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Kanyosha : «Attaque rebelle » à Muyira. Un reportage inachevé

22/02/2020 Edouard Nkurunziza Commentaires fermés sur Kanyosha : «Attaque rebelle » à Muyira. Un reportage inachevé
Kanyosha : «Attaque rebelle » à Muyira. Un reportage inachevé
Les affrontements entre des combattants et des forces nationales auraient eu lieu sur la colline Kirombwe.

Des hommes armés auraient été signalés mercredi 19 février sur la colline Kirombwe de la zone Muyira en commune Kanyosha de la province Bujumbura. Il y aurait eu même des affrontements entre eux et des éléments de la police et de l’armée dépêchés sur les lieux. Dans la foulée de l’information, des reporters d’Iwacu s’y sont rendus pour un reportage qu’ils n’ont pas pu achever. Récit.

Par Edouard Nkurunziza, Abbas Mbazumutima et Fabrice Manirakiza

Les journalistes de la rédaction ne semblent pas tous unanimes sur le départ de l’équipe des reporters sur le lieu de l’attaque dans les hauteurs surplombant la ville de Bujumbura, à quelques kilomètres du campus Kiriri.

Certains journalistes ont encore fraîchement en mémoire le départ en octobre dernier de leurs quatre confrères à Musigati, puis leur arrestation et leur incarcération à Bubanza. C’était pour un reportage pareil.

Pauvres journaleux, ils ne semblent pas d’accord. D’autres penchent plutôt à la réduction de l’équipe pour diminuer l’effectif des victimes en cas d’une réédition de Musigati.

Les trois reporters, fiers et déterminés, se désignent, prennent leurs cartes de presse, leurs calepins, vérifient le niveau des batteries des enregistreurs et de l’appareil photo et briefent le chauffeur sur l’itinéraire.

Dans quelques minutes, nous prenons le chemin escarpé et serpentant vers le campus Kiriri puis la piste caillouteuse vers Muyira. Première alerte, un pick-up bondé de militaires lourdement armés nous doublent au niveau de l’entrée du campus Kiriri.

En route pour Kirombwe…

Il pleut dans le ciel de Bujumbura. Sur cette route vers Kavumu, nous roulons à petite vitesse. Il faut observer le moindre mouvement. Des personnes, des véhicules.

Nous ne connaissons pas Kirombwe. Mais il nous paraît que ce n’est pas du tout loin du campus Kiriri. S’il y a échanges de tirs vers 11 heures nous disons-nous, c’est qu’il peut y avoir d’ores et déjà une situation anormale, sortant de l’ordinaire.

Il n’y a pas de monde sur cette route pourtant très fréquentée. Nous nous disons que c’est peut-être à cause de cette fine pluie. Mais, même pas de véhicules. Ce n’est pas normal.

Mais quelques hommes, un peu inquiets, rentrent chez eux dans les collines surplombant le campus Kiriri, l’ancien Collège du Saint-Esprit. «Vous rentrez ? Il paraît que la situation n’est pas bonne là-haut? » Ils répondent par un hochement de tête.

Non loin, un jeune homme marche sous la pluie. «Bonjour. Où vas-tu comme ça ? ». Il va au centre appelé Kwipera, non loin de Kirombwe. Nous lui proposons de le déposer chez lui. «Deux camions militaires et une dizaine de pick-up de l’armée et de la police se sont dirigés vers Muyira, sur les hauteurs surplombant la localité de Kirombwe. Nous avons appris qu’il y a eu une attaque rebelle. Ceux qui ont attaqué se disaient tantôt membres du CNL, tantôt membres du FNL, on n’en sait rien», confie notre compagnon.

Avant d’atteindre Kwipera, deux pick-up avec des militaires armés jusqu’aux dents nous dépassent en grande vitesse, phares allumés. Nous contemplons les collines à l’horizon, nous nous demandons laquelle est Kirombwe parmi ces montagnes à perte de vue. Et puis, enfin, nous débarquons au centre Kwipera…

Des fugitifs

Des fugitifs de la colline Kirombwe et celles avoisinantes rassemblés au centre de Kwipera.

Des dizaines de gens, des femmes pour la plupart, s’amassent petit à petit par-là, en groupes. « Ce sont ceux qui fuient les combats sur les collines », indique un homme de la localité.

Devant une boutique, trois vieilles femmes en pagnes s’asseyent, toutes mélancoliques, pensives. Une autre femme, sac dans sa main gauche, visiblement la trentaine, s’abrite sous une feuille de bananier qu’elle porte avec son bras droit. Avec elle, un garçonnet avec une petite sacoche jalousement accroché dans le dos ainsi qu’une fillette en kaki, sachet noir dans ses mains. Les deux enfants, certainement frère et sœur, se regardent, silencieux, indifférents aux gouttelettes de pluie qui s’écrasent durement sur leurs têtes.

Nous prenons des photos. Un peu devant nous, un homme au teint brun, chemise longues manches carreautée, nous scrute, nous fixe attentivement comme s’il avait quelque chose à nous dire. «Il nous faut faire vite et vider les lieux, on ne sait jamais». Nous décidons de rebrousser chemin vers Bujumbura.

Chemin faisant, après avoir parcouru environ 500m, nous rencontrons deux autres pick-up plein de militaires. «Mais si on arrivait un peu loin que Kwipera, en tout cas ce n’est pas suffisant comme reportage, il faut d’autres témoignages, des gens qui ont vu ces hommes armés».

