Ils sont venus au coin du feu

Au coin du feu avec Léonard Nyangoma

10/08/2019 Egide Nikiza Commentaires fermés sur Au coin du feu avec Léonard Nyangoma
Au coin du feu avec Léonard Nyangoma

Dans le Burundi traditionnel, le soir, au coin du feu, la famille réunie discutait librement. Tout le monde avait droit à la parole et chacun laissait parler son cœur. C’était l’heure des grandes et des petites histoires. Des vérités subtiles ou crues. L’occasion pour les anciens d’enseigner, l’air de rien, la sagesse ancestrale. Mais au coin du feu, les jeunes s’interrogeaient, contestaient, car tout le monde avait droit à la parole. Désormais, toutes les semaines, Iwacu renoue avec la tradition et transmettra, sans filtre, la parole longue ou lapidaire reçue au coin du feu. Cette semaine, au coin du feu, Léonard Nyangoma.

Votre qualité principale ?

Constance et persévérance de conviction pour les bonnes causes

Votre défaut principal ?

Très confiant dans l’avenir

La qualité que vous préférez chez les autres ?

L’honnêteté

Le défaut que vous ne supportez pas chez les autres ?

Trahison et perfidie

La femme que vous admirez le plus ?

Ma femme (mais la question est personnelle)

L’homme que vous admirez le plus ?

Fidèle Castro (personnelle)

Votre plus beau souvenir ?

La victoire de notre candidat aux présidentielles le 1er juin 1993

Votre plus triste souvenir ?

Le coup d’Etat sanglant et l’assassinat du Président Ndadaye Melchior le 21 octobre 1993

Quel serait votre plus grand malheur ?

Le Burundi en régression

Le plus haut fait de l’histoire burundaise ?

La victoire des guerriers burundais de Mwezi Gisabo contre les envahisseurs esclavagistes arabes conduits par Rumaliza

La plus belle date de l’histoire burundaise ?

Le 1er juillet 1962 et le 1er juin 1993

La plus terrible ?

Le 29 avril 1972 et le 21 octobre 1993

Le métier que vous auriez aimé faire ?

Professeur

Votre passe-temps préféré ?

Marche et lecture

Votre lieu préféré au Burundi ?

Rutundwe ma colline natale

Le pays où vous aimeriez vivre ?

Le Burundi

Le voyage que vous aimeriez faire ?

Vietnam, Cuba ou Danemark

Votre rêve de bonheur ?

Une Afrique digne, unie, prospère et indépendante

Votre plat préféré ?

Légumes et légumineuses

Votre chanson préférée ?

“CNDD n’Inama y’Igihugu Igwanira Demokarasi nyakuri”, l’hymne de mon parti

Quelle radio écoutez-vous ?

Je n’ai pas de préférence particulière pour telle ou telle autre radio; la plupart des médias sont devenus des médias mensonge, comme les nomme Michel Collon, des relais de la propagande des Etats ou des associations parfois téléguidées par des puissances impérialistes.

Deux exemples types vous suffiront: le cas du Burundi où tout medium plus ou moins indépendant a été banni de l’espace médiatique. D’un autre côté, connaissez-vous beaucoup de média en occident “démocratique” qui auraient dénoncé le mensonge américain quand une guerre dévastatrice a été engagée contre l’Irak de Saddam Hussein pour la fallacieuse et mensongère détention d’armes de destruction massive? Je pourrais en citer des tas d’autres cas, Libye, Côte d’Ivoire, etc.

Avez-vous une devise ?

Démocratie, Dignité et prospérité

Votre souvenir du 1er juin 1993 ?

Souvenir d’un mélange de bonheur d’une victoire éclatante pour un radical changement historique au Burundi et d’inquiétude que les forces rétrogrades et conservatrices allaient mal digérer et laisser advenir et se consolider ce changement qui les sevrait de juteux avantages illégaux et illégitimes indus.

Votre définition de l’indépendance ?

Je préfère expliquer l’indépendance et non la définir.

L’indépendance est un tout qui combine l’émancipation coloniale politique, économique, sociale et culturelle d’un peuple anciennement colonisé et dominé, quel que soit l’acteur exerçant ladite domination. Dans mes discours lors des commémorations de la date anniversaire de ‘indépendance du Burundi le 1er juillet, j’explique régulièrement la signification de l’indépendance.

L’indépendance, ce n’est pas seulement le drapeau, les armoiries ou l’hymne qui symbolisent et magnifient le pays. Il est plus juste de dire que tel pays est réellement indépendant si ses habitants s’auto-suffisent sur les plans alimentaires, énergétiques, économique, culturelle, etc.; quand ils peuvent disposer des ressources nécessaires à leur vie, sans devoir quémander et recevoir de l’assistance quasi vitale: c’est dire quand ils peuvent avoir des aliments suffisants propres à soutenir leur santé et même avoir des réserves ; quand ils ont un logement ; quand ils peuvent tous se faire soigner et poursuivre leurs études jusqu’aux limites de leurs potentialités, disposant de ce qui est communément appelé des services sociaux substantiels, et non de base.

