Politique

Le «phénomène des cadavres» s’amplifie

27/03/2017 Fabrice Manirakiza 9

Des corps sans vie découverts un peu partout dans le pays. Certains activistes des droits humains parlent d’un regain des violences meurtrières à caractère politique et ethnique et décomptent une soixantaine de cadavres. Pour la police, il s’agirait des règlements de comptes, du banditisme ou de sorcellerie.

Le corps sans vie du colonel Charles Ndihokubwayo gisant dans les enceintes de la Paroisse Saint Joseph de Ngagara
Le corps sans vie du colonel Charles Ndihokubwayo gisant dans les enceintes de la Paroisse Saint Joseph de Ngagara

Dans la matinée de ce lundi 20 mars, un corps d’un officier de la police, un colonel du nom de Charles Ndihokubwayo, est retrouvé dans les enceintes de la paroisse Saint-Joseph de Ngagara, au Quartier III en commune Ntahangwa de la Mairie de Bujumbura.

Selon les témoins, son corps ne portait ni de traces de blessures ni contusion. Selon le porte-parole de la police, Pierre Nkurikiye, cet officier, qui habitait à Ngagara, travaillait à l’Institut Supérieur de Police se trouvant dans la localité de Mitakataka en province de Bubanza.

D’après le porte-parole, il venait de Mitakataka avec ses collègues à bord d’un véhicule de la police. Ils l’ont déposé dans la zone Kinama avec une autre personne et les deux auraient par la suite pris un taxi selon toujours Pierre Nkurikiye. « Mais curieusement le corps de cet officier a été retrouvé ce matin dans les enceintes de la paroisse Saint Joseph. Deux veilleurs de nuit de cette paroisse ont été appréhendés pour des raisons d’enquête.»

Ce même lundi, un autre corps sans vie a été retrouvé dans la rivière Cizanye, colline Murama en commune et province Muyinga. La victime est connue sous le nom de Cyrille originaire de cette même localité. L’administration avance la thèse de la noyade mais les habitants de cette localité restent sceptiques d’autant plus que cet homme de 30 ans venait de regagner le pays après plusieurs mois d’exil.

Des corps sans vie un peu partout dans le pays

En date du 19 mars 2017, une dépouille d’un homme non identifié a été retrouvé sur la colline Mpehe, zone Bugarama de la commune et province Muramvya. D’après des témoignages sur place, ce cadavre présentait une blessure sur la tête.

En commune Mutimbuzi de la province Bujumbura, deux cadavres ont été retrouvés dans la matinée du 16 mars 2017 sur la colline Vugizo en zone Gatumba. Les victimes sont Elie Nyandwi et un certain Jimmy, tous originaires de cette localité. D’après les habitants de Vugizo, ces personnes ont été tuées par des hommes armés et en tenues militaires et policières.

Un autre corps sans vie est celui de Léonidas Nibogora (40 ans et père de deux enfants) retrouvé sur la colline Bugera, zone Buziracanda, commune Ndava, province Mwaro. Ruyigi n’est pas en reste. Un cadavre non identifié et en décomposition a été retrouvé, le mardi 15 mars 2017, sur la colline Kigamba, en commune et province Ruyigi. Sur ordre de l’administrateur de la commune Ruyigi, Dieudonné Citegetse, le corps a été inhumé et l’enquête confiée à un officier de la police judiciaire.

En date du 13 mars, un cadavre non identifié d’un homme a été découvert à la périphérie du quartier Yoba de la ville de Gitega (centre du pays). Ce même jour, deux dépouilles ont été repêchées dans la rivière Siguvyaye au pied de la colline de Buta en commune et province de Bururi. Les victimes sont un jeune enfant de la communauté Batwa ainsi qu’un certain Désiré Nzisabira né à Songa dans la province Gitega.

D’après les rapports de la Ligue burundaise des droits de l’Homme Iteka, on dénombre 63 cadavres depuis le début de l’année 2017. « Dans ces trois semaines du mois de mars, nous avons répertorié 24 cadavres dans tout le pays», indique Anschaire Nikoyagize, président de cette ligue.


>>Réactions

Armel Niyongere : «Le gouvernement a changé de stratégie»

armel-niyongere«Ces exécutions visent à faire peur à la population ou même aux membres des corps de défense et de sécurité qui ne soutiennent pas le pouvoir en place parce qu’ils sont aussi victimes de cette répression, surtout les Ex-FAB.» Pour cet activiste des droits humains, le discours de Bujumbura qui chante que la sécurité est totale n’est pas vrai car «le gouvernement a plutôt changé de stratégie en exécutant les opposants et les Ex-FAB pour ethniciser le conflit.» Armel Niyongere demande au gouvernement de diligenter des enquêtes crédibles et transparentes afin d’identifier les auteurs et les traduire devant la justice. Sinon, poursuit-il, envoyer tous ces dossiers à la Cour pénale internationale (CPI).


