Politique

Gihogazi : Des Inyankamugayo victimes d’une attaque sous les verrous

26/07/2019 Edouard Nkurunziza Commentaires fermés sur Gihogazi : Des Inyankamugayo victimes d’une attaque sous les verrous
Gihogazi : Des Inyankamugayo  victimes d’une attaque sous les verrous
Les quatre militants du CNL sont détenus dans les cachots du SNR au chef-lieu de la province Karusi.

Attaqués par des Imbonerakure la nuit du 14juillet, quatre Inyankamugayo de la colline Gasenyi en commune Gihogazi de la province Karusi ont été arrêtés et emprisonnés. Du côté des ’’meneurs du raid’’, personne n’a été inquiété. La colère est totale dans les familles des victimes comme dans leur formation politique.

Dossier réalisé par Edouard Nkurunziza et Fabrice Manirakiza

Nombre d’habitants de la colline Gasenyi ont fait leur déplacement pour le chef-lieu de la province Karusi ce lundi 22 juillet. Ils sont venus à pied, certains nu-pieds, engagés à défendre Renate Nzeyimana ainsi que ses trois fils. A savoir Jean Marie Nshigikiwenimana, Emmanuel Ndayisaba et Cyprien Gahungu. Les quatre sont incarcérés depuis près d’une semaine au commissariat de police à Karusi. Un officier de la police judiciaire(OPJ) a convoqué les témoins pour une instruction sur le dossier…

Parmi ces derniers, Edouard Nsavyamahoro, le petit frère des détenus. Iwacu le rencontre avec d’autres témoins au sortir de la séance d’interrogatoire avec l’OPJ. Leurs récits se recoupent…

L’attaque

C’était dimanche 14 juillet, vers 2h du matin, se rappelle Nsavyamahoro. Lui et Renate Nzeyimana, sa mère, dorment depuis quatre bonnes heures. D’un coup, il perçoit un bruit inquiétant. Des inconnus sont déjà dans la maison. Ils essaient de forcer la porte de sa chambre. Il se met à crier fort, appelant au secours. «J’étais terrorisé ». Dans l’autre chambrette, sa mère fait de même. Les cris déchirent la nuit.

Dans cette localité, les gens redoutaient quelque chose depuis la veille. Des rumeurs effrayantes circulaient. Au soir, le président du Cndd-Fdd dans la commune Gihogazi y avait tenu ‘’clandestinement’’ une réunion à l’intention des Imbonerakure. La population avait soupçonné que la réunion ait, en ligne de mire, l’arrestation de Jean Marie Nshigikiwenimana.

Ce chef de district du CNL (quatre communes) arrivait fraîchement de chez sa femme établie à Bujumbura. Sur sa colline, il était ‘’persona non grata’’ aux yeux des militants du Cndd-Fdd. Ainsi, la population redoutait quelque chose.

Jean Marie Nshigikiwenimana a été vite prévenu. Lui, ses frères et des voisins sont rentrés dans leurs maisons, tout en restant vigilants.
Les interventions ne tarderont pas. Aussitôt les cris, les trois fils de Renate Nzeyimana sont sur place. Des voisins accourent aussi rapidement. «Nous avons réagi immédiatement, nous pensions à des bandits. Ces derniers jours, les cas de banditisme sont légion dans notre localité », confie un jeune homme, l’un des voisins de Nzeyimana.

« Les attaquants : tous des Imbonerakure »

D’après les témoignages de ces voisins, dans la foulée, quatre agresseurs ont été attrapés. «Ils avaient forcé la maison et s’étaient introduits à l’intérieur. Ils avaient sur eux des armes blanches, des couteaux et des machettes. Ils voulaient visiblement commettre un meurtre».

Un cinquième attaquant sera très vite arrêté, dans la bananeraie, essayant de se sauver. «Ils étaient des dizaines. Certains sont entrés, d’autres sont restés dehors. Avec l’arrivée des secours, ces derniers ont pris la fuite».

Les attaquants se révèleront être tous des jeunes affiliés du parti au pouvoir. Entre autres un certain Pierre Vyandariye, président des Imbonerakure dans la zone Rusamaza, Albert et Désiré de la colline Gasivya et un certain Emmanuel de la colline Gasenyi.

Interrogés par la population, affirment des sources concordantes, ces jeunes hommes ont admis avoir voulu exécuter une mission de Fréderic Ndikiminwe, le président du Cndd-Fdd à Gihogazi.

Pour les habitants de Gasenyi, l’attaque chez Renate Nzeyimana peut être doublement interprétée. Mais dans tous les cas, poursuivent-ils, la cible principale était son fils. Soit, disent-ils, il s’agissait d’une sorte de piège : «Ceux qui étaient restés dehors allaient abattre Jean Marie Nshigikiwenimana quand il sortirait pour aller intervenir chez sa mère».

Ou alors les attaquants pensaient qu’il avait passé la nuit chez sa mère, comme il le faisait souvent. Ceux qui étaient restés dehors allaient alors bloquer les ‘’secouristes’’.

