Politique

Chassés de Ngurdoto

08/12/2017 Agnès Ndirubusa 8

Agnès Ndirubusa, Envoyée spéciale

Séance de clôture bâclée, chahutée, les journalistes chassés, pathétique fin des pourparlers à Arusha.

Ce matin, les journalistes nous convergeons vers l’hôtel Ngurdoto pour couvrir la dernière séance du 4ème round des pourparlers d’Arusha, en Tanzanie.

Interdit d’accès à la salle, nous patientons dehors dans l’espoir d’ intercepter les participants au sortir de la séance et recueillir leurs réactions.

La première personne à sortir de la salle est le facilitateur lui-même. Très vite, il monte dans une grosse jeep aux vitres teintées, entourées de ses gardes du corps. Exit donc Mkapa.

Les protagonistes sortent de la salle. Ils sont affables, prêts à réagir devant les micros des reporters présents. Mais soudain, des policiers en t civils nous accostent, calmes, froids, déterminés. « Cette séance est privée, vous êtes interdits d’accès. La facilitation nous a dit que vous devez partir. »

Les journalistes, nous résistons. Nous voulons recueillir les réactions, c’est notre travail, c’est pourquoi nous sommes là.

L’ombudsman burundais, le représentant du gouvernement, les politiques présents veulent s’exprimer.
Les policiers tanzaniens sont intraitables. « Respectez la loi, nous avons l’ ordre de ne pas vous permettre de leur parler. »

Nous insistons encore. Le ton monte : « Partez maintenant. Sortez d’ici! » Les Tanzaniens ne rigolent pas. Le temps de rassembler le matériel et nous vidons les lieux en catastrophe .

Un collègue cameraman est resté un peu derrière les autres pour remballer ses affaires . Nous entendons un policier dire à son camarade : « Va chercher celui qui est resté et s’il tergiverse, on l’embarque. »

Par chance, le cameraman arrive à nous rattraper et nous partons en courant. Après quelques mètres, deux voitures s’arrêtent. Les conducteurs se proposent de nous prendre en stop. Nous reconnaissons les policiers. On a compris qu’ils veulent vraiment nous voir partir. Nous montons dans le véhicule. Sans un mot.Nous regagnons nos hôtels respectifs. C’est la fin.

Plus tard, nous apprendrons que la fin des pourparlers, selon les propres mots d’un participant, a été un véritable « cirque. »

La veille, Benjamin Mkapa avait indiqué que les représentants de chaque groupe auraient 5 minutes pour émettre des observations sur le document leur soumis. Il a trouvé une salle agitée, certains voulant prendre la parole sans être représentants des 4 groupes constitués durant la session. Une cacophonie sans pareille s’était installée. C’était « honteux » a raconté un autre participant. Finalement, Benjamin Mkapa a décidé de couper court à tout ça. La suite on la connaît.


Post-scriptum

Acta est Fabula

Par Antoine Kaburahe

Antoine Kaburahe

Arusha c’est donc fini. Le traitement qui vient d’être réservé aux journalistes en dit long. Benjamin Mkapa qui demande aux policiers de chasser les journalistes a honte. Il sait qu’il vient d’essuyer un échec cuisant.

Quand j’ai lu le compte-rendu de notre envoyée spéciale à Arusha, Agnès Ndirubusa, à qui je rends hommage pour sa couverture très professionnelle tout au long des pourparlers, je me suis dit : « Acta est fabula », la pièce est jouée. Cette locution latine annonçait, dans les théâtres romains antiques, la fin de la représentation et le moment pour le public de se retirer.

Car j’ai l’impression que nous avons assisté à une très mauvaise représentation. La pièce, les acteurs, le metteur en scène, tout  était mauvais. Acta est fabula.

Forum des lecteurs d'Iwacu

8 réactions
  1. eric

    il faut payer chaque mois les opposants un salaire ministerial et il se terront car ils n’ont pas d’idees serious deffrent de ceux du pouvoir.
    on perd le temps de construire notre pays SVP SVP

  2. kisigos

    haha !!: Et demain on va organiser des manifestations à Bujumbura et dans toutes les province contre Mkapa !!!!

  3. Orignal

    Inyishu ifiswe n’abarundi ubwabo . Sinizera ko Mkapa ariwe azokumvikanisha INTAGONDWA z’abarundi . Hariho n’abatazi ico barondera , bakaguma bavuza amaruru gusa . En réalité bose ni bansumirinda ntamahoro bashakira abarundi , bigombera ama$ .

  4. Rurihose

    Le pouvoir de Bujumbura a tenu à montrer que le cirque d Arusha ne l’intéresse pas.
    Samedi prochain sera lancée une réunion présidée par Nkurunziza pour préparer le référendum qui abrogera la limitation des mandats présidentiels.
    Et la boucle sera bouclée.

  5. Lambert

    @kabingo dora
    Je crois que le cas de Ngurdoto est l’image propre de la situation actuelle au Burundi.
    On avait jamais vu quelqu’un qui manifeste publiquement un non respect au facilitateur à plus forte raison Mkapa, le parrain incontesté du CNDD-FDD( c’est connu depuis longtemps). On l’a hué parce qu’il est chez lui, sous le ciel burundais il aurait dû être conduit au SNR par les imbonerakure ou à la permanence du CNDD-FDD pour correction afin de le ramener sur le droit chemin.

  6. GIHUGU

    Et la diplomatie hypocrite va obliger à la communauté internationale à reprendre les déclaration.. » Nous réiterons encore une fois notre soutien au médiateur…. » jusque quand on va apprendre à avoir le courage de dire les choses en face. Les pourparlers ont mal parti. Soit il faut reconnaître que le différent vient de la violation de l’accord et négocier avec ce mouvement qui s’était opposé » Jeunes en premier lieu, Mouvement halte au troisième mandat, les femmes, et mouvement Arusha avec Medias d’un côté et Nkurunziza et son équipe de l’autre côté, soit reconnaître que Nkurunziza s’est imposé par la force et faire avec tout en respectant les conventions et la justice Internationale si il y a des crimes contre humanité ce qui dépasse la compétence nationale.

    Si non ces comédies de Mukapa ne diffèrent en rien de ce qui s’appèlle dialogue interne! C’est le monde à l’envers de vouloir toujours jouer les comédies sur un peuple qui a souffert et qui continue à sombrer dans le noir par une dictature atroce de Bujumbura

  7. CLAUDIO

    Haaaa. Qui vivra verra. FELICITATION A AGNES POUR LA COUVERTURE DE L’EVENEMENT.

  8. Kabingo dora

    Cher kaburahe
    Je ne suis vraiment pas étonné tous ceux qui sont à Arusha ne représentent qu’une certaine idée du….. comment dire …..du ventre. Tant mieux comme cela . Mais nous ne sommes pas plus avancés qu’avant . C’est le drame burundais.

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