Le débat est lancé. Dans les témoignages, des gens nous parlent des rebelles qui se réclament publiquement du FNL. D’autres se disent combattants du CNL. Des rebelles du CNL, du FNL ? Nous nous disons qu’il convient de foncer, arriver plus loin. Le reportage, c’est regarder et voir, écouter et entendre, sentir, etc.

La décision est prise. Il nous faut absolument arriver ou au moins approcher Kirombwe. Au loin, nous observons de belles collines, des marais, etc. Kirombwe se trouve parmi elles. Une femme nous indique une colline perdue au milieu des autres où est juché un établissement en étages. «C’est l’établissement secondaire de Kirombwe».

Nous refaisons donc demi-tour. L’endroit le plus proche de Kirombwe, c’est le centre Muyira. Nous partons vers là. Très vite, nous repassons par le centre Kwipera.

Des jeunes gens regardent notre voiture, éberlués. Ils s’interrogent peut-être sur ce «nouveau» véhicule dans les parages. «Les gens de la localité connaissent sûrement les véhicules desservant ces localités. Nous sommes déjà repérés, tant pis, de toutes les façons, nous voulons des témoignages», lance l’un de nous.

L’homme à la chemise carreautée se met de nouveau à scruter notre véhicule «station wagon». Nous roulons, un brin inquiets. La route est jonchée de monde mâle, non sans défiance.

Au bout du trajet, juché au sommet d’un ravin, un jeune homme regarde au fond d’un marais comme s’il guettait quelque chose. Et puis, une moto nous dépasse.

Le regard de l’homme que la moto embarque pénètre profondément dans notre véhicule comme s’il vérifiait quelque chose. Nous remarquons qu’il s’agit de l’homme à la chemise carreautée qui nous a longtemps fixés à Kwipera. « Il nous a suivis », constaterons-nous plus tard.

L’arrestation

Enfin, un camion aux couleurs de la police. Puis, un, deux, cinq pick-up alignés. C’est le centre Muyira. Nous nous disons que nous sommes peut être arrivés au lieu des affrontements.

Le type qui vient de nous dépasser à moto devise silencieusement avec un officier de police. A leur hauteur, alors que nous allons manœuvrer pour retourner à Bujumbura, ce dernier demande à notre chauffeur de couper le moteur.

«Qui êtes-vous ? On ne vous connaît pas», instruit-il. La question est inquiétante. Exprimée comme telle, elle donne l’idée qu’il détient d’autres informations sur nous. Nous nous disons que c’est le type de tout à l’heure qui vient de nous balancer. « Des journalistes », lui répond enfin l’un de nous. « Vous travaillez  pour quelle radio ? »
En chœur, nous lui disons que nous sommes du Journal Iwacu. Il baisse la tête, pensif, un espace d’une minute de silence. Et il nous demande nos documents de service. Avec un militaire qui le rejoint soudain, ils vérifient minutieusement nos badges, nous les rendent avant de nous laisser rebrousser chemin.

Mais à peine démarrons-nous que l’officier de police nous arrête de nouveau, reprend nos badges et les emporte. Vers où ? Pour en faire quoi ? Nous ne le saurons jamais.

Nous attendons le sort, la suite de nos badges. Dans l’entretemps, derrière notre voiture, une voix d’homme gronde : «Iwacu, toujours Iwacu ». Les badges nous serons remis après un bout de temps.

L’homme qui les ramène tient tout de même à les accompagner d’une injonction, sèche, sévère: «Partez très vite. Qu’on ne vous revoie plus dans les parages.» Et nous voilà repartis pour Bujumbura. C’est pendant ce chemin retour que nous aurons les témoignages des fugitifs en provenance de Kirombwe.

Une dizaine de combattants, une trentaine…

Jeanine (nom d’emprunt) semble agitée. Avec son nourrisson sur le dos, ses mains ne cessent de trembler. «J’étais venue à Kirombwe pour un enterrement. Par après, nous sommes allés au marché pour la réception. Il était aux environs de 11 heures. Le marché était vide. Alors qu’on allait commencer, des amis sont venus nous dire qu’ils viennent de voir des combattants. Dans un premier temps, on pensait à une mauvaise blague».

Tout d’un coup, Jeanine voit des gens qui courent partout. Les quelques hommes et femmes venus au marché vident les lieux. Elle et ses amis détalent également. Pas de chance. «Nous nous sommes retrouvés nez à nez avec eux. Une dizaine à quelques mètres de nous. Certains avaient des armes. Ils avaient plusieurs bagages. Ils disaient qu’ils sont du FNL. Pas d’uniformes militaires, de simples habits».

Jeanine se jette dans un caniveau. «Par après, plusieurs militaires sont arrivés. Ils étaient avec le chef de zone Muyira. Ils nous ont dit de rentrer. Nous avons eu très peur». Les coups de feu retentiront juste après quelques minutes. «Les habitants de Kirombwe se sont réfugiés sur les collines Muyira, Nyamurumbi et Mboza».

Un autre habitant de Kirombwe indique que ces combattants étaient au nombre de 35. «On ne sait pas d’où ils sont venus. Il n’y avait pas de rumeurs faisant état d’une présence de combattants».

Selon des sources contactées à Muyira, des tirs sporadiques se faisaient toujours entendre à la tombée de la nuit et même pendant la nuit de ce mercredi à jeudi. Quelques habitants des collines surplombant la ville de Bujumbura le confirment.

Suite à la décision du CNC, vous ne pouvez ni réagir ni commenter cet article.

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