Arrestation des victimes et libération des attaquants

Au petit matin de dimanche, vers 6h, l’administrateur et le commissaire communal se rendent à Gasenyi pour s’enquérir de la situation. Ils interrogent les agresseurs sur place. Ces derniers répliquent qu’ils n’ont pas attaqué. Ils disent t qu’ils ont été arrêtés un à un et conduits de force au domicile de Nzeyimana par ses fils. «Ils ont tenté de les libérer, nous avons protesté», témoignent les habitants de la localité.

Par la suite, ils sont conduits au centre communal pour interrogatoire devant un OPJ. C’est vers 11h. La population est toujours nombreuse là-bas, elle attend la suite du dossier.

Autour de 16h, les agents du service de renseignement à Karusi débarquent sur place. «Ces derniers n’ont interrogé que la victime et ses fils. Nous avons vu qu’il y a anguille sous roche». La population veillait. «Ils nous ont ensuite dispatchés en groupes. Les provocateurs d’un côté, les victimes de l’autre et les témoins encore dans un autre groupe. Ils nous ont pris en photos ».

Et puis, au bout d’un moment, une décision tombe. Les ‘’attaquants’’ ainsi que la victime et ses trois fils sont embarqués vers Gasenyi, le théâtre des attaques. Raison : évaluer les dégâts et instruire le déroulement des faits.

Selon les témoignages, la suite a confirmé les inquiétudes de la population. «Un espace de quelques minutes après leur départ, alors que j’étais dans un bistrot au centre communal, j’ai vu tous les 5 agresseurs entrer et commander de la bière», se rappelle un jeune homme vivant au centre de la commune Gihogazi.

En fait, confient des sources dignes de foi, au bout du chemin vers Karusi, précisément à la sous-colline Kigwati de la colline Ramba, le véhicule qui les emmenait s’est arrêté. L’ordre a été donné que les ‘’provocateurs’’ descendent. Ils devaient retourner au chef-lieu de la commune Gihogazi pour que leur cas soit traité là-bas. «Vous ne pouvez pas rester ensemble, vous vous agresseriez», aurait motivé un agent du SNR qui dirigeait cette opération. Ainsi, ils ont été libérés.

De leur côté, les victimes attendront que le véhicule prenne le chemin de Gasenyi comme promis, en vain. Elles ont été conduites manu militari dans les cachots du SNR à Karusi. Là, on aurait d’eux exigé d’accepter que ce sont eux qui ont pris en otage les jeunes Imbonerakure, un à un, alors que ces derniers rentraient chez eux.

«Ils sont victimes de la politique»

A Karusi, les militants du CNL se disent pourchassés

Les quatre victimes ont été finalement transférées, mercredi 17juillet, dans les cachots du commissariat de police où ils croupissent actuellement. Leur dossier est encore vide. Quant aux ‘’attaquants’’, ils restent libres.

Les responsables locaux du parti CNL se disent outrés. Ils dénoncent une détention aux mobiles politiques. «Tous les quatre sont des militants de notre parti», reconnait un des responsables du CNL. Pour lui, aucune autre raison ne justifierait l’emprisonnement des victimes d’une attaque, d’autant plus que même les auteurs avaient été appréhendés. Ils demandent leur libération et l’arrestation des ’’meneurs du raid’’.

Contacté, Frédéric Ndikiminwe, le président du Cndd-Fdd en commune Gihogazi a soutenu ne pas être au courant de ce cas. Interrogé sur l’accusation de sa responsabilité dans l’attaque, il a répondu, avant de nous raccrocher au nez: «Nous n’en savons rien. Le dossier est dans les mains de la justice. »

Au sujet de cette attaque, les récits des officiels divergent. Le commissaire communal de la police à Gihogazi soutient que deux groupes de jeunes gens, l’un des militants du CNL et l’autre des Imbonerakure, se sont rencontrés lors d’une patrouille. Par ruse, indique Julien Nisubire, les militants du CNL ont emmené ces Imbonerakure dans une maison, non loin de là. «Ils les ont pris en otage et ont commencé à les tabasser. Ils se disaient attaqués».

Par la suite, les services de la documentation ont embarqué ceux qui se disaient attaqués. «Les Imbonerakure avaient été blessés, ils sont allés se faire soigner », conclut-il, soulignant ne pas être au courant de la suite.

Pour sa part, Alphonse Bukuru, le chef de la colline Gasenyi, lâche mordicus que les quatre attaquées sont victimes de leur parti. «Ils sont victimes de la politique. A cause de leur parti, ils sèment le désordre sur notre colline. Moi personnellement, ils ne m’obéissent pas ». A ce que je sache, tient-il à souligner, ce dimanche, les Imbonerakure s’étaient rendus chez eux pour les arrêter. Parce que parait-il, ils avaient encore été à l’origine d’un désordre.

>> Sur le même sujet : Ngozi/Karusi : La chasse aux représentants du CNL ?

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