Anschaire Nikoyagize : «Il faut des enquêtes internationales»

anschaire-nikoyagize«Le phénomène des cadavres reprend avec une allure inquiétante. La tendance ressemble à celle qui s’est observée vers la fin de l’année 2015», indique cet activiste des droits humains. Selon lui, c’est une répression qui est faite par les forces de défense et de sécurité et par les jeunes militants du parti au pouvoir, les Imbonerakure. «Ce qui fait encore peur, c’est que cette répression se focalise sur les Ex-FAB et les jeunes de l’opposition.»

Anschaire Nikoyagize déplore le comportement des autorités administratives qui s’empressent d’enterrer les cadavres sans une identification. «Cela montre que le gouvernement est derrière ces assassinats. Sinon, l’administration attendrait les enquêtes et l’identification des victimes avant de les enterrer.» Anschaire Nikoyagize appelle le gouvernement à faire son devoir de protéger la population. Pour lui, la communauté internationale doit faire une pression sur Bujumbura pour qu’il accepte des enquêtes internationales.


Pierre Nkurikiye : « Pas de plainte, donc pas d’enquête. »

Pierre Nkurikiye : « Aucun mobile politique derrière ces meurtres »

« Il n’y a pas de recrudescence de violences », indique le porte-parole de la police. Il s’agit de simples cas isolés de criminalité de droit commun (règlements de comptes, banditisme, sorcellerie). Selon Pierre Nkurikiye, aucun mobile politique ne se trouve derrière ces meurtres et aucune composante ethnique n’est visée. Les auteurs sont le plus souvent appréhendés.


François- Xavier Ndaruzaniye : « Il est tôt pour conclure à la chasse aux Ex-FAB»

francois-xavier-ndaruzaniyePour ce défenseur des droits humains, on n’a pas le droit de tuer quelqu’un pour quelque motif que ce soit. Concernant les cadavres d’Ex-FAB trouvés ici et là, le président de la Ligue Izere Ntiwihebure indique qu’il est tôt de conclure à une chasse à l’homme. Selon lui, le problème que nous avons au Burundi n’est pas ethnique. « Ceux qui propagent cette façon de voir les choses font de la mauvaise manipulation, ils veulent décourager nos frères et sœurs militaires tutsi qui sont dans l’armée et la police. »


Dans quel camp se trouve Agathon Rwasa ?

Agathon Rwasa : « Mes sympathisants sont malmenés. »

C’est inquiétant tous ces cadavres trouvés et que les enquêtes n’aboutissent pas. Dans un Etat de droit, chaque citoyen est censé militer pour le parti de son choix. Ce qui n’est pas le cas du Burundi. « Et il y a mes sympathisants qui sont malmenés juste parce qu’ils n’ont pas choisi le parti au pouvoir, c’est triste. »


Léonce Ngendakumana : « Tant que les causes à l’origine de la crise n’ont pas trouvé de solution, il y aura toujours ces assassinats »

leonce-ngendakumana-2Pour le vice-président du parti Frodebu, tant que les causes à l’origine de la crise n’ont pas été éradiquées par la voie des négociations, les assassinats seront commis. « C’est devenu un fait divers. De simples règlements de comptes virent aux tueries. Et les autorités ne lèvent pas le petit doigt pour intervenir. » Et Léonce Ngendakumana de conclure : « La situation ne va pas se normaliser de sitôt à moins que nous nous asseyions ensemble pour trouver une solution à la crise. »


Jean De Dieu Mutabazi: « Une escroquerie internationale véhiculée pour manipuler l’opinion »

jean-de-dieu-mutabaziSelon le président du parti Radebu, parler de recrudescence de violences est une affirmation gratuite, une escroquerie internationale véhiculée par l’opposition radicale et appuyée par la société civile radiée du pays pour manipuler l’opinion. Il s’étonne qu’un mort trouvé devienne automatiquement un meurtre à caractère politique. De plus, poursuit-il, un hutu tué est un sympathisant de Rwasa, un tutsi tué est directement taxé d’Ex-FAB et tous les criminels sont des Imbonerakure.

