EN

Politique

Kirundo : l’intolérance politique revient au galop

28/10/2019 Fabrice Manirakiza Commentaires fermés sur Kirundo : l’intolérance politique revient au galop

Après des jours d’accalmie, la province Kirundo renoue avec l’intolérance politique. Des militants du CNL se plaignent d’être la cible des militants du parti au pouvoir. L’administration est aussi accusée d’entraver les activités des partis de l’opposition.

Enquête réalisée par Fabrice Manirakiza&Edouard Nkurunziza

Essau Mvuyekure gisant sur son lit d’hôpital.

En revenant de la colline Kibuburu, samedi 12 octobre dernier aux environs de 19h30, où il s’était rendu pour visiter sa fille, Pascal Ntirandekura, un habitant de la colline Mutara, zone Kirundo rural de la commune Kirundo, a été attaqué par deux personnes. Il était avec son épouse, qui a été aussi battue, et son fils. «Ce sont des Imbonerakure de cette colline qui les ont attaqués», affirment mordicus les membres de la famille de ces victimes. Principalement, ils pointent du doigt Gérard Minani alias Sempa, chef des Imbonerakure de la colline Mutara, comme instigateur de cette attaque.

D’après eux, Pascal Ntirandekura et sa famille ont rencontré le dénommé Sempa tout près d’un petit pont. «On dirait qu’il les attendait. Ils l’ont salué avant de continuer leur chemin. Sempa les a suivis en courant avant de bifurquer dans un autre chemin». Ils ont commencé à s’inquiéter. «A quelques centaines de mètres, ils ont vu un autre homme adossé à un arbre. Sans crier gare, il s’est jeté sur Pascal Ntirandekura. Il lui a assené un coup de gourdin à la tête. Ils se sont empoignés avant de tomber par terre». Un autre homme a surgi des bananeraies et a donné un coup de bâton à l’épouse de Pascal Ntirandekura. Elle et son fils se sont enfouis en appelant au secours. Les deux hommes se sont acharnés sur Pascal Ntirandekura en lui donnant des coups à la tête et dans le dos.

«Il est soupçonné d’avoir viré au CNL»

Pascal Ntirandekura a été évacué à l’Hôpital de Kirundo. «C’est une voiture du Service national de renseignement qui est venue le prendre», indiquent les habitants de cette localité. D’après eux, ce véhicule a été appelé par un certain Minani, chef des Imbonerakure au niveau de la commune Kirundo. Aujourd’hui, la victime ne peut plus s’asseoir. Elle est gravement touchée au niveau du bassin.

Ce numéro 2 du parti Cndd-Fdd sur la colline Mutara est soupçonné par ses camarades d’avoir quitté le parti de l’aigle pour s’affilier au CNL d’Agathon Rwasa. «Il est membre du parti au pouvoir depuis le maquis. L’un de ses fils était même le chef des Imbonerakure sur la colline. Il a été remplacé parce qu’il n’était pas actif», raconte une parenté de la victime. « Je ne peux ni confirmer ni infirmer que Pascal Ntirandekura a quitté le parti Cndd-Fdd. Aujourd’hui, les choses sont compliquées».

Les membres de la famille assurent qu’ils ont signalé l’incident au procureur de la République en province Kirundo, au commissaire provincial de la police ainsi qu’à l’administrateur de la commune. «Tous avaient promis de suivre de près ce dossier mais rien n’a été fait jusqu’à maintenant. Personne n’est venu lui rendre visite». Ils affirment ne rien attendre de ces autorités. «Ceux qui devaient nous rendre justice nous ont tourné le dos. Nous allons nous protéger nous-mêmes». La famille indique que depuis cette attaque, ils sont tout le temps menacés. «Ils nous disent qu’ils vont nous découper en petites rondelles».

Sempa accusé d’avoir trempé dans une autre attaque

Mercredi 16 octobre, un autre militant du CNL de cette même colline Mutara a été blessé au bras et au dos. Essau Mvuyekure est toujours hospitalisé à l’Hôpital de Kirundo. «Il était aux environs de 22h. J’étais assis devant la porte de ma maison. J’ai vu quelqu’un m’approcher discrètement et rapidement. Il m’a donné un coup de machette au bras et dans le dos. J’ai été sauvé par des voisins», témoigne la victime. Dans cette attaque aussi, le dénommé Sempa est pointé du doigt. «Essau est un militant du CNL qui s’affirme. Il clame haut et fort que son parti va gagner les élections de 2020. Certains lui répondent qu’il ne verra peut-être jamais ce jour-là s’il ne quitte pas ce parti», affirment les voisins. Selon eux, Sempa l’avait déjà menacé de cette manière à plusieurs reprises.

Essau Mvuyekure se dit menacé. «J’ai entendu qu’on va me tuer quand je sortirai de l’hôpital. J’ai peur pour moi et ma famille. Je demande aux bienfaiteurs de m’aider à arriver chez le procureur pour lui expliquer mon cas», implore la victime.

