Économie

Marché de Ngozi, le « Dubaï du Burundi »

11/04/2018 Parfait Gahama Commentaires fermés sur Marché de Ngozi, le « Dubaï du Burundi »
Marché de Ngozi, le « Dubaï du Burundi »
Ezéchiel Miburo : « Mon chiffre d’affaires a triplé en l’espace de trois mois.»

Les marchandises importées coûtent moins chères au marché de Ngozi qu’ailleurs au Burundi. Les petits commerçants s’en réjouissent.

«Le marché de Ngozi est devenu le « Dubaï du Burundi ». Les produits importés sont moins chers et de bonne qualité», se réjouit, Béatrice Ndayisenga, commerçante de draps au centre-ville de Bujumbura.

Elle constate la disponibilité de différentes marchandises importées à des prix abordables à ce marché. « Cela facilite les activités des petits commerçants. » La majorité de ces derniers, précise-t-elle, s’approvisionnaient auparavant au marché de Kampala en Ouganda.

« Les prix sont presque identiques sur les deux marchés. Un drap de 2m2 de qualité intermédiaire s’achète 35 000 Fbu au marché de Ngozi contre 3o ooo Fbu à Kampala. Les frais de dédouanement et de transport totalisent 15 000 Fbu.» Les marchandises importées de l’Ouganda arrivent au Burundi avec un coût de revient supérieur à celui du marché de Ngozi.

Mme Ndayisenga affirme, par ailleurs, que son chiffre d’affaires a augmenté de 50 % en trois mois. Aujourd’hui, elle s’approvisionne régulièrement au marché de Ngozi, depuis cinq mois. Auparavant, insiste-telle, elle s’approvisionnait en Ouganda.

« Mes ventes ont considérablement augmenté », se félicite Ezéchiel Miburo, grossiste de vêtements au marché de Ngozi. Son chiffre d’affaires a triplé en l’espace de trois mois. Simple détaillant au marché de Muyinga jusqu’en septembre dernier, confie-t-il, il a aujourd’hui ouvert un magasin de gros à Muyinga et fournit ses marchandises à ses anciens collègues.

M. Miburo indique, par ailleurs, avoir déménagé vers le marché de Ngozi pour se rapprocher de ses fournisseurs afin de réduire les coûts de transport.

Mélance Kayoya, un autre commerçant rencontré au marché de Ngozi, abonde dans le même sens. La disponibilité des produits moins chers en provenance de la Chine ou ailleurs à Ngozi favorise le business des petits commerçants.

Commerçant au marché de Kibago en province Makamba, il s’approvisionnait auparavant au marché de Kigoma en Tanzanie. Les bénéfices tirés de la vente des marchandises achetées au marché de Ngozi dépassent de 30 % ceux importés de la Tanzanie.

Concurrence déloyale

Certains importateurs exerçant à Bujumbura dénoncent la concurrence déloyale de leurs collègues de Ngozi. « Ils vendent leurs marchandises à des prix inférieurs aux coûts de revient», se lamente, T.K., un importateur de vêtements, rencontré au marché de Ruvumera, situé en commune urbaine de Mukaza en mairie de Bujumbura. « Personne ne peut rivaliser avec eux. »

Frustré, il révèle que son chiffre d’affaires a chuté de moitié en deux mois. «Regardez, aucun client ne vient ! Nos clients s’approvisionnent actuellement au marché de Ngozi.» Si cette situation perdure, s’alarme-t-il, nous risquons de mettre la clé sous le paillasson.

N.G., un autre grossiste au marché de Ruvumera est catégorique : «Ils nous empêchent de vendre nos marchandises.» Ce qui est surprenant, dit-il, c’est que nous avons les mêmes marchés d’approvisionnent, notamment en Chine ou Dubaï.

Cet importateur soupçonne que ses collègues de Ngozi ne payent pas les droits de douanes à l’OBR. « Ils vendent une chemise de bonne qualité importée de la Chine à 33 000 Fbu, alors que son coût de revient après dédouanement est de 38 000 Fbu ». Et de s’interroger sur d’éventuelles facilités dont ils bénéficieraient de la part de l’administration fiscale.

Audace Niyonzima : « L’OBR traite tous les commerçants de la même manière.»

« L’OBR ne nous aide en rien »

Les importateurs exerçant au marché de Ngozi rejettent toutes ces accusations. « L’OBR ne nous aide en rien. Nous payons régulièrement les frais de douanes », a fait savoir Roger Kazimbura, un des importateurs rencontré au marché de Ngozi. Aucun importateur n’a bénéficié de facilités de la part du gouvernement ou de l’administration fiscale.

M. Kazimbura déplore, par ailleurs, le comportement de certains importateurs exerçant à Bujumbura. « Ils veulent des bénéfices énormes.» D’autres ont de petits capitaux et s’approvisionnent en Ouganda ou en Tanzanie. «La plupart des marchandises importées dans ces deux pays ne sont pas originaires de l’EAC.» Ces marchandises, explique-t-il, payent les droits de douanes deux fois.

Cet importateur explique que les importateurs originaires de la province Ngozi travaillent en synergie.

Dix ou quinze commerçants mettent ensemble leurs capitaux et s’approvisionnent directement en Chine. « Nous préférons vendre à moindre coût afin d’écouler rapidement nos marchandises. »

C.K., un autre importateur, fait savoir que les commerçants qui s’approvisionnent au pays de l’empire du Milieu bénéficient de facilités accordées par le gouvernement chinois.

L’administration fiscale se défend

L’administration fiscale rejette tout soutien aux importateurs du marché de Ngozi. Audace Niyonzima, commissaire général de l’Office Burundais des Recettes (OBR), a fait savoir, lundi 2 avril, que tous les commerçants sont traités au même pied d’égalité. Toutes les marchandises qui entrent au Burundi doivent être déclarées à l’OBR, hormis celles fabriquées dans la Communauté est-africaine.

Suite à la décision du CNC, vous ne pouvez ni réagir ni commenter cet article.

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