Dimanche 03 mars 2024

Société

Commune Mutimbuzi : Le calvaire de Joselyne Kwizera n’en finit pas

31/10/2023 1
Commune Mutimbuzi : Le calvaire de Joselyne Kwizera n’en finit pas
Joselyne Kwizera : Assise au bureau de la colline Kirekura tenant dans sa main un sac de boutures de manioc arrachées

Manque de moyens pour subvenir aux besoins de son enfant albinos, destruction méchante de ses champs de cultures, mauvais traitements… Quelques difficultés qu’endure Joselyne Kwizera, habitante de la colline Kirekura, commune Mutimbuzi, province Bujumbura. « Que justice lui soit faite », réclame l’association des albinos.

Tout commence après le décès de mon mari remontant à 5 ans. Etant la seconde femme, elle subit des menaces et des mauvais traitements de la part de Donatien Ntirampeba, fils-aîné de son mari défunt. Ce dernier la menaçant d’avoir mis au monde une albinos.

« J’ai été malmenée, maltraitée par ce garçon. A un moment donné, il est arrivé qu’il m’inflige des coups de pied chaque fois qu’il rentrait de l’école », raconte Mme Kwizera.
Suite à ces menaces et mauvais traitements, elle quitte le toit conjugal pour louer une maisonnette ailleurs sur la même colline. Mais au bout d’une année, la vie devient intenable.

Faute de moyens financiers, elle est incapable de payer le loyer et de satisfaire à ses besoins primaires et à ceux de son enfant. « J’ai décidé d’amener ma fillette chez sa grand-mère qui habite dans la commune Nyabihanga, province Mwaro ».
Elle retourne sur la colline Kirekura. Elle continue à y mener une vie misérable par manque de propriété à cultiver.

De son vivant, nous confie-t-elle, son mari avait donné à cette enfant albinos deux parcelles à exploiter pour la faire vivre et la scolariser. « Mais le fils-aîné de mon mari m’en refuse l’exploitation », se désole-t-elle.

De mal en pis

Au cours de cette saison culturale A, Joselyne Kwizera fait, comme d’autres agriculteurs, le labour dans l’une des parcelles qui mesure à peu près 30 m sur 30 m. Mais les choses se compliquent après le semis.

« J’ai planté des boutures de manioc dans cette parcelle. Malheureusement, le fils-aîné de mon mari les a arrachées au vu et au su de tout le monde en narguant même les gens qui le conseillaient de mettre fin à ce forfait. Les unes ont été jetées dans la rivière Kivogero, les autres ont été dispersées dans le champ. Il y a planté du maïs. Même les colocases plantées dans un autre lopin de terre ont été arrachées », raconte-t-elle en sanglotant.

Mme Kwezera a, par la suite, collecté ces boutures de manioc et les a déposées au bureau de la colline Kirekura. Elle a porté plainte auprès des notables mais Donatien Ntirampeba n’a daigné répondre à aucune convocation.

« Il m’a même dit qu’il ne se présentera jamais. Il se comporte comme un intouchable. Il se la coule douce. Il m’a narguée, disant que s’il advenait qu’il soit appréhendé qu’il passerait le temps de la rosée dans le cachot ».
Face à ce refus de comparution, fait savoir Joselyne Kwizera, les notables lui conseillent de déposer sa plainte au tribunal. Ces derniers, affirme-t-elle, l’ont aidée à formuler la plainte. Elle demande que justice soit faite et que le coupable soit puni conformément à la loi.

Pour rappel, le code pénal burundais dispose en son article 338 que : « sont punis d’une servitude pénale d’un mois à un an et d’une amende de cinquante mille à cent mille francs burundais, ceux qui, dans les endroits clôturés et non clôturés, ont méchamment détruit ou dégradé des arbres, des récoltes, des instruments d’agriculture ou d’autres biens, meubles ou immeubles, appartenant à autrui ».

L’article 339 du même code précise : « Quiconque a, sans même intention méchante, détruit ou dégradé, sans titre ni droit, les arbres des récoltes, des instruments d’agriculture ou d’autres biens, meubles ou immeubles, est puni d’une servitude pénale d’un mois à un an et d’une amende de dix mille à cent mille francs burundais, ou d’une de ces peines seulement ».

Par ailleurs, elle réclame que son enfant soit protégée et qu’elle jouisse des biens et propriétés foncières au même titre que les autres enfants laissés par son père.
« Que les biens et les propriétés foncières soient partagés afin que mon enfant reçoive sa part », insiste-t-elle.

L’association Albinos sans frontières se dit préoccupée

Anicet Bangirinama, représentant légal de l’association Albinos sans frontières au Burundi, se dit préoccupé par la situation de Joselyne Kwizera et de son enfant.
Ce défenseur des droits des albinos fait savoir qu’il a été alerté par Mme Kwizera. Il promet de faire une descente sur le terrain pour se pencher sur la question. « Nous envisageons de réunir les parties au conflit et d’autres intervenants tels que l’administration et les médiateurs collinaires pour dégager des solutions afin de préserver les droits de cette enfant albinos ».

Quant à Egide Ntakarutimana, chef de la colline Kirekura, il dit être au courant du dossier. Mais, il ne précise pas les mesures prises à l’endroit de Donatien Ntirampeba qui a fait fi de la convocation des notables collinaires.

« J’ai dépêché sur les lieux le moniteur agricole pour constater et évaluer les dégâts dans le but d’indemniser la victime ». Et de préciser qu’il a encouragé la victime à porter l’affaire devant la juridiction compétente.

« Le reste des boutures de manioc se trouvant dans les bureaux de la colline constituent un élément de preuve d’une infraction », fait-t-il remarquer, avant de promettre : « Nous allons plaider et témoigner en faveur de la victime. »

Contacté à propos de ces accusations, Donatien Ntirampeba s’est gardé de tout commentaire.

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1 réaction
  1. hakizimana jean capistran

    None ko mwanditse ko haheze 5 ans umugabo apfuye nkaba mbona umengo ahetse uruyoya biri gute?

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