Politique

Ngozi/Karusi : La chasse aux représentants du CNL ?

Ngozi/Karusi : La chasse aux représentants du CNL ?
En commune Gashikanwa, plusieurs représentants du CNL sont derrière les barreaux
26/07/2019 Fabrice Manirakiza Commentaires fermés sur Ngozi/Karusi : La chasse aux représentants du CNL ?

Plusieurs représentants du Congrès National pour la Liberté (CNL) sont derrière les barreaux dans les provinces de Ngozi et Karusi. Les militants de ce parti d’Agathon Rwasa parlent d’une chasse orchestrée par les administratifs à la base. Ces derniers rejettent ces allégations.

Dossier réalisé par Edouard Nkurunziza et Fabrice Manirakiza

Ngozi. Dans les zones Ngoma, Gatobo et Gashikanwa de la commune Gashikanwa, tous les représentants du CNL sont tous en prison. Pierre Mvuyekure, représentant du CNL dans la zone Ngoma, est incarcéré à la police judiciaire de Gashikanwa depuis le 17 juillet.

Les habitants de la colline Butaha accusent le chef de cette colline d’être derrière cette arrestation. «Ce dernier l’accuse de l’avoir impliqué dans la démolition de sa maison». La maison de ce représentant du CNL a été détruite le 15 juillet dernier. «Mvuyekure s’est lamenté contre certains Imbonerakure et a aussi cité le chef de colline. Ce dernier a porté plainte».

Mercredi, le chef de zone a convoqué Pierre Mvuyekure. «Sans même prendre le temps de l’écouter, il a été conduit manu militari à la police judiciaire de Gashikanwa», indiquent des militants du CNL.

D’après ces derniers, le nœud de l’affaire se trouve ailleurs. «Le CNL a acheté une parcelle sur la colline Butaha pour y ériger une permanence. Ce qui n’a pas du tout plu aux Imbonerakure. Pierre Mvuyekure est en train de construire tout près de cette parcelle». Comme Pierre Mvuyekure fabriquait des briques, poursuivent-ils, nous avons voulu en profiter pour les fabriquer ensemble afin que les Imbonerakure ne viennent pas les endommager.

«Les jeunes du parti au pouvoir ont eu vent de notre stratagème d’où la démolition de sa maison». D’après des témoignages recueillis, confirmés par des messages audio, il aurait déjà reçu plusieurs menaces lui intimant l’ordre de quitter le CNL.
Ce même jour, la maison d’un autre militant du CNL, Pascal Minani, a été vandalisée pendant la nuit, alors qu’il était à l’intérieur avec sa famille. «Les Imbonerakure ont lancé des cailloux sur le toit. Plusieurs tuiles ont été endommagées.»

Samedi le 20 juillet, sur cette même colline, Innocent Nsabimana, chef de la ligue de la jeunesse du CNL dans la zone, a été arrêté par le chef de zone Ngoma et le chef de colline. «Il s’était indigné du comportement du chef de colline qui avait arraché un banc où les habitants venaient souvent s’asseoir pour discuter. Ce banc se trouvait tout près du bistrot de ce militant du CNL», racontent ses camarades.

«Ils ont été emprisonnés parce qu’ils avaient commis des crimes», se défend Gervais Miburo, chef de colline Butaha. Selon lui, Pierre Mvuyekure a menti en disant que c’est lui et le chef des Imbonerakure dans la zone qui sont derrière la destruction de sa maison. Quant à Innocent Nsabimana, poursuit-il, il m’a insulté, traité de fou. «Ces crimes se sont passés sur la place publique. En tant que chef de colline, je ne pouvais pas tolérer cela».

Pour lui, ces militants du CNL se cachent derrière leur appartenance politique. Il affirme que tous les partis politiques cohabitent pacifiquement sur sa colline. «Pierre Mvuyekure est parmi mes conseillers collinaires, mais c’est un irréductible. Il conteste tout le temps les décisions du Conseil collinaire».