Forum des lecteurs d'Iwacu

9 réactions
  1. Pas-jouer-avec-la-mort

    Chers compatriotes
    Bourreaux et victimes, parce que nous le sommes tous. Il ne faut pas croire que les tueries constituent une solution. Les bourreaux d’aujourd’hui sont les victimes de demain. C’est inévitable, c’est le phénomène physique de l’eau qui tourbillonne dans une marmite. L’eau surchauffée monte en haut et se refroidut pour descendre en bas. Je vois déjà les acclameurs d’aujourd’hui crier au secours des bourreaux d’aujourd’hui et victimes bientôt. Y a t il vraiment défense des dorits des personnes dans ce titre ou un essaie de ne responsabiliser personne pour survivre et gagner son pain. De toutes façons s’il y a un gouvernement, ils est comptable de tout ce qui se passe sur son territoire : un militant de Rwasa et avant tout un citoyen et un FAB ou ex-FAB n’est pas un tronc de bananier qu’il faut bien découper en morceau pour servir de fumure.

  2. RUGAMBA RUTAGANZWA

    @ Mthukuzi
    Nous sommes dans une République bananière dirigée par des gens incompétents, corrompus et violents…! Des dirigeants qui ont fait du Burundi le pays le plus pauvre du monde en 10 ans de règne sans partage, un pays où la corruption a été instaurée presque en système normal de gouvernance. Malgré ce bilan plutôt catastrophique et honteux, ces dirigeants-là veulent continuer arguant que c’est le peuple qui les demande. Le ridicule ne tue pas.

  3. Casimir

    L’enquête se poursuit évidemment….pauvre Pierre Nkurikiye….il ne sait même pas mentir!!!!!

  4. Salmia Irikungoma

    CNDD FDD iyo politique yo guhonya abo mudasangiye ubwoko, hamwe n’abatemera ubwo bwicanyi bwanyu, si mwebwe mwatanguye gukoresha ivyiyumviro bibi nk’ivyo. Harabaye, intwaro nk’izo, mu bihugu bimwe bimwe mu mpande z’isi. Ariko, mumenye yuko ata mwimbu uva mu bintu nk’ivyo ! Bitesha umwanya igihugu n’abakibamwo gusa. Ntawe biteza imbere, kuko iterambere ry’intambara, rishikana kukunyererana naryo. Ibiganiro nivyo bishobora kujabutsa igihugu n’abakibamwo mu bihe nk’ivyo. hanurwa mwumve, kwihenda birashika, abo birirwa baraherwa, kugirango bashigikire ayo mananiza, haragera igihe nabo bakaruha.

  5. Meurlsaut

    On a beau nié,à un moment donné on ne peut plus nier les faits.Nkurikiye et d’autres acolytes du ”pouvoir celeste” ne sont que des grandes gueules qui beuglent pour défendre l’indéfendable et détourner l’attention sur les crimes du régime!

  6. Kagabo

    Abarundi turazi gucira imanza kuri net. ako gatima kubwicanyi kamwe mubarundi kubera ko ntabutungane bwigeze burangwa muri ubu Burundi bwacu. Imana idufashe duterere mukurondera ubwo butungane iyo bwagiye??? Les bons enquêteurs, magistrats, procureurs, polices d’enquêtes,…. mwagiye hehe???Je vais être engager comme satéllité pour divirnguer ces tueurs. Birabaje pee!!!

  7. Jereve

    Uharuye abamaze gusiga agatwe muri iyi ntureka, kuva ku bihangange vyo hejuru gushika kuri nyarucari wo hasi. Ubwicanyi na n’ubu bukaba bubandanya. Umuntu yubahuka akavuga ko ari irementanya, ububeshi canke ubusuma ku ruyeri ku rwenge vy’abansi b’igihugu (escroquerie), arakwiye gushirwa mu katabesha. Kuko ivyo bavyita gutamba ku mivyimba. Nta n’umwe abirekuriwe, yaba yitwa Mutabazi canke abandi.

  8. Mthukuzi

    Nous vivons dans un pays où les commissions parlementaires sont mises en place pour enquêter et trouver les enfants qui s’amusent avec la photo du président. Un pays où des manifestations plus ou moins obligatoires son systématiquement organisées contre la moindre critique visant les multiples abus et crimes dans le pays, mais jamais une manifestation contre l’insécurité, la corruption, la vie chère, la dégradation des services publics, etc. S’agissant des meurtres et assassinats, la police semble être réduite à un simple service de nécrologie. Tel un robot, l’éternel Nkurikiye nous livre toujours des messages qui ne font qu’ajouter à la confusion et nourrissent davantage les théories du complot. Sans oublier bien sûr la promesse d’enquêtes jamais tenues, sans qu’aucun service d’Etat n’en soit tenu responsable. Nos chers députés, qui ne sont pas nommés par décrets présidentiels, semble plus préoccupés par les sort de la photo du président que celui des hommes et des femmes à qui ils doivent leurs mandats et tous les avantages qui vont avec. Voilà l’Etat de la démocratie dans notre pays, après plusieurs décennies d’activisme et de combats, nous disait-on, pour la justice et la bonne gouvernance.

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