Samedi 31 juillet 2021

Société

Université du Burundi : l’accès au restaurant, un ‘’privilège’’ pour peu d’élus

15/06/2021 5
Université du Burundi : l’accès au restaurant, un ‘’privilège’’ pour peu d’élus
Le restaurant universitaire du campus Mutanga est vide vers midi.

Quelques dizaines d’étudiants boursiers internes ont droit à la restauration dans 4 campus de l’UB à Bujumbura. Le restaurant du campus Rohero est déjà fermé. Les prêt-boursiers aussi voudraient bien avoir ce privilège au moment où un responsable social de l’UB assure que ce n’est pas prévu par loi.

Lundi 7 juin 2021, 10h45, au campus Mutanga de l’Université du Burundi. Juste devant l’entrée du restaurant universitaire. Des étudiants échangent en groupe. Le restaurant est vide. Quelques hommes en salopettes sont à la cuisine derrière les vitres abîmées du restaurant. Une camionnette passe et transporte du bois de chauffage. Des bruits qui ressemblent à ceux dus à la vaisselle des assiettes se font entendre. Il faut attendre midi pour voir si les étudiants internes viendront se restaurer. Jusqu’à 11h 35, pas d’étudiant devant le restaurant. Selon un agent de sécurité présent sur les lieux, auparavant, à cette heure-là, les files d’attente commençaient à se former et les premiers étudiants étaient sur le point d’être servis. Aujourd’hui, il dit  qu’une  une cinquantaine d’étudiants peuvent accéder au restaurant. « Seuls 4 kg de riz et 5,5 kg de haricot  sont préparés », estime notre source. C’est à 12h05 que le premier étudiant entre au restaurant, carte de restauration à la main. Les premiers étudiants sont servis, les autres viennent au compte-gouttes. Chacun prend son assiette sur le guichet du restaurant. Ils s’asseyent sur trois tables proches, peut-être pour continuer à discuter. Le restaurant compte environ une trentaine de grandes tables, les autres restent inoccupées.

Un étudiant prêt boursier en deuxième année de psychologie dit ignorer le nombre d’étudiants qui ont accès au restaurant. Selon lui, aucun prêt-boursier n’a jamais bénéficié d’une carte de restauration. Son camarade étudiant, lui aussi prêt-boursier, dira que tous les étudiants en possession de la fameuse carte sont au nombre de 53 boursiers  .

Les chanceux achètent une carte de restauration

Néanmoins, poursuivent nos sources au campus, quand un propriétaire d’une carte est empêché, le prêt-boursier peut lui acheter une carte de restauration à un prix variant de 400 à 500 BIF par restauration ou  25 000 à 27000 BIF par mois. La plupart des étudiants qui étaient au restaurant du campus Mutanga, lundi 7 juin, étaient des “acheteurs” de cartes de restauration. Ils ont précisé que seuls 53 étudiants ont accès au restaurant universitaire du campus Mutanga. D’autres dizaines qui ont droit à la restauration restent au campus Kamenge et Kiriri. Le restaurant universitaire du campus Rohero est fermé. La majorité des étudiants sont des prêt-boursiers. Ils sont donc obligés d’aller manger à l’extérieur du campus. « Maintenant, c’est la crise », a réagi un étudiant de la faculté des sciences humaines. D’après lui, plusieurs restaurants de Nyakabiga, proches du campus Mutanga, ont été récemment détruits. Les étudiants déjeunent désormais dans trois gargotes : « Chez Muturage, « Chez Ndimbati » et un troisième à proximité. Dans les heures de midi, Y.H., un étudiant vivant au campus Mutanga, indique que les deux restaurants sont remplis de clients qui achètent une assiette à 500 BIF. « D’autres étudiants se rendent à Mugoboka  pour pouvoir manger moins cher».

