Lundi 17 juin 2024

Editorial

Le Sénat surprend agréablement

01/09/2023 6

Le pays vient de vivre des situations difficiles sur une courte période. On peut citer notamment la Covid-19, les inondations, la pénurie récurrente surtout du carburant, le manque de devises, la dépréciation du franc burundais pour ne pas dire la dévaluation, la flambée des prix des produits de première nécessité qui conduit à la cherté de la vie, le manque de liquidités dans les banques.

Par Léandre Sikuyavuga
Directeur du groupe de presse Iwacu

Rares sont les voix des parlementaires à se prononcer sur ces cas et proposer des solutions, animer le débat. Certes, des ministres sont de temps en temps invités à des séances des questions orales, mais les questions posées ne reflètent pas souvent les vraies préoccupations de la population. En guise d’exemples, le vote du budget général contenant des chiffres gonflés pour certains secteurs, les décisions phares prises par l’Exécutif sans consultations populaires ont suscité un débat sur le rôle des parlementaires burundais censés représenter les intérêts du peuple.  Dans un commentaire, un lecteur d’Iwacu précise que bien que la Constitution du Burundi reconnaisse le droit d’initiative des lois aux parlementaires, aucune proposition de lois d’émanation parlementaire ne se retrouve dans les annales du Parlement burundais. La seule arme qu’ils utilisent, c’est le droit d’amendement. « Il faut des parlementaires libres de l’Exécutif. Cela n’exclut pas la collaboration pour une bonne gouvernance. » Un autre estime que rien n’empêche que les députés se fassent conseiller et assister par des juristes qui comprennent les lois. « Je vous soutiendrai si vous demandez qu’on alloue un budget de fonctionnement incluant des frais de consultation juridique à tous les députés, à condition que lesdites consultations aboutissent à une proposition d’une nouvelle loi ou d’un amendement d’une loi existante. » Un discrédit, une perte de confiance, une interpellation ?

Le Sénat burundais vient de briser l’omerta.  « Juger l’administration, c’est administrer », dit-on.  Lors d’une séance des questions orales au ministre ayant les Infrastructures dans ses attributions, en direct à la télévision nationale ce 29 août, les sénateurs sont revenus sur sa récente annonce exigeant la construction des maisons en étage dans la ville de Bujumbura ainsi que la mesure de l’OBUHA suspendant provisoirement la soumission des demandes d’approbation de morcellement et transfert des parcelles. Des décisions qui avaient fait grincer des dents. Dans des termes clairs, ils ont exprimé leurs appréhensions et ont fait des propositions concrètes. Entre autres la consultation de la population pour qu’elle ait un mot à dire, ait droit au chapitre. Deux semaines avant, les sénateurs avaient invité trois ministres pour éclairer le public sur les défis de l’heure dont le détournement du sucre, la rareté des devises, l’inflation, la mauvaise gestion, la corruption. Sans mâcher les mots, ils ont pointé du doigt certains administratifs qui détournent les deniers publics, ont fait leurs suggestions en rapport avec les défis de l’heure pour redresser la situation.  En moins de deux semaines, quatre administrateurs communaux ont été suspendus de leurs fonctions.

Défendre les intérêts de la population qui les a élus, contrôler l’action gouvernementale sont les principales missions des parlementaires. Dénoncer ou critiquer ce que le gouvernement fait mal, ou ne fait pas, s’attaquer à son bilan – en particulier dans des domaines sur lesquels les attentes de la population sont immenses-, s ’en prendre à l’impunité des dirigeants accusés de corruption ou de malversations, proposer des solutions, conduisent les décideurs à prendre des mesures qui améliorent le sort de la population. Le Sénat vient de le faire. Il vient de gagner ses lettres de noblesse. A travers les médias, les réseaux sociaux, le public salue cette démarche et félicite les sénateurs.  Une seule demande : ne pas s’arrêter là car les défis sont énormes.  Keep it up !

Forum des lecteurs d'Iwacu

6 réactions
  1. Gacece

    Une interpellation.

  2. Voltaire Kaziri

    Mettons les points sur les I.
    Le droit à la propriété est sacrée et aussi inscrite dans la constitution burundaise.
    Les parcelles dans la partie délimitée par la Ntahangwa et la Muha coutent des fortunes. Ou l Etat Nkozi trouvera des milliards pour rembourser les propriétaires a leur juste et equitable valeur.
    Les gens qui voudraient investir dans l immobilier bazoronka des clients pour ces elephants blancs?
    En un mot comme en plusieurs, a t on étudié le Prjojet? Que Nenni.
    Les Banques qui ont financé les Hotels a Bujumbura sont au bord de la faillite.
    Que l Etat Mveyi commence a rehabiliter les routes ou meme les buildings gouvernementaux.
    Allez regarder a quoi ressemblent Les campus de l Université. Ils sont situés entre ces 12 rivieres

  3. Kanda

    Depuis longtemps, Il n’y a pas grand espoir, c’est simplement que les grands ténors se sentent menacés dans leur avenir politique, seul investissement de base qui rapporte pour eux. D’abord par les luttes internes entre les cliques, la course aux nominations aux élections, les frustrations, etc. Certains jouent à la démocratie eux-mêmes ne voulant jamais céder place aux autres, jouent la bonne gouvernance et exigent la transparence mais eux-mêmes avec des richesses jamais justifiées et jamais déclarées, etc. Les élections arrivent, tous les coups sont permis même enfoncer son concurrent pour paraître meilleur que lui, surtout en interne. Ceci explique cela !

  4. Maningo Jean claude

    Le sénat comprend des intellectuels qui peuvent jauger l’ivraie du bon grain. Contrairement à l’autre chambre du parlement où le militantisme prime sur le mérite. Le niveau d’étude n’est pas considéré. Comme tu l’as souligné, il faut que le sénat continue cette démarche, tellement les défis sont nombreux.

    • Yan

      Il semble que le niveau d’études n’est pas toujours une garantie ni d’efficacité pour diriger un pays, ni de réussite en politique, ni d’intégrité. Il fût un moment que les 2 chambres étaient dirigées par des PhD. A t-on vu des miracles? C’est possible! Surtout pour ceux qui y croient!

      • Bite

        Est ce que tu peux donner des exemples ?
        Rappelles toi du Senat de 2005-2010: il a été le premier à être actif et indépendant dans les actions.

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