Mardi 21 septembre 2021

Politique

Sénat : «Il nous faut toute la vérité pour cheminer vers la réconciliation»

07/06/2021 11
Sénat : «Il nous faut toute la vérité pour cheminer vers la réconciliation»
Emmanuel Sinzohagera : « c’est de notre responsabilité de qualifier nos crimes »

Dans le cadre des conférences sur les événements sanglants de 1972, organisées par le Sénat, le président de cette institution a invité ce lundi 7 juin les responsables des médias à relayer le vrai message de cet organe. Selon lui, l’objectif n’est pas de semer la zizanie, d’attiser la haine ethnique mais de guérir les Burundais de leurs maux.

« Que les sceptiques soient tranquillisés, toutes les crises cycliques qui ont endeuillées notre pays seront explorées et des conférences et des débats seront organisés afin que toute la vérité soit connue », a tenu à préciser d’entrée de jeu le président du Sénat, Emmanuel Sinzohagera.

« Ce ne sont pas des ethnies qui tuent mais la mauvaise gouvernance, tous les Hutu ne sont pas mauvais, il y en a qui ont sauvé les Tutsi en 1993, et tous les Tutsi ne sont pas mauvais, il en a qui ont caché des Hutu en 1972 », a-t-il fait remarquer.

La base de toute réconciliation, insiste-t-il, c’est la vérité, toute la vérité. Le Président du Sénat, Emmanuel Sinzohagera, appellent toutes les personnalités, tous les témoins de toutes les ethnies à donner leurs versions des faits, sans passions.

« Ce n’est pas le seul ex-président Sylvestre Ntibantunganya, un Hutu, qui vient de faire des conférences sur les événements de 1972 sous la houlette du Sénat qui peut donner toute la lumière, qu’il y ait des Tutsi aussi pour des exposés, ils sont les bienvenus », a-t-il appelé.

Selon lui, il ne fait pas que le Sénat soit mal compris ou mal interprétés sur ses objectifs avec ces conférences. « Il faut que les médias de livrent le vrai message sur les événements sanglant qui ont endeuillés ce pays ».

Le président du Sénat a tenu à préciser le cadre de ses démarches. C’est aux termes de l’article 289 de la Constitution de la République du Burundi enjoignant le Sénat à donner son appréciation sur les quotas ethniques et voir dans quelle mesure les supprimer ou pas dès 2025, que cette institution entend explorer tous les contours de la question ethnique et des violences interethniques qui ont endeuillé ce pays.

«C’est difficile voire impossible d’oublier, de mettre une croix sur nos ’’soi-disant ethnies’’ sans connaître la vérité sur les violences cycliques que notre pays a connues i ont endeuillées notre pays sur base de ces mêmes ethnies. Il serait difficile d’avancer et de cheminer vers la réconciliation », a noté Emmanuel Sinzohagera.

« Il nous faut qualifier nos crimes »

Contrairement aux intellectuels et aux autres personnalités qui disent que ce sont les Nations unies qui doivent qualifier les tueries à grande échelle qui ont endeuillé ce pays, a insisté le résident du Sénat, c’est plutôt de la responsabilité des Burundais eux-mêmes de qualifier ces crimes et pas l’Allemagne, la Belgique ou encore moins la Communauté internationale. « Le destin de notre mère patrie nous appartient. Il est de notre devoir de qualifier ce qui s’est passé en 1972 », a martelé Emmanuel Sinzohagera.

«Il ne faut pas que les enfants et les petits-enfants du président Michel Micombero soient victimes de ses agissements ou des événements sanglants de 1972. Ils sont innocents tout comme les descendants de ceux qui été victimes des tueries de 1972 appelées ’’abamenja’’, les rebelles », a plaidé le président du Sénat.

« Il nous faut connaître la vérité afin de nous réconcilier et l’’objectif n’est pas d’exhumer le passé sanglant et semer la zizanie, mais le but ultime est de guérir les Burundais meurtris afin que nos enfants n’héritent pas ces maux que notre chère patrie a connus », a-t-il indiqué.

«Un autre mal : la globalisation»

« La tendance à tout globaliser a handicapé notre pays et elle nous tue. Tous les Hutus ne sont pas de petite taille avec un nez épaté et tous les Tutsi ne sont pas de grande taille avec un nez aquilin », a fait remarquer le président du Sénat.