C’est également quand ils ont leur identité culturelle propre : leur langue et leur religion non empruntées des autres (jusqu’à leurs noms); quand ils ont confiance en eux et ne tolèrent pas d’être dominés par des étrangers ou par quiconque y ressemble; quand ils défendent leur pays et consentent pour lui des sacrifices, jusqu’au sacrifice suprême en cas de nécessité. L’autre critère d’indépendance, c’est le fait que les citoyens aient droit à la parole et s’expriment librement, ce qui donne à leur pays une audience et une stature internationale respectables.

Les autres indices de l’indépendance d’un pays sont : le degré de patriotisme dont font preuve les citoyens dans leur vie quotidienne ; l’unité entre les gens, entre les régions et les groupes sociaux (souvent qualifiés faussement des ethnies) qui le composent. Nous insistons sur cette question de l’unité au sein de la population, car, toutes les puissances colonialistes ont utilisé le principe colonial de diviser pour régner; la division “ethnique” notamment, afin de nous dominer pendant que nous nous entre-déchirions, comme ce fut le cas ici au Burundi; ces divisions nous ont laissé des séquelles qui n’ont pas encore tout à fait disparu ou plutôt sont exacerbées et exploitées à divers moments par des apprentis politiciens véreux en panne d’idées.

En résumé, l’indépendance est la conquête, puis l’état de l’exercice permanent et de la jouissance de la souveraineté sous toutes ses dimensions : politique, militaire, diplomatique, économique, monétaire, scientifique, sociale, culturelle, linguistique, spirituelle.

Votre définition de la démocratie ?

La démocratie dans un Etat souverain (car la démocratie est inconcevable dans un pays sous domination coloniale ou néocoloniale, cas actuel de la majorité des pays africains) peut être définie comme le pouvoir de décision de la majorité dans une collectivité donnée (entreprise, famille, école, colline, commune, syndicat, parti politique, nation…) sur toutes les questions intéressant la vie de cette entité ou collectivité.

Une véritable démocratie épouse deux formes complémentaires et indissociables : la démocratie politique au sens classique et la démocratie économique et sociale. La démocratie politique est la plus connue, elle est formalisée par les pactes internationaux des droits politiques et civils ; c’est par elle que les membres d’une collectivité désignent leurs dirigeants.

Si la démocratie politique va de pair avec les élections, ces dernières n’en sont qu’une des formes définitoires ou son expression; elle suppose également la tolérance des différences idéologiques, sociales, culturelles et politiques. Cette démocratie restera incomplète dans une collectivité, dans une société inégalitaire sans justice sociale ou sans justice tout court, en l’absence de ce qu’on nomme habituellement Etat de droits démocratique.

Un moment de convivialité avec l’ancien ambassadeur de la Tanzanie au Burundi en marge du dialogue à Ngurdoto.

Cela veut dire que la démocratie, pour être complète, doit se vivre réellement et permettre notamment une répartition équitable des richesses d’une collectivité, d’un pays ou du monde. La démocratie économique et sociale suppose la satisfaction des besoins sociaux de tous les membres de la collectivité. Ce genre de démocratie est fondé principalement sur la coopération entre les acteurs de la production.

La propriété des moyens de production cesse d’être monopolisée par une minorité : tout doit être mis en oeuvre pour que le pouvoir de décision soit partagé par le plus grand nombre de personnes concernées à travers des mécanismes de participation à la planification, à la gestion de la collectivité. Cette deuxième forme de démocratie, économique et sociale, est formalisée au niveau international par les pactes internationaux relatifs aux droits socio-économiques.

A titre d’exemple, nous pouvons considérer que les pays nordiques comme la Suède, le Danemark ont une bonne approche et combinaison des deux formes de la démocratie politique et socio-économique; ils ont les meilleurs indices de développement humain dans le monde. Parmi les pays du Sud, le pays qui pratique avec beaucoup de succès la démocratie socio-économique est le Cuba, malgré l’embargo économique injuste que lui impose la première puissance économique du monde depuis plus de 50 ans.

Ce petit pays, selon les rapports les plus récents du PNUD sur le développement, se classe parmi les dix premiers pays au monde ayant atteint les meilleurs indices de développement humain; il a fondamentalement réduit les inégalités sociales qui minaient le pays à l’époque des dictatures ou des démocraties de façade électoraliste.

Votre définition de la justice ?

La justice se définit comme un concept philosophique, juridique, moral fondamental en vertu duquel les actes humains doivent être sanctionnés ou récompensés en fonction de leur mérite au regard du droit, de la morale ou d’autres sources normatives de comportements dans une société. Quoique la justice soit un principe à portée universelle, le juste apparaît pouvoir varier en fonction de facteurs culturels.

En tant qu’institution, elle est jugée fondamentale pour faire respecter les lois de l’autorité en place, légitime ou pas. La justice est censée punir quiconque ne respectant pas une loi au sein de sa société avec une sanction ayant pour but de lui apprendre la loi et parfois de contribuer à la réparation des torts faits à autrui, au patrimoine privé ou commun ou à l’environnement. Mais, il faut comprendre par-là qu’une justice équitable ne peut fonctionner que dans un Etat souverain et démocratique. Un état de droit n’est pas nécessairement démocratique.

