Elections 2020

Elections collinaires : un scrutin émaillé d’irrégularités en mairie de Bujumbura

08/09/2020 Felix Haburiyakira Commentaires fermés sur Elections collinaires : un scrutin émaillé d’irrégularités en mairie de Bujumbura
Elections collinaires : un scrutin émaillé d’irrégularités en mairie de Bujumbura
Faible affluence des votants à Nyakabiga.

Certains candidats et électeurs dénoncent les manquements qui ont caractérisé ledit scrutin. Ils pointent du doigt la violation du caractère indépendant des candidats et le changement brusque des consignes de vote.

Sur le marathon électoral entamé le 20 mai dernier avec le triple scrutin à savoir la présidentielle, les législatives et les communales, le rideau est tombé avec les élections collinaires tenues le 24 août. Selon les candidats, les élections dans les quartiers de la ville de Bujumbura ont connu une très faible participation des électeurs. Et pour cause, disent certains électeurs, le changement brusque des consignes de vote par la Ceni. Des irrégularités épinglées par certains candidats.

« Je déplore la manière dont le scrutin s’est déroulé. J’ai épinglé plusieurs irrégularités. Certains candidats ont été écartés de la course sans motif valable. Des mandataires ont été chassés ou intimidés», se lamente N.B. qui s’est fait élire dans l’un des quartiers du nord de la mairie de Bujumbura.

En outre, il souligne que le caractère indépendant des candidats a été battu en brèche. Pour rappel, contrairement aux autres élus, les conseillers de colline ou de quartier ne sont pas choisis sur la base des listes des partis politiques. «Tous les candidats se présentent à titre indépendant», précise le code électoral en son article 170. En outre, poursuit-il, il y a eu violation de l’article 175 qui stipule que « l’électeur se rend directement dans l’isoloir et inscrit, à l’envers sur son bulletin, trois noms choisis parmi les candidats ». Mais, tient-il à nuancer, la loi ne dit pas qu’inscrire un ou deux candidats rend le bulletin nul. La même disposition précise plutôt que « tout bulletin comportant plus de trois noms est réputé nul ».

«C’est une astuce qui a été faite en faveur du parti au pouvoir qui avait aligné au moins trois candidats », fait remarquer B.G. qui était candidat dans l’un des quartiers de la commune Muha, au sud de la capitale économique.

A.M., qui s’est fait élire dans l’un des quartiers de la commune Mukaza, évoque une autre irrégularité observée lors du décompte des voix : « Ces dernières dépassent de loin le nombre d’électeurs dans certains bureaux de vote. Le résultat des urnes ne reflète pas le choix des électeurs.»
Il émet des inquiétudes quant à la gestion des quartiers : « Si la population n’a pas confiance en ces élus, il y a risque de désobéissance.»

Faible participation

Nombre de personnes rencontrées n’ont pas pu voter. En cause, la décision de la Ceni de voter sur les centres où ils se sont fait inscrire.
« La Ceni a changé les règles du jeu. Cela a dérouté et même découragé certains électeurs », déplore Thaddée Ndiho, un électeur dans la commune Ntahangwa.

Dans certains quartiers, on prédisait les vainqueurs. Comme en témoignent les propos d’un des candidats dans la commune Muha : « Quoi que vous fassiez, la victoire m’appartient.» Cela a découragé certains électeurs.

Les observateurs s’accordent à dire que le scrutin s’est déroulé dans le calme. Jean Marie Nduwimana de PISC-Burundi indique que le processus s’est bien déroulé en général, malgré quelques irrégularités observées ici et là. Mais il soutient qu’elles ne sont pas de nature à compromettre les résultats du scrutin. Quant à ces irrégularités, il évoque les candidats rayés des listes sans que les Commissions électorales communales indépendantes (CECI) leur fournissent les raisons.

Il ajoute des malentendus entre les candidats et les agents électoraux sur les listes électorales. Et de faire remarquer que ces élections revêtent un caractère particulier : «Les électeurs et les candidats se connaissent. »

Quant à la faible participation dans la mairie de Bujumbura, cet activiste de la société civile fustige cette attitude. Il pense que certains électeurs auraient été déçus par les résultats des premières élections. D’autres déconsidèrent ce scrutin. Il estime que chaque processus électoral a son importance en démocratie. Et de les interpeller de ne négliger aucun scrutin.

Sulpice Nkurikiye : « Ils ignorent effectivement l’importance et le rôle d’un chef de colline ou d’un chef de quartier.»

« Les élections collinaires se sont déroulées dans la paix et la sécurité », affirme Sulpice Nkurikiye, coordinateur général et porte-parole de l’Observatoire nationale des élections et des organisations pour le progrès au Burundi (Onelop-Burundi). Il indique que les observateurs ont constaté que les électeurs ont négligé ces élections. « Il n’y a pas eu d’engouement comme pour les élections précédentes ». Et d’expliquer : «Ils ignorent effectivement l’importance et le rôle d’un chef de colline ou d’un chef de quartier. C’est une personnalité importante dans le développement durable d’une colline ou d’un quartier lorsqu’elle est assez animée de bonne foi.»

M. Nkurikiye constate quelques irrégularités : « Il y avait des électeurs qui venaient élire dans un bureau de vote alors qu’ils se sont fait enrôler dans un autre quartier qu’ils n’habitent pas. Des candidats qui alignent des gens qui aident à écrire ceux qui ne savent pas écrire. Par conséquent, il pouvait y avoir des cas de tricherie.»

Des incidents mineurs

Un des membres de la Ceci dans l’une des communes de la mairie de Bujumbura, sous couvert d’’anonymat, épingle quelques partis politiques qui ont violé le caractère indépendant des candidats en alignant les leurs. Certains électeurs ont boycotté le scrutin, car les candidats qu’ils espéraient élire ont été rayés des listes électorales sans motif valable. Certains candidats n’avaient pas de mandataire. Et les observateurs étaient absents dans plusieurs bureaux de vote.

Toutefois, il estime que les élections collinaires se sont bien déroulées. Et d’insister : « Ces incidents ne sont pas de nature à compromettre le scrutin.»

Quant à Pierre Claver Kazihise, président de la Ceni, il a affirmé que tout le processus électoral s’est bien déroulé, lors d’une retraite qu’il a organisée à l’intention des commissaires et du staff de la Ceni, mercredi 2 septembre à Gitega. Il promet de faire une évaluation de tout le processus, scrutin par scrutin.

Suite à la décision du CNC, vous ne pouvez ni réagir ni commenter cet article.

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