Politique

Contributions aux élections  : Une collecte qui fâche à Rumonge

26/12/2018 Edouard Nkurunziza Commentaires fermés sur Contributions aux élections  : Une collecte qui fâche à Rumonge
Contributions aux élections  : Une collecte qui fâche à Rumonge
Les conducteurs dénoncent les contributions pour les véhicules.

Les citadins et commerçants de Rumonge ne décolèrent pas. Ils dénoncent le caractère obligatoire des contributions aux élections de 2020. Ils estiment les montants très élevés. Pour l’administration, les contributions se font de manière volontaire. Reportage.

Mardi 18 décembre, la ville de Rumonge est animée. Des commerçants, des conducteurs des transports, les motards, la ville grouille d’activité.
Devant leurs échoppes, des hommes et des femmes sourient, accueillent chaleureusement leurs clients. Des rabatteurs, des aides chauffeurs, des motards, hèlent ici et là les clients. De belles musiques jaillissent des studios d’enregistrement…

Pourtant, curieusement, ces citadins ne sont pas aussi sereins. Dans les boutiques, sur les parkings, ils guettent l’arrivée d’un des agents chargés de la collecte des contributions de 2020. «Ils sont nombreux, ils te coincent n’importe quand», confie un laitier, tous les sens en alerte. Là, un motard qui ne s’est pas encore acquitté de la contribution pour sa moto, voit un collecteur et se faufile dans la foule…

Les endroits les plus prisés pour la collecte sont les entrées nord et sud de la ville. Les reçus des contributions constituent, pour les transporteurs, leur laissez-passer aux barrières érigées.

«Une mesure unilatérale»

D’après les transporteurs et les commerçants interrogés, la collecte a débuté dans la deuxième semaine du mois de décembre. «Nous avons vu des kokayi (rabatteurs), certains de nos représentants dans l’association des chauffeurs de Rumonge au parking avec des reçus», indique N.L., un chauffeur, déplorant que les collecteurs soient «arrivés à l’improviste pour demander de l’argent».

Le plus dur commençait. Dès lors, impossible de travailler si on n’a pas sur soi la preuve des contributions. Selon N.L., un taxi-voiture doit payer 10 mille BIF et recevoir en retour cinq reçus, chacun pour deux mille BIF. Les transporteurs des bus contribuent à hauteur de 12 mille BIF. Si un chauffeur n’exhibe pas ces reçus, son véhicule est saisi jusqu’à ce qu’il s’acquitte de ces frais.

Ce chauffeur dénonce une mesure «unilatérale» de fixation des montants pour les contributions. «Les transporteurs ignorent son origine». Il estime qu’au regard de leur situation financière précaire, ces sommes sont trop élevées. «Etant donné que nous avions déjà contribué au niveau de nos ménages respectifs, à raison de 2 mille BIF chacun». N.L. soutient qu’il devrait y avoir au préalable un consensus pour que chacun puisse donner sa contribution à la hauteur de ses moyens.

Un autre conducteur affirme ne pas comprendre l’exigence des contributions pour les véhicules. Ceux-ci versent régulièrement des impôts. Ainsi, si son propriétaire a déjà payé pour le ménage, il devient incompréhensible et injuste qu’il lui soit exigé encore des contributions pour le véhicule.

Les commerçants, eux, s’offusquent contre une manière de «collecte bizarre, qui cache des magouilles». Marc (nom d’emprunt), l’un d’eux, soutient que ceux qui font la collecte dans les échoppes usent de méthodes qui créent la suspicion.

«Quand ils arrivent, ils évaluent du regard le contenu de ta boutique, de ton magasin…Ils regardent la nature des articles que tu vends, leur volume… et fixent sur place le montant qui t’est exigé», fait-il savoir «Si tu contestes, vous négociez. Ils peuvent t’avoir demandé par exemple 20 mille, mais à force de négocier, ils descendent même jusqu’à moins de 10 mille».

Si ces collecteurs de contributions sanctionnent les frais versés par des reçus, les commerçants doutent de leur authenticité.
Marc tient à préciser néanmoins que le gouverneur en personne a déclaré, lors de la remise des reçus aux représentants de différentes associations, que «chaque boutiquier devait contribuer à hauteur de 10 milles francs burundais».

Ces citadins de la province Rumonge demandent que la collecte se fasse d’une manière transparente. Les contributions doivent aussi retrouver leur caractère volontaire.

Eclairage du gouverneur de la province

Juvénal Bigirimana : « Tu ne peux pas attendre que le contributeur vienne de lui-même. »

Le gouverneur Juvénal Bigirimana ne nie pas la réalité de ces contributions dans sa province, y compris les montants dénoncés. Par contre, concernant le caractère unilatéral et obligatoire des contributions, M Bigirimana est clair «Tu ne peux pas attendre que le contributeur vienne de lui-même. Il faut plutôt l’atteindre chez lui, lui faciliter la tâche dans sa volonté de contribuer».

Par exemple, dit-il, quelqu’un voudrait contribuer. Mais il trouve qu’il va falloir de l’argent de plus pour le déplacement jusqu’à la commune, il risque de renoncer. Il tient à démentir : «Contribue qui veut. La preuve est qu’il n’y a personne qui ait été arrêté, emprisonné pour n’avoir pas contribué».

S’agissant des montants élevés, le gouverneur de Rumonge nuance : «Les ménages de notre province ne sont pas comme tous les autres». Il s’agit des ménages qui ont des activités génératrices de revenus. Les gens qui exercent ces activités sont réunis dans des associations. Ainsi, la seule contribution de 2000 pour le ménage ne suffit pas. Les associations peuvent décider de contribuer en tant que telles, et leurs membres se retrouvent concernés par ricochet.

Selon Juvénal Bigirimana, «les représentants des associations des transporteurs et des commerçants ont demandé de contribuer volontairement. Nous avons accepté et leur avons délivré des carnets de reçus. On ne peut pas refuser de l’argent».

Cette autorité administrative affirme que les montants ont été fixés par les associations elles-mêmes à travers leurs représentants. «Nous avons une population fière, sûre d’elle-même». Cependant, il regrette qu’il y ait dans ces organisations des membres qui veulent nuire et qui grognent. Pour lui, il y a au Burundi des gens qui cherchent sans cesse l’échec des élections.

Les représentants de différentes associations qui font la collecte ont refusé de s’exprimer. L’un d’eux, le président de l’Association des Kokayi de Rumonge, a expliqué qu’ «il n’a pas le droit de donner une information sans l’aval de l’administrateur ou du gouverneur».

Contacté pour qu’il donne l’autorisation, Juvénal Bigirimana n’a pas été tendre avec les reporters d’Iwacu. «Je vous l’ai dit, vous cherchez la petite bête. Que voulez-vous encore ? Je vous ai tout dit, il (ce rabatteur) n’a rien à ajouter». Sous anonymat, l’un des kokayi collecteur a confié que la fixation des montants à collecter aurait été un ordre du gouverneur…

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