Politique

Gatumba : peur sur Vugizo

Six personnes ont été appréhendées ce mardi 21 mars par la police en zone Gatumba. Leurs familles évoquent des mobiles politiques derrière ces arrestations. Le porte-parole de la police dément et parle d’une procédure normale.

Localité de Vugizo où les six personnes ont été arrêtées mardi 21 mars
Localité de Vugizo où les six personnes ont été arrêtées mardi 21 mars

Colline Vugizo, à 8 km du centre Gatumba. Plusieurs maisons s’étendent le long de la Rusizi à quelques kilomètres de la frontière burundo-congolaise. Des femmes cultivent pendant que des enfants jouent dans les cours des maisons. Tout fait croire que c’est la joie dans les ménages mais… «Depuis hier, nous avons peur. Certains habitants de Vugizo ont commencé à fuir», indique un habitant de cette localité, le regard angoissé.

Mardi 21 mars 2017, la police accompagnée par des agents du SNR et des jeunes Imbonerakure débarque dans la matinée sur cette colline. Six personnes dont Melance Niyonzima (30 ans) père de deux enfants, Emmanuel Nizigiyimana (25 ans), Emelyne Tuyisabe (25 ans) mère d’un bébé de deux mois, Renilde Nzohabonimana, Edmond Mbonimpa et Eric Hakizimana sont embarquées vers une destination jusqu’à aujourd’hui inconnue par la famille.

«Ils étaient avec l’adjoint du conseiller et avaient une liste de noms des personnes à arrêter, toutes sympathisants de Rwasa», confie Virginie Mporambona, la mère d’Emmanuel Nizigiyimana.

En larmes, la mère d’Emelyne Tuyisabe ne sait plus à quel saint se vouer. «Nous étions dans la cour quand la police a débarqué. Ils ont pris ma fille qui a un bébé de 2 ans. J’ai demandé aux policiers le motif de cette arrestation mais ils n’ont rien voulu me dire.»

D’après un autre parent d’une des personnes arrêtées, son fils venait de sortir de la prison de Mpimba suite à la grâce présidentielle : «Parmi les six personnes arrêtées, trois venaient de sortir de la prison. On les accuse d’avoir assassiné les deux Imbonerakure morts la semaine dernière. Ces sont des mensonges car ils n’y sont pour rien. »

Et la peur s’installa

Selon les habitants de la colline Vugizo, après l’arrestation des six personnes, les policiers et les agents du Service national de renseignement (SNR) sont partis. Mais ils sont revenus pour arrêter le chef de la colline Vugizo, Félix Bukuru. «Notre chef a eu peu et a pris fuite. Les policiers ont tiré sur lui. On ne sait pas s’il est mort ou pas car personne n’a de ses nouvelles depuis ces coups de feu entendus», témoigne un des parents des hommes appréhendés.

Les habitants de cette localité assurent que c’est à ce moment que les gens ont commencé à fuir. Selon eux, certains ont fui au Congo ou dans les autres provinces. «Depuis mardi, je n’ai plus de nouvelles de mon fils. Il m’a laissé avec sa femme enceinte et leurs trois enfants», confie une maman rencontrée à Vugizo.

Ils disent également craindre d’autres arrestations. «La peur est permanente chez nous depuis des années. On nous accuse d’appartenir à des mouvements rebelles. Ce qui est faux», indique P.H, un habitant de cette localité.
«Nous sommes entre le marteau et l’enclume. Les rebelles nous tuent ou enlèvent nos proches et en même temps les policiers viennent nous arrêter en nous accusant de n’importe quoi. On ne sait plus quoi faire», renchérit son voisin.

Arrestations à caractère politique?

Les parents des personnes arrêtées assurent qu’ils ne savent pas où leurs enfants sont incarcérés. «Je suis passée à la brigade de la police de Gatumba, à la commune, partout ils m’ont répondu que mon fils n’y était pas », confie Virginie Mporambona.