«Un représentant du CNL, un ennemi»

Frédéric Rwasa a été arrêté après les échauffourées de Gitanga

Mardi 16 juillet, les Imbonerakure ont fait une descente sur la sous-colline Kayaga, colline Gitanga de la zone Gatobo. Ils ont arrêté Frédéric Rwasa, le représentant du CNL dans la zone Gatobo, rapportent les représentants du CNL en commune Gashikanwa. «Ils voulaient aussi arrêter Bosco Kwizera, secrétaire de la Ligue des jeunes, mais il s’est enfui. Aujourd’hui, il vit toujours en clandestinité», renchérissent des habitants de Gitanga.

Avec 5 autres militants du CNL, ils sont incarcérés à la police judiciaire de Ngozi. Les militants du CNL se demandent pourquoi leur camarade a été appréhendé. «Si c’est pour les échauffourées qui ont éclaté le lundi 15 juillet sur la colline Gitanga, cela serait une injustice notoire. Notre représentant n’était pas sur cette colline ce jour-là».

Quant à Léonard Bizimana, représentant du parti CNL dans la zone Gashikanwa, il est détenu à la prison centrale de Ngozi depuis juin dernier avec 3 autres militants du CNL et 3 personnes qu’on dit être des Imbonerakure. «Lors de leur arrestation, ils ont été accusés de posséder de gros bâtons. Notre représentant est accusé d’avoir donné aux CNL des bâtons pour se défendre contre les Imbonerakure». Selon des informations recueillies à Ngozi, tous les 6 ont été blanchis, mais ils n’ont pas encore été relâchés.

«Lorsque tu es nommé représentant du CNL dans une zone ou sur une colline, tu deviens automatiquement ennemi des administratifs. Ces derniers disent qu’ils ne veulent pas d’une administration parallèle», se plaignent les militants du CNL.

Et de poursuivre : «Nous avons donné, de bonne foi à l’administration, la liste de nos représentants sur les collines. Nous pensions que l’administration voulait qu’ils se connaissent et collaborent. Finalement, c’était une ruse afin de mieux les museler et les persécuter».


Karusi/ Grogne sur la détention de trois représentants

Le représentant provincial du CNL, celui de district (représentant le CNL en quatre communes) à Karusi et le secrétaire du mouvement des jeunes de ce parti dans la région Buyenzi sont emprisonnés au cachot du commissariat de police à Karusi. Les Inyankamugayo dénoncent un «acharnement politique ».

Accusé de tenue d’une réunion illégale, puis de complicité avec l’auteur de menaces envers les autorités, Nathan Barampama est detenu au commissariat de police à Karusi depuis le 25 mai.

Entre autres détenus, Nathan Barampama. Ce représentant du Congrès national pour la liberté(CNL) en province Karusi est arrêté le mardi 25 mai. Il est, alors, accusé de tenir une réunion illégale. Neuf jours après, le dossier change. Il est accusé de complicité avec un propriétaire d’un numéro de téléphone aux ‘‘messages menaçants’’ envers les autorités provinciales. Il plaidera non coupable…

Recherché, le prétendu propriétaire du numéro sera appréhendé par la police. Philibert Ndihokubwayo, secrétaire du mouvement des jeunes du CNL dans la région de Buyenzi est arrêté le matin du 26 juin. Finalement, l’auteur des messages, utilisateur du ‘’numéro-terreur’’, se révèlera un Burundais basé en Afrique du Sud.

Les espoirs brisés

Avec l’identification de cet auteur des ‘’menaces’’, Nathan Barampama et Philbert Ndihokubwayo se disaient, sans hésitation, convaincus de leur libération. «La justice burundaise va sûrement passer par l’Interpol pour arrêter le vrai coupable », se disaient-ils en eux-mêmes.

Un espoir vite brisé. Le 28 juin, au lendemain de leur comparution devant le procureur de la République à Karusi, Nathan Barampama reçoit l’ordonnance de sa mise en détention préventive. «On ne comprenait pas.

Barampama devait plutôt être libéré dans l’immédiat. Car même ladite complicité n’était pas prouvée», s’indigne un membre de sa famille.
Pour sa part, Ndihokubwayo attendra le lundi 8 juillet, dix jours plus tard, pour recevoir l’ordonnance. La chambre de conseil du 3 juillet avait décidé qu’il reste provisoirement emprisonné.