Certains étudiants ont confié que les services sociaux de l’UB ont proposé aux étudiants prêt-boursiers d’acheter une carte de restauration à 50 mille BIF par mois. Les étudiants ont  estimé que cette somme est exorbitante. « S’ils avaient proposé la carte à 30 mille voire 35 mille BIF, la majorité des étudiants aurait adhéré à la proposition », croit un étudiant, avant d’ajouter : « Si on nous retire 50 mille, il nous reste 10 mille moins les frais de tenue de compte. Nous ne pourrions même plus nous acheter un savon. » Mais certains étudiants prêt-boursiers ne se lamentent pas en raison de l’accès très limité au restaurant universitaire. «Il n’y a pas d’injustice. Eu égard au contrat que nous avons signé, l’université n’est pas obligée de donner une carte de restauration », fait remarquer une étudiante.

Le règlement en cause

Interrogé, Melchior Nankwahomba, Directeur des services sociaux à l’UB, réplique que les étudiants devraient consulter la loi : « Il y a un règlement qui supprime la restauration et les étudiants réagissent par émotion en ignorant la loi.»

Jonas Musavyimana : « Il y a une ordonnance ministérielle qui stipule dans son article 19 que le prêt-bourse prend en charge tous les besoins de l’étudiant.»

Jonas Musavyimana, représentant des Étudiants de l’Université, indique que les étudiants qui ont accès au restaurant dans les 4 campus de la mairie de Bujumbura sont estimés à plus de 250 sur plus de 12000. Il reconnaît qu’il y a une ordonnance ministérielle conjointe qui stipule dans son article 19 que le prêt-bourse prend en charge tous les besoins de l’étudiant bénéficiaire : frais de restauration, de transport, d’hébergement et d’autres soins. « Donc nous n’avons pas accès au restaurant universitaire », a regretté Jonas Musavyimana. Il aimerait pourtant que la restauration universitaire ne soit pas supprimée. Pour ce représentant des étudiants, cela permettrait aux étudiants d’étudier en toute tranquillité. Il fait savoir que les responsables des services sociaux de l’Université du Burundi ont promis à la représentation des étudiants de se mettre ensemble pour envisager une solution. Il se dit optimiste : « Nous croyons qu’ils travailleront là dessus.» En attendant, Jonas Musavyimana affirme que les étudiants essaient de se conformer à cette situation pour le moins difficile.

Forum des lecteurs d'Iwacu

5 réactions
  1. Albert Rugwe

    Le creuset des patriotes
    On peut comprendre la raison pour laquelle il est difficile voire impossible de former un patriote dans cette université. En effet, comment avoir un bon produit à partir d’un mendiant, un affamé de toujours, un frustré de la république…bref un jeune qui n’a jamais vécu sa jeunesse comme il faut?
    J’invite les journalistes à visiter leurs chambres au Quartier Mugoboka et derrière le monument de Rwagasore vers la vallée. Beaucoup d’entre vous vont directement renoncer à ce métier, je vous jure.

  2. Pablo moses

    Par ailleurs comment est-ce que le prêt-boursé sera remboursé sans travail ??? L’Etat mvyeyi risque d’annuler la dette au bou du compte!!!!

  3. Ndambi

    Il y a pire.
    Lorsqu’ils finissent cette université.
    C’est pour aller à la rue.
    Akazi karaheze.
    Leta Mvyeyi ou Nkozi doit trouver ine solution à cette quadrature du cercle.
    Ne nous étonnons surtout pas du niveau catastrophique des lauréats.
    Ventre affamé n’a pas d’oreilles

  4. Vumiliya

    Ibintu vy’abapoilicims biguma biyangara il faut que l’Etat mvyeyi – nkozi -nsenzi ibagarukira

  5. Afrika

    A voir ce qui se passe à l’université du Burundi, je me pose la question si l’on peut maintenir l’appellation ” Université”.
    Comment un pays peut ne pas être à mesure d’organiser l’enseignement de ses enfants en général et de l’université en particulier? Pourtant le ministère de l’enseignement est dirigé par des Dr. Excusez-moi, on se demande où ils ont été formés, comment ils ont accédé au titre de Dr. Tous les pays développés le sont sur base du principe ” Organisation ” entre autres, pas autrement.

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