Samedi 20 juillet 2024

Économie

L’aveu du Premier ministre

L’aveu du Premier ministre
Gervais Ndirakobuca : « Je n’ai aucune solution à vous soumettre »

Alors que le Burundi vit une grave crise économique dont un manque chronique de carburant, le 24 avril dernier, le Premier ministre burundais, Gervais Ndirakobuca a reconnu son impuissance devant les députés.  L’aveu a fait couler beaucoup d’encre au sein de l’opinion.

Par Pascal Ntakirutimana

Pour tout observateur avisé, le Burundi se trouve aujourd’hui dans une « période de vaches maigres ». Marasme économique, crise humanitaire, situation politique très préoccupante, certains analystes estiment que « tous les signaux sont au rouge. »

Et la pénurie (devenue chronique) du carburant, aggrave le calvaire quotidien des Burundais.

Comme cela se fait régulièrement, le 24 avril dernier, Gervais Ndirakobuca, Premier ministre burundais a présenté, devant les parlementaires réunis en congrès, un rapport du Plan de travail et budget annuel (PTBA).

Au cours de cette séance plénière, les parlementaires ont eu l’occasion de lui poser des questions sur la situation socio-économique du pays. Notamment la grave pénurie de carburant et ses corollaires ainsi que les difficultés de l’entreprise Brarudi.

« Monsieur le Premier ministre, quelle sera la finalité de cette question de pénurie de carburant qui apparemment affecte plusieurs autres secteurs de la vie nationale ? », a interrogé Abel Gashatsi, deuxième vice-président de l’Assemblée nationale.

Sur la même lancée, la sénatrice Spès-Caritas Njebarikanuye a voulu savoir si le gouvernement burundais serait en train de faire quelque chose pour sortir la Brarudi de ses difficultés. « En regardant la contribution de la société Brarudi, en termes d’impôts et taxes et l’emploi qu’elle procure aux Burundais. Constatant les difficultés actuelles de cette société, nous voulions vous demandez, excellence le premier ministre, s’il y aurait des initiatives du gouvernement burundais pour éviter que cette société ne tombe en faillite comme cela est arrivé à d’autres entreprises ? »

« Je n’ai pas de solution à vous soumettre »

Gervais Ndirakobuca a reconnu qu’il n’est pas à même de donner une solution à la récurrente pénurie de carburant qui s’observe au Burundi depuis plus de deux ans. « En tant que Premier ministre, je n’ai aucune solution à vous soumettre ici ».

Toutefois, M. Ndirakobuca a indiqué que la solution à la carence des devises qui paralyse ce secteur serait d’accroître la production à exporter.

A la question des difficultés de la Brarudi, le président de l’Assemblée nationale a répondu de but en blanc. « Je ne suis pas au courant de cette question. Mais il semble que c’est une question qui nous dépasse nous tous ici »

Toutefois, le Premier ministre a tout de même indiqué que le gouvernement du Burundi est en train de faire quelque chose pour venir à la rescousse de cette entreprise. « L’Etat a déjà pris dans ses mains les difficultés de la Brarudi ».

La crise de 2015 a bon dos

Au cours de cette même séance, le chef du gouvernement burundais a fait savoir que la racine du chapelet de crises que traverse le Burundi est la crise du 3e mandat de feu président Pierre Nkurunziza. « Ce qui est important c’est de noter que ce que nous sommes en train de vivre aujourd’hui, ce sont les conséquences des sanctions infligées au Burundi de 2015 à 2020 ».

Il a déclaré que « si cette situation ne s’est pas immédiatement manifestée, c’est parce que les caisses de l’Etat étaient à ce moment relativement garnies ». Le hic pour Ndirakobuca, c’est que « nous les Burundais, nous aimons plus le luxe ».

Rappelons qu’à propos de cette affaire du 3è mandat, le secrétaire général du CNDD-FDD au pouvoir a signé et persisté qu’il n’y aura pas une amnistie pour toute personne imputée, à tort ou à raison de participer dans le ‘’renversement des institutions’’.  « Toute personne qui a participé à l’atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat et à la tentative de renversement des institutions en 2015, où qu’elle soit et durant toute sa vie, elle sera toujours poursuivie. Car, elle a voulu porter atteinte à la démocratie populaire »

Cette réaction du chef du gouvernement a choqué plus d’un. Certains politiques la considèrent comme un aveu camouflé d’échec cuisant et de la déresponsabilisation politique. Tandis que d’autres estiment que la crise du troisième mandat a certes conduit le Burundi à un marasme économique. Mais que cela a été amplifié par une crise organisationnelle et de gouvernance.


