Politique

Avril 1972, un contexte politique propice à la répression

29/04/2013 Antoine Kaburahe Commentaires fermés sur Avril 1972, un contexte politique propice à la répression

Ndayahoze, le visionnaire

Une réunion du Conseil nationale de la Révolution (CNR), bien avant 1969. Martin Ndayahoze,  2ème à gauche. Albert Shibura, premier à droite ©dr
Une réunion du Conseil nationale de la Révolution (CNR), bien avant 1969. Martin Ndayahoze, 2ème à gauche. Albert Shibura, premier à droite ©dr

Un officier, Martin Ndayahoze, ministre de l’information en 1968, avait écrit au président Micombero une lettre pour attirer son attention sur la dérive ethnique. Il n’a pas été écouté.

L’officier de la première promotion de l’armée burundaise avait « senti » la crise. Le 18 avril 1968, le commandant Martin Ndayahoze écrit un rapport politique, lucide : « Le climat politique accuse une certaine tension ; Des bruits de coup d’Etat circulent et tourmentent l’opinion publique. La population s’inquiète, se méfie et veille. (…) Si on analyse la cause de cette petite crise qu’on vient de passer, on remarque un refroidissement des rapports entre citoyens qui peuvent se développer en une haine ethnique. »

M. Ndayahoze, visionnaire, prévenait  sur les dangers de cette idée répandue dans la population sur un « péril hutu »: «  On constate une vigilance pré orientée qui guette et traque les mêmes cibles. Et une ethnie est sujette à des suspicions permanentes, chaque hutu devenant nécessairement raciste et subversif. »

Albert Butoyi, parmi les présumés leaders politiques de la rébellion ©dr
Albert Butoyi, parmi les présumés leaders politiques de la rébellion ©dr

Presque interdit aux Hutu de se mettre ensemble

La question de l’ethnisme commençait à prendre une ampleur inquiétante. Le commandant Ndayahoze écrit : « Quand deux ou trois Hutu se rencontrent pour trinquer un verre, on conclut tout de suite à un complot de subversion. »
A l’époque, Martin Ndayahoze regrette la manière dont des Hutu sont traités quand ils rendent visite à leur famille résidant à l’intérieur. Des autorités provinciales, signale-t-il, sonnent l’alerte et les filent indiscrètement. Des personnes visitées subissent des interrogatoires après, des rumeurs diffamatoires de complots fusent de partout et des arrestations s’en suivent. Conséquences : il y a des gens qui n’osaient plus aller chez eux pour ne pas exposer les leurs à ces machinations.

Abel Tita, parmi les présumés leaders politiques de la rébellion ©dr
Abel Tita, parmi les présumés leaders politiques de la rébellion ©dr

Le plan Simbananiye et l’apartheid tutsi, selon Ndayahoze

De leur côté, les Hutu n’étaient pas restés les bras croisés. D’après leurs enquêtes, une organisation raciste tutsi possédait un programme d’action dont Simbananiye serait l’auteur. D’après des investigations du commandant Martin Ndayahoze, ce programme visait l’instauration d’un certain apartheid au Burundi et sa réalisation était conçue en trois étapes : semer la haine entre les ethnies en noircissant fortement quelques hauts intellectuels hutu, les faire disparaître physiquement pour plonger le pays dans la confusion et la colère et tabler sur les faux bruits déjà en circulation afin de crier haro sur hutu pour récidive de 1965.

Pour le commandant Ndayahoze, il ne restait plus qu’à lancer une répression sanglante sur des cibles choisies d’avance et se montrer très actif dans l’épuration criminelle pour réclamer le pouvoir comme rançon de son zèle : « Après ce coup de balai, l’apartheid régnera au Burundi et le péril hutu sera anéanti à jamais. »
La lettre du commandant Ndayahoze confirme tout au moins que la classe politique était consciente du climat malsain.

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