Jeudi 30 mai 2024

Société

Déplacés de Mutimbuzi : une délocalisation saluée par les uns, mais inquiétante pour les autres

02/11/2022 Commentaires fermés sur Déplacés de Mutimbuzi : une délocalisation saluée par les uns, mais inquiétante pour les autres
Déplacés de Mutimbuzi : une délocalisation saluée par les uns, mais inquiétante pour les autres
Une des maisonnettes construites en tente dans le site Sobel.

Lors de l’émission des porte-paroles des institutions du 30 septembre à Kayanza, celui du ministère de l’Intérieur a fait savoir que les victimes des inondations de la commune Mutimbuzi seront délocalisées vers les provinces Cibitoke et Rumonge. Une annonce différemment appréciée par ces déplacés.

Il est 8h dans la matinée du 25 octobre sur le site dit Sobel des victimes des inondations situé dans la zone Maramvya, de la commune Mutimbuzi, en province Bujumbura. Le ciel est nuageux.

Contrairement à d’autres jours, il s’observe peu de mouvements de gens. Quelques petits enfants jouent dans les allées séparant les tentes. D’autres y font la navette. Des vieillards sont assis devant leurs maisonnettes. Ces dernières, construites en tentes, commencent à vieillir. Pour la plupart, les tentes qui servent de murs sont trouées. L’on peut penser que certains déplacés ont quitté le site.

« Non. Avec la tombée des pluies de ce week-end, la plupart des gens sont dans les champs pour planter. D’autres sont au travail dans la ville de Bujumbura ou ailleurs. Ils vont revenir le soir. Les écoliers et les élèves sont en classe dans différentes écoles de la zone Maramvya», tranquillise un sexagénaire.

Certains déplacés s’inquiètent

«Nous vivons de l’agriculture. Qu’on nous rassure que nous aurons des lopins de terre à cultiver pour survivre. Quel sera le sort de nos propriétés ? Est-ce qu’on ne risque pas de nous installer sur des terres arables ? », s’inquiète et s’interroge Célestin ayant des champs de culture dans la localité de Ruvyagira. Certains déplacés se montrent réticents quant à l’annonce du porte-parole du ministère de l’Intérieur. Ils demandent qu’ils soient réinstallés dans leurs localités d’origine afin qu’ils continuent à exploiter leurs propriétés.

« Comme promis à plusieurs reprises, il faut que la Rusizi soit curée et protégée par une digue afin que l’eau n’envahisse plus nos habitations. Nous ne pouvons pas laisser derrière nous nos propriétés », réclament-ils. Et de regretter que les travaux de protection des berges de la Rusizi tardent à commencer alors que les pluies diluviennes sont pour bientôt.

Par ailleurs, ils évoquent des problèmes d’adaptation. Selon eux, il sera difficile à celui qui est habitué à vivre dans la région d’Imbo de s’adapter dans une autre région. Et souligner leurs préoccupations : « Y a-t-il des garanties pour nos conditions de vie, en l’occurrence la scolarisation de nos enfants, les soins de santé ? »

Des conditions de vie précaires

Une autre catégorie de déplacés déplore les conditions de vie qu’ils endurent au quotidien. L’hygiène reste précaire. Les allées séparant les maisonnettes sont remplies de saletés de toutes sortes. Les eaux usées stagnent dans les petits caniveaux. Les mouches grouillent. Il se dégage une odeur nauséabonde. « Nos enfants sont attaquées par des maladies diarrhéiques et celles de la peau. Suite à une alimentation insuffisante, nous tombons souvent malades de la malaria», s’alarment-ils.

Ils dénoncent, en outre, le manque d’intimité, suite à l’exiguïté des maisonnettes. « C’est de la promiscuité dans le site. Les jeunes garçons sont exposés à la débauche. Les jeunes filles tombent dans les travers d’une vie sexuelle sans contrôle. Et les grossesses désirées ou non commencent à se manifester.» Ils demandent le démantèlement du site pour être réinstallés dans un autre endroit, espérant des lendemains qui chantent avec des habitations plus ou moins décentes.

L’administration locale tranquillise

Selon Hussein Ntahetwa, chef de zone Gatumba, des descentes ont été effectuées, la semaine dernière, dans les localités de Kinyinya I et II et dans le site Sobel pour informer les victimes des inondations du projet de les délocaliser. Il s’en suivra, précise-t-il, des séances de sensibilisation et d’écoute des doléances.

Interrogé sur les inquiétudes des uns sur leurs propriétés, M. Ntahetwa tranquillise : « Les inquiétudes des uns et des autres seront étudiées. Si des particularités s’observent, elles seront analysées au cas par cas », avant d’ajouter : « Ceux dont le milieu est devenu sec pourront y retourner.»
Pour rappel, en ce qui concerne les digues de protection des berges de la rivière Rusizi, le porte-parole du ministère de l’Intérieur avait fait savoir, au cours de l’émission, que des études avaient été faites et que des moyens seront donnés par le PNUD. Il avait précisé qu’on était en train de voir s’il fallait protéger toute la rivière ou certains points jugés critiques.

A nos chers lecteurs

Nous sommes heureux que vous soyez si nombreux à nous suivre sur le web. Nous avons fait le choix de mettre en accès gratuit une grande partie de nos contenus, mais une information rigoureuse, vérifiée et de qualité n'est pas gratuite. Nous avons besoin de votre soutien pour continuer à vous proposer un journalisme ouvert, pluraliste et indépendant.

Chaque contribution, grande ou petite, permet de nous assurer notre avenir à long terme.

Soutenez Iwacu à partir de seulement 1 euro ou 1 dollar, cela ne prend qu'une minute. Vous pouvez aussi devenir membre du Club des amis d'Iwacu, ce qui vous ouvre un accès illimité à toutes nos archives ainsi qu'à notre magazine dès sa parution au Burundi.

Editorial de la semaine

La Crédibilité de la Ceni en Jeu

Le train des élections de 2025 (communales et législatives) et de 2027 (présidentielles) est déjà en marche. La Commission Électorale Nationale Indépendante (Ceni) se dit à l’œuvre. Depuis février, elle a déjà mené plusieurs activités. Le nouveau Code Électoral a (…)

Online Users

Total 2 786 users online