Réactions

 

Agathon Rwasa : « C’est un cosmétique destiné à endormir la population »

« Les assertions tant du Premier ministre que du président de l’Assemblée nationale. Et même le discours de Ngozi à l’issue du conclave comité central du parti CNDD-FDD, il y a quelques jours, est beaucoup plus un cosmétique uniquement destiné à endormir la population », réagit d’entrée de jeu Agathon Rwasa.

D’après lui, les réponses aux parlementaires du Premier ministre témoigne à suffisance qu’il y a une certaine discordance dans le verbe et les actes des dirigeants.

Pour Agathon Rwasa, la crise du 3ème mandat et les sanctions qui s’en sont suivi ne peuvent nullement justifier l’état des lieux de la situation actuelle. Et pour cause : lorsque la gestion des affaires publiques ne suit pas la règle de l’art, où veut-on en venir ? On a qu’à consulter la loi de règlement et du compte rendu budgétaire de 2022-2023.

« Lorsqu’on fait un dépassement de plus de 300% des prévisions, vous croyez que c’est quel genre de gestion ? Et cela autant dans les ministères qu’à la présidence de la république. »

Ce qui est étonnant selon lui, c’est qu’on essaie de donner des explications plutôt simplistes. Comme si tout le monde ne pouvait pas faire une analyse de la situation.

Rwasa indique qu’à écouter cette réaction, un aveu camouflé d’un échec cuisant en termes de gouvernance est bel bien palpable, mais aussi une dérobade de la responsabilité à cette mauvaise gestion.

« C’est une descente aux enfers. La flambée des prix le témoigne à suffisance, la valeur de la monnaie burundaise s’effrite au jour le jour. Tandis que l’assèchement de devises témoigne non seulement la négligence, mais aussi le manque de pragmatisme dans la planification. Surtout qu’on sait que les devises sont le fruit de l’exportation et aucun effort n’a été fait pour justement promouvoir le secteur privé et le secteur des agricultures de rente comme le café, le thé et le coton. Ce sont ces dernières qui traditionnellement alimentaient les caisses de l’Etat en devises. »

Dans le secteur minier, poursuit Rwasa, les prévisions et les réalisations ne sont pas de nature à générer les devises. « Comment par exemple vous exigez des coopératives minières de donner au moins 100 grammes à la BRB et que vous pratiquez un prix qui n’encourage pas les producteurs ? Lorsque dans les pays voisins on donne un prix au gramme d’or presque au triple que le gouvernement burundais offreN’est-ce pas décourager ce secteur qui générerait d’argent ? »

La spéculation au niveau du taux de change, s’interroge toujours Rwasa, est-ce que l’Etat, régulateur et organisateur de la société ne serait pas au courant de ceux qui trafiquent les devises ? Et ceux qui le font, d’où est-ce qu’ils les tirent ?

Cet opposant s’interroge également sur l’alternative du gouvernement par rapport aux mesures de malmener les organisations non gouvernementales qui étaient source de devises.  « Il y a en quelque sorte une crise organisationnelle qui contribue suffisamment à tout ce calvaire. »

Selon ce député, c’est facile à dire qu’il faut attendre la croissance de la production agricole pour inonder le marché en vue d’avoir ces devises. Mais c’est difficile à réaliser. « On voudrait bien produire davantage du café, mais dans quelle condition le producteur du café se trouve pour produire assez ? Est-ce que ça l’encourage à investir davantage ou pas ? Quel est l’état des lieux de la théiculture, de la culture du coton ? N’a-t-on pas vu des initiatives dans ce secteur, découragées par les pouvoirs publics ? »

Face à tous ces défis, Agathon Rwasa considère qu’il y a plusieurs alternatives, mais que la première est de sacrifier le sectarisme et l’égocentrisme. « Si on recrute sur fond de militantisme zélé, le résultat est effectivement celui que l’on a. On recrute les plus militants qui ne sont pas nécessairement les plus méritants et les plus compétents. »

La résultante pour lui, c’est justement cette gestion calamiteuse. Malheureusement, déplore-t-il, on ne peut même pas y remédier. Car celui qui a la capacité de démettre est pris par la philosophie de son parti.