Ces parents affirment mordicus que leurs enfants ont été arrêtés parce qu’ils ne sont pas du parti au pouvoir. «Depuis qu’ils ont été libérés, les Imbonerakure juraient de les faire arrêter de nouveau parce qu’ils ont de la sympathie pour Agathon Rwasa», témoignent les parents.

Ces derniers demandent la libération de leurs enfants car ils sont innocents d’après eux. Fulgence Manirahinyuza, chargé des droits de l’Homme au sein de l’Association communautaire pour la protection et la promotion des droits de l’Homme (ACPDH) exhorte la police à respecter la loi dans ses investigations et ses opérations.

Pierre Nkurikiye : «La police ne tire jamais sur des gens qu’elle veut arrêter.»
Pierre Nkurikiye : «La police ne tire jamais sur des gens qu’elle veut
arrêter.»

Contacté Pierre Nkurikiye, porte-parole de la police, confirme ces arrestations : «Ils ont été arrêtés dans le cadre des enquêtes sur l’assassinat de deux jeunes hommes la semaine dernière et sont incarcérés au cachot de la zone Rubirizi de la commune Mutimbuzi. »

D’après lui, la localité de Vugizo fait face à un banditisme orchestré par des gens qui s’infiltrent à partir de la RDC : « Ils collaborent avec certains habitants de Vugizo. Les personnes arrêtées sont donc soupçonnées de collaborer avec ces bandits comme d’autres arrêtées dans les mêmes circonstances. »

Et de préciser que les enquêtes continuent : « Ceux dont les responsabilités seront établies dans ce dossier, seront traduits devant la justice, les autres seront libérés. »

Concernant les tirs de la police sur le conseiller collinaire lors de la tentative de son arrestation, Pierre Nkurikiye dément catégoriquement et explique que la police ne tire jamais sur des gens qu’elle veut arrêter : «Il a fui vers la RDC où se trouvent ces bandits lorsqu’il a vu des policiers. Personne ne lui a tiré dessus. Cela démontre qu’il collabore avec ces bandits.»

Et de conclure que la police mène des enquêtes chaque fois qu’il y a mort d’hommes indépendamment des appartenances politiques des uns et des autres: «Toute personne suspectée est arrêtée et interrogée.»

Un lien avec l’assassinat des deux «Imbonerakure»?

Les deux cercueils d’Elie Nyandwi et Jimmy François lors de leur enterrement.
Les deux cercueils d’Elie Nyandwi et Jimmy François lors de leur
enterrement.

D’après des sources sur place, ces arrestations auraient un lien avec l’assassinat d’Elie Nyandwi et un certain Jimmy François, dont les corps sans vie, ont été découverts dans la matinée de jeudi 16 mars sur la colline Warubondo.

Contacté dans la fraicheur des faits, Emmanuel Matata, vice-président du conseil communal de Mutimbuzi, nous avait confiés que les victimes avaient disparu depuis lundi 13 mars : « Ils faisaient le transport de vélo de Gatumba vers la frontière congolaise. Leurs familles s’étaient mises à leur recherche en vain. »

Ce responsable communal précisait qu’une des victimes était un conseiller collinaire à Warubondo tandis que l’autre faisait partie du comité mixte de sécurité. Il a signalé que des coups de feu ont été entendus vers 21h sur la sous colline Gasyo où les deux cadavres ont été découverts.

Propos confirmés par Mathieu Sake, président de l’association communautaire pour la défense et la protection des droits de l’Homme(ACDP) de Gatumba. Selon lui, les deux jeunes gens avaient l’habitude de se rendre en République Démocratique du Congo pour vendre des légumes.

Il avait en outre affirmé que ces personnes auraient été tuées par des hommes armés qui n’ont pas été identifiés avant de jeter leurs corps à la frontière Burundo-congolaise : «Les familles de ces jeunes ont récupéré les corps pour les enterrer avec dignité.»

D’autres sources affirmaient que ces jeunes auraient été tués par des groupes armés qui les accusent de malmener la population non membres du parti au pouvoir.

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