Selon lui, les Burundais doivent arrêter la globalisation afin de mettre un terme au cycle infernal de violences  interethniques. « Il nous faut couper cette racine du mal burundais ».

« J’appelle les Burundais à ne pas avoir peur de leur passé sombre, tous ceux qui ont des témoignages sur ce qui s’est passé sont les bienvenus, nous devons bâtir une nation viable, réconciliée, il nous faut pour cela avoir une même lecture de notre histoire », a souligné Emmanuel Sinzohagera.

Selon lui, il y en a qui croient que les ossements exhumés dans des fosses communes constituent un fonds de commerce, du business, loin de là, il faut connaître la vérité sur les violences cycliques que notre pays a connues.

« Si des personnalités encore en vie comme Simbananiye qui sont citées dans les événements de 1972 pouvaient parler, il y a des Burundais qui seraient soulagés ». Un souhait émis par le président du Sénat avec un brin de regret.

Forum des lecteurs d'Iwacu

11 réactions
  1. Kagabo

    Bien dit mon président du sénateur, il n’aura pas de paix réelle sans avoir la vérité de ce qui s’est passé. Qui a fait quoi et quand et comment? Puis, demande le pardon et passe à la réconciliation. On ne peut pas manger l’omelette sans avoir casser les œufs!!!!

  2. Mbazumutima

    Chers instruits
    Merci de faire un tour dans vos collines d’origine et vous verrez celles et ceux qui refusent la réconciliation. Cette dernière est là dans nos campagnes : aller assister dans ces collines aux mariages, aux enterrements,…Vous verrez que les problèmes surgissent souvent quand un instruit va des chercher des votes.
    Franchement, chers instruits, ne vous voilez pas la face : clarifier l’alternance politique et vous verrez que tout ira bien. L’ethnie est clamée lorsqu’il s’agit de vous partager les richesses.

    • SAKUBU

      “Clarifier l’alternance politique”: signifie quoi? essaie d’élaborer, de développer pour éclairer ceux qui vous lient

      • Mbazumutima

        La peur de perdre le pouvoir et les avantages de ce dernier engendre des attitudes d’exclusion.

        • SAKUBU

          Les attitudes d’exclusion de “peur de perdre le pouvoir et les avantages y afférant” ne garantissent rien. Au contraire, ceux qui l’ont pratiqué ou le pratiqueront demain se retrouveront complétement dépassés car les phénomènes psychosociaux de changement qui ne suivent pas nécessairement et/ou obligatoirement le calendrier des “peureux” de “perdre le pouvoir et les avantages y afférant”.

  3. Albert Rugwe

    Le propos du président du sénat est rassurant pour un étranger qui lit et comprend la langue française.
    La scène politique burundaise montre une toute autre histoire. Depuis bientôt 15 ans que le CNDD-FDD préside aux destinées du Burundi, le mot d’ordre a été donné .Il s’agit de chasser les tutsi, les réduire aux citoyens de seconde zone dans tout et partout. Le président du sénat est parfaitement au courant de cette politique. Evidemment qu’il faut que la chasse n’effraye pas la bête, raison pour laquelle l’un ou l’autre tutsi de service est mis devant la scène: ombudsman, vice présidence, le ministre de ceci ou de cela. Et ici ça ne badine, le casting est très rigoureux. Tous ces hommes qui accompagnent le système ont beaucoup de points communs dont le plus saillant est l’amour immodéré de l’argent.
    Donc, le propos du président du sénat est pour la consommation extérieure. Ntibantunganya le sait, Ndayimirije avec son CVR le sait aussi. Ils ne parlent que des victimes hutu. Tous les cadavres que la commission détresse ne sont que hutu…ect….
    Dans tout cela, il y a une chose qui n’a jamais été démentie par l’humanité , jusque aujourd’hui: l’histoire écrite par le vainqueur n’a jamais réconcilié un peuple. Elle donne toujours une fausse conscience à celui qui l’écrit, le temps que le boule de l’histoire fasse un tour est qu’elle revienne à case départ pour recommencer.
    Bonne journée