Un dialogue inclusif pour analyser ensemble la situation et définir à nouveau les perspectives est aussi une autre solution pour Rwasa. « Si le CNDD-FDD se croit détenteur du droit de pensée seul à l’avenir du Burundi et de gérer le quotidien des Burundais, on aura toujours à galérer. C’est dommage. »

Une autre grande solution pour Agathon Rwasa c’est d’organiser des élections dignes de son nom et respecter le verdict populaire.

 

Aloys Baricako : « Le gouvernement doit trouver des solutions à tous les problèmes »

Selon Aloys Baricako, président du parti Ranac, les réponses données par certaines autorités face aux problèmes du pays sont des réponses évasives.

D’après lui, si un membre du gouvernement dit qu’il n’a pas une solution à donner face aux défis qui hantent le pays, cela équivaudrait à une démission. « Quand vous n’êtes plus en mesure de venir à bout des questions qui gangrènent une nation, aux questions qui troublent la vie de la population, normalement le gouvernement devrait démissionner. »

Car, explique-t-il, le gouvernement doit trouver des solutions à tous les problèmes que connaît le pays.

Pour Baricako, le fait de dire que la situation actuelle est l’effet des sanctions infligées au Burundi en 2015 est certes vrai. Mais il faut tout de même reconnaître que ces sanctions ont été provoquées par le gouvernement d’alors.

D’ailleurs, poursuit-il, il y a un langage qui est devenu monnaie courante que le Burundi s’autosuffit. Qu’au nom de la souveraineté nationale, le pays n’a plus besoin d’aides. Que le Burundi est capable. Ce langage a aussi compliqué les choses.  « Il faut arrêter l’hémorragie avant de guérir la plaie. », suggère le président du Ranac.

Baricako va jusqu’à proposer des solutions pour sortir de ce gouffre. « Il faut passer par tous les moyens légaux pour trouver des devises ». La première chose à faire pour lui c’est de contracter des crédits d’urgence.

Dans l’immédiat, fait constater le président du Ranac, le Burundi ne peut pas trouver de quoi à exporter. On dit qu’on va exporter des avocats, mais entre-temps les gens sont en train de mourir de faim.

Baricako déplore qu’il y ait aujourd’hui les gens qui ne travaillent plus parce qu’il n’y a pas de carburant. Et que les difficultés de la Brarudi sont liées à ce manque criant de devises. « La Brarudi ne produit plus et on interdit l’importation de la boisson Skol. Est-ce que la commercialisation de ce produit ne faisait pas entrer des impôts et taxes. », s’interroge-t-il.

Le président du Ranac suggère également d’ouvrir les frontières avec le Rwanda. Car s’enfermer sur soi-même n’augure rien de bon.

Baricako estime aussi que l’annulation de tous les mandats d’arrêt de 2015 permettrait au Burundi de bénéficier plus de financements en devises. « Tous les financements en devises que la BRB pouvait utiliser ne sont plus là. Il faut laisser les gens rentrer librement dans leur pays. Les organisations de la société comme maison Shalom continuent de fonctionner à l’extérieur et de bénéficier des fonds des bailleurs. Ne pas laisser ces exilés renter est une mesure qui aggrave la situation. »

Kefa Nibizi : « Depuis 2005, le système en place n’a pas été en mesure de rebooster l’économie »

Kefa Nibizi salue de prime abord, la franchise dans la communication des hautes autorités de l’Etat en ce qui est des problèmes socio-économiques qui hantent le Burundi. « Ils avouent les effets, l’échec ou de manquement qui s’observent. »

Toutefois, se désole-t-il, il y a des contradictions dans leurs déclarations.  « Quand bien même certaines des plus hautes autorités aimeraient montrer que tout va bien. Il y a, au niveau des solutions, une très grande divergence quand tu écoutes les autorités étatiques et les responsables du parti au pouvoir, qui par ailleurs devraient être de mèche dans la gestion de ces circonstances socio-économiques relativement problématiques » Une situation qui, pour le président du Codebu risque d’inquiéter plus d’un.

