributions. A quoi servent d’ailleurs nos taxes et impôts? Ils ne peuvent pas construire ces infrastructures étatiques?»

Ces habitants s’insurgent contre les contributions qui se font nombreuses. «Nous contribuons dans la construction du bureau communal, du stade, du bureau collinaire. Que fait le gouvernement dans tout ça ? », s’interroge un habitant de la commune Mabanda.

A Nyanza-lac, l’argent est collecté depuis février. « L’administration nous a seulement informé que la décision avait été prise pour construire le bureau provincial et chaque personne devait payer 1000 Fbu », confie D.M., de la localité de Muyange.

En plus de cette somme, indique ce vendeur d’huile de palme, chaque ménage doit payer 2000 Fbu pour la construction des bureaux collinaires. Et depuis avril 2016, chaque ménage doit également payer 2000 Fbu pour la construction du stade de Nyanza-lac. « Celui qui ne s’exécute pas, ne peut plus faire signer un document administratif ou demander n’importe quel service à la commune. »

Des contributions tous azimuts

Pour ce père de quatre enfants, c’est un poids de plus leur imposé par l’administration vu la pauvreté dans laquelle vivent plusieurs familles de Nyanza-lac. « En plus des prix des denrées qui ne cessent de grimper, l’on nous demande de construire des infrastructures de l’Etat. C’est à se demander à quoi servent les taxes et impôts qu’on nous oblige à verser chaque mois. » Et de demander que toutes ces mesures soient abandonnées.

Claude Nduwimana, administrateur communal de Nyanza-lac, confirme ces collectes de fonds auprès de la population : « Ce sont des mesures de développement et la population adhère parce qu’elle a compris que tout est fait pour son bien. »

Concernant les bureaux communaux, explique¬-t-il, la contribution de la population sert à la construction des fondations et l’érection des murs, les tôles étant offertes par la présidence de la République.

Et de préciser que 20 bureaux collinaires ont déjà été construits sur les 26 prévus. 7 bureaux ont reçu des tôles et 13 bureaux sont en attente, chaque bureau ayant une superficie de 6,5m sur 5, un plan exigé par la présidence pour toutes les collines du pays.

Pour ce qui est du stade, la mesure a été prise par le conseil communal et il a été décidé que chaque ménage paye la somme de 2000 Fbu. L’argent collecté, affirme M. Nduwimana, est envoyé sur un compte, lequel est géré par une commission représentative de toutes les tendances. « Le stade est presque fini. Il ne nous reste que deux tribunes qui seront finalisées d’ici la fin de l’année. »

Une gestion jugée opaque

nyanza-lac-chef-lieuDepuis lundi de la semaine passée, l’administration a intensifié l’installation des barrières de contrôle. «Aujourd’hui, elles sont même érigées jusque sur les collines. Ces barrières servent à contrôler si chaque passant a un reçu du paiement de la contribution», souligne la population. A part les chefs collinaires, poursuit la population, on remarque de jeunes gens sur ces barrières. «Ce sont des Imbonerakure. Si tu ne montres pas ton reçu, ils te tabassent ou ils t’empêchent de continuer ton chemin.»

Selon un fonctionnaire de la ville de Makamba, ce sont ces barrières qui poussent la population à payer cette contribution même si elle n’en a pas envie. «Elle le fait par peur des Imbonerakure ou par peur de ne pas avoir un document officiel. Ce forcing de l’administration est incompréhensible.»

D’après des témoignages, certains chefs collinaires et même des Imbonerakure encaissent l’argent sans donner de reçu. «Certains ont déjà payé plusieurs fois. Il arrive même qu’un époux et son épouse paient deux fois alors qu’un ménage est censé payer 1000Fbu. Certains en profitent pour se faire de l’argent.»

Pire, même les étrangers sont parfois contraints de payer. Cela s’est produit à la barrière de Musenyi de la zone Gitara en commune Mabanda. Des Tanzaniens venant au Burundi pour acheter ou vendre des biens se sont vus obligés de verser la somme de 5000 Fbu, affirment des sources sur place. « Ils ont refusé d’abord mais ont ensuite payé sous les menaces des jeunes du parti au pouvoir. »

« C’est une décision consensuelle »

Pour Gad Niyukuri, gouverneur de Makamba, il n’y a jamais eu de forcing dans la collecte de ces fonds. « C’est une décision consensuelle qui a été prise lors d’une réunion du 6 février 2016 de tous les cadres et ressortissants de Makamba. » Les cotisations, poursuit-il, ont été fixées par les participants eux-mêmes.

Selon lui, il a été décidé qu’un simple citoyen paye 1000 Fbu en quatre mois, un enseignant 5000 Fbu en six mois, un cadre supérieur 20 mille Fbu en six mois. « C’était sur base de volontariat et je pense qu’un citoyen ne peut avoir de difficultés à payer 1000 Fbu en quatre mois. »

Pour lui, ceux qui disent qu’il s’agit d’un recouvrement forcé sont animés par un sentiment de jalousie. « Ils ne digèrent pas le fait que nous puissions ériger une bâtisse de plus de 3 milliards de Fbu que nous allons léguer à la postérité car ils ne l’ont jamais fait. »

Concernant les barrières qui sont gardées par des Imbonerakure et le fait que ceux-ci font payer même les étrangers, Gad Niyukuri parle d’une campagne de médisance. Chaque fois que des gens voient des jeunes habillés d’une certaine manière, confie le gouverneur, ils les taxent d’Imbonerakure. Et de s’étonner car, d’après lui, il n’a jamais eu de plainte de qui que ce soit sur les agissements qu’on prête à ces jeunes du parti présidentiel. « On a parlé des Imbonerakure à Kiliba Ondes, aujourd’hui on veut les voir partout et dans tout… Il faut que ça s’arrête. »

Et de rassurer que les fonds collectés ne seront jamais détournés car chaque chef de zone verse l’argent sur un compte connu de tous et donne rapport au gouverneur. « Nous veillons à ce que la somme corresponde aux bordereaux qu’on donne aux chefs des zones et chefs des collines. »



«En dehors des lois, c’est un vol organisé.»