    • SAKUBU

      C’est bien de critiquer mais en proposant des alternatives à ce qui est critiqué. Tu affirmes que son propos est pour la “consommation extérieure” mais en le disant, il l’a fait publiquement. Mais je me fais des hypothèses par rapport à vos préoccupations: le travail de la CVR encore très partiel, vu son immensité dans toutes ses dimensions, effraie certainement et pèse lourdement sur la conscience de ceux qui se reprochent de quelque chose, de ceux ont entretenu le mensonge des faits alors que les générations actuelles et futures ont droit à avoir, rien qu’à la VÉRITÉ, étape originale et indispensable au processus de guérison individuelle et collective ultérieure. Quant à cette affirmation que le mot d’ordre serait de “chasser les tutsi, les réduire aux citoyens de seconde zone dans tout et partout”, ma conviction est qu’il s’agit d’une projection en terme psychologique. Même ceux qui l’ont pratiqué à l’endroit d’autres composantes de la société burundaise, ne se sont pas mis en sécurité à long terme et in finé, leurs pratiques ségrégationnistes et discriminatoires n’ont pas aidé à construire, consolider et développer l’État-Nation des Barundi mais le Burundi des Batutsi ( au sein d’eux, une petite poignée d’individus ayant développé des complexes de supériorité sur d’autres burundais avec toutes les conséquences de leur gestion chaotique du pays,) des Bahutu et Batwa. Je suis tout à fait d’accord avec toi sur cette affirmation: “l’histoire écrite par le vainqueur n’a jamais réconcilié un peuple”. Mais cela n’est pas valable dans notre contexte burundais: qui est le vainqueur? qui est le vaincu? Selon moi, ce sont les Barundi dans leur ensemble qui sont et seront vainqueurs sur les mensonges, sur les intoxications, sur la haine, sur le dénigrement, sur la corruption… bref sur tous les maux qui rongent notre société.
      .

    • drekina

      Si en 1972 le systeme a ete brutal avec surtout des hommes, on sait aussi que pendant 50 ans des civils hutus , milices ou pas, tuent femmes-enfants-vieillards-voisins: la logique exterminatrice, 1972 etant l’excuse.
      Si le CVR voulait faire quelque chose, pourquoi pas commencer avec 1993?? les victimes et les bourreaux sont encore vivant mais le systeme refuse de voir et juger!

      • Stan Siyomana

        @drekina
        1. D’après vous, “Si le CVR voulait faire quelque chose, pourquoi pas commencer avec 1993?? les victimes et les bourreaux sont encore vivant mais le systeme refuse de voir et juger!..”.
        2. Mon commentaire
        Ce serait pure tapage/AKAJAGARI si chaque citoyen burundais se mettait à proposer sa propre manière de faire les choses alors qu’il y a des institutions comme la CVR (qui compte des commissaires de toutes les éthnies et qui est soutenue notamment par l’agence onusienne du Haut Commissariat des Droits de l’Homme-OHCDH).
        “La CVR est désormais fonctionnelle depuis le 10 décembre 2014, date à laquelle ses membres ont prêté serment devant le Président de la République. A la demande formelle de la CVR, l’OHCDH-Burundi coordonne l’assistance technique apportée à l’institution. Le Bureau joue ce rôle en consultation avec d’autres partenaires intéressés…”
        https://burundi.ohchr.org/commission-v%C3%A9rit%C3%A9-et-r%C3%A9conciliation

    • Stan Siyomana

      @Albert Rugwe
      1. Vous écrivez:”ls ne parlent que des victimes hutu. Tous les cadavres que la commission détresse ne sont que hutu…ect….”
      Mon commentaire:
      Comme les témoignages se font devant la CVR et tous les habitants d’une colline donnée, il y aurait moyen de donner des informations sur tel tutsi ou tel twa qui a été lui aussi victime.
      A ce que je sache, la CVR a quand même des commissaires de toutes les éthnies.
      2. Vous devriez préciser ce que vous entendez par “Il s’agit de chasser les tutsi, les réduire aux citoyens de seconde zone dans tout et partout…”
      Par exemple les quotas ethniques viennent des Accords de Paix d’Arusha de l’an 2000.
      3. Vous devriez respecter le droit de chaque citoyen burundais de faire son propre choix (politique ou autre) sans que vous le preniez pour un traitre envers je ne sais quelle cause, avec vos accusations :”Tous ces hommes qui accompagnent le système ont beaucoup de points communs dont le plus saillant est l’amour immodéré de l’argent…”

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