Économie

Kibondo/ Commerce transfrontalier : les commerçants tentent de résoudre leurs problèmes

Du 23 au 24 octobre, les petits commerçants de Gisuru ont rencontré leurs confrères du district de Kibondo pour discuter des problèmes auxquels ils sont confrontés à la frontière. L’objectif est de mettre en place un cadre d’échanges pour trouver des solutions.

Maulid Juma, président de la TCCIA, une association des commerçants tanzaniens ©Iwacu

Maulid Juma, président de la TCCIA, une association des commerçants tanzaniens ©Iwacu

Le chef-lieu du district de Kibondo se trouve à plus de cinquante kilomètres de la frontière de Gisuru (Ruyigi). Les participants à cette rencontre se sont montrés enthousiastes et ont soulevé les problèmes sans aucune langue de bois. « Nous avons des difficultés à obtenir un certificat d’origine, raconte Maulid Juma, président de la TCCIA, une association des commerçants tanzaniens, nous sommes obligés de nous rendre à Dar-Es-Saalam ou à Kigoma. Sans oublier les taxes exorbitantes que l’OBR nous fait payer. » Au Burundi, indique Gilbert Ruyaga, représentant le ministère en charge de l’EAC, ils vont se le procurer à Bujumbura.

L’administrateur de Gisuru, Egide Ndikuriyo, soulève un autre problème de circulation sur les frontières à cause de l’éloignement des bureaux de douane et de la police de l’immigration des deux pays. « Le ministre de l’Aménagement du Territoire nous avait demandé de trouver un endroit pour les nouveaux bureaux et nous l’avons fait mais, nous attendons toujours. » Nyandwi Jérémie, président de l’association ’’Dushire hamwe dukomeze ibikorwa’’ des commerçants de Ruyigi, remercie le Forsc pour cette initiative. Il mentionne que même au Burundi il y a des commerçants qui évitent de passer par la frontière pour ne pas payer l’impôt. « C’est un des facteurs qui fait que le trafic n’est pas intense à la frontière. » Un autre commerçant note que certains parmi eux ignorent ce que dit la loi sur les taxes.

Il déplore aussi le retard dans la construction du marché de Mukarazi dont la population burundaise attend impatiemment la construction . En effet, même s’il sera construit sur le sol tanzanien, les Burundais auront l’avantage de ne pas demander des laissez-passer pour s’y rendre. Il faudra aussi installer des bureaux de change à la frontière avec taux maitrisés.

Recommandation à l’issue de la rencontre
– Décentraliser les services chargés d’octroyer les certificats d’origine.
– Pour les marchandises d’une valeur de 2000$ maximum, le certificat d’origine s’obtient au poste frontalier de Gisuru. Quant aux produits alimentaires réellement d’origine tanzanienne (manioc, haricot, etc.), les agents de l’OBR pourront apprécier et ne pas demander de certificat. Il a été demandé à la Tanzania Revenue Authority de faire de même.
– Doter le poste frontalier de Gisuru des possibilités d’y faire le dédouanement des marchandises d’une grande valeur, comme c’est le cas pour celui de Mugina-Mabanda.
– Organiser des séances de formation sur le commerce transfrontalier pour les commerçants et les aider à accéder au crédit.
– Diminuer les taxes, surtout pour le petit commerce, pour réduire la fraude.
– Les burundais en ordre ont été pliés de ne pas accepter de payer des pots-de-vin aux policiers tanzaniens et de reporter ces cas de suspicions aux responsables de la police.
– Il est recommandé aux sociétés de transport public dans tous les deux pays, de créer une ligne de transport sur ce tronçon (Ruyigi-Gisuru Kibondo).
– Il faut installer les bureaux de change sur tous les marchés transfrontaliers, etc.

D’autres problèmes ont été soulevés par les participants : la corruption chez les policiers, la fraude, les moyens de transport archaïques, etc.

Rénovât Niyonzima employé de l’Office Burundais des Recettes à Gisuru, affirme que tous les clients sont bien servis mais hélas beaucoup ignorent la loi les régissant. Concernant le certificat d’origine, il explique que la hiérarchie supérieure leur a autorisé de ne pas le demander si les marchandises proviennent des communes environnantes. « Si c’est du riz par exemple le certificat doit être présenté parce qu’il peut provenir de plusieurs pays : Pakistan ou ailleurs. » D’autres marchandises ne sont pas bien scellées à l’aide du plomb pour ne citer que cela.

Ce genre de rencontre renforce le bon voisinage qui existait déjà dans le cadre d’Ujilani Mwema, fait savoir Valérie Nkunzimana, le conseiller économique du gouverneur de Ruyigi. Il apprécie cette initiative qui va être un facteur de développement de la province. Cette activité s’inscrit dans le cadre du projet « Renforcement de la capacité des citoyens à appuyer la mise en œuvre du protocole sur l’union douanière, en vue de l’augmentation du flux des échanges commerciaux entre le Burundi et la Tanzanie. » Il a été mis en œuvre par le Forum pour le renforcement de la société civile sur financement de Trademark East Africa.

Jérémie Nkunzimana : « Identifier les problèmes vécus par les petits commerçants» ©Iwacu

Jérémie Nkunzimana : « Identifier les problèmes vécus par les petits commerçants» ©Iwacu

D’après le coordinateur du projet au FORSC, cette rencontre permettra d’identifier « les problèmes que côtoient tous les jours les petits commerçants burundais en Tanzanie ». La zone d’action du projet au Burundi s’étend sur les provinces Ruyigi, Muyinga, Makamba ainsi que les districts de Kigoma, Kibondo et Ngala en Tanzanie. Pour que le projet atteigne réellement les bénéficiaires, Jérémie Nkunzimana conseille à ces derniers « de s’en approprier, ils y trouveront un grand intérêt. » Il a enfin indiqué que le projet se termine au mois de juin 2015 et espère que les commerçants burundais et tanzaniens auront déjà mis en place un cadre d’échange pour pérenniser ses acquis.

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