Gabriel Rufyiri : « Tantôt c’est le parti au pouvoir qui exige des contributions, tantôt c’est l’administration. »
Gabriel Rufyiri : « Tantôt c’est le parti au pouvoir qui exige des contributions, tantôt c’est l’administration. »

Pour Gabriel Rufyiri, président de l’Olucome, les autorités burundaises devraient se souvenir que le Burundi est le pays le plus pauvre du monde et arrêter ces contributions incessantes.

Selon lui, un citoyen du monde rural peut passer tout un mois sans toucher 1000Fbu. M. Rufyiri soutient que le régime du Cndd-Fdd a toujours utilisé cette stratégie des contributions : «C’est devenu un mode de gouvernement.» Tantôt c’est le parti au pouvoir qui exige des contributions, poursuit-il, tantôt c’est l’administration.

Et de préciser que la contribution en soi n’est pas mauvaise mais la loi a prévu des canaux par lesquels le citoyen peut contribuer. D’après lui, ce sont la Constitution, la loi des Finances publiques et la loi régissant le budget de l’Etat. «En dehors de ces lois, c’est un vol organisé.» L’Olucome estime que ce genre de contributions sert à enrichir certains individus et non à servir le pays.

Forum des lecteurs d'Iwacu

8 réactions
  1. My bad

    Wewe wavuze ko muri Amerika du Nord baciye mu ma barabara bariha $ ,niba mufise amahinguriro nkayo bafise abantu bose bag akaronka akazi vyukuri uwukeidoga ntiyoba akunda igihugu .harurura abantu bafise akazi aho iwanyu.hoho urazi uko niba uhaba atarivyo wumva iyo atozwe akora iki .uraraba amabarabara yaho uko Asa .ahi iwanyu nutwo abanyagihugu batsnze ntituri bwa n’abantu.ntaco uba ugereranya urukwavu n’inka.naho usaba abarundi kuguruka,wokwihera ko wewe nyene ,uvuga igihugu utazi ingene kibayeho canke ivyumva nka harabaye.

  2. Jean Bigirimana.

    J’aimerais etre a la tete de ce racket…Que d’argent facile. Imbere ni heza k’uwufise ikirindi

  3. Bararunyerestse

    Nibaza yuko abarundi bakwiye kwuguruka mumitwe. partout dans le monde, par exemple en Amerique du nord, hariho des autoroutes, kuzicamwo ari obligatoire kuriha ama $$, simbona rero nimba gouvernement ishaka kwubaka inyubako izokoreramwo, hama igasaba abanyagihugu ko babigiramwo uruha, ko arikibazo.!! societe civile( Olucome) irakwiye guhagarika, kwama ihiga ingorane aho zitarihttp://img.radio-canada.ca/2011/11/29/635×357/111129_hr605_peage-route-pont_sn635.jpg

    • KABADUGARITSE

      Tubwire neza! Wewe urinde?
      Amerique du Nord uvuga si Afrika encore moins Uburundi. Hoho n’uwutagira akazi Leta imuha ikimutunga kandi ntawurara atariye canke ngo arihire ikitaraboneka. Twubake bureaux hama turihishe munyuma nk’uko abarihira autoroutes ziba yamaze kwubakwa bakariha baziciyemwo(honyene).-

    • Kello

      C est grave vos comparaisons!!
      Subira wiyumvire!!!Pourtant ivyo Rufyiri yavuze birumvikana!!!!

  4. Theus Nahaga

    Si la contribution est volontaire alors je ne vois pas pourquoi il y a des contoles avec barrièr et tout. Nous sommes devant une extorsion pure et simple. Si c’est un impot, alors, le gouvernement du Burundi devrait instaurer un système d’imposition clair au lieu de vouloir agir au coup par coup dans des conditions qui sont complètement opaques. C’est le minimum qu’on devrait attendre de ceux qui veulent exercer le pouvoir. Mais la gestion par les DD de la chose publique a déjá montré ses limites. Ce n’est ni sa rationalité ni sa vision de l’avenir qui la charactérise. Ne demandon donc l’impossible

  5. KABADUGARITSE

    Hum! Même « sans forcing », je sens danger venir.-

    • nunu

      Nous retournons dans les annees passees 1950-60 ou chaque personne devrait payer un impot personnel force et aussi un impot par tete de betail. Les personnes qui ne payaient pas, leur betail etait requisitionne et confisque jusqu’a ce qu’ils paient. Ou ils etaient mis en prison sans forme de proces.
       » ZANA AMATA N’AMASORO  » .
      Bureaux communaux??? Pardon!!!!!!!!!!!!!!!!!.
      Les hopitaux, les centres de sante, les ecoles n’ont -ils pas besoin d’etre renoves?????

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