Deux chefs d’accusation ont été retenus contre eux. A savoir l’«outrage envers les détenteurs de l’autorité publique» ainsi que les «actes de terrorisme et complicité». Désemparés, ils vont interjeter l’appel devant la Cour d’appel de Gitega.

«Ils ont un seul objectif : nous empêcher de battre campagne »
Dans les familles de ces détenus, la colère est à son comble. Parmi les militants du CNL à Karusi, également. Selon les témoignages en effet, aucune suite de la part des autorités judiciaires de Karusi n’a été accordée à l’appel. Les détenus apprendront plus tard, le lundi 22 juillet, que c’est parce que le parquet de Karusi n’a pas été signifié du recours.

Les proches de Philbert Ndihokubwayo accusent le secrétaire du Cndd-Fdd à Karusi d’être derrière sa détention, il sera appréhendé un mois après

«Ce n’est pas une raison», estime un responsable du CNL à Karusi. A ses yeux, simplement, il y aurait des autorités qui ne veulent pas que les dossiers des deux Inyankamugayo soient transmis à la Cour d’appel.
Cela d’autant plus que, rappelle-t-il, même sans recours, après signification de l’ordonnance de mise en détention préventive, ils devraient être automatiquement transférés à la prison de Gitega. D’ailleurs, pourtant notifiés après Barampama et Ndihokubwayo, deux rounds de détenus ont déjà bénéficié de ce transfert.

A Gitega, analysent des sources concordantes, le procès serait plus ou moins équitable. «Il faut que leurs cas restent traités à Karusi où les décisions  peuvent être influencées par des autorités locales».

Parmi ces autorités qui «handicaperaient» ce transfert, ces sources pointent du doigt notamment Stanislas Manirakiza, secrétaire du Cndd-Fdd en province Karusi. «Lui et d’autres responsables provinciaux du Cndd-Fdd n’ont qu’un seul objectif : tout faire pour empêcher aux représentants du CNL de battre campagne lors des prochaines élections».

Hormis cet objectif, un membre de la famille de Philbert Ndihokubwayo dénonce un autre plan de ce secrétaire provincial du parti de l’aigle : «Depuis le recrutement de Ndihokubwayo par l’OBR, Manirakiza a toujours une dent contre lui. Il a dit publiquement qu’il ne ménagera aucun effort pour lui faire perdre son emploi. Il ne digère pas qu’un opposant ait un tel job ».

Dans tous les cas, s’accordent à dire nos sources, toute accusation qui a pour base l’utilisation du fameux numéro téléphonique reste sans fondement. Car ledit numéro envoie toujours les messages, alors que les deux accusés sont les verrous.

Les accusés rejettent les allégations

Interrogé à ce propos, Stanislas Manirakiza rejette en bloc toutes ces accusations. «Est-ce le parti qui emprisonne des gens? », nous a-t-il répondu sèchement. «Qu’est-ce que serait cette Justice qui se laisserait influencer par un parti politique ? Elle n’en serait pas une».

Pour lui, ce n’est pas logique qu’on veuille lui attribuer des
‘’compétences’’ qui le dépassent. Tout faire pour que Ndihokubwayo perde son emploi à l’OBR? «Je n’ai rien contre lui. Par ailleurs, j’ignore même l’emplacement et l’organisation de l’OBR.»

Quant au refus de transfert des dossiers des deux détenus, représentants du CNL, François Harerimana, procureur de la République à Karusi, dément cette allégation. «Qui vous a dit cela ? La réalité est tout autre, vous pouvez vous informer auprès de leur avocat», a-t-il martelé sans plus de commentaire…

A côté des deux ‘’gros poissons’’ au dossier commun, un autre représentant du CNL dans cette province sera arrêté, un peu après. Jean Marie Nshigikiwenimana,chef du district composé des communes de Gihogazi, Gitaramuka, Bugenyuzi et Buhiga est incarcéré depuis le 15 juillet, avec sa mère ainsi que ses deux frères.

>> Sur le même sujet : Gihogazi : Des Inyankamugayo victimes d’une attaque se retrouvent sous les verrous

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