Kefa Nibizi va plus loin et place plutôt l’origine du mal socio-économique burundais dans la guerre civile qu’a connue le Burundi.  Selon lui, l’année 2005 a été considérée comme le début de relance économique du Burundi. « Il y avait de l’espoir qu’après 2005, quand on avait un gouvernement démocratiquement élu, la redynamisation ou la relance économique allait être une réalité. Car tous les pays du monde qui sortent de la guerre affichent un taux de croissance très élevé. »

Mais, fait remarquer Nibizi, le système politique qui a été mis en place n’a pas été en mesure de rebooster l’économie. Il donne trois raisons à cet échec. Le premier est le manque de bonne gouvernance caractérisé par la corruption et la dilapidation des ressources nationales. « Le système de prédation des ressources nationales a été érigé en mode de gouvernance, ce qui a freiné effectivement l’économie nationale. »

Deuxième raison : une mauvaise planification économique privant ainsi l’injection des fonds dans des projets porteurs de croissance économique nationale.  « Si on avait fait ça depuis 2005, il y a maintenant 19 ans, certainement que ces projets auraient dû produire des faits positifs pour qu’aujourd’hui on doive être dans une phase d’émergence ou proche de l’émergence. »

La troisième raison a été l’absence d’un climat des affaires favorable aux capitaux étrangers. Pour le président du Codebu, cela part d’abord sur base légale, mais aussi sur la pratique de favoritisme et de la corruption qui gangrènent les institutions burundaises et une justice qui n’est pas indépendante pour garantir les investisseurs surtout étrangers.

D’après ce politique, la crise de 2015 n’est venue que pour enfoncer le clou.  « Elle a finalement stoppé les appuis des partenaires techniques et financiers, ce qui a aggravé la situation. »

Plusieurs solutions sont possibles pour faire renaitre le pays de ses cendres.   « Le court terme, le Burundi a besoin inévitablement des appuis des partenaires techniques et financiers et nous savons qu’ils sont prêts à financer le Burundi à condition que le gouvernement du Burundi accepte certaines conditions qui sont d’ailleurs aussi bénéfiques pour les burundais. », estime M. Nibizi.

Il s’agit pour ce politique de la bonne gouvernance dans la gestion des affaires de l’Etat ; du respect des droits de l’homme ; l’assainissement du climat politique par l’ouverture de l’espace politique pour tout le monde et la liberté d’expression. Egalement, poursuit-il, il faut surtout vider le contentieux de 2015 par une amnistie qui permet un dialogue inclusif qui mettra en place les conditions de retour de tous les réfugiés de 2015.

Le président du Codebu estime enfin que si la population constate que le système dirigeant n’est pas capable de répondre à ces préoccupations, les prochaines élections seraient de nature à les sanctionner. « Je pense qu’en 2025 et en 2027, il devrait être question de changer l’équipe qui n’a pas pu être à la hauteur des préoccupations de la population. »

Faustin Ndikumana : « La réaction du Premier ministre mériterait une démission du gouvernement »

Selon Faustin Ndikumana, directeur exécutif de Parcem, le discours qu’a tenu le Premier ministre équivaut à une démission. « Quand un chef du gouvernement avoue qu’il n’a pas de solutions à un problème aussi important et crucial pour un pays comme le nôtre, je crois que quelque part ça équivaut à une démission pure et simple de son gouvernement. »

Faustin Ndikumana voit que les autorités devaient être prudentes sur certains mots qu’ils utilisent pour communiquer à la population. « Sinon, si le Premier ministre dit qu’il n’a pas d’alternative de solution, qui d’autre pourra s’attaquer à ce problème ? », s’interroge-t-il.

Ndikumana fait savoir que ce n’est même pas le Burundi seul qui a connu de tels problèmes, même d’autres pays l’ont connu. Il suggère plutôt une sagacité et un esprit dynamique de recherche de solution au niveau national. « Le problème est que nos autorités, au lieu d’inviter tous les experts, d’inviter toutes les ressources humaines qui pourraient donner contribution conformément à leurs expériences, le gouvernement garde l’attitude de se recroqueviller sur lui-même et ça aboutit à une limite des solutions qui sont prises aux problèmes. », s’indigne Faustin Ndikumana.

Pour le directeur exécutif de Parcem, ça serait insensé de dire que c’est 2015 qui est à la base de cette crise au niveau des devises alors qu’actuellement le gouvernement n’a rien fait pour s’affranchir même des conséquences de la crise de 215. « Il y a une contradiction puisque le contentieux de 2015 n’est pas encore vidé. Le gouvernement continue à le perpétrer lui-même. »

Ndikumana considère que le gouvernement devrait prendre le taureau par les cornes parce que le problème de devise est pandémique. Il faut plutôt prendre des solutions comme d’autres pays le font.