Si vous étiez président de la République, quelles seraient vos deux premières mesures

Voici les deux premières mesures que mon parti le CNDD appliquerait, dès le lendemain de notre victoire électorale. Il s’agira, dès le lendemain de la victoire, de mettre en route les mesures suivantes :

-Mesure pour restaurer un climat d’apaisement, de confiance et de sécurité dans tout le pays :

l’absence de mesures concrètes pour décrisper le climat politique telles la libération des prisonniers politiques, l’annulation des poursuites judiciaires engagées contre les leaders des partis membres de l’opposition, la dissolution immédiate des milices, l’annulation des faux congrès qui ont abouti à déposséder les partis de leurs véritables leaders et la dissolution de toutes les dissidences créées dans le cadre de cette politique dite de nyakurisation, le retour dans des conditions de sécurité et de dignité de tous les réfugiés et des leaders politiques et de la société civile encore en exil, etc.

-Organiser une conférence nationale de réconciliation pour jeter les bases et les fondements d’un Etat nouveau et moderne ;

Si vous étiez ministre de l’Education, quelles seraient vos deux premières mesures ?

Le ministre de l’éducation ne pourrait prendre que des mesures définies par son parti ou la coalition de partis dont il est membre.

Ainsi le ministre de l’éducation issu du CNDD prendrait les deux premières mesures suivantes :

-Porter le budget de l’éducation nationale, de la formation et de la recherche scientifique et technologique à 20% du budget national et déterminer, après une large consultation des acteurs clefs de la société burundaise, les besoins en formation à court, moyen et long terme et engager ensuite, avec les professionnels de l’éducation, des universités et de la recherche, une vaste réflexion sur la refondation de l’enseignement et de la recherche afin de déterminer les finalités, les programmes, les moyens et les modalités organisationnelles de la Nouvelle Ecole pour le Développement (NED).

– Connecter toutes les universités, les instituts d’enseignement supérieur, les lycées et les collèges au réseau internet. L’énergie solaire sera la source principale d’énergie.

Croyez-vous à la bonté humaine ?

La personne humaine est de naissance naturellement bonne. C’est la société qui corrompt l’homme, comme le philosophe français Rousseau l’a bien dit ou alors l’adage kirundi selon lequel ubana na suneba agusuneba nkawe

Pensez-vous à la mort ?

Ce n’est pas ma préoccupation première sinon j’arrêterais d’agir!

Si vous comparaissiez devant Dieu, que lui diriez-vous ?

Je ne réponds pas à ce genre de question spéculative qui ne correspond à rien de vraisemblable!

 

Propos recueillis par Egide Nikiza

Bio-express

Léonard Nyangoma est l’un des membres fondateurs, aux côtés de Melchior Ndadaye, du parti Sahwanya Frodebu en 1988. Il est né à Rutundwe en province de Bururi le 31 décembre en 1952. Après l’obtention de sa licence en mathématiques avec distinction en 1979 à l’Université du Burundi, Léonard Nyangoma est nommé préfet des études à l’Ecole normale de Rutovu en province Bururi. Principal entraîneur d’athlétisme de cet établissement, de 1979 jusqu’en  1988, il l’aidera à remporter 18 coupes nationales et régionales. De 1980 à 1988, Léonard Nyangoma dirige la branche du Syndical Union des Travailleurs du Burundi (UTB) au comité interprofessionnel dans la province de Bururi. Il en sera le secrétaire général adjoint au niveau national de 1988 jusqu’en 1991. M. Nyangoma participera aussi de 1985 jusqu’en 1992 à la création de la première ligue burundaise des droits de l’homme, la Ligue ITEKA, ainsi que du premier Syndicat Libre des Enseignants du Burundi (SLEB). A l’issue des élections de 1993 qui consacra la victoire à son parti, le Frodebu, Léonard Nyangoma est élu député dans la circonscription de Bururi. Dans le gouvernement du président Ndadaye, il hérite la fonction de ministre du travail, de la fonction publique et du rapatriement des réfugiés. Il sera aussi ministre d’Etat chargé de l’Intérieur et de la Sécurité publique dans le gouvernement du président Ntaryamira. Léonard Nyangoma fondera le 24 septembre 1994 le Conseil National pour la Défense de la Démocratie (Cndd), un mouvement rebelle pour faire face à l’armée régulière alors dominée par des Tutsi. En 1996, il sera le chef de la délégation du Cndd aux négociations avec le pouvoir du président Buyoya sous la médiation de la communauté Saint Egidio à Rome. Il signera le 28 août 2000, au nom du Cndd signe l’Accord d’Arusha. Aux élections de 2005, Léonard Nyangoma sera élu sous la bannière du parti Cndd, conseiller en commune Songa puis réélu député dans la circonscription de la province Bururi pour un mandat de cinq ans. Léonard Nyangoma sera désigné le 31 juillet 2015 à la tête du Cnared, plateforme de l’opposition burundaise opposée au troisième mandat du président Nkurunziza.

Suite à la décision du CNC, vous ne pouvez ni réagir ni commenter cet article.

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