«Accuser Sempa relève de la manipulation politique parce qu’il est dans un parti différent de celui des victimes. Je leur ai demandé les noms de leurs agresseurs mais ils n’ont pas voulu me le dire. Ils ont répondu qu’ils les connaissent mais qu’ils ne veulent pas divulguer leurs noms», réplique Libère Sezibera, chef de la colline Mutara. Il fait savoir qu’il a déjà signalé ces cas à ses autorités hiérarchiques. Normalement, poursuit-il, les partis politiques cohabitent pacifiquement. Iwacu a essayé de contacter le dénommé Sempa, sans succès.

Interrogé, le procureur de la République en province Kirundo, fait savoir qu’il n’a pas le droit de donner des informations sur un dossier en instruction. «Allez dire à ces victimes de venir me voir».

« Les administratifs entravent nos activités»

Les militants du CNL en province Kirundo accusent les Imbonerakure de s’adonner de nouveau à des exactions à l’encontre d’eux. «Ces cas avaient diminué après la réunion du ministère de l’Intérieur et les partis politiques. Nous nous rendons compte qu’ils ressurgissent de plus belle».

Le 10 octobre dernier, des échauffourées ont éclaté entre les Imbonerakure et les Inyankamugayo (militants du CNL) sur la colline Nyange-Bushaza de la commune Kirundo. «Des Imbonerakure se sont introduits dans un cabaret appelé «Kwa komiseri » appartenant à un officier de la police. Ils ont exigé la fermeture du bar arguant que des militants du CNL étaient en train de faire une réunion illégale. Ces derniers étaient en train de partager un verre», racontent les témoins oculaires. Selon eux, les Imbonerakure ont commencé à les tabasser et les autres ont répliqué. Il y a eu 4 blessés de chaque côté.

En commune Gitobe, un certain Mélance Nduwayo a été arrêté dimanche 20 octobre dernier. «C’est un artiste qu’on avait engagé pour dessiner nos symboles sur les murs de notre permanence. Il a été accusé de possession de chanvre», raconte les militants du CNL. Pour eux, c’est un pur montage. «Les policiers ont trouvé le chanvre à l’extérieur de sa maison. Nous pensons que les policiers sont venus sur commande». Cet artiste, militant de l’Uprona, a été relâché ce mercredi 23 octobre 2019 par le parquet de Kirundo.

Les Inyankamugayo affirment qu’il y a des gens qui ne veulent pas que la permanence communale soit ouverte alors que l’administrateur a donné son accord. «D’ailleurs, elle a été attaquée deux fois la semaine dernière. Elles ont essayé de la démolir, en vain». Selon eux, ces cas d’intolérance politique avaient diminué grâce au concours de l’administrateur de la commune Gitobe. «On collaborait pour trouver une solution aux problèmes».

Dans la commune Kirundo, deux permanences du CNL n’ont pas pu être ouvertes à Cewe et Mwenya sur décision de l’administrateur. «A Cewe, nous devions ouvrir cette permanence samedi 12 octobre 2019. Les Imbonerakure sont venus nous provoquer. Ils voulaient enlever nos ornements alors qu’on voulait le faire nous-mêmes comme l’avait suggéré l’administrateur. Il y a eu une petite bagarre. C’était loin de la permanence», indiquent les militants du CNL. Le procureur, le commissaire provincial et le chef provincial du SNR, ajoutent-ils, se sont précipités pour arrêter leurs activités. «C’était incompressible. Certains administratifs à la base ne veulent pas des permanences du CNL sur leurs collines». Iwacu a essayé de joindre l’administrateur de la commune Kirundo, Jeannette Kangoro, sans succès.

Suite à la décision du CNC, vous ne pouvez ni réagir ni commenter cet article.

Lire le communiqué

A nos chers lecteurs

Nous sommes heureux que vous soyez si nombreux à nous suivre sur le web. Nous avons fait le choix de mettre en accès gratuit une grande partie de nos contenus, mais une information rigoureuse, vérifiée et de qualité n'est pas gratuite. Nous avons besoin de votre soutien pour continuer à vous proposer un journalisme ouvert, pluraliste et indépendant.

Chaque contribution, grande ou petite, permet de nous assurer notre avenir à long terme.

Soutenez Iwacu à partir de seulement 1 euro ou 1 dollar, cela ne prend qu'une minute. Vous pouvez aussi devenir membre du Club des amis d'Iwacu, ce qui vous ouvre un accès illimité à toutes nos archives ainsi qu'à notre magazine dès sa parution au Burundi.

Editorial de la semaine

Covid-19. L’heure est grave

Léandre Sikuyavuga Commentaires fermés sur Covid-19. L’heure est grave

« 41 nouveaux cas positifs ont été notifiés sur 1 242 tests réalisés, soit un taux de positivité de 3,3 %. Parmi ces cas, 35 sont de transmission locale, soit 85,37 % et 6 cas importés, soit 14,63 %. Ce (…)

Notre Web Radio sur What'App

1 Ajoutez le numéro suivant à votre liste de contacts de votre GSM : + 257 76 002 004

2 Ouvrez l'application WhatsApp et envoyez un message à ce numéro avec votre nom + la mention "abonnement".

3 Il n'y a rien d'autre à faire : nous nous occupons de l'activation de votre compte. Vous commencerez à recevoir nos émissions quotidiennes en direct sur votre smartphone.

Online Users

Total 1 100 users online