En premier lieu, avance-t-il, il faut décourager l’entretien de deux cours de change l’un officiel et l’autre parallèle qui justement limite la promotion des exportations. Cette promotion des exportations qu’on envisage ne peut pas être une réalité du moment qu’il y a des entraves au niveau des procédures, au niveau administratif et au niveau de l’environnement des affaires.

Deuxièmement, le Burundi devait essayer à fournir plus d’efforts pour remplir les critères qui le rendent éligible à l’accessibilité de l’aide publique au développement et ou au financement concessionnel. Car, explique Faustin Ndikumana, tous les mécanismes d’octroi et d’obtention d’aide publique au développement sont là.

Il faut également assainir l’environnement des affaires pour attirer les investissements directs étrangers. « Au Burundi, cet environnement ne permet pas vraiment de mobiliser les investisseurs étrangers comme ailleurs comme dans d’autres pays »

Il faut tout de même renforcer cette politique actuelle au Burundi de galvaniser et de rassembler la diaspora pour qu’elle puisse continuer aussi à contribuer dans cette problématique de pénurie de devise ?

Une gestion parcimonieuse de peu de devises que nous avons serait une alternative. « La dilapidation et la mauvaise gestion de peu de devises que nous avons rendent la situation plus chaotique. »

Gabriel Rufyiri : « Le fait d’avouer la situation actuelle est une étape cruciale » 

« Je ne saurais pas dire que c’est un aveu d’échec ou une déresponsabilisation politique. Il y a plusieurs étapes en matière de résolution d’un problème. La première étape la plus cruciale est la prise de conscience d’une situation. Il y a plus de deux ans, le pays, les autorités burundaises étaient dans une phase de déni. Je dirais plutôt que c’est une étape cruciale d’entendre certains de nos dirigeants avouer la situation actuelle du pays. C’est une bonne chose, mais il faut qu’ils passent à une deuxième étape », commente Gabriel Rufyiri, président de l’Olucome.

D’après Rufyiri, le Burundi n’a pas aujourd’hui le droit de demander un crédit à long terme. Il indique qu’il y a des conditions pour qu’un partenaire débloque de l’argent. Ce sont notamment la bonne gouvernance politique, économique, judiciaire et le respect des droits de l’homme. « Malheureusement tout cela n’est pas au rendez-vous au Burundi. »

Pour le président de l’Olucome, il y a des solutions à court, à moyen et à long terme. Ce que le Premier ministre a dit, ce sont des solutions à long terme. « Il n’y a pas aucun avocatier qui peut donner des fruits en moins de trois ans. De même que le caféier. »

Les politiques publiques sont menées de manière partisane. On a oublié le rôle des experts. Chez nous celui qui sait jouer avec le fusil pense qu’il est capable de jouer avec tout.

Gabriel Rufyiri indique que le développement passe par des préalables. Ainsi pour lui, la première chose à faire est d’engager un dialogue national inclusif visant à trouver des solutions urgentes aux problèmes qui hantent le Burundi. « C’est un grand problème pour quelqu’un qui refuse un dialogue national. Qui ne veut pas écouter des voix divergentes. »

La deuxième chose est de faire une amnistie générale des leaders politiques et d’opinion, des journalistes et des organisations de la société civile.

Il y a également l’ouverture de l’espace civique et politique qui permette de renforcer l’équilibre des pouvoirs. En dehors de cela, il est pratiquement difficile de parler de la lutte contre la corruption.

Il faut penser à engager un vrai dialogue politique avec les partenaires financiers et rompre avec le militantisme et privilégier l’expertise.

Rufyiri suggère également une gestion rationnelle de peu de devises qui reste disponibles et essayer de procéder au rapatriement des devises en publiant les personnes à qui on a donné ces devises.

La déclaration du patrimoine pour les mandataires de l’Etat est une mesure que le président de la Réplique devrait prendre. Cette dernière contribuerait à inciter les investisseurs étrangers. La réforme de l’administration publique et l’organisation des élections libres, transparentes et acceptables sont également des solutions à court terme vu que le Burundi est à la veille des élections de 2025-2027.

 

 

 

Forum des lecteurs d'Iwacu

11 réactions
  1. Georges

    Si j’étais l’actuel Président de la République du Burundi je convoquerais une réunion de crise comprenant 2 représentants de chaque parti politique reconnu au pays, les responsables de la société civile œuvrant en matière de gouvernance, droits de l’Homme, etc., j’y ajouterais certains techniciens Burundais reconnus dans le monde des finances/travaillant dans ce secteur en tout cas en international notamment Banque Mondiale, FMI, BAD, etc.(un bon casting est facile à faire), 2 personnes représentant chaque institution financière établie au pays.
    J’y associerais quelques membres du gouvernement actuel choisis selon la compétence connue(il y en a quand-même).
    La réunion se ferait à huis clos.
    Des préalables: avant de commencer la réunion, j’aurais déjà certaines idées bien calée dans ma tête: accepter de constituer un gouvernement de crise auquel participe même des membres issus d’autres partis politiques mais aussi des membres de la société civile. Pour ces derniers, le casting se limiterait à ceux qui sont établis au pays pour ne pas heurter les âmes sensibles, mais je prendrais seulement ceux qui proposent souvent des solutions et non ceux qui sont contre tout ce que propose le régime actuel ni ceux qui le caressent dans le sens du poils. Je suivrais les recommandations en lien avec l’amnistie des présumés putschistes de 2015 et je libèrerais tous les prisonniers d’opinion.
    Pour le reste, je mettrais en pratique les recommandations issues de cette réunion car je suis convaincu que des solutions/idées jailliraient. Voilà.

    Oh non!!! Je viens de me réveiller de mon rêve 🙂 J’espère que le Président lit IWACU au moins 🙁

    • Stan Siyomana

      @Georges
      Vu la maniere dont le parti CNDD-FDD a dirige le pays pendant les dernieres 18/19 annees, je ne crois pas que le president actuel peut se permettre CE CHANGEMENT RADICAL DANS LEUR MODE DE DIRIGER LE PAYS. Je crois que le commite des sages du parti a sa propre maniere de voir le pouvoir et comment garder ce pouvoir, donc il ne va pas tout d’un coup adopter d’autres systemes de gouvernement.

  2. Matendo

    Personnellement je n’accuse plus les politiques plutôt la faiblesse ou l’ignorance de notre secteur privé. Aucun pays au monde ne se développe pas que quand le secteur privé prenne les choses en mains. Le gouvernement n’est qu’un régulateur et un gestionnaire de tout ce qui se fait dans un Etat mais on ne régule ou gère que c’est qui existe déjà. Le rôle de l’Etat est de créer un environnement et des conditions favorables pour faciliter l’investissement privé.

    Certes, il y a, on ne peut le nier, une crise économique mais je me désole quand le secteur privé de chez nous, au lieu de considérer les défis comme opportunités, ils répètent la même chanson que les autres. Si le Chef de Gouvernement reconnait qu’il y a des problèmes c’est au secteur privé d’interpréter cela comme une opportunité. Ce qui lui reste c’est l’investissement et cela devrait donner l’occasion de négociation entre le secteur public et privé sur les conditions pour amener l’investissement.

    • TOM

      vous Ecrivez » Le rôle de l’Etat est de créer un environnement et des conditions favorables pour faciliter l’investissement privé. » Ma question à vous est de savoir: est ce que ces conditions favorables à l’investissement privé sont elles disponibles au Burundi. Quel investisseur va déverser son argent dans un lac? considérez le taux de change du marché noir versus officiel, considérer cette justice pointé du doigt par le n°1, la corruption, les marchés publiques octroyés dans l’opacité et vous parlez des conditions favorables aux IDE.
      Et personnellement, c’est là l’échec du systeme en place aujourd’hui. et tantant de s’accaparer du role qui n’était pas tien, l’état à aggraver la situation , ex: le carburant ( de Regideso). Peut etre que vous ecrivez depuis un pays bien gouverné, ou vous vous rappelez de l’économie politique.

  3. Muzungu shamba

    Le Burundi vivait sous perfusion des bazungus par le passé.Donc les burundais n’ont jamais rien produit à part le café qui dont le prix est fixé par les bazungus.Les burundais doivent apprendre à vivre avec leurs moyens.L’indépendance s’acquiert dans la douleur.La perfusion a été arrêtée suite aux problèmes géopolitiques.

    • Stan Siyomana

      @Muzungu shamba
      Pourriez-vous nous montrer comment le prix du cafe burundais peut etre fixe par LES BURUNDAIS EUX-MEMES et pas par LES BAZUNGUS?
      Pourriez-vous nous montrer comment la chute de la production de cafe au Burundi ces dernieres annees est liee a « La perfusion a été arrêtée suite aux problèmes géopolitiques… » (par exemple).

  4. Stan Siyomana

    1. Vous ecrivez:«  le Burundi se trouve aujourd’hui dans une « période de vaches maigres »… »
    2. Mon commentaire
    Est-ce que la periode des vaches grasses est dans le passe (Burundi, pays de lait et miel) ou dans l’avenir (Vision Burundi, Pays Emergent..)?
    « Pharaon troublé, demanda à Joseph de lui expliquer ce rêve. Pour Joseph, les vaches grasses étaient le signe de sept années d’abondance pour l’Égypte et les sept vaches maigres annonçaient sept années de disette et de désolation. Il était donc recommandé au Pharaon de remplir les greniers publics pendant les bonnes années pour pouvoir redistribuer à la population les aliments stockés pendant les mauvaises années… »
    https://fr.vikidia.org/wiki/Vaches_maigres

  5. Nshimirimana

    L’intervention du 1er ministre est intéressante et interpelle. Sur les maux dont souffre notre pas, il a omis de signaler la mauvaise gouvernance: corruption généralisée, manque de vision claire, inéxploitation des ressources aussi bien humaines que matérielles dont dispose le pays.
    Dans un contexte de crise, tout homme politique éclairé se doit de sortir des sentiers battus et tenter des choses. L’on ne peut pas être un problème et une solution à la fois. S’il y a crise, elle est imputable au parti au pouvoir. Or celui-ci persiste et signe dans son égoïsme en refusant d’associer les autres forces de la Nation au redressement du pays. En effet, ce n’est pas parce que l’on chante fort l’hymne de son parti et que l’on lève plus haut le point que l’on dispose des compétences techniqques pour occuper telle fonction. Malheureusement, ce la fait parti des maux incurables dont souffre le pays…
    Du conseiller de la colline à la présidence, si l’on n’est pas du parti, faut aller voir ailleurs. C’est une évidence. Comment comprendre que le parti cnl ne soit pas représenté dans les institutions alors qu’il dispose d’une 30aine d’élus. Quelle stupidité au moment où « les bienfaiteurs » n’attendent entre autre l’ouverture aux autres acteurs pour enfin toucher dans la bourse de l’aide! Pire des emprisonnements gratuits aggravent la situation. Qui peut croire que les deux dames emprisonnées menacent réellement la sécurité de l’État? Les emprisonner n’est ni plus que de l’autogoal dans un contexte ou tout fait et geste de la part de des aigles et des aiglons est scruté à la lettre!
    Si ‘avais un conseil à donner:
    – ouvrons la frontière avec le Rwanda et permettre à la population d’aller se ravitailler dans ce pays en produit introuvable au Burundi..
    – faisons des hommes et femmes de la diaspora des ambassadeurs de la Nation et non des ennemis
    – utilisons les ressources humaines selon leurs compétences…
    – considèrons l’autre comme un atout…
    – cessons d’encourager la culture de l’incompétence…
    -banissons la corruption sous toutes ses formes…
    – rassurons nos anciens partenaires à travers des actes et nos des paroles….

    En amont, des états généraux s’imposent, tuve ibuzimu tue ibuntu sinon la faillite de notre pays n’est pas loin.
    Que Dieu bénisse notre pays, un pays ou l’on ne chante et jure que par Dieu. Mais au fond, de que Dieu nous prions?

    • K

      « Quelle stupidité au moment où « les bienfaiteurs » n’attendent entre autre l’ouverture aux autres acteurs pour enfin toucher dans la bourse de l’aide!  »

      Quelle stupidité de croire à la manne du ciel! Aide-toi, le ciel t’aidera!

      • Stan Siyomana

        @K
        Que ca s’appelle « manne du ciel » ou pas, c’est le gouvernement burundais qui demande cette aide pour differents projets a travers le pays.

        • George Nduwayo

          Quelle honte de voir un pays dont la vie dépend de « manne », la mendicité en quelque sorte. Il est vrai que le Burundi doit arrêter de tendre la main. Il n’y a pas de dignité